MUTILLA EPHIPPIUM
G Fazr., Syst. Piez., p. 134. — OLrv., Enc. méth.,t. VIII, p. 63, n. 4.—CGurr., Brit. Ent.,t. 11, n. 77.—Mutilla Sellata, Panz., Faun. Germ., fasc. 46, n. 19.— © Mutilla Rufipes, Fask., Syst. Piez., p, 439.
—Oxiv., Enc. méth.,t. VIIT, p. 66, n. 68.
— Larr., Hist. nat.,t. XIII, p. 264. — & et © Mutilla Ephippium, Scaucx., Foss, Hym., p. 31, n. 3. — Long. lig. à 3 lig. +. — Corps noir, n’ayant que la partie supérieure du thorax rousse dans le mâle , et les antennes, le thorax et les pattes roux dans la femelle, avec un point et deux bandes transversales blanches, rapprochées l’une de l’autre sur l’abdomen. — France, Allemagne, Angleterre; assez rare.
PSAMMOTERME, Larr.; Mutilla, FABr.
Ce genre se distingue parfaitement des Mutilles, par les antennes pectinées au moins dans les mâles, et par l’abdomen.— Les ailes ont trois cellules cubitales, dont la premiére et la seconde recevant chacune upe nervure récurrente.
Nous ne connoiïssons qu’une seule espéce de ce genre remarquable.
PSAMMOTHERME FLABELLATA.
Mutilla Flabellata, Farr., Syst. Piez., p. 431, n. 42. — Corps noir; antennes de cette derniére couleur, avec leurs dentelures fort longues; thorax ayant sa moitié antérieure d’un rouge terne en dessus, et les paraptères de la même couleur ; ailes brunes, tirant sur le violacé; pattes noires; abdomen de la même couleur, ayant son premier et sou troisième segment bordés d’une ligne blanche formée par des poils courts et très-fins,
Fabricius indique cette espèce comme du Sénégal ; mais la collection du Muséum d'Histoire naturelle de Paris en renferme un seul individu, qui se rapporte parfaitement à la description de Fabricius, et qui a été trouvé au cap de Bonne-Espérance, par Delalande,
APTEROGYNA, Larr.
Ce genre est très-remarquable , et se dis:
tingue parfaitement des genres voisins par les antennes des mâles, longues, grêles et sétacées. — Le thorax dans les femelles, est presque cubique et sans apparence de divisions en dessus. — Les ailes des mâles n’offrant que des cellules brachiales ou basilaires, et une seule cubitale petite et de forme rhomboïdale, et les deux premiers segmens de l’abdomen sont en forme de nœuds.
On ne connoît de ce genre que quelques espèces exotiques.
M. Guérin (Voyage de la Coquille, par Duperrey) a étabti un grand nombre de nouveaux genres dans la famille des Mutilliens, dont nous ne donnerons pas maintenant les caractères, parce que nous ne les connaissons pas tous, et que la plupart ont été établis sur un seul sexe, et qu’il est indispensable dans cette famille de connaître les deux, pour avoir une juste idée de la valeur des genres, ceux que M. Guérin mentonne, outre ceux dont nous avons donné les caractères, sont au nombre de onze, savoir Megalocera, Myrmicopsis, Rhagigaster, Telephromia, Tachypterus, Agriomya, Thynnoides, Anthobosca, Elaphroptera, Ammophorus, et le genre Diamma de Westwood.
DORYLITES.
Antennes insérées près de la bouche, — La tête petite, et l'abdomen long et presque cylindrique.
Ce groupe ne renferme encore que deux genres, dont les femelles sont inconnues, ainsi que leur manière de vivre, de sorte qu’il reste encore des doutes sur la place que l’on doit assigner à ces genres, comme M. Lepeletier de Saint-Fargeau le fait très-bien observer.
LABIDUS, Jur., LaTr.
Pour l'aspect, ce genre ressemble beaucoup au suivant, mais il s’en distingue complétement par des caractères importans ; les palpes maxillaires n’ont que deux articles ; les mandibules sont plus longues, étroites à leur base et unidentées dans leur milieu ; les ailes ont une cellule radiale terminée avant leur extrémité, et trois cellules cubitales, dont la troisième presque complète ; les pattes sont également cour-
tes, avec leurs cuisses aplaties; les antennes ont beaucoup d’analogie par la proportion des articles, et le corps est également long et presque cylindrique.
On ne connoît pas non plus les habitudes des Labidus; on n’en connoît que quelques espèces propres à lAmérique méridionale.
LABIDUS LATREILLEIL.
Jur., Hym., p. 283, LEP. DE ST-FARG., Hym., t. 1, p. 229. — Long. 14 lig. — Corps d’un roux brunâtre, couvert de poils de Ja même couleur, avec la tête, le thorax et les cuisses noires.
Cette espèce provient du Brésil.
DORYLUS, Favr., LATR.
Antennes peu longues, ayantleur premier article formant à lui seul plus du uers de leur longueur ; les suivans beaucoup plus petits, à peu près égaux entre eux. — Palpes maxillaires de quatre articles. — Mandibules assez longues, élargies à leur base.
— Thorax cylindrique. — Ailes supérieu-
FORMIGIENS,.
res ayant une cellule radiale s'étendant presque jusqu’à leur extrémité, et deux cellules cubitales, dont la seconde incomplète, ayant avec la première une nervure d’interruption commune. — Pattes courtes, avec les cuisses aplaties.— Abdomen long et cylindrique.
Les espèces connues de ce genre sont africaines ; le type est le
DORYLUS HELVOLUS.
Mutella Helvola, Linn.. Syst. Nat.,t. I, p. 967, n.8. — Dorylus Helvolus, Fazr., Syst. Piez., p. 427, n.1. — Ler. DE St-.
Farc., Hym., 1. 1, p. 228. — Long. 42 à 45 lig. — Corps velu, d’un gris roussätre ; tête brune ; antennes d’un brun roussätre; mandibules ferrugineuses, avec leur extrémité noirâtre ; thorax couvert de poils trèscourts et très-serrés ; ailes diaphanes, Lirant un peu sur le jaunâtre, avec leurs nervures d’un brun roussâtre; pattes lisses, d’un roux brunâtre brillant ; abdomen de la couleur générale du corps.— Du cap de Bonne-Espérance.Collection du Muséum d’Histoire naturelle de Paris.
SEPTIÈME FAMILLE. — FORMICIENS:
HETEROGYNES , Larr.; FORMICIDÆ, Wesrw.
Caractères. Antennes toujours coudées, — Le labre grand et corné dans les neutres.
— Mâles ailés ; femelles ordinairement ailées et des neutres aptères.
Cette famille est l’une des plus remarquables de tout l’ordre; elle se compose d’un certain nombre de genres et d’un fort grand nombre d’espèces réparties dans toutes les contrées du monde, qui toutes vivent en sociétés nombreuses, et qui construisent des demeures très-considérables pour loger et élever leur progéniture, dont les individus ne sont plus, comme dans toutes les autres familles que nous avons passé en revue, seulement au nombre de deux (des mâles et des femelles); mais bien au nombre de trois, qui sont les mâles, les femelles et les neutres. Ces dernières que l’on nomme plus communément ouvrières, dépourvues de sexe, ou du moins n’ayant que les rudimens des organes générateurs des femelles , et étant compléteinent incapables de reproduire ; mais sachant soigner
les petits et leur-apporter leur nourriture de tous les jours.
Une famille d’insectes aussi intéressants n’a pu manquer d’attirer l’attention des observatenrs ; aussi en est-il qui ont passé une partie de leur existence à les étudier, et nous citerons entre autres Huber fils, qui a publié un ouvrage des plus intéressants sur leur histoire, et Latreille qui a fait connaître un grand nombre d’espèces, en nous apprenant aussi les mœurs de la plupart d’entre elles.
Les métamorphoses des Fourmis ont été si bien observées par Huber, que nous croyons ulile de lui emprunter ie passage suivant, qui renferme l’observation suivie faite à leurs divers états. Ainsi, dit Huber : E
« Au bout d’une quinzaine de jours, le ver (la larve) sort de la coque de l'œuf; son corps est d’une transparence parfaite, et ne présente qu’une tête et des anneaux sans aucun rudiment de pattes ou d’anten-
FOMICIENS.
pes; l’insecte à cet âge est dans une dépendance absolue des ouvrières.
» J’ai pu suivre, au travers du vitrage de la fourmiliére artificielle, tous les soins qu’elles prennent de ces petits vers qui portent aussi le nom de larves; ils étaient gardés à l'ordinaire par une troupe de fourmis, qui, dressées sur leurs pattes et le ventre en avant, étaient prêtes à lancer leur veain, tandis qu’on voyait çà et là d’autres ouvrières occupées à déblayer les conduits embarrassés par des matériaux hors de place, et qu’une partie de leurs compagnes demeuroient dans un repos complet et paroissoient endormies.
» Mais la scène s’animoit à l’heure du transport des petits au soleil; au moment où ses rayons venoient éclairer la partie extérieure du nid, les fourmis qui se trouvoient à la surface, partoient aussitôt et descendoient avec précipitation dans le fond de la fourmilière, frappoient de leurs antennes les autres fourmis, couroient de l’une à l’autre, pressoient, heurtoient leurs compagnes, qui montoient à l’instant sous la cloche , redescendoient avec rapidité et mettoient à leur tour tout en mouvement, jusqu’à ce qu’on vit un essaim d’ouvrières remplir tous les passages ; mais ce qui prouvoit encore mieux le but qu’elles se proposoient, c’est la violence avec laquelle ces ouvrières saisissoient quelquefois par leurs mandibules celles qui paroissoient ne pas les comprendre, et les entraînoient au sommet de la fourmilière, où elles les abandonnoient aussitôt pour aller chercher celles qui restoient auprés des petits.
» Dès que les fourmis étoient averties de l’apparition du soleil, elles s’occupaient des larves et des nymphes; elles les portoient en toute hâte au-dessus de la fourmilière, où elles les laissoient quelque temps exposées à l’influence dé la chaleur.
Leur ardeur ne se ralentissoit pas; les larves des femelles, beaucoup plus grandes et plus pesantes que celles des autres castes, étoient transportées avec assez de diflicultés au travers des passages étroits qui conduisoient de l’intérieur à l’extérieur de la fourmilière, et placées au soleil à côté de celles des ouvrières et des mâles, Quand elles y avoient passé un quart d'heure, les fourmis les retiroient et les metioient à l’abri de ses rayons directs, dans des loges destinées à les recevoir sous une couche de chaume, qui n’interceptoit pas entiérement la chaleur.
» Les ouvrières, après avoir satisfait aux
devoirs qui leur sont imposés à l'égard des larves, ne paroissoient pas s’oublier ellesmêmes; elles cherchoient à leur tour à s’étendre au soleil, elles s’entassoient les unes sur les autres, etsembloient jouir de quelque repos, mais il n’étoit pas de longue durée; on en voyait toujours un grand nombre travailler au-dessus de la fourmilière ; d’autres rapportoient les larves dans l’intérieur , à mesure que le soleil s’abaissoit; enfin le moment de les nourrir étant arrivé, chaque fourmi s’approchoit d’une larve et Jui donnoit à manger.
« Les larves des Fourmis, dit M. Latreille (cette citation est dans le texte de M. Huber), resseinblent, lorsqu’elles sortent de l’œuf, à de petits vers blancs sans pattes, gros, courts et d’une forme presque cônique ; leur corps est composé de douze anneaux : sa partie antérieure est plus menue et courbée. On remarque à la tête :
4° deux petites pièces écailleuses qui sont deux espèces de crochets trop écartés l’un de l’autre pour pouvoir être considérés comme de véritables dents; 2° au-dessous de ces crochets, quatre petites pointes ou cils, deux de chaque côté, et un mamelon presque cylindrique, mou, rétractile, par lequel la larve recoit la becquée.
» Les Fourmis ne préparent point aux larves des provisions de bouche, comme le font plusieurs espèces d’Abeilles et tant d’autres insectes qui pourvoient d’avance aux besoins de leurs petits ; elles leur donnent chaque jour la nourriture qui leur convient. L'instinct des larves est assez développé pour qu’elles sachent demander et recevoir directement leur repas, comme les petits des oiseaux le recoivent de leur mère ; quand elles,ont faim, elles redressent leur corps et cherchent avec leur bouche celle des ouvrières qui sont chargées de les nourrir; la Fourmi écarte alors ses mandibules, et laisse prendre aux larves, dans la bouche même, les fluides qu’elles y cherchent. J’ignore s’ilssubissent quelque préparation dans le corps des ouvrières...
Je présume cependant qu’elles proportionnent leur régime à l’âge et au sexe de chaque individu ; qu’elles leur dégorgent aussi des sucs substantiels, lorsqu'ils sont plus près de leur métamorphose , et qu’elles en donnent davantage aux larves des femelles qu’à celles des mâles... Suivons encore les ouvrières dans les derniers soins qu’elles rendent aux larves; il ne sufisoit pas de les porter au £oleil et de les nourrir , il falloit encore les entretenir dans une extrême
propreté; aussi ces insectes qui ne le cédent en tendresse pour les petits, dont la direction leur est confiée, à aucune des femelles des grands animaux, ont-ils encore l'attention de passer leur langue et leurs mandibules à chaque instant sur leur corps, et les rendent-ils, par ce moyen, d’un blancheur parfaite ; on voit encore les fourmis occupées à tirailler leur peau, à l’étendre et à la ramollir, près de l’époque de leur transformation.
» Avant de sé dépouiller de cette peau, les larves de plusieurs Fourmis se filent une coque de soie, comme beaucoup d’autres insectes; c’est là qu’elles doivent, sous la forme de nymphe, se préparer à leur derniére métamorphose. Cette coque est cylindrique, allongée, d’un jaune pâle, trèslisse et d’un tissu fort serré.
» Une singularité fort remarquable, dont on n’a pas encore découvert la cause, c’est qu’il y a des Fourmis dont les larves ne filent Pas ; mais cette exception n’a lieu qu’à l’égard des espèces qui ont un aiguillon et deux nœuds ou pédicule de l’abdomen.
Ainsi, il y a des larves qui se transforment dans une coque de soie , et d’autres qui deviennentnymphe sansêtre ohligées de filer.
L’insecte dans l’état de nymphe a acquis la forme qu’il aura toujours, il ne lui manque que des forces et un peu de consistance ; il est aussi grand qu’il doit être, tous ses membres sont distincts; une seule pellicule les enveloppe,
» La fourmi, sous cette forme, continue à se mouvoir quelques instans après être sortie de l’état de larve; mais bientôt elle devient d’une immobilité complète; elle change graduellement de couleur, passe du plus beau blanc au jaune pâle, puis au roux, et dans plusieurs espèces, devient brune et presque noire ; on voit déjà les rudiments des ailes dans celles qui sont destinées à voler. Ces nymphes ont encore bien des soins à attendre des ouvrières; la plupart sont renfermées dans un tissu qu’elles ont filé avant de se métamorphoser ; mais elles ne savent pas, comme celles de beaucoup d’autres insectes, sortir de leur coque d’elles-mêmes, en y faisant une ouverture avec leurs dents ; elles ont à peine la force de se mouvoir; leur coque est d’un tissu trop serré et d’une soie trop forte pour qu’il leur soit possible de la déchirer sans le secours des ouvrières. Mais comment ces infatigables nourrices découvrent-elles le moment convenable pour les en tirer?
FORMICIENS.
Si elles étoient pourvues de l’ouïe (4), on pourroit croire qu’elles reconnoissent qu’il en est temps, à quelque bruit produit dans l'intérieur de la prison par linsecte, dont le développement a commencé ; mais rien n'indique qu’elles aient la faculté d’entendre ; peut-être s’apercoivent-elles, à l’aide de leurs antennes, de légers mouvements qui leur annoncent l’époque où elles doivent libérer leur prisonnier; car ces organes sont d’une sensibilité dont il seroit difficile de se formerune juste idée. Quoi qu’il en soit, elles ne s’y trompent jamais. Suivons-les encore dans ce travail, où elles déploient à l’égard de leurs éièves, un zèle et une constance qui seroient déjà dignes de notre attention, si elles étoient les propres mères de ces insectes, et qui sont bien plus étonnans quand on pense qu’elles n’ont quelquefois d’autre rapport avec eux que celui d’être nées sous le même toit. IT y avoit dans une des cases les plus spacieuses de ma fourmilière vitrée, plusieurs grandes coques de femelles et de mâles.
Les ouvrières rassemblées en ce lieu, paroissoient s’agiter autour d’elles; j’en vis trois ou quatre montées sur une de ces coques , s’efforcer de l’ouvrir avec leurs dents à l’extrémité qui répondoit à la tête de la nymphe ; elles commencèrent par amincir l’étoffe, en arrachant quelques soies à 12 place qu’elles vouloient percer, et bientôt, à force de pincer et de tordre ce tissu si difficile à rompre, elles parvinrent à le trouer en plusieurs endroits très-rapprochés les uns des autres; elles essayèrent ensuite d'agrandir ces ouvertures, en tirant la soie comme pour la déchirer; mais cette méthode ne leur ayant pas réussi, elles firent passer une de leurs dents au travers de la coque, dans les trous qu’elles avoient pra-
tiqués ; coupèrent chaque fil l’un après l’au- :
tre avec une patience admirable, et parvinrent enfin à faire un passage d’une ligne de diamètre dans la partie supérieure de la coque. On commencoit déjà à découvrir la tête et les pattes de l’insecte qu’elles cherchoient à mettre en liberté ; mais avant de le tirer de sa cellule, il falloit en agrandir l’ouverture , pour cet effet, ces gardiennes coupérent une bande dans le sens longitudinal de cette coque, en se servant tou-
(1) Ilest fort étonnant,cormmme dit M. Lepelelier de Saint-Fargeau, qu'Huber peuse que les Fourmis soient privées de l'organe de l’ouie, parce qu’il n’en connoît pas le siége ; car ses observaüons même auroient bien dû plutôt lui faire croire qu'elles en étoient pourvues,
CRYPTOCERUS.
jours de leurs dents, comme nousemployons une paire de ciseaux.
» Une sorte de fermentation regnoit dans cetie partie de la fourmiliére; nombre de Fourmis,occupées à dégager l’individu ailé de ses entraves, se relevoient ou se reposoient tour-à-tour, et revenoient avec empressement seconder leurs compagues dans cette entreprise, de manière qu’elles furent bientôt en état de le faire sortir de sa prison ; l’une relevoit la bandelette coupée dans la longueur de la coque, tandis que d’autres le tiroient doucement de sa loge natale. Il en sortit enfin sous mes yeux, mais non comme un insecte prêt à jouir de toutes ses facultés, et libre de prendre son essor; la nature n’avoit pas voulu qu’il füt sitôt indépendant des ouvrières : il ne pouvoit ni voler, ni marcher, à peine se tenir sur ses paltes, car il étoit emmailloté dans une dernière membrane, el ne savoit pas la rejeter de lui-même ; les ouvrières ne l’abandonnèrent pas dans ce nouvel embarras; elles le dépouillérent de la pellicule satinée dont toutes les parties de son corps étoient revêtues, tirèrent délicatement les antennes et les antennulesde leur fourreau, déliérent ensuite les pattes et les ailes, et dégagérent de leur enveloppe le corps, l'abdomen et son pédicule. L’insecte fut alors en état de marcher, et surtout de prendre de la nourriture, dont il paroissoit avoir un besoin urgent. Aussi, la premiére attention de ses gardiennes fut-elle de lui en donner.
Les ouvrières que nous avons vues chargées du soin des larves et des nymphes, montrent la même sollicitude à l’égard des Fourmis nouvellement transformées; elles sont soumises encore quelques jours à l’obligation de les surveiller et de les suivre ; elles les accompagnent en tous lieux, leur font connoître les sorties et les labyrinthes dont leur habitation est composée, et les nourrissent avec le plus grand soin; elles rendent aux mâles et aux femelles le service difficile d’étendre leurs ailes, qui resteroient poissées sans leur secours, et s’en acquittent toujours avec assez d’adresse pour ne pas déchirer ces membres frêles et délicats, elles rassemblent dans les mêmes cases les mâles qui se dispersent et quelquefois les conduisent hors de la fourmilière.
Les ouvrières paroissent, en un mot, avoir la direction complète de leur conduite aussi long-temps qu’ils y restent, et ne cessent de remplir leurs fonctions auprès de ces insectes, dont les forces ne sont pas en-
core développées, que lorsqu'ils s’échappent enfin pour vaquer au soin de la reproduction, »
La descriptiou qu’Huber nous donne des développements des Fourmis est si précise et si complète que l’on ne sauroitrienajouter de plus satisfaisant.
Les espèces de Fourmis sont assez nombreuses et réparties dans les diverses con-| trées du globe. Nous les séparons en trois!
groupes, d’après M. Lepelletier de Saint- Fargeau.
MYRMICITES.
Premier segment de l’abdomen formé de deux nœuds, femelles munies d’un aiguillon.
Ce groupe comprend les genres Cryplocerus, Alta, Eciton, Myrmica.
CRYPTOCERUS , Larr.
Tête large et aplatie. — Antennes en partie cachées dans une rainure située de chaque côté de la tête. — Mandibules denticulées. — Palpes maxillaires de cinq articles et les labiaux de quatre. — Thorax épineux. — Pattes courtes et robustes, avec les jambes antérieures munies d’une forte pointe.
On ne connoît que quelques espèces exotiques de ce genre , dont le type est le
CRYPTOCERUS ATRATUS.
Formica Atrata , Linn., Syst. Nat., t. 11, p.965, n. 16. — Larr., Hist. Nat.
des Fourmis , p. 272, pl. 12, fig. 72, À, B.
— Formica Quadridens, Decéer, Mém.
Hist. des Ins., t. III, p. 609, n. 7, tab. 34, fig. 47. — (Cryptocerus Atratus, FaB., Syst. Piez., p. 418, n. 1. — LEP. Sainr- Farc.. Hym.,t. 1, p. 170. — Long. des © 9 lig., neutre 6 lig. —- Corps noir, presque entièrement glabre; tête ponctuée, avec les bords latéraux tranchans et munis d’une épine à chaque angle postérieur, et de deux autres eépines plus courtes placées entre chacun d’eux ; antennes noires ; thorax ovalaire, ayant une forte épine à chaque angle du prothorax, et deux plus petites dans son milieu ; l’écusson ayant deux pointes fortes et divergentes dans son milieu; ailes diaphanes, tirant sur le jaunâtre , avec leurs nervures brunes; pattes noires ainsi que l’abdomen, celui-ci ovalaire.
Les individus neutres sont plus petits ; leurs mandibules sont striées; le second
neud de l’abdomen porte uneépine bifide en dessous. Cette espèce provient de la Guyane,
ATTA, Fas., Larr,
Ce genre diffère peu des Myrmecies ; mais il s’en distingue surtout par les palpes trés-courts. — Les antennes sont entièrement découvertes. — Le thorax est dépourvu d’épines. — Les ailes présentent trois cellules cubitales, dont la troisième incomplète.
Dans certaines neutres, la tête acquiert un volume considérable.
On connoît peu d’espèces de ce genre ; les unes sont européennes et les autres américaines,
A. ATTA CAPITATA.
Formica Capitata, Lare., Hist. Nat. des Fourmis, p. 234, pl. 40, fig. A, B, C. — Atta Capitata, Lep.ST-FARG., /lym., t. I, p. 173, n. 1.— Long, 5 lig.; neut. 3lig, :.
— Corps d’un noir brillant et pubescent ; tête de la largeur du thorax, et arrondie latéralement dans les mâles et les femelles, et prodigieusement grosse dans les neutres; antennes brunes, avec leur premier article noir à sa base ; mandibules striées, de couleur rougeâtre, thorax convexe, chagriné postérieurement et muni de deux tubercules ; ailes longues, légèrement brunâtres ; pattes brunes, avec les cuisses noires et les genoux d’un fauve brun; abdomen ayant son premier segment ridé à sa partie postérieure, et le second arrondi, les autres segmens globuleux.
Dans les neutres, le thorax est court, étranglé et sillonné surtout à sa partie postérieure.
Cette espèce se trouve dans la France méridionale, où elle vit sous les pierres.