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LES ACRIDIENS

Les Acridiens constituent la dernière tribu de l'ordre des Orthoptères, et en même temps la tribu la plus nombreuse en espèces. Les Acridiens sont de tous les Orthoptères ceux qui sont le mieux conformés pour sauter. Leur corps est plus robuste que celui des Locustiens, leurs cuisses postérieures sont en général plus fortes. Les insectes de cette tribu diffèrent des précédents par des caractères faciles à saisir: leurs antennes ne sont jamais longues, grêles et sétacées, comme chez les Sauterelles et les Gryllons; elles sont toujours assez courtes, soit aplaties et ensiformes, soit filiformes et assez épaisses, soit enfin dans quelcjnes cas renflées en massue à leur extrémité. Les parties de leur bouche n'offrent rien de bien particulier, seulement leurs palpes sont assez courts et cylindriques. On distingue presque constamment sur le

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sommet de la tête des Acridiens trois ocelles disposés en triangle.

Chez ces Orthoptères, les femelles manquent totalement de cette longue tarière que nous avons observée dans les deux tribus précédentes; elles sont pourvues de quatre pièces cornées plus ou moins acuminées , deux supérieures et deux inférieures, qui remplacent cette tarière. Dans les mâles on retrouve à la partie inférieure, au lieu des deux appendices cornés des femelles, une seule plaque ; on remarque en outre deux filets coniques très-courts.

Les Acridiens exécutent une stridulation perçante, qui est produite par le frottement des cuisses postérieures contre les nervures des élytres. Les cuisses sont garnies intérieurement de stries élevées trés-rudes, en sorte que ces cuisses, passant rapidement et avec force sur les nervures des élytres, produisent le sou à la manière d'un archet frottant sur les cordes d'un violon. De chaque côté du corps, à la base de l'abdomen, on remarque chez les Acridiens une profonde cavité, recouverte par une peau très-mince; plusieurs entomologistes ont pensé que cet appareil devait avoir quelque influence sur la stridulation aussi bien que sur le vol. Un observateur quia beaucoup étudié la production des sons chez les insectes, M. Goureau, croit au contraire, et c'est aussi notre avis, que le frottement des cuisses contre les élytres est la seule cause de la stridulation (l).

Le chant des Acridiens se fait surtout entendre vers la fin de l'été et pendant les beaux jours d'automne. On l'observe dans les plaines et dans les champs, car ces insectes sont si communs, que leur chant domine celui de tous les autres

Cl) Voy. ÀiniaL ,Jc la Société Eut

Les Acridiens sont malheureusement très-abondants dans toutes les régions du monde 5 au Nord , ils deviennent moins nombreux, et Ton n'a plus à redouter de leur part des ravages importants.

Mais dans le Midi il n'eu est pas de même; ces Orthoptères sont un véritable fléau , ils détruisent toute la végétation, et trop souvent ils réduisent à la disette les pays les plus fertiles.

Une foule d'auteurs, tant anciens que modernes, nous entretiennent des ravages causés par les Criquets : c'est ainsi qu'on nomme vulgairement les Acridiens, ou au moins les genres les plus nombreux de cette tribu.

Ces insectes sont parfois si nombreux, dans certaines localités, qu'ils dévastent très-promptement toute la végétation : c'est alors que, ne trouvant plus de quoi satisfaire leur appétit vorace, ils émigrent tous ensemble comme à un signal donné, et vont s'abattre sur des points encore épargnés. Pendant ces émigrations les Criquets volent tous si rapprochés les uns des autres, qu'ils produisent de loin l'effet d'un grosnuageet interceptent réellement les rayons du soleil.

La mort de ces insectes, loin d'être un bienfait, devient souvent la cause d'un mal plus grand : leurs corps amoncelés et échauffés par le soleil ne tardent pas à entrer en putréfaction ; c'est alors que leurs exhalaisons occasionnent des pestes qui sévissent rudement contre les populations. On comprend bien que d'aussi grands malheurs ne sont pas à déplorer chaque année; c'est seulement à des intervalles éloignés qu'ont lieu des ravages aussi épouvantables. Le plus ordinairement l'année qui suitcelleoù les Criquets se sont montrés en quantité prodigieuse , leurs dégâts sont peu à redouter; car il arrive l'réquemment

qu'après avoir tout ravagé, ils viennent encore à périr de faim avant le naoment de la ponte des œufs.

Dans le nord de l'Europe , même dans l'Europe tempérée , ces Orthoptères ne sont jamais un fléau redoutable , bien que les champs de luzerne aient parfois à souffrir de leurs ravages. Dans ces contrées leur multiplication paraît être moins grande , leur taille est aussi beaucoup moindre. C'est l'Europe, c'est l'Afrique, c'est l'Asie , principalement rOrient, où, d'intervalle en intervalle, l'on a à déplorer les malheurs causés par ces apparitions d'Acri^ diens. Nous ne rapporterons point tout ce qui est consigné à cet égard par les écrivains de tous les temps et de tous les pays ; nous nous contenterons de signaler les faits les plus importants.

Le plus ancien qui nous soit connu est écrit dans la Bible, au chapitre 10 de l'Exode. Il y est dit que par la huitième plaie d'Egypte, l'Éternel, par l'entremise de Moïse, fit venir les sauterelles (Acridiens) sur tout le pays d'Egypte, qu'elles couvrirent entièrement parleur nombre ce même pays où elles avaient été amenées par un vent d'orient et d'où elles furent enlevées par un vent d'occident lorsque le Pharaon qui régnait alors eut promis de laisser partir le peuple Israélite. Ce fait fut regardé comme un miracle, attribué à la puissance divine par les saintes Écritures. Le nom d'^rie^/i était celui sous lequel les Hébreux désignaient cesinsectes; chez les Latins, c'était sous ia dénomination de Locusta, qui leur était commune avec les insectes qui composent notre tribu des Locustiens, et avec celle d'Acris ( Axpi;) des Grecs, qui avaient la même étendue.

Au rapport de Pline, il existait dans plusieurs partiesde la Grèce une loi qui obligeait les habitants à détruire ces

insectes sous leurs trois états d'œufs, de larves et d'insectes parfaits. Dans l'île de Lemnos , chaque citoyen devait fournir tous les ans une certaine quantité de Criquets.

Mouffet, naturaliste du dix-septième siècle, énumère longuement les désastres occasionnés par ces insectes. Selon cet auteur, l'an 170 avant l'ère chrétienne, d'innombrables légions de ces Orthoptères auraient dévasté tous les champs des environs de Capoue. Tout le nord de l'Italie et le midi de la Gaule l'auraient été également l'an 181 de notre ère, après avoir été déjà épuisés par des guerres continuelles. Au rapport de saint Augustin, quelques siècles plus tard, l'Afrique fut le théâtre de semblables ravages: après avoir détruit toute la végétation, ces insectes, ayant été poussés dans la mer, puis rejetés sur le rivage, les exhalaisons de leurs corps se répandirent au loin , et occasionnèrent une peste qui lit périr dans le royaume de Numidie une partie de la population évaluée à huit cent mille âmes.

Pendant les années 1747 et 1 748 , la Moldavie . la Valacbie , la Transylvanie furent envahies par les Acridiens.

En 1749 ils causèrent les plus grands dégâts dans certaines parties de l'Europe. On rapporte que Charles XII, étant en Bessarabie , pensa être assailli par un ouragan accompagné de grêle , lorsqu'une foule de ces Orthoptères s'abattit sur ses hommes et leurs chevaux.

En 1780 ils se montrèrent dans l'empire de Maroc, et y causèrent la famine la plus affreuse. Les pauvres erraient de tous côtés , déterrant les racines des végétaux , se jetant sur les fientes des chameaux , pour y chercher les grains d'orge qui n'étaient pas en décomposition et dont ils se nourrissaient avidement.

Levaillant [Voyage, en Afrique de 17 89 à 1791) dit

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que des nues innombrables de sauterelle? passaient audessus de sa tête et venaient tomber dans des endroits qui avaient encore été épargnés ou que le soleil n'avait pas complètement brûlés. 11 ajoute qu'à une certaine distance on croyait voir un nuage épais , et que c'est seulement lorsqu'ils approchaient que se faisait entendre le bruit de leurs ailes s'entrechoquant les unes contre les autres, ce qui amenait la chute de plusieurs individus, bientôt ramassés par les Hottentots , qui les mangeaient avec plaisir.

D'aprèsM.Jakson, en 1799, les Criquets couvrirent toute la surface de la terre de Mogador à Tanger. Toute la région qui confine au Sahara fut ravagée ; tandis que de l'autre côté de la rivière el Kos on ne vit aucun de ces insectes. Un côté offrant le spectacle de la nature la plus riante, l'autre celui de la misère. Quand le vent vint à souffler, ils furent poussés dans la mer, puis rejetés sur la côte, et occasionnèrent par leur infection une peste qui désola la Barbarie. Dans ces temps de malheur, nous dit le même voyageur, les Arabes du désert, qui portent une haine implacable à tout le reste du genre humain , se réjouissent quand ils voient certaines contrées entièrement ruinées par ces insectes ; ils appellent ces essaims destructeurs : la bénédiction. Ils viennent alors fixer leurs tentes dans les lieux qui ont le plus souffert de la peste et de la famine.

Dans la France méridionale , où quelques espèces se montrent quelquefois en nombre immense , et y occasionnent d'horribles dégâts , des fonds sont alloués pour la chasse de ces insectes dévastateurs, et principalement de leurs œufs. M. Solier (1) nous a donné des détails curieux sur ce sujet.

{S) Annales de la Société Entomologique de France, t. I.

Les apparitions de Criquets furent redoutables pendant les années 1 6 1 3, 1 8 1 5, 1 822 et 1 824. Chaque kilogramme d'œufs était payé cinquante centimes , et celui d'insectes seulement la moitié de ce prix. A la première des époques que nous venons de signaler, la ville de Marseille fit une dépense de vingt mille francs, et la petite ville d'Arles une de vingt-cinq mille pour effectuer cette chasse. Les années suivantes furent moins malheureuses : on ne dépensa que mille deux cent vingt-sept francs en 1 822 ; cinq mille huit cent quarante deux en 1824 , et six mille deux cent en 1825. Mais plus récemment les pertes ne peuvent être comparées à celles des années précédentes ; dans les environs d'Arles seulement , ils épuisèrent pour leur nourriture quinze cents acres de blé.

Les ravages occasionnés par les Acridiens sont des plus redoutables, car la multiplication de ces insectes est trèsgrande : chaque femelle pond environ quatre-vingt-dix œufs. Les petits qui en naissent, se nourrissant de tous les végétaux quand le besoin l'exige, périssent rarement faute de subsistance. Les œufs sont enfouis dans la terre , et se trouvent ainsi à l'abri des atteintes de beaucoup d'animaux qui en feraient leur nourriture.

Les femelles enveloppent leurs œufs par une sécrétion de matière agglutinante , en font une masse en forme de cocon, et déposent cette masse dans des trous creusés en terre et refermés par une matière agglutinante.

Quelques peuplades, semblant vouloir se venger des torts que leur causent ces insectes, ont cherché à se les rendre utiles en en faisant un aliment. On en vend sur des marchés en Orient et en Afrique. Divers procédés sont employés par leur préparation; on leur arrache ordinairement les ailes et les pattes, et on les fait bouillir, soit

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dans du beurre, soit dans de l'huile. Au Sénégal, de même que parmi les Arabes, on les fait sécher et on les réduit en poudre comme de la farine. Le nom d'Acridophages a été appliqué à ces peuplades qui mangent des Acridiens.

11 ne faudrait pas croire que toutes les espèces de cette tribu soient jamais assez nombreuses pour causer des dégâts. On sait parfaitement que la plupart des Acridiens qui sont si nuisibles appartiennent surtout au genre Criquet proprement dit ( Acridium ) et au geni-e OEclipoda. Mais, comme parmi les autres genres il en est qui souvent ont contribué à exercer ces ravages, il nous a paru mieux de donner cette histoire aux généralités de la tribu.

Nous répartissons tous les Acridiens dans trois familles particulières; toutes les divisions en sont énoncées dans le tableau suivant.

TABLEAU DES DIVISIONS

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