‹ Histoire naturelle des insectes, leurs moeurs, leurs métamorphoses et leur classification, ou Traité élémentaire d'entomologieChapitre 37 sur 152 · ACRIDIENS · texte numérisé non relu

ACRIDIENS

Antennes courtes , filiformes ou prismatiques, n’excédant pas ordinairement la longueur du corselet. Cuisses postérieures très-ren-

flées, propres au saut. Tarses de trois articles. Abdomen n’offrant point de tarière saillante chez les femelles.

PREMIÈRE SECTION

LES EUPLEXOPTÈRES.

Cette section ne renferme qu’une seule tribu, c’est celle des Forficuliens.

PREMIÈRE TRIBU

LES FORFICULIENS.

Les insectes que nous désisnons ainsi sont parfaitement conpus de tout le monde; partout en Europe on applique | vulgairement à ces Orthoptères le nom de Perce-oreilles,

ou un nom équivalent dans diverses langues.

Les Forficuliens sont assez communs, au moins en individus sinon en espèces, pour qu’ils n’aient échappé à personne. Leur corps parallèle, leurs élytres courtes, laissant l'abdomen à découvert, donnent à ces insectes un aspect assez analogue à celui des Staphyliniens; d'autant plus que, comme ces derniers, ils redressent leur abdomen d’une manière menaçante quand on les inquiète. Mais les Forficuliens ont l'extrémité de leur corps armée de deux appendices cornés , très-durs , formant le erochet, et présentant souvent des dents. Ces deux appendices constituent ainsi une pince, qui est une arme offensive ou défensive. C’est peut-être encore ce qui n’a pas peu contribué à faire croire que ces Orthoptères, s’introduisant dans les oreilles, pouvaient ainsi faire beaucoup de mal; de là eur nom de Perce-oreille, qui n’est pas réellement justifié, car ilest bien positif que les Forficuliens ne s’introduisent pas dans les oreilles, et ne sont nullement à redouter. Si par hasard des Forficuliens ont pénétré dans les oreilles de

personnes endormies, c'est seulement parce qu'ils recher-M chent toujours des cavités pour s’y réfugier. D'ailleurs, ils M ne sauraient exister dans de semblables circonstances : ce *! sont des insectes ne vivant en général que de substances végétales, souvent décomposées ; ils mangent quelquefois d’autres insectes, mais le cas paraît plus rare. On assure, d'autre part, que le nom de Perce-oreille ne leur vient pas de la ferme croyance qu’ils pénètrent dans les oreilles ; mais parce que la pince dont est muni.leur abdomen ressemble à celle dont se servaient autrefois les bijoutiers pour percer les oreilles auxquelles on voulait attacher des pendants.

Au reste, Comme ceci n’a qu’un très-médiocre intérêt, nous ne nous y arrêterons pas davantage.

Les Forficuliens sont remarquables par leur structure, et leurs ailes mêmes suffiraient pour les distinguer de tous les autres insectes. Quand ces ailes sont étendues, on s’étonne que des membranes aussi grandes puissent se loger sous des élvtres aussi petites. Mais leur texture est très-délicate : elles se plient d’abord exactement dans le sens longitudinal comme un éventail; puis elles se replient sur elles-mêmes au point où les nervures sont épaissies ; et enfin un second repli leur permet de se placer sous les élytres. On aperçoit leur extrémité, qui les dépasse un peu et dont la consistance est aussi assez coriace. L’abdomen , comme chez tous les insectes chez lesquels il n’est pas recouvert, n’est pas moins solide en dessus qu’en dessous. Floffreseptanneaux distincts dans les femelles; mais dans les mâles on en compte neuf : en outre, chez ceux-ci on remarque à l'extrémité du dernier un appendice dans les mâles, qui n’existe pas chez les femelles.

Les pinces terminales sont toujours un peu plus fortes

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chez les mâles que chez les femelles. Les antennes des Forfculiens sont moniliformes, et le nombre d'articles dont elles sont composées est extrêmement variable, Ces Orthoptères ont des habitudes un peu nocturnes; ils se montrent rarement dans le jour. On les trouve dans | toutes sortes de cavités, sous des détritus etsous des écorces. [ls volent avec une grande facilité et avec beaucoup d’agilité.

| On a observé que les femelles veillaient maternellement sur leursœufs, après les avoir déposés, soitsous une pierre, | soit dans tout autre endroit; elles ne les quittent pas, et si quelque danger paraît les menacer, elles les transportent ailleurs.

Les petits qui naissent de ces œufs ressemblent complé- tement aux insectes adultes ; la consistance moins grande de leurs téguments et l'absence totale d'ailes sont les seules différences.

Après plusieurs changements de peau successifs, ces

insectes arrivent à l’état parfait.

NN À l'exemple de la plupart des entomologistes, nous n’ad-

mettons qu’un seul genre dans la tribu des Forficuliens ; . nous n'avons donc point à donner de tableau de ses divisions. On n’a pas manqué cependant d'établir dans cette tribu des coupes génériques très-nombreuses par rapport à son étendue ; mais elles ne reposent sur aucun caractère saillant. Les Forficuliens offrent seulement de légères différences dans la forme et la longueur des pinces de l’abdomen, dans l’aplatissement du corps, dans la longueur proportionnelle des articles des tarses, dans le nombre d'articles composant les antennes : ce qui varie entre toutes les espèces ; mais il n’existe pas un caractère important, ni même un caractère léger bien limité : il ne faut

done admettre que de simples divisions ou tout au plus. des sous-genres dans le grand genre Forficule (Forficula). | Onrencontre des Forficuliens dans tous les pays du monde, | dans les régions les plus chaudes et sur les terres les plus froides ; et cependant leurs espèces ne sont pas très-multipliées : car on n'en a pas décrit plus de cinquante à, soixante. | Le type du genre est la Forficule-Perce-oreille ( Forficula auricularia, Lin.) (pl 13, fig. 1), longue de quinze à | vingt millimètres ; d’un brun foncé luisant, avec latéterous- | sâtre, des antennes de quatorze articles, un corselet bordé de jaune, des élytres brunes également bordées de jaune et | des pattes d’un jaune pâle. Cette espèce est très-commune dans toute l’Europe. | | Une petite espèce de notre pays, la Forficule petite (Forficula minor, Lin.), dont on a formé aussi le genre Labia, voltige quelquefois le soir autour des fumiers. Elle n’a que : cinq à six millimètres de long ; son corps est d’un jaune} brunâtre ; ses antennes n’ont que douze articles. | La Forficule géante (Forficula gigantea, Lin.) est commune dans le midi de la France, sur les bords de la! mer ; ses antennes ayant un grand nombre d’articles, on en a formé le genre Forficesila. | On a nommé Chélidura des Forficules dont les élytres et les ailes sont rudimentaires. |

DEUXIÈME SECTION

LES DERMAPTÈRES. |

C’est sous ce nom que de Géer le premier désigna l’ordre | des Orthoptères. Comme ce dernier nom a prévalu dans | la science, quoique venu plusieurs années plus tard, nous avons restitué la dénomination de Dermaptères, comme |

Pa DES INSECTES. 213

nom on. Les Dermaptères, ainsi opposés aux Eu-

plexoptères, sont divisés en six tribus ; chez eux leur

ailes ne se replient jamais que dans le sens longitudinal : en outre, l'abdomen ne porte pas d’appendices cornés ni d’appendices analogues aux pinces des Euplexoptères : ce sont seulement des filets articulés.

DEUXIÈME TRIBU

LES BLATTIENS.

” Ces Orthoptères sont encore parfaitement connus dans … tous les pays : ils le sont d'autant plus, qu’ils sont en gé- . néral fort nuisibles. Les Blattiens sont, la plupart, des in- 4 sectes omnivores, attaquant toutes les substances mortes, végétales ou animales. Ils dévorent nos provisions de bouche, abondent quelquefois dans certaines maisons, princi- …… palement dans les cuisines. Ils sont un fléau à bord des navires marchands. Ils attaquent non-seulement les pro- £ visions, mais aussiles cuirs, les vêtements. Ils parviennent même à ramollir le bois au moyen d’un liquide qu'ils ont # propriété de sécréter ; leur corps aplati leur permet de s'introduire facilement entre les plus étroites fissures des ses et les plus étroits intervalles des barils : c’est ainsi w'il arrive parfois que des caisses renfermant des comesbles se trouvent entièrement remplies de ces insectes, qui …— en ont bientôt dévoré tout le contenu.

— Les Blattiens sont des insectes d’une extrême agilité , = courant avec la plus grande vitesse ; ils exhalent une odeur “ nauséabonde des plus repoussantes, persistant souvent x sur les objets qu'ils ont touché. Ces Orthoptères sont la plupart nocturnes, et ne se montrent jamais pendant … Je jour : de là vient la dénomination de Lucifuges, que leur appliquaient les anciens, car on a connu ces insectes

depuis les temps les plus reculés. Les Grecs les appelaient

Sylphes, et les Latins Pattes.

Les Blattiens ont en général un corps plat, large, une tête enfoncée dans le prothorax, sous lequel elle est totalement cachée. Des antennes très-longues, sétacées, multiarticulées , des pattes essentiellement propres à la course.

Quelques auteurs, s’attachant à l’aspect très-particulier \

de ces insectes, ont voulu en former un ordre à part; mais on ne voit pas réellement d’après quelles raisons ; car les Blattiens n’offrent pas de caractères qui permettent de

les séparer des autres Orthoptères. Leur conformation,

tant interne qu’externe, est la même ; leur mode de développement est taut à fait semblable.

Les sexes peuvent être distingués chez les Blattiens d’après le développement de l'abdomen : il est beaucoup plus renflé dans les femelles que dans les mâles. En outre, dans ces derniers on compte huit anneaux, tandis que dans les premières on n’en distingue que six ou sept. Ces insectes, comme beaucoup d’Orthoptères, pondent leurs œufs renfermés dans une coque de consistance plusou moins coriace. A cet effet, les Blattiens sont pourvus d’une glande sérifique, appareil qui consiste en de nombreux vaisseaux sé-

crétant la matière propre à former cette enveloppe, ou sorte de capsule. Elle a un peu la forme d’une fève ou ha-"

ricot, ayant aussi deux sortes de valves à l’intérieur; elle offre un certain nombre de compartiments renfermant chacun un œuf. Cette capsule affecte de légères différences

dans la forme, selon les espèces; cependant elle est tou-. |

du

jours plus ou moins en carré long avec les angles émoussés, !

ayant une série de dentelures très-serrées sur une des : arêtes par où doit se faire l'ouverture lors de l'éclosion

des petites larves.

Les femelles portent pendant quelque temps cette capsule appendue à l'extrémité de leur abdomen ; mais elles finissent par l'abandonner au hasard. Au moment de l’éclosion , les jeunes larves ramollissent cette enveloppe, au . moyen d’un liquide qu'elles dégorgent et qui facilite la | déchirure de la capsule.

Le nombre de larves qui est fourni par chaque capsule explique la prodigieuse multiplication des Blattiens. Chez la Blatte germanique il est de trente-six ; dans le Karkerlac des cuisines il est seulement de seize; des enveloppes de Blattes exotiques nous en ont montré souvent une quantité bien plus considérable.

Nous devons à M. Hummell des observations sur les changements de Blattiens faites sur notre petite Blatte germanique.

Cet entomologiste placa sous un verre et l'enveloppe d'œufs et sa mère. « Celle-ci, nous dit-il, la prit en tout sens entre ses pattes, et lui fit une ouverture longitudinale d’un bout à l’autre. À mesure que cette fente s’élargissait, sortaient de petites larves blanches roulées et attachées deux à deux. La femelle, continue M. Hummel, présidait à cette opération et les aidait à se développer, en frappant doucement avec ses antennes. Toutes ces petites larves Commencèrent par agiter leurs antennes, puis leurs pattes, et bientôt elles marchèrent. »

Dès que ces jeunes larves furent sorties, la femelle ne s'en occupa plus. Il y en avait alors trente-six de couleur blanchâtre, n'ayant que les yeux noirs et un point sur l’abdomen, indiquant le canal intestinal, qu’on voyait un peu par transparence. Mais elles ne tardèrent pas à prendre une autre couleur , d’abord verte et ensuite noire, nuancée de gris.

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