‹ Histoire naturelle des mammifères [microforme] (volume 2)Chapitre 5 sur 96 · REMARQUES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

REMARQUES HISTORIQUES

Les anciens ne connaissaient qu'un très-pelit nombre des Mammifère$ qui sont aujourd'hui décrits dans les ouvrages des naturalistes, parce que ce n’est qu'à une époque tout à fait récente que les nations ont établi entre elles ces transactions qui relient toutes les sociétés humaines et qui permettent aux divers peuples d'échanger paisiblement entre eux les produits natureis des pays qu'ils habitent.

Grâce aux progrès de la civilisation chez les peuples de l'Europe occidentale, le globe entier est aujourd’hui bien près d'être connu , Ct l'on a-réuni ses productions continentales ou maritimes dans de vastes musées qui font honneur aux temps modernes. Les civilisations antérieures n'avaient pu opérer ce curieux recensement des productions naturelles que le Créateur a dispersées avec une si étonnarte régularité dans les eaux de la mer, sur les îles ou à la surface des continents, et l'isolement dans lequel ces peuples sont le plus souvent restés les uns par rapport aux autres, ne leur ont pas même permis de se communiquer lés documents obtenus par chacun d'eux. Il ne paraît pas, en effet, que les connaissances scientiliques"des Assyriens ou des Babyloniens et celles que les Hébreux ont recues des Égyptiens ou des Phéniciens, aient notablement profité aux Grecs et aux Romains. On suit bien la marche de la civilisation vers l'Occident après les transformations qu'elle à subies en Orient : on voit quelques colonies dirigées par des conquérants ou par des marchands qui s’élablissent dans la région méditerranéenne, et cela à des époques très-éloignées de nous, mais les souvenirs qui en sont restés dans la mémoire ‘des peuples ont un caractère plus héroïque que réellement historique, et si utiles qu'aient pu être les notions des anciens, relatives à l'Histoire Naturelle, elles ne sont pas au nombre de celles qu'on se transmettait alors avec la civilisation. Aussi faut-il chercher séparément dans les monuments des Égyptiens, dans des ruines encore à peine connues de l'erchitecture assyrienne, dans les livres sacrés des Hébreux où dans les premiers poëtes de la Grèce, les détails à l'aide desquels on essaie maintenant de refaire l’histoire des premières découvertes scientifiques.

D'ailleurs, l'autorité de ces anciennes Civilisations était restée circonscerite dans des limites assez étroites, peu éloignées, comme on le sait, de l'Asie Mineure, qui leur servait de berceau, et non-seulement la Nouvelle Hollande etles deux Amériques devaient être inconnues longtemps encore, mais on n'avait à cette époque que des notions erronnées sur l'étendue

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INTRODUCTION. vil de l'Europe, de l’Asié ou de l'Afrique ; les principales espèces de quadrupèdes , propres à ces trois dernières parlies du monde, étaient presque entièrement ignorées et celles que l’on connaissait n'avaient donné lieu à aucune étude un peu séfieuse.

Lorsque les Carthaginois eurent dépassé les Colonnes d'Hercule , c'est-à-dire le détroit de Gibraltar , ils nerecueillirent à leur tour que des renseignements imparfaits sur les Animaux de l'Afrique occidentale, et d’ailleurs ces documents nous sont restés presque entièrement mconnus. On ne sait pas exactement jusqu'où se sont étendus leurs voyages et les observations qu'ils ayaient faites sur les espèces propres aux régions du grand Atlas, sur lesquelles s'étendait plus particulièrement leur domination, ne sont pas parvenues jusqu’à nous, Les documents anciens que la science possède sur cette dernière région lui ont été fournis par les Romains, lorsqu'après des luttes si longues et si persévérantes ils eurent substitué leur domination à celle de Carthage.

Ces détails historiques nous expliquent comment les ouvrages anciens sont si souvent muets à l'égard d’un grand nombre d'Animaux qui nous sont aujourd'hui familiers. Les écrits d’Arisiote, qui nous .donnentsune idée de la science des Grecs à l’époque d'Alexandre, ne parlent guère que des espèces propres à Ja Grèce elle-même, et tout ce qu'ils disent de certaines autres, répandues dans la région barbaresque, dans le bassin du Nil, dans les parties occidentales de l'Europe ou de l'Inde, est le plus souvent incorrect.

Aristote n’est exact que lorsqu'il parle des Mammifères indigènes, c'est-à-dire des Mammifères de la Grèce ou des pays qui s'en rapprochent le plus ; encore méle-t-il souvent à des faits positifs beaucoup d'erreurs populaires. Ce qu'il dit des Oiseaux qui vivent en Grèce ou qui y viennent, des Poissons qui babitent dans la mer, sur les côtes de ce pays, et de différents Mollusques ou Zoophytes propres aux mêmes caux, est aussi d’une justesse remarquable. I faut aller ensuite jusqu'à Gesner, à Belon et à Rondelet, c’est-à-dire jusqu’à la Renaissance pour trouver d'aussi bonnes observations ; aussi doit-on se demander comment l’assertion des anciens qu'Aristote aurait obtenu, par les expéditions d'Alexandre, des détails sur les Animaux de l'Inde où sur ceux de l'Égypte a pu être acceptée var tant d'auteurs, et l'on comprend difficilement que G. Cuvier lui-même ait pu.ajouter foi au récit d'Athénée sur les sommes immenses (huit cents talents ou à peu près trois millions de notre monnaie) que le chef des Péripatéticiens aurait reçues d'Alexandre pour faire faire des recherches scientifiques, Pline n'est probablement pas plus véridique qu’Athénée lorsqu'il nous parle des nombreux collecteurs (plusieurs milliers d'hommes) qu'Alexandre aurait mis en même temps à la disposition de son précepteur.

Les écrits de Théophraste, qui fut le disciple et le successeur d’Aristote, ne nous donnent pas davantage l'analyse de ces prétendues observations d'histoire naturelle que tant d'hommes , tant d'argeñt et tant d'expéditions aventureuses n'auraient pas manqué de fournir. Callisthène, élève et petit neveu d'Aristote, accompagna bien Alexandre comme Savant, mais il fut mis à mort par les ordres du grand capitaine pendant le cours de l'expédition. Alexandre, irrité contre lui, le fit périr dans les supplices à Cariate, en Bactriane, et l'histoire ne nous dit pas même s’il fit recueillir les observations que Callisthène avait déjà réunies,

Aristote n'a connu les productions de l'Inde que par l'ouvrage de Ctésias et celles de l'Égypte que par le récit d'Hérodote. Certains détails d'histoire naturelle relatifs à l'Égypte ou à l’Asie-Mineure auxquels il est fait allusion dans la Bible ne parvinrent pas jusqu’à lui; à plus forte raison en fut-il de même de ceux que nous tr

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INTRODUCTION

Le Peri x05n istorias d'Aristote, que nous regardons souvent comme l'expression de la science zoologique chez les anciens, n’est donc que le résumé des observations faites

| dans leur propre pays par les*philosophes ou les savants de la Grèce, et ce résumé

sans doute, comme la plupart de leurs écrits, été fort souvent altéré dans les copies qu l'ont transmis jusqu’à nous. On aura la démonstration de ces deux propositions en relisant simplement l’histoire des Mammifères telle qu'il en est question dans Aristote. Elle comprend une cinquantaine d'espèces qui, pour la plupart, sont communes dans l'Europe orientale, Celles du nord de l'Afrique ou de l'Asie occidentale et méridionale “qui y sont mentionnées sont ‘en général mal définies, et quelques-unes donnent lieu à des erreurs qui indiquent souvent un travail de pure compilation, C'est ainsi qu'Aristote, en parlant de la Martichore, d’après Ctésias, il est vrai, attribue à cet Animal une triple rangée de dents; la taille, la crinière et les pieds du Lion; la face et les oreilles de l'Homme; des yeux bleus; un corps rouge cinabre; une queue telle que celle du Scorpion terrestre, armée d'un aiguillon et de

. pointes qu'il lance comme des traits. « Sa voix, ajoute-t-il, semble être le son réuni de la

flûte et de la trompette; il a la vitesse du Cerf est cruel et ayide de chair humaine. » (Arislote, éraduction de Camus, t. 1, p. 69.) -

Voilà un exemple des contes qui ont servi de base à l'histoire naturelle pendant une si longue suite de.siècles, et à toutes les époques les auteurs les plus judicieux, n'ayant pas les connaissances réellement scientifiques que les modernes ont seuls possédées, ont souvent accepté comme véridiques les récits les plus mensongers et les fables les plus bizarres. Quelques-uns semblent même les avoir recherchés de préférence, et Pline, qui appartient au premier siècle de l’ère actuelle, est l’un.de ceux qui ont mis le moins de discernement dans le choix de leurs récits. à

Les Romains aimaient les Animaux, mais éômme objet de curiosité plutôt que comme moyen d'instruction scientifique. Leur goût pour les Bestiaires les a souvent engagés à faire venir à grands frais du centre de l’Europe, de l'Asie occidentale et surtout du nord de l'Afrique, des Carnivores de grande taille comme des Ours, des Panthères, des Hyènes, des Lions, même des Tigres, ou des Ongulés plus ou moins gigantesques, parmi lesquels nous citerons les deux espèces d'Éléphänts, les Rhinocéros à une corne et à deux cornes, l'Hippopotame et la Girafe. :

C'est vers la fin de la république et pendant les premiers temps de l'empire que ces exhibitions paraissent avoir été plus communes ; mais l’histoire naturelle n’en a guère plus profité que la morale, et tout ce qu’elles nous ont appris se résume dans des luttes où l’on voit des Hommes, quelquefois même des Femmes, aux prisesavec des Animaux féroces, dans des carnages sans nombre et dans des nombres très-probablement exagérés. En effet, on compte par centaines les Animaux féroces et d'espèces rares que les Romains disent avoir fait périr dans leurs cirques; mais si nombreux que fussent alors ces Animaux dans les forêts de la région méditerranéenne où on les prenait pour la plupart, ils ne l’étaient certainement pas autant qu’on pourrait le supposer à la lecture des relations exagérées que les écrivains nous ont transmises au sujet de ces spectacles barbares,

L'abbé Mongez a pris la peine de faire un relevé complet de tous les Animaux dont il est question à cette occasion, et, dans le Jardin des Plantes, nous avons reproduit, d’après G. Guvier, la liste qu'il en a dressée. La phrase suivante, que nous empruntons au résumé que G. Cuvier a publié de ce travail de Mongez, donnera une idée de la confiance que l'on doit avoir dans les indications qui nous sont parvenues sous ce rapport :

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INTRODUCTION. IX

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Pline, qui vivait deux siècles avant le règne de Probus, avait déjà recueilli quelques détails analogues, quoique moins exagérés. Son ouvrage est une élégante compilation, mais, comme nous l'avons déjà dit, il manque de critique. On y trouve cependant beaucoup de faits qu’Aristote n'avait pas connus, et il ÿ est question d’un plus grand nombre d'espèces, tant exotiques qu’indigènes.

Oppien, poëte grec du troisième siècle, donna sous le nom de Cynégétiques, un ouvrage relatif aux chasses assez analogue à celui que Xénophon avait écrit plus de six cents ans auparavant, et l'on attribue à Elien, compilateur du même pays et de la même époque qu'Oppien, un Traité sur la nature des Animaux qui est intéressant à consulter parce qu’il renferme des passages tirés de beaucoup d'auteurs qui ne nous sont pas parvenus.

C'est pendant le siècle précédent qu'avait vécu Galien, médecin célèbre né à Pergame, qui avait étudié à l’école d'Alexandrie, Galien fut l'un des fondateurs de l'anatomie et de la physiologie, et c’est principalement dans ses écrits que les médecins apprenaient l'anatomie antérieurement à Vésale, Nous verrons en traitant des Singes, que le Magot est l'espèce qu’il a le plus disséquée. ne

L'histoire naturelle avait fait peu de progrès à Rome pendant le règne des empereurs , et elle n'avait pas été plus étudiée ailleurs pendant le même temps. Il en fut de même lorsque le christianisme s'établit sur les ruines du paganisme, et, pendant tout le moyen âge, elle fut abandonnée comme les autres études libérales. On ne trouve que peu de documents qui s’y rapportent dans les Pères de l'Église, encore sont-ils loin d’être toujours exacts. C’est ainsi que saint Augustin parle d’une dent de géant qu'il aurait vue sur le rivage d'Utique et qui aurait pu faire cent de Âos dents ordinaires. Cette dent, qui bien certainement n’était pas celle d’un homme, provenait probablement de quelque Éléphant ou d'un Mastodonte; mais c'est ce qu’il est fort dificile de décider, ces deux genres de Proboscidiens ayant laissé l’un et l'autre des débris fossiles dans le sol du nord de l'Afrique.

Saint Isidore, de Séville, évêque et chroniqueur, qui vécut de 570 à 636, est souvent cité comme naturaliste, mais on ne peut pas dire non plus qu'il ait réellement fait faire des progrès à la science. G. Cuvier, qui le donne avec raison comme un compilateur très-peu instruit, ajoute : « On ne parle de son ouvrage dans l’histoire des sciences que comme d’un monument de l'ignorance du temps où il vivait. » A l'époque de saint Isidore le moyen âge avait déjà commencé, et la même ignorance devait durer presque autant que lui. Les Scandinaves étaient alors supérieurs dans les lettres et dans les sciences aux nations du centre et du midi de l'Europe, et ce furent les Arabes d'Espagne qui réveillèrent plus tard dans ce pays et dans le Languedoc le goût des études libérales.

Au xie siècle, les chrétiens, qui cherchaient à s'instruire, se rendaient à leurs écoles, et celle de Montpellier, qui date du xu°, leur doit son origine. Ce fut à l'aide de manuscrits

arabes que les textes d’Aristote furent en partie rectifiés et complétés, et ce fut vers cette époque que le philosophe grec commença à acquérir une si grande autorité auprès des scolastiques,

Au x siècle, le goût pour les Connaissances cérieures commençait cependant à se réveiller, Saint Thomas d'Aquin prouva par ses écrits que les sciences lui étaient familières , et l'on trouve dans l'ouvrage encyclopédique d'Air :e Grand beaucoup plus de notions

z0ologiques que dans Aristote qui lui sert cependant de base, Plusieurs Animaux du nord ITe PARTIE, b

x INTRODUCTION, de l'Europe y sont mentionnés pour la première fois et cela d'une manière assez exacte. Albert le Grand mourut en 1280. Ses œuvres n’ont été publiées qu'en 1651.

La Renaissance, qui donna le signal des grandes découvertes géographiques , eut par R une heureuse influence sur les progrès des sciences naturelles. Sans aucun doute ce furent ces deux ordres de connaissances, la géographie qui étendait la domination des souverains, et l'histoire naturelle qui donnait lieu à tant d'applications économiques, qui ont le plus contribué, à partir de cette époque, à accroître le bien-être des nations occidentales ; ce sont elles qui leur ont livré peu à peu le globe presque entier.

Les voyages et les établissements des Portugais sur ia côte occidentale d'Afrique, la découverte du cap de Bonne-Espérance, l’arrivée des bâtiments européens dans la mer des Indes, !: découverte de l'Amérique méridionale, et, plus tard, la colonisation de l'Amérique du Nord et celle des terres australes, devaient transformer la civilisation en lui permettant l'exploitation d’un grand nombre de productions étrangères à l'Europe ou que l'Europe ne produisait qu’en trop petite quantité. Cette activité, que les admirables applications de la mécanique, de la physique et de la chimie, devait plus tard seconder avec tant de succès, ouvrit aux nations modernes des relations bien autrement étendues que célles établies autrefois par les Phéniciens, les Égyptiens, les Grecs, les Carthaginois ou les Romains, et elle fournit à la science le moyen de s'enrichir en même temps d’une foulexde découvertes importantes.

Des voyageurs hardis et savants explorèrent successivement tous ces pays nouveaux pour les Européens ; les Animaux si singuliers qu'ils y rencontrèrent frappèrent leur imagination, et les naturalistes éprouvèrent souvent une grande difficulté à les dénommer lorsqu'ils parurent à leurs yeux pour la première fois. Aussi leurs récits se ressentent-ils souvent de cet

étonnement, et les exagérations ou les erreurs de quelques-uns d’entre eux ne le cèdent point à celles que les anciens nous ont léguées.

Plusieurs naturalistes appartenant à l'époque de la Renaissance ont laissé de grands noms dans la science : tels sont Gesner, Aldrovand, Belon, Rondelet, auprès desquels se placent Margrave, Bontius et quelques autres moins connus peut-être, mais dont les découvertes ne manquent pas non plus d'intérêt. En même temps les anatomistes faisaient aussi de précieuses recherches. Fabricius d'Aquapendente, Vésale, Harvey, Riolan et tant d’autres encore appartiennent à cette grande époque et méritent d’être cités ici, car leurs découvertes reposent autant sur l'observation anatomique des Mammifères que sur celle de l'Homme, que Galien avait à péine entrevue.

Césalpin, naturaliste italien du xvie siècle, avait donné, le premier, une classification naturelle des plantes. Ce fut un savant anglais, Jean Ray, qui publia le premier ouvrage de zoologie méthodique. Son Synopsis methodica animalium, qui parut en 1693, eut une grande influence sur les progrès de la classification. Ray ne traite dans ce volume que des Animaux mammifères , qu'il appelle Quadrupèdes vivipares, comme l'avait fait Aristote, et il les divise en plusieurs groupes, d'après la considération des pieds, suivant qu'ils sont Onguiculés ou ongulés, Certains rapprochements faits par Ray montrent qu'il avait à un haut degré le sentiment des rapports naturels, et s’il emploie le mot de Quadrupèdes, c’est pour rester fidèle au maître; car il fait remarquer qu'il y a des Animaux dont le cœur a deux ventricules comme celui de ces Quadrupèdes, dont la génération est également vivipare, la respiration pulmonaire et le Corps en partie couvert de poils, qui n’ont cependant que deux pieds au lieu de quatre; le Manati où Lamantin par exemple. Ray le classe à côté des Phoques, comme on l'a fait souvent depuis, et, en parlant des véritables Cétacés, 1 fait

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Un autre mérite de l'ouvrage de Ray, c'est d’avoir fait, l'un des premiers, un emploi habituel de la nomenclature binaire. Les Quadrupèées y sont classés par genres, et chaque espèce a pour dénomination le nom de ce genre, suivi d’un mot spécifique servant à la qualifier. De là à la réforme opérée par Linné il n'y avait qu'un pas; cependant il fallut toute la science et toute l'influence du naturaliste suédois pour faire accepter cette nomenclature que les naturalistes reconnaissants appellent indifféremment aujourd’hui nomenclature binaire ou nomenclature linnéenne.

Linné est le grand naturaliste classificateur du xvine siècle. Dans les diverses éditions de son célèbre ouvragedntitulé Systema naturæ , il a successivement perfectionné sa méthode mammalogique. Si ‘dafis la première de ces éditions, il laissait encore les Cétacés parmi les Poissons, sous le nom de PLAGiuREs (Plagiuri), dans les suivantes, il mit en pratique le conseil donné par Ray, et, grâce à quelques indications nouvelles de Bernard de Jussieu, il réunit dans une seule classe, sous le nom de Mammalia, qui veut dire pourvus de mamelles, tous les Vivipares à sang chaud, soit quadrupèdes, soit bipèdes. Ces Animaux furent alors répartis en sept ordres , sous les dénominations suivantes :

1° PrimATESs, d'abord nommés Antropomorphes. Ce sont, indépendamment de l'Homme, les Singes, les Lémures et les Chauves-Souris, auxquels il joignit, dans plusieurs occasions, les Bradypes ou Paresseux, qu'il a quelquefois, et avec plus de raison, classés parmi les Brutes ; :

2° BruTA, ou ces mêmes Bradypes réunis aux Myrmecophaga où Fourmiliers, aux Manis ou Pangolins, aux Dasypus ou Tatous, et, ce qui est moins convenable, au Rhinocéros, à l'Éléphant et au genre Trichecus, qui réunit le Lamantin, le Dugong et le Morse ;

3° FERAE, ou les bêtes féroces. Ce sont les genres Phoca, Felis, Viverra, Mustela, et ceux des Didelphis, Talpa, Sorex et Erinaceus, qu'on a dû éloigner des précédents;

4° Les GLiRES, répondant à nôs Rongeurs ;

5° La PecoraA, ou les genres Camelus, Moschus, Cervus, Camelopardalis et Bos ;

6° Les BELLUAE, ou les genres Equus, Hippopotamus, Tapirus et Sus. Linné avait d'abord, employé pour ces Animaux le nom de Jumenta, dont nous nous servirons mais sans s'étendre aux Hippopotames et aux Sus ou Sangliers qui sont des Bisulques ;

7 Les CETE, vulgairement Cétacés.

Pendant que les nouvelles éditions ou les simples réimpressions du Systema naturæ se succédaient et répandaient le nom de Linné dans toutes les écoles de l'Europe, la mammalogie senrichissait de nombreuses découvertes par les soins de quelques autres observateurs.

Buffon concourut plus que tout autre à cette rénovation par la publication de son immortel ouvrage. En même temps qu'il travaillait à étendre les horizons de la science, il réunissait et diseutait les matériaux épars dans les récits des voyageurs ou dans les écrits des zoologistes. L'exact Daubenton, son collaborateur habituel, assu ait, par des descrip-

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XII INTRODUCTION

Ce fut la nomination de Buffon à l'intendance du Jardin du Roi qui décida de la vocation de ce Célèbre écrivain. Chargé en chef de l'administration de ce grand établissement, Buffon prit l’histoire naturelle générale pour objet principal de ses nouvelles études, et il voulut qu'elle entrât dans une voie toute nouvelle.

Un des plus grands services que là science Ii doive, est d'avoir reconnu le pre-

| mier que les Animaux ont été distribués à la surface du globe conformément à des règles précises. Ses vues sur la géographie z00logique ont été étendues et singulièrement perfectionnées depuis qu'il a été possible aux naturalistes de comparer plus exactement qu'il ‘n'avait pu le faire les espèces de l'Afrique avec celles de l'Inde et celles des régions arctiques de l’ancien continent avec celles de l'Amérique septentrionale. L'observation des Mammifères propres à Madagascar, et, plus particulièrement encore, celle des espèces australiennes, à aussi permis d'ajouter de nombreuses remarques aux découvertes que Buffon avait déjà entrevues. La Comparaison des espèces qui vivent dans Chaque continent avec celles qui les y ont précédées et qu'on n'y trouve plus qu'à l'état fossile, a donné plus récemment à cette partie de la mammalogie une importance philosophique qu'on ne saurait contester. Les Mammifères, qui sont, de tous les êtres organisés, les plus compliqués dans leur structure et ceux qui sont appelés à jouer le rôle le plus impo (à Atrau sein de la création, sont aussi ceux dont la distribution à la surface de notre plaMéléa été soumise aux règles les plus précises et les plus évidentes. La dispersion de quelques-uns d’entre eux sur tous les points du globe est le fait de l'Homme et point du tout celui de Ja nature; elle est postérieure au grand cataclysme diluvien ou même tout à fait récente. Les espèces, ainsi rendues cosmopolites, sont des espèces domestiques ou parasites, et sans l'Homme les Animaux mammifères seraient restés cantonnés dans les limites qui leur avaient été imposées à l'origine ; car, lors de la création, chaque terre a reçu celles qui convenaient le mieux à sa propre nature. :

Pallas, naturaliste allemand au service de la Russie, joignit à la précision de Daubenton les tendances méthodiques de Linné, et s’il n’arriva pas à la même hauteur de vues que Buffon, il sut néanmoins imprimer à la science une heureuse impulsion, en rattachant plus directement encore que ne l’avaient fait Réaumur, Guettard et quelques autres en France, la paléontologie à l'anatomie zoologique, par la comparaison des espèces fossiles de Mammifères avec les vivantes.

Vicq-d’Azyr, trop tôt enlevé aux sciences, se rendit célèbre comme anatomiste, et, à limitation de plusieurs autres , il publia une classificatiôn mammalogique. Adanson, plus Connu comme botaniste, Lacépède, qui a surtout écrit sur les Reptiles et les Poissons, et quelques savants non moins célèbres, rendirent aussi des services à la zoologie,

Les naturalistes de l'Angleterre, de la Hollande et de l'Allemagne, écrivirent aussi sur les Mammifères, soit pendant le xvine siècle, soit pendant le commencement du xIxe, On distingue parmi eux Shaw, Pennant, Allamand, P. Camper, Storr, Schreber, Blumenbach, etc. ; leur exemple trouva de nombreux imitateurs. L'Espagnol Azara donna de bonnes observations. sur les espèces du Paraguay, et, plus récemment, il a été publié sur la même branche de la zoologie des ouvrages considérables et de nombreux mémoires.

Quatre des grands naturalistes dont la France s'honore, Étienne Geoffroy-Saint-Hilaire, Georges Cuvier, de Blainville et Frédéric Cuvier, ont surtout contribué, par leurs importants travaux, à mettre la mammalogie dans la voie féconde où elle fait maintenant des progrès rapides. E. Geoffroy et G. Cuvier, d’abord associés dans leurs études, ne tardèrent pas à se proposer chacun un but différent mais qui fut également élevé. On doit au premier

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INTRODUCTION, XIII

de nombreuses descriptions d'espèces et de genres, ainsi que des recherches d'anatomie * philosophique qui ont une très-grande importance. Nous aurions à en parler longuement si la théorie anatomique et la tératologie devaient nous occuper ici. Le second s’attacha surtout à distinguer exactement les organes des Animaux, et les découvertes brillantes qu'il a faites en comparant les espèces antédiluviennes à celles du monde moderne ont eu la plus grande influence sur les progrès de la paléontologie, dont il est un des principaux fondateurs. La classification à la fois précise et simple que G. Cuvier donna des Mammifères a joui d'un grand crédit, et, encore aujourd’hui, beaucoup d'auteurs l'emploient telle qu’il l'a formulée dans la dernière édition de son ouvrage sur le Règne animal, qui a paru en 1830. La classification qu'il avait admise en 1798 dans son Tableau élémentaire des Animaux, et qu'il dit avoir de grands rapports avec celle que Storr avait proposée en 1780, n’est pas moins intéressante au point de vue historique, et nous croyons utile de la repro- - duire ici en regard de l’autre. Nous y avons ajouté quelques indications synonymiques,

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