‹ Histoire naturelle des oiseaux exotiquesChapitre 112 sur 116 · DU MONTAGE · texte numérisé non relu

DU MONTAGE

La méthode que nous allons donner ici est la plus ancienne, elle est généralement employée dans tous les musées, et nous la regardons en outre comme la plus facile.

On appelle monter un oiseau lui rendre l’attitude, l’air et la grâce qu’il avait avant sa mort. On monte un oiseau en chair ou en peau.

Lorsqu’un oiseau est bien préparé, comme nous venons de le dire, et qu’on veut le monter en chair, il n’a besoin que d’être rempli à peu près à moitié d’une couche d’étoupe. Alors on prépare les fils de fer qui doivent lui servir de charpente; on les choisit, quant à la grosseur, selon celle de l’oiseau ; on en coupe un d’une longueur convenable pour faire la traverse, p’est-à-dire un quart plus long que l’oiseau, en le mesurant depuis le bout du bec jusqu’à l’anus ; on le redresse parfaitement bien, on fait une pointe aux deux extrémités. On prend deux autres fils de fer de la même grosseur que celui de la* traverse, mais pas aussi longs; ils doivent dépasser les jambes, afin que d’un côté du corps on puisse trouver suffisamment de longueur pour tordre et représenter le fémur, et que, sous le talon, il en sorte assez pour fixer l’animal sur son perchoir. On plie le fil de fer qui doit traverser le corps vers les deux tiers de sa longueur pour en former un anneau ; on le tient par le bout le plus court avec le pouce, l’index et le médium, et, en le faisant tourner toujours en sens inverse, on renfonce dans toute la longueur du cou, en ayant soin de le diriger bien au milieu de la filasse qui garnit ce dernier. Lorsque la pointe est parvenue dans le crâne en appuyant la tête dans la main gauche, en la tenant par le bec avec le pouce et l’index, on continue de tourner le fd de fer jusqu’à ce que sa pointe soit sortie en dehors juste au milieu du crâne : cette traverse devra dépasser la tête de trois à quatre pouces. L’anneau sera placé au bas du sternum, et le bout inférieur de cette même traverse sortira par le croupion tout à fait au milieu des plumes de la queue qu’il doit égaler en longueur. Si l’oiseau a le cou long et grêle comme les hérons, les butors, etc., on opère différemment pour les bourrer. On prend un fd de fer aussi long que le cou de l’oiseau et d’une grosseur proportionnée ; on tourne autour de

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la filasse longue que l’on assujettit avec soin en donnant à cette espèce de mannequin la grosseur et la longueur exactes du cou ; on passe dessus une bonne couche de préservatif, on en fait autant à la peau et on l’introduit dans le cou, qui se trouve par ce moyen bourré d’un seul coup. Gela fait, on saisit une des pattes de l’oiseau, on introduit derrière le tarse un des fils de fer préparés pour les jambes, on le fait glisser jusqu’au talon; parvenu là, on redresse l’articulation, et on continue à enfoncer le même fil de fer en lui faisant longer le tibia, que l’on garnit de filasse pour rendre à la jambe sa longueur naturelle ; on passe dessus une couche de préservatif, on la rentre à sa place, et l’on en fait autant à l’autre patte.

Avant de passer dans le croupion le bout inférieur du til de fer qui est déjà dans le cou, on prend les extrémités libres des fils de fer des jambes, on les passe dans la boucle de la traverse, et avec des pinces plates on saisit les deux bouts et Panneau, on les tord ensemble en spirale serrée de manière à les fixer solidement: on prend alors l’extrémité inférieure de cette même traverse que l’on recourbe plus ou moins pour ramener la pointe dans le croupion , la lui faire traverser, l’en faire sortir, et la redresser ensuite.

Pour donner à la traverse la position qu’elle doit conserver, on appuie fortement dessous, et, relevant au contraire le fil de fer des jambes, afin de les détacher du corps, on les écarte du milieu de ce dernier en les renvoyant tant soit peu sur les côtés; on continue à bourrer le bas-ventre, et à donner à l’extrémité postérieure de l’oiseau cette forme ovale d’œuf qui permet de placer le bout des ailes, et principalement la queue, dans l’attitude qu’elles ont pendantla vie. Lorsque la peau est entièrement bourrée, on commence la couture par enbas en remontant le long du ventre : pour cela on aura une aiguille enfilée avec du fil proportionné à la grosseur de l’oiseau; on implantera l'aiguille en dessous de la peau près du croupion pour la faire sortir en dessus; on reviendra au premier bord, puis à l’autre, et ainsi de suite, toujours en piquant de dessous en dessus; on réunira par ce moyen, le mieux possible, les deux bords de la peau sans rien déchirer. On retirera les plumes qui pourraient se prendre sous le fil avec l’aiguille même, on les redressera et on les mettra au fur et à mesure en place. Arrivé à l’autre bord de l’incision, on fera un nœud au fil et on le coupera au-dessus avec des ciseaux.

Si pendant cette opération l’oiseau se déformait un peu, on remédie à cet inconvénient en enfonçant dans la peau à différentes places un carrelet fin, ou une grosse aiguille dont on se sert pour remuer et relever les parties affaissées. Cela fait, on s’occupe des jambes. Pour leur donner Ja longueur naturelle on les tire ou on les pousse sur le fïl de fer selon qu’elles sont trop courtes ou trop longues ; on les rapproche l’une de l’autre pour voir si elles sont de la même longueur, ce qui se reconnaît lorsque les talons sont en face de l’anus; on donne ensuite la

DE LA CHASSE

courbure à ces derniers en observant que leur saillie regarde le dessous de la queue; ils doivent toujours être plus rapprochés l’un de l’autre que l’extrémité inférieure des tarses.

C’est alors qu’il faut donner à l’oiseau l’ attitude convenable. L’étude de l’histoire naturelle peut seule faire acquérir des connaissances précises sur cet objet important. Cependant nous allons donner à messieurs les amateurs quelques notions générales pour leur éviter des erreurs trop grossières. Soit que l’oiseau que l’on veut mettre sur pied perche ou non, il faudra lui choisir un support proportionné à sa taille. Ce support sera un petit cylindre posé en travers ou une planchette servant de socle (nous donnerons à la table de cet ouvrage une planche représentant un oiseau perchant et un marchant pour servir de modèle). Avec une vrille on fait deux trous aux places déterminées, on y introduit les tils de fer qui dépassent sous les tarses de l’oiseau, on en tire les extrémités par-dessous jusqu’à ce que les pattes posent naturellement sur le support et que les doigts saisissent bien le cylindre ; puis pour fixer l’oiseau on roule le fil de fer autour et on l’arrête par derrière. Si c’est un oiseau qui marche, on perce les trous des pattes à la distance voulue, on y introduit les fds de fer, on les tire par-dessous comme nous l’avons dit ; on couche dans les rainures faites à la planchette leurs extrémités excédantes, puis au moyen d’uïi crochet que l’on fait sur les bouts et que l’on implante dans les mêmes rainures de la planche qui doivent être faites dessous, on les fixe solidement avec le marteau.

On place son oiseau debout dans l’attitude du repos : on s’en assure en supposant une ligne verticale qui, tombant du front de l’oiseau, coupe sa tête, son cou et sa poitrine en deux portions parfaitement égales, et va passer juste entre ses deux pattes et à une distance pareille de l’une à l’autre; il est entendu que pour cela l’oiseau doit avoir le bec dirigé en avant. Cela fait, on donne l’attitude à la tête, on saisit le bout du fil de fer qui dépasse le front ainsi que le bec, et on tourne la tête soit à gauche, soit à droite, en ayant soin de lever légèrement le bec, qui généralement doit être horizontal. Si l’on veut que l’oiseau ait de la grâce et un air animé, il ne faut jamais qu’il regarde en avant. On recourbe ensuite le fil de fer qui dépasse le front, on l’appuie contre le bec du côté opposé où il a été tourné : par ce moyen la tête ne perdra son attitude ni pendant que l’oiseau séchera ni lorsqu’on posera les yeux.

Si l’oiseau est gros, pour soutenir les ailes on prend un morceau de fil de fer bien appointé par un bout, avec lequel on les traverse, ainsi que le corps ; on les laisse dépasser de chaque côté environ d’un demi-pouce que l’on courbe et cache dans les plumes de chaque aile; si l’oiseau est plus petit, on se sert d’épingles longues que l’on enfonce dans les ailes, de manière à en laisser voir la tête, et l’on coupe la pointe qui dépasse.

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La queue est soutenue par le support fourni par l’extrémité inférieure de la traverse du corps ; pour l’écarter on la serre entre les deux branches d’un fil de fer plié en deux et tordu en spirale; on voûte un peu la queue en arrondissant cette branche. On laisse ainsi sécher l’individu plus ou moins longtemps selon sa grosseur.

On linge ensuite l’oiseau, c’est-à-dire qu’on l’enveloppe de bandelettes de mousseline. Ces bandelettes sont au nombre de trois, d’une largeur calculée d’après la grosseur de l’oiseau : avec la première on enveloppe la partie inférieure du cou, on en croise les deux extrémités sur le dos où on les maintient avec une ou plusieurs épingles, selon leur largeur. La seconde enveloppe le milieu du corps et une bonne partie des ailes. La troisième se passe sous l’abdomen et vient se fixer au-dessus du croupion sur les ailes mêmes, en montant vers le haut du dos. Ces bandes doivent être suffisamment serrées pour maintenir le plumage, sans cependant l’affaisser. Nous avons donné, planche Ire, à la fin de l’ouvrage, deux modèles ainsi lingés.

Le lendemain on enlève les bandelettes, on lisse et retouche le plumage s’il en est besoin ; et si on le juge nécessaire, on replace de nouveau les bandelettes : ordinairement vingt-quatre heures suffisent.

Lorsque l’oiseau est entièrement sec, on place les yeux artificiels; ils doivent être d’émail et de la même couleur qu’étaient ceux de l’animal lorsqu’il vivait. Pour cela, après avoir enlevé avec des brucelles une partie du coton que l’on avait mis dans les orbites en dépouillant l’oiseau, on ramollit les paupières en le remplaçant par un morceau d’éponge humide,. Au bout d’une heure ou à peu près, selon la grosseur de l’oiseau, on enlève cette éponge et avec les brucelles on arrondit l’ouverture des paupières. Avec un pinceau on introduit un peu d’une dissolution de gomme arabique et de sucre candi fondus ensemble dans une quantité suffisante d’eau: on place l’œil et l’on relève les paupières avec la pointe d’une aiguille. Pour faire plus facilement ce travail, il est indispensable de se servir d’un instrument que nous appellerons télégraphe et dont nous donnerons le modèle, planche Ire: on s’en sert aussi pour dépouiller les oiseaux et les remplumer. Ensuite on enlève le fil de fer qui servait à écarter les plumes de la queue et on coupe celui qui passe dessous.

Avant de couper l’extrémité de la traverse qui passe sur la tête, on la courbe à angle aigu, au niveau du crâne, en la couchant dessus; alors on la coupe en biseau de manière qu’il reste un petit crochet pointu qui se trouve retenu en dehors du crâne. On peut encore augmenter la solidité de la tête en enfonçant dans le crâne un fil de fer pour les grandes espèces et une longue épingle pour les petites, en leur faisant parcourir le milieu du cou pour aller s’implanter dans le corps. Dans les oiseaux nageurs on passe une couche de préservatif sous les membranes formant la palmure des doigts. On se sert en outre d’un mélange d’essence de térébenthine et de vernis à l’esprit de vin qu’on

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