GENRE COUCOU
CUCULUS. linn.
Les Coucous sont rangés parmi les passereaux, et appartiennent à la famille des Cuculidés. Leur bec est petit ; la mandibule supérieure est légèrement arquée ; les tarses sont courts, emplumés à leur partie postérieure, leur partie antérieure restant entièrement dénudée. Les pâtes ont quatre doigts : deux devant et deux derrière, (tribu des Zygodactyles). Les ailes sont subaiguës. Les mœurs des Coucous offrent trop d’intérêt, pour que nous ne nous y arrêtions pas un instant. Tous le monde sait que la femelle du Coucou ne construit pas de nid, qu’elle ne couve jamais ses œufs, et qu’elle va les déposer dans le nid d’autres oiseaux, auxquels elle confie le soin de les couver pour elle. Ce fait connu des anciens, remonte jusqu’à Pline et Aristote; mais comment la femelle du Coucou s’y prend-elle dans cette circonstance ? c’est ce qu’on ignora fort long-temps, jusqu’à ce que le hasard vint fournir à Levaillant l’explication de cette espèce de mystère ornithologique. Parmi les cinq cents Coucous que tua, pendant son voyage au Cap, ce studieux et infatigable naturaliste, il s’en trouva un qui présentait dans la région du cou, une saillie assez considérable. Levaillant voulut, comme c’était son habitude, toutes les fois qu’il venait de tuer un oiseau à la chasse, lui enfoncer dans le bec une petite pelotte de filasse, afin d’empêcher le sang de couler par ce dernier, et de gâter les plumes ; mais ayant éprouvé une résistance assez considérable, il examina attentivement le fond de la gorge, et découvrit un œuf de Coucou. Plus de doute alors. Il fut constaté que c’est avec son bec qui est naturellement assez fendu, que l’oiseau transporte ses œufs. M. Florent- Prévost, naturaliste distingué, attaché au Muséum d’histoire naturelle de Paris, a étudié avec l’esprit observateur qu’on lui connaît, les mœurs de notre Coucou de France; il l’a suivi jusque dans les
Ois. Ex. 12e Liv.
lieux qu’il habite, et a remarqué qu’il pond d’abord son œuf à terre, le saisit ensuite avec son bec, puis part en voltigeant au milieu de la forêt, ainsi chargé de son précieux fardeau.
La femelle du Coucou a bien soin de ne pas placer ses œufs dans des nids d’oiseaux qui pourraient dévorer ses petits quand ils seraient éclos. Aussi, sont-ce des nids de fauvettes, de bruans ou de verdiers, qu’elle choisit ordinairement. Souvent, elle les y dépose de vive force ; il lui arrive aussi de retirer un ou deux œufs du nid, quand celui-ci lui paraît trop petit pour les contenir tous. Quelquefois la propriétaire du nid s’aperçoit de la fraude , brise les œufs du Coucou, ou bien se décide à les couver avec les siens. Il en résulte que les malheureux parens auxquels appartient le nid, sont obligés plus tard, pour satisfaire la gloutonnerie des nouveaux nourrissons, de leur donner la plus grande partie de la nourriture au détriment des petits légitimes. Il n’est pas vrai, comme on l’a dit, que le Coucou dévore la mère qui le nourrit; seulement, quand il a acquis une certaine grosseur, comme le nid n’est plus assez large pour lui, il pousse ses frères de lait à droite et à gauche, et finit par les faire tomber. Si les petits n’ont pas été brisés dans leur chute, ils se roulent dans la mousse, restent au pied de l’arbre, et la mère partage ses soins entre les siens et le Coucou.
Le plus souvent, la femelle du Coucou ne dépose qu’un seul œuf dans chaque nid, et s’il lui arrive d’en laisser deux, c’est alors que les deux Coucous devenus un peu gros, se gênent mutuellement, et finissent par se livrer un combat qui a pour résultat l’expulsion de l’un des deux. La mère Coucou reste ordinairement aux environs des nids où elle place ses œufs, et veille sur ses petits. Ceux-ci ayant acquis assez de force pour voler, s’échappent du nid et viennent près de leur mère légitime qui continue à leur donner des soins.
Les explications n’ont pas manqué , quand il s’est agi d’interpréter les moyens de transport des œufs du Coucou. M. Florent-Prévost dont nous avons déjà cité le nom, nous paraît avoir résous la question d’une manière satisfaisante. Il a remarqué que les mâles
du Coucou sont plus nombreux que les femelles, ce qui est le contraire dans les autres espèces. Ces mâles restent cantonnés chacun de leur côté dans un petit bois, pendant le temps des amours. Une seule femelle est donc forcée d’aller visiter plusieurs mâles à des distances assez considérables , de sorte qu’après une première ponte, elle se trouve obligée d’abandonner ses œufs, pour aller de suite remplir ses devoirs de femelle. Les Coucous se nourrissent d’insectes et de fruits ; mais ils doivent être regardés comme des oiseaux principalement insectivores. Les lépidoptères sont leur nourriture favorite. Ils mangent peut-être aussi quelquefois les œufs d’autres oiseaux ; mais il est bien peu probable que les petits oiseaux soient, comme on l’a dit, dévorés par les Coucous. Une pareille version a sans doute pris sa source dans la ressemblance qui existe entre la couleur du Coucou et celle de l’épervier. L’instinct de migration est très prononcé chez les Coucous. Le docteur Gaspard a observé à l’époque du départ de ces oiseaux, une agitation très remarquable, chez de jeunes Coucous qu’il tenait captifs; et cet instinct de migration est tellement développé chez ces derniers, qu’ils finissent par mourir lorsqu’on veut les élever en cage.