AVERTISSEMENT DE L’AUTEUR
Jusqu à ce jour les livres d’histoire naturelle, accompagnés de figures, ont été publiés en France dans les formats in-folio et in-4°- Ces ouvrages, par les sommes considérables qu’exigent les frais de gravure, de coloriage ^ d’impression, sont hors de la portée d’un très grand nombre d’acquéreurs. Leur format d’ailleurs est incommode , et les fait reléguer dans les grandes bibliothèques , où ils ne sont visités que par les naturalistes de profession. Depuis long-temps nous pensions que les volumes grand in-8° renfermaient toutes les conditions les plus favorables pour populariser la science, et donner à beaucoup de personnes le goût de l’ornithologie. Aujourd’hui nous mettons cette pensée à exécution en publiant une monographie des oiseaux-mouches qui servira de specimen. Nous ne doutons pas que la beauté des planches et du coloriage ne la fasse rechercher par les gens du monde, et surtout par les dames, qui occupent leur loisir à la peinture, et que l’éclat dont jouissent les êtres qui y sont représentés ne leur fasse un instant quitter les fleurs exclusivement en possession de leur palette. Tels sont aussi les motifs qui nous ont décidé à choisir d’abord la famille des oiseauxmouches, que déjà notre compatriote Audebert avait traitée conjointement avec M. Vieillot. Mais depuis l’ouvrage d’ Audebert, les arts de la gravure et de l’impression en couleurs ont fait des progrès immenses, et de nombreuses espèces nouvelles ont aussi rendu nécessaire une révision de ce genre admirable, le plus
vil] AVERTISSEMENT.
capable sans contredit de plaire à un; grand nombre de personnes.
Cette histoire naturelle renferme donc de nombreux détails nouveaux sur les oiseaux quelle embrasse; car M. le baron Cuvier a applaudi à notre idée, et nous a guidé de ses conseils. MM. Geoffroy Saint-Hilaire père et fils ont bien voulu nous autoriser à faire peindre et à décrire les belles et rares espèces du cabinet du jardin du Roi. M. le duc de Rivoli, si connu par son goût pour les sciences naturelles et par sa riche collection , a mis à notre disposition, avec une obligeance parfaite, les espèces qu’il possède, parmi lesquelles il en est de nouvelles et de très intéressantes.
Nous devons aussi des remercîmens à MM/ Florent, Prévost et Dupont, de l’empressement qu’ils ont apporté à nous communiquer les oiseaux-mouches qu’ils se sont procurés; ce dernier surtout nous a laissé consulter la belle suite d’espèces que son frère (feu Dupont, artiste très connu par les pièces anatomiques en cire qui lui ont valu les plus grands éloges) avait rassemblée à grands frais. A l’aide de ces élémens de succès, nous espérons publier, sur cette famille intéressante de volatiles, tout ce qu’il est possible aujourd’hui d’écrire de plus complet.
Paris, io janvier 1829.
TABLEAU
DÉCRITES ET FIGURÉES DANS CETTE HISTOIRE NATURELLE. (mai 1829.)
Observ . Nous avons dû nous borner à mentionner seulement les oiseaux-mouches que nous avons pu étudier dans les diverses collections de Paris, ou que des figures qu’on ne doit pas taxer d’inexactitude ont fait connaître. Les auteurs ont si souvent confondu les variétés d’âge et de sexe , que leurs descriptions sont le plus ordh nairement remplies de confusion. Leur histoire est donc un dédale dont rien ne peut tirer le naturaliste qui n’a point les objets présens sous les yeux, ou qui n’en possède pas une représentation rigoureuse. Or, notre travail ayant pour but de publier des figures exactes et nouvelles, il n’entrait pas dans notre plan de joindre au catalogue des espèces étudiées par nous , les diagnoses de celles qu’on trouve admises par les auteurs, et que des descriptions courtes et tronquées rendent méconnaissables. Dans notre Histoire naturelle des Colibris, qui suivra immédiatement celle-ci , nous
TABLEAU
ferons apprécier , par des gravures aussi bien que par des descriptions , toutes les nouvelles espèces d’oiseaux-mouches qui parviendraient à notre connaissance dans l’intervalle des deux publications.
Genre : Oiseau-mouche. Ornismya. N. Mellisuga , Briss.;
Trochilus , L. Lath., Vieill., Temm. ; Orthorhynchus ,
Lacép. , Cuv.
Ornismya, par contraction des mots grecs oiseau et mouche. L’exacte composition du nom eût exigé ornilliomya , qui est plus dur, mais qu’il faudra peut-être adopter. Le nom d ’orthorhyncus , bec droit, employé par M. Lacépède, peut être mieux appliqué à beaucoup d’autres oiseaux ; et celui de mellisuga de Brisson a été donné à plusieurs autres genres de volatiles, et peut impliquer contradiction dans son usage, et faire naître des embarras de synonymie.
Bec plus long que la tête, à peu près droit, ou légèrement recourbé , à mandibule supérieure un peu évasée à la base , arrondie en dessus et au delà des narines , s’amincissant en pointe. Mandibule inférieure droite ou légèrement infléchie, rentrant dans la supérieure, se dilatant un peu vers sa pointe , et de même longueur que la précédente.
Narines basales, très petites, recouvertes par les plumes avancées du front, placées dans une fossette latérale, séparées l’une de l’autre par une légère arête.
Ailes dont les rémiges sont étagées. La première est la plus longue , et ainsi des autres.
DES ESPÈCES D’OISEAUX-MOUCHES. xj
Queue composée de dix rectrices (excepté une espèce qui n’en a que six) de formes très variables.
Tarses minces, grêles, emplumés jusqu’aux talons, scutellés, ayant trois doigts devant égaux, les deux internes un peu soudés à leur base , le pouce assez fort; tous munis d’ongles comprimés, recourbés, crochus et assez robustes pour les doigts.
Langue extensible, longue, divisée au sommet en deux lanières élargies , légèrement spatulées , supportées par deux branches très longues de l’os hyoïde faisant l’office de ressort, tubuleuse au centre, ou formée de deux canaux cartilagineux adossés.