BOMBYX DU MURIER, OU VER A SOIE
La chenille du ver à soie a seize pattes, six écailleuses et dix membraneuses.
On voit beaucoup de rides derrière sa tête ; il a une petite corne sur le dernier anneau placé à l’autre extrémité et deux réservoirs de soie qui s’unissent dans une seule filière, et dont la couleur approche du blanc sale à mesure qu’il grossit.
L’animal subit tantôt trois mues ou changements de peau, tantôt quatre qui durent environ trente-six heures.
Parvenu à son entier développement, il est long de trente-six à quarante-deux lignes; il prend une couleur claire, transparente, se vide de ses excréments, s’agite avec inquiétude et cherche un asile commode pour attacher son cocon.
L’éducation du ver à soie réclame des soins particuliers. Il doit être placé dans un local bien aéré où règne une douce chaleur.
Vers le mois d’avril, on fait éclore les œufs, qui sont d’un gris foncé, en les exposant sur des tablettes ou des rayons à jour, à une température graduellement élevée de 15 à 22 degrés, pendant dix à quatorze jours, temps suffisant pour les faire éclore. Une once d’œufs peut en contenir quarante mille.
On choisit les feuilles tendres et fraîches du mûrier blanc pour nourrir les jeunes vers.
Les trois dernières mues ont lieu de huit jours en huit jours et s’accompagnent d’une faim dévorante qu’on nomme frèze ou hriffe.
La soie, telle que nous la connaissons, est d’abord préparée par le ver du bombyx dans deux petits vaisseaux situés du côté de la tête, le long du canal alimentaire ou de l’estomac. Ils aboutissent à la filière placée en dessous de la bouche.
Ce n’est alors qu’une sorte de vernis encore liquide ; mais lorsque l’animal en applique une gouttelette sur un corps solide, ce vernis se tire en un fil qui se sèche à l’air.
C’est ce moment que la chenille choisit pour former son cocon. Elle monte ordinairement sur un rameau en arbuste et y fixe d’abord une sorte de bourre appelée fleuret, qui est la filoselle, puis elle travaille à son cocon; au bout de cinq à six jours, le fil dont elle le forme a plus de neuf cents pieds de longueur, quoiqu’il ne pèse que deux grains d’orge, de sorte qu’une livre de soie donnerait environ trois millions cinq cents pieds d’un seul fil, ou près de deux cent trente lieues d’étendue.
Cependant la chrysalide doit sortir en papillon, et, à cet effet, perce son enveloppe ; cette sortie est évitée avec soin, parce qu’elle romprait nécessairement les fils de soie avant d’être dévidés. On fait périr les chrysalides au moyein de l’eau bouillante ou par la vapeur du camphre.
Les plus belles coques sont réservées pour obtenir des œufs.
Au bout de quinze jours à trois semaines, il naît des papillons; les mâles sortent les premiers ; ils sont d’un blanc pâle, quelquefois d’un jaune de soufre, avec trois lignes brunes sur les ailes et une tache en croissant. On place ces insectes sur un tapis ou drap de laine, le mâle à côté de la femelle, afin qu’ils s’accouplent.
Pendant cette union, qui dure de dix à vingt heures, et se fait à plusieurs reprises, le mâle agite incessamment les ailes et meurt immédiatement après.
La ponte est de quatre à cinq cents œufs.
L’éducation des vers à soie est sans contredit la plus importante et la plus riche partie de notre industrie ; aussi tout ce qui s’y rattache est-il accueilli avec intérêt.
Nous nous empressons donc d’indiquer un moyen trouvé par M. Bérard, professeur de chimie à Montpellier, en 1837, pour préserver cet insecte d’un fléau qui vient souvent détruire les plus belles espérances.
Ce fléau est la redoutable maladie connue sous le nom de muscardine.
Le procédé de M. Bérard est extrêmement simple. La muscardine se propage par la poussière ou efflorescence blanchâtre que l’on remarque sur les vers qui succombent à ce fléau. Cette poussière n’est autre chose que la graine d’une sorte de champignon qui naît, croit et végète dans le ver, et est cause de sa mort.
Voici comment M. Bérard a réussi à détruire le germe de ces graines et à préserver les vers à soie de la muscardine.
(( Quelque temps avant de faire éclore ces insectes, préparez, suivant la grandeur des locaux, deux ou trois hectolitres d’une dissolution ainsi composée : 1“ cent parties d’eau au poids; 2" cinq parties de sulfate de cuivre, ou vitriol bleu (que l’on ne confonde pas le sulfate de cuivre avec le sulfate de fer, ou vitriol vert, dont les effets pourraient être dangereux) ; que tous les ustensiles dont on doit se servir dans les ménageries de ver à soie soient imbibés de cette dissolution, dont on aura soin aussi de peindre toutes les parois, même le sol et le plafond. »
Pour désinfecter la graine (ou œufs), il faut mettre dans une bouteille ordinaire une semblable (dissolution de cuivre, y ajouter deux petits verres d’eau -de-vie, et y verser la graine (ou œufs), qu’on agite cinq ou six fois pendant une demi-journée. On jette le tout sur un linge fin pour séparer la graine qu’on aura soin d'exposer à l’air afin de la faire sécher, puis la faire éclore.
Comme les sporales ou graines de muscardine sont fort légères et qu’elles surnagent, tandis que les œufs du ver à soie se précipitent au fond de la bouteille, quelques personnes sont d’avis qu’avant de jeter sur le filtre la graine des vers, il est préférable de verser ou de décanter tout le liquide.
Le ver à soie est originaire de l’Inde.
C’est sous Justinien seulement que deux moines apportèrent des Indes ou delà Perse des œufs de vers à soie qui furent soignés par l’impératrice et les dames de la cour.
Ce fut en .1494, à la conquête de Naples par Charles VIII, qu’on apporta des vers à soie et des mûriers en France.
Ce fut Henri II qui porta, aux noces de son fils, les premiers bas de soie qui furent fabriqués dans son royaume.