Pennanl, Zool hit., III, p. 3M
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Les pécheurs des bords de la Seine, à Oissel, à Freneuse, croient que la largeur de la colonne est si petite, qu'en quelques endroits elle n'est que de quatre a cinq pieds. Aussi, quand ils sont assez heureux pour placer une de leurs nasses sur le trajet de la colonne, les poissons s'y amoncèlent de manière à la remplir tout entière. Il arrive souvent qu'il 3^ a autour de cette nasse une vingtaine d'autres fdets de même forme dans lesquels il n'est pas entré un seul poisson. Quelques pécheurs prétendent que l'étroitesse de ces bandes dépend de la division de grandes troupes qui s'engagent dans les sillons dont le ht de la Seine se trouve souvent creusé par suite de l'inégalité des falaises de craie sur lesquelles coule ce fleuve. Les pécheurs croient aussi que l'éperlan , à son entrée dans la Seine , n'a pas la qualité ni la grosseur qu'il acquiert lorsqu'il a demeuré longtemps dans l'eau douce. H y a une grande difterence entre l'éperlan pris au Hoc ou à Berville, et celui qu'on pèche dans les environs de Caudebec ou de Jumiège. De grandes troupes de ces poissons paraissent faire leur résidence sur les bancs de Quillebœuf et de Tancarville , très-probablement à cause de la nature saumâtre de ces eaux. Dans l'équinoxe du printemps ces troupes se divisent par
bandes, dont la mon Lee se fait en une dizaine de jours. Une seconde montée a lieu à l'équinoxe d'automne. A Duclair on regarde Féperlan de la seconde montaison comme plus gros que ceux de la première j mais les pécheurs d'Orival ou de Cléon disent le contraire. On croit que l'éperlan dépose ses œufs au fond de Peau dans le creux des rochers, sortes de petits réservoirs où l'eau est tranquille. Un certain nombre de ces points connus des pêcheurs de la Seine , s'appelle le grand passage. A l'époque du frai, l'éperlan exhale une très-forte odeur, souvent insupportable à un grand nombre de personnes, et que les uns comparent à l'odeur du th3an, d'autres à ceEe de la violette, d'autres encore à celle du fumier. Je crois cette odeur trèsremarquable propre à tous les individus de l'espèce; car il me semble que les petits ont autant d'odeur que les grands. Il paraît qu'en Ecosse les éperlans se rassemblent en bandes plus nombreuses que dans la Seine ; car les pécheurs de la Mersay, du Tay, du Lamon, et d'autres rivières encore, disent que leur apparition donne une teinte grise aux eaux de la rivière. Shyrley ' rapporte, dans son Traité
1. Slijri., angl. Mus., p. 106. Ilawkins Compt. an^L, p. 186.
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des pcclies, qu'au mois d'août de l'année 1720, il en entra une si grande quantité dans la Tamise, que les femmes et les enfants, au nombre de plus de deux mille, en pèclièrent pendant plusieurs jours un nombre incroyable, depuis Londonbridge jusqu'à Greenwicb. On a conservé aussi le souvenir de pèches extraordinaires aux embouchures de la Vistule, de lElbe, de TEms, de lEscaut; elles se sont renouvelées quelquefois aux embouchures de la Seine, sur les fonds de Freneuse, de Duclair ou de la Mailleraie ; le produit de la pêche était tel qu'on vendait les éperlans par charretées. 11 est souvent arrivé de prendre jusqu'à vingt mille de ces poissons avec vingt brasses de seine.
Tout en citant ces mouvements extraordinaires des éperlans, il ne faut pas croire qu'il n'y ait pas des individus sédentaires dans les eaux de la Seine ; au contraire , à quelque époque qu'on y pêche, on y trouve toujours de ces poissons, tantôt pleins, tantôt vides, d'autres commençant à développer leur rogue. On peut donc assurer , que ces grands radeaux ou lits d'éperlans, sont toujours composés de poissons fonciers mêlés aux individus de remonte. Quand le jeune frai est assez fort pour venir s'essayer à la surface de l'eau, on
le remarque facilement à la couleur légèrement brunâtre de sa caudale. Les hommes qui, vers la fin du printemps, sont obligés (l'entrer dans leau jusqu'à la ceinture pour lexécution de certains travaux, assurent qu'ils sentent très-souvent leurs jambes chatouillées par les myriades d'éperlans qui passent autour de leurs membres, et ils remarquent que de grands individus ne sont jamais mêlés à ces petits, ce qui leur lait croire que les individus adultes sont déjà redescendus vers la mer.
La couleur des éperlans varie suivant les fonds. Noël de la Morinière a déjà indiqué ces variétés de couleur dans son petit Traité sur l'Ëperlan. Les pécheurs distinguent TÉpcrlan blanc et le vert. On pèche des blancs à Villequier, et plus bas, vers la mer, au Hoc ou à Berville on prend des verts. La chair de ceux-ci est maigre et de mauvais goût; cependant, l'Ëperlan vert du Pont-de-l' Arche est d'une excellente qualité.
Dans la basse Seine la pèche de l'éperlan se fait avec des lilets sédentaires ou avec des iiiets mobiles, tels que la seine , le tramail, etc. Les bas parcs employés sur quelques points, tel qu'à l'embouchure de fOrne, ne sont pas plus destinés à retenir l'éperlan que beaucoup d'autres poissons. On prend rare-
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meut l'operlaii à la ligue. La pèche est, dit-on, meilleure par les veuts doux d'est ou sud-ouest, que par ceux de la partie nord; cela doit tenir surtout à ce que ces derniers agitent beaucoup trop fortement la surface de leau. Les pécheurs de Tancarville préfèrent pécher pendant la nuit, et ils aiment, en général, ce quils appellent une eau blonde, c'est-à-dire une eau légèrement troublée -, cependant, à mesure que l'on remonte dans la Seine, on voit donner la préférence aux eaux claires.
On regarde , comme le meilleur éperlan , celui qui se prend depuis Caudebec jusqu'au Pont-de-l'Arche, et on assure que le poisson de ces eaux est préférable à ceux de même espèce qui habitent la Loire, l'Escaut ou l'Orne. C'est à ce titre que, sur nos marchés, on dit éperlan de Caudebec , de la même manière qu'on dit hareng de Fécamp, ou truite des Andelys, etc.
La pêche de ce poisson a été de tout temps une source de richesses pour Caudebec; aussi cette ville porte trois éperlans dans l'écusson de ses armes , comme Enkhuysen , dans la Nord-Hollande, a trois harengs dans le sien, et Anstruther, en Ecosse, un saumon. Il faut cependant remarquer que l'espèce est considérablement diminuée sur ces points , surtout
CHAP. IV. ÉPERLANS. ù8i>
depuis l'établissement des nombreuses fabriques de toute espèce qui, versant leurs eaux dans le fleuve, nuisent au frai. Les guideaux sédentaires établis dans la basse Seine, nuisent aussi, suivant Noël de la Morinière, au développement du jeune poisson qui vient périr dans ces fdets, où cliaque marée l'entraîne au flux comme au reflux. L'oubli des règlements les a tellement multipliés, que l'embouchure du fleuve en est comme obstruée.
On consomme chez nous Téperlan frais ; mais dans quelques points de l'Angleterre et de l'Allemagne on a essayé de le saler et de le sécher. Il ne paraît pas (J^ue ces essais aient réussis.
X'Éperlan aux petites dents.
{Osmerus inicrodon, nob.)
Nous avons reçu du Musée de Bereen une très-jolie espèce d'Êperlan, que la petitesse de ses dents fait distinguer à la première vue de la précédente.
Elle ne paraît pas même en avoir de grandes sur la langue. J'en vols cependant une rangée de trèspetites sur les palatines elles ptérygoïdiens , de sorte qu'il ne peut y avoir de doute sur le genre dans lequel il faut faire entrer ce poisson. îl se dislingue
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aussi du prccédent par son œil beaucoup plus grand, car ce diamètre mesure le tiers de la longueur de la tête. Celle-ci est comprise quatre fois et demie dans la longueur totale. La mâchoire inférieure dépasse un peu la supérieure. Le maxillaire finit sous le milieu de l'œil. Le dessus du crâne est étroit et le profil est concave. Les ventrales correspondent à la dorsale, l'anale est basse et longue. La caudale est fourchue.
Les écailles sont petites. La couleur est un argenté très-brillant devenant verdàlre sur le dos.
Je ne possède qu'un seul exemplaire de cette espèce. L'individu, long de six pouces, a été envoyé au Cabinet du Roi par M. Lôwen.
Je ne vois pas que cette espèce ait été décrite parles ichthyologistes; cependant il ne nie paraît pas impossible d'admettre que ce serait elle qui aurait été signalée à Pennant' par Daines Barrington, qui la distingue de l'éperlan commun par la petitesse des dents ^ il ajoute même qu'il n'y en a pas à la mâchoire inférieure.
1. Diiines Barrlnglon apud Pcniiant; hrit. Zooî. , 1769, vol. 3, p. 266.
chap. iv. éperlans. 587
L'Éperlan des lacs.
{Osmerus spirinchu.s , Pal las)
J'ai rapporté du lac de Harlem , en 1824, un petit éperlan que j'ai retrouve en trèsgrande abondance dans le lac de Tegel, lorsque j'avais le bonheur d'habiter dans la famille de Humboldt.
Ce petit poisson me paraît avoir le corps un peu plus court et les nageoires plus hautes que l'Èperlan ordinaire. Il a l'œil plus grand et plus rapproché du bout du museau. Le cercle de l'orbite entame la ligne du profil, et il n'y a qu'un diamètre entre l'œil et l'extrémité de la mâchoire inférieure. Les dents des mâchoires sont beaucoup plus peùtes, celles de la langue sont longues et fortes.
Les écailles sont de grandeur moyenne. Le poisson est de couleur argentée et semé de nombreux petits points noirs. J'ai vu des centaines d'individus de cette espèce. Les plus grands avaient trois pouces et demi de long.
Il me paraît évident que c'est là le poisson dont Bloch a donné une figure, planche 28, figure 1, et qu'il a rapporté à XOsnierus eperlanus d'Artedi. C'est lui que les Suédois désignent sous le nom de Nors, et que les Nor-