‹ Histoire naturelle des poissons (volume 2)Chapitre 116 sur 157 · Rich., Fawm bot: amer., t. III, p · texte numérisé non relu

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chair, très-delicaie , peut «jtre comparée à celle du goujon; mais elle a un goût particulier et très -distinct. Les bancs de ce poisson se jettent à la côte pour s'y reproduire. Les femelles déposent les premières leur rogue ; il en périt une quantité considérable, parce qu'elles sont poussées sur le rivage par la vague qui s'y brise. Les capelans ' mâles arrivent en troupes après les femelles pour féconder les œufs que celles-ci ont abandonnés : ils ont souvent le même sort qu'elles. Les pécheurs ont soin de remarquer l'abondance des cadavres des poissons de ce sexe ; car on a reconnu que, s'il y a peu de femelles, l'année suivante est pauvre en capelans ; s'il arrive , au contraire , qu'elles soient en plus grand nombre que les mâles , la saison suivante sera riche. On examine aussi les capelans morts pour s'assurer si les femelles ont déposé leurs œufs, attendu, qu'après la ponte, cette espèce ne tarde pas à quitter la côte. Il est fort aisé de connaître si la ponte a eu lieu, parce que le ventre, qui était rond pendant la gestation, devient aussi plat que celui du mâle. Au moment du frai, les yeux,Ja caudale et le pourtour de l'anus prennent une teinte rouge assez vive dans les deux sexes.

Pour conserver le capelan, il faut le saler

assez promptement. Les pêcheurs lui coupent la tête, et ils ôtent les intestins : puis, après un court séjour dans le sel, on le lave à l'eau de mer, et on le laisse êgoutter ou sécher au soleil 5 quand il est sec, on le renferme dans de petits barils , et on le transporte ainsi en France; car, lorsque le poisson a été salé, la chair n'a pas assez de fermeté pour tenir à rhameçon et n'est plus un appât avantageux pour la pèche de la morue. Les Anglais et les Américains se servent du capelan salé pour attirer la morue, en le jettant autour de leurs navires ; mais ils amorcent la ligne avec des morceaux de flétans {pieuronectes hjpoglossus) , ou avec des coques [Cardiiun ediile), des moules et autres mollusques que Ton trouve ordinairement dans l'estomac de ce grand gade. Les capelans qui ont deux ou trois soleils, sont assez secs pour être déposés dans des paniers d'osier, que Ton charge de pierres quand ils sont parfaitement remplis : c'est afin de faire sortir fhuile que la chair du poisson peut contenir. Le capelan de la première saison, celui qui arrive le premier à la côte, est toujours plus gros, plus gras que celui de la seconde; la morue en est alors très-avide. Les pécheurs ne le conservent pas, parce que sa graisse les

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en empécîie. On clioisit pour être gardé celui de la dernière saison, parce qu'il devient maigre après le frai. A cette époque il ne peut plus servir d'amorce; la morue n'en veut plus, soit parce que la chair change de nature ou, ce qui me paraît plus probal3le , parce qu'elle se jette sur l'Encornet (OnycJiotJtentis piscatoruni) qui succède d'ordinaire au Capelan.

Les pécheurs croient avoir observé qu'à cette époque, une morue qui aurait l'estomac vide , refuse les capelans, même lorsqu'ils sont encore très-frais. Les pécheurs disent, que ce poisson agit si fortement sur la chair des morues, qu'une seule gorgée de capelans a l'air d'avoir l'abdomen réduit à la peau et aux os, tant elle est maigre. Quoique gorgée de capelans, on la voit se jeter sur Ihameçon comme si elle était affamée. La morue nourrie de capelans s'échauffe bien plus vite que l'autre , mais, pour se servir de l'expression des pécheurs, elle a àe?> foies superbes y c'est-à-dire que le foie est beaucoup plus gros; aussi elle donne beaucoup plus dhuile. Il faut cinquante-cinq quintaux de morues pour faire une barique d'huile avec la morue de capelans. Il est nécessaire d'employer moitié plus environ, pour obtenir la même quantité d huile avec celle que l'on prend avec les coques.

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Le Capelan n'entre jamais clans les eaux douces; il paraît même éviter l'embouchure des fleuves. On le trouve en Groenland, en Islande, tantôt en troupes à la surface de l'eau, tantôt se tenant à une profondeur considérable. Les Groenlandais se servent, pour le prendre , de petits filets tissus avec les filainen ts tendineux des phoques ou de petites cardes de boyaux. Ce salmonoïde se nourrit de petites crevettes, d'algues et d'ceufs de difFéients poissons, sans épargner les siens propres, ainsi que Fabricius l'a observé dans les baies du Groenland. Il a pour ennemis tous les grands Gades, ainsi que les grands Pleuronectes, comme les Flétans; les iMarsouins , le Balénoptère lui donnent aussi la chasse. Lorsque le Lodde se presse dans les baies, les oiseaux de mer en détruisent un grand nombre. Le Capelan pond en mai, juin et juillet. Les mâles, en lâchant leur laitance pour féconder les œufs, rendent l'eau de la mer trouble et comme laiteuse : il arrive alors ce que nous avons déjà signalé pour le hareng.

Sur les côtes de Laponie, les pécheurs qui montent au Nordland pour* se livrer à la pèche du Dorsh peuvent, quand le vent et la marée sont favorables , charger leur barque de loddes deux fois par jour. On le sale comme

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en Islande. Au Groenland la préparation consiste à le faire sécher en l'exposant au grand air sur des rocs élevés. Pour le conserver, les peuples déposent les sacs où ils enferment le poisson sec dans des grottes ou sous de gros quartiers de rochers. Si la saison pendant la pèche est très-humide, les Groenlandais sont exposés à perdre mie grande partie de leur poisson. Les pluies par trop abondantes causent donc de grandes pertes parmi ces populations maritimes; mais, si la pèche se fait par un beau temps et par un air sec, les ressources que le Capelan apporte aux Groenlandais, sont considérables, puisque ce poisson sert à nourrir, non-seulement Ihomme, mais encore ses troupeaux. La poche du Lodde est donc une véritable richesse pour ces régions désolées sous de si hautes latitudes. Cette pèche n'entraîne avec elle ni dépenses ni dangers; elle peut se faire par le plus pauvre comme par le plus riche; les femmes et les enfants peuvent s'en occuper avec succès; chaque jour apporte son tribut. Ce poisson est non moins utile aux pécheurs européens, que les spéculations commerciales envoient sur le banc de Terre-Neuve à la poursuite des Morues. Cette espèce de salmonoïde est donc, malgré sa petitesse, une des plus importantes de cette tamille.

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Les cadavres des capelans qui se pressent sur la plage où la mer les rejette, sont souvent enveloppes de terre glaiseuse, où ils se conservent assez bien en se fossilisant promptement. On retrouve ensuite ces rognons récents sur toute la côte de la mer Blanche et de la mer Glaciale. En les fendant, on voit le squelette du poisson parfaitement conservé. Il se passe donc de nos jours un phénomène tout à fait comparable à celui qui a donné lieu à ces nombreux rognons des schistes cuivreux du Hartz, et qui contiennent des palœoniscus.

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