Cal. méUi. des poissons d'Europe, p. 34 , n." ^'èZ
Desniaresti de Risso est de cette espèce. Je n'hésite pas à adopter cette opinion, tout en observant que la description de l'ichthyologie de Nice est certainement un composé de plusieurs traits caractéristiques de différents poissons que Risso rapprochait souvent de mémoire , de sorte que Vespèce d'Engraiilis Desniaresti ne doit pas être conservée dans un ouvrage où l'on ne parle que d'espèces certaines. La bandelette dorée, signalée par cet auteur, ne peut servir de guide pour retrouver l'espèce de Risso, attendu que M. Laurillard, dont on connaît la sévère exactitude, m'a rapporté de Nice un dessin colorié qui montre une belle raie longitudinale bleue tout le long des flancs et au-dessus des tons dorés, que l'on doit facilement voir sous certains reflets , comme une bandelette. Ces couleurs doivent varier aux différentes époques de l'année.
M. le prince de Canino a aussi admis XEii- ^raulis aniara de M. Risso. Je ne puis pas encore me prononcer sur cette prétendue espèce, mais j'ai peine à croire qu'elle soit distincte de notre anchois ordinaire. La description de M. Risso n'offre d'ailleurs aucun trait caractéristique.
chap. xii. anchois. 27
L'Anchois baillant.
(Engraulis ringens , Jen.)
Je place ici un anchois que je nai pas vu, mais qui a été décrit dans l'Ichtliyologie du voyage du Beagle, par le R. Léonard Jenyiis.
L'épaisseur du corps est d'environ un sixième de la longueur totale. La dorsale est insérée au milieu de la longueur; les ventrales sont attachées sous l'aplomb du premier rayon de la dorsale. La tête est plus grosse et plus longue que celle de l'anchois commun, et égale le quart de la longueur totale. Le dos est bleu foncé; le ventre est argenté : ces deux couleurs sont nettement séparées.
Tels sont les caractères principaux que je puis tirer de l'excellent travail de M. Jenyns, sur les poissons de l'expédition du Beagle. Cet ichthyologiste n'a vu que deux individus, entièrement semblables, rapportés d'Iquique, au Pérou, par M. Darwin. M. Jenyns dit que l'espèce ressemble entièrement à l'anchois commun de l'Europe, mais qu'elle en diffère principalement par sa grosse tête, et parce que les ventrales sont un peu plus reculées eu égard à la dorsale.
28 livre xxi. clupéoïdes.
L'Anchois japonais.
{Engraulis /aponiciis, Temm. et Sclil.)
Il serait très-possible qu'on ne distinguât pas (le l'espèce précédente celle décrite et figurée dans le Fauna japonica. Les naturalistes qui en ont parlé ne connaissaient que la figure et les notes descriptives faites au Japon par M. Burger.
Cet anchois a la forme générale de l'espèce européenne; le museau me paraîtrait un peu plus gros. Les nombres indiqués sont :
Ce poisson a le dos mêlé de verdâlre et de bleuâirej du brun jaunâtre sur la tête. Les nageoires sont pâles ; la caudale seule est rembrunie.
C'est le Jetarei-wasi des Japonais. Il ne paraît pas dépasser trois ou quatre pouces. On le prend en abondance, surtout au printemps et en automne, à l'entrée des baies de toute la côte S. O. du Japon , où il cherche un refuge contre les poursuites des baleines. On le mange séché et salé.
L'Anchois aux fortes dents.
{Engraulis dentex, nob.) Je reviens maintenant aux espèces étian-
gères que j'ai vues, et qui sont plus différentes de celles de nos mers européennes.
La rade de Rio de Janeiro nourrit en assez grande abondance un anchois qui se distingue de notre espèce et de toutes les autres de ce genre ,
par la grosseur des dents ; celles de la mâchoire inférieure sont en herse et beaucoup plus longues que celles des autres espèces. Les dents palatines et ptérygoïdiennes sont également très -visibles, et on en aperçoit deux rangées de trois ou quatre seulement sur le vomer. Cet anchois a d'ailleurs le corps beaucoup plus haut et beaucoup plus comprimé que celui de nos mers. Je trouve la hauteur comprise cinq fois dans la longueur totale. La tête est un peu plus courte que le tronc n'est élevé. La dorsale est petite, insérée beaucoup en arrière des ventrales. Ces nageoires sont tellement avancées que l'extrémité de la pectorale touche à leur premier rayon. L'anale est longue et coupée en lame de faux ; les rayons se cachent entre deux rangées d'écaillés; il y en a une très-longue dans l'aisselle de la pectorale.
B. 13; D. 15; A. 24; C. 21; P. 15; V. 8. Les écailles sont minces, plus hautes que longues, et marquées de quelques grosses stries pliées en chevron vers le milieu. J'en compte quarante rangées entre l'ouïe el la caudale. La couleur me paraît avoir été un brillant argenté glacé de vert sur le dos. On aperçoit sous certains reflets une large
30 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES.
bandelette longitudinale, mais l'argenté du ventre ne paraît pas se détacher même par une longue macération dans l'alcool, de manière à laisser sur les flancs cette bande d'argent à laquelle je crois que les auteurs ont donné cependant une trop grande importance caractéristique. Nous avons déjà fait une remarque presque semblable dans la description de notre anchois d'Europe.
Nos individus sont longs de sept à huit pouces.
MM. Delalande, Gay et Ménétrier ont envoyé cette espèce de Rio , mais nous la voyons remonter au Nord jusqu'à Bahia, et descendre au Sud jusqu'à Buenos-Ayres, où M. d'Orbigny l'a pêchée. Il a fait un dessin du poisson frais sur lequel nous voyons le dos peint en vert sombre , le glacé du ventre ; la dorsale est bleue avec une large bordure jaune. La caudale est bordée de noir; l'anale est bleuâtre ; les nageoires paires sont rougeâtres. Les observations qu'il a recueillies et qu'il a bien voulu nous communiquer nous disent que ce poisson se pèche dans la Plata, depuis le mois de septembre jusqu'à la fin de décembre; qu'elle devient plus abondante vers l'arrière-saison. Elle se tient sur les fonds de sable, voyage en petites troupes. On la prend à la seine : c'est un excellent manger. Quand
le poisson est salé, il a le goût des anchois de Provence. On le vend à Buenos -Ayies jusqu'à douze sous de notre monnaie. Les habitants lui ont transporté le nom européen de Sardina.
J'ai aussi observé cette espèce dans le cabinet de Berlin , où elle a été envoyée par M. Diepering.
Z/'Anchois athérinoïde.
{Ejigraulis atherinoides , nob.)
Nous retrouvons dans l'espèce dont il va être question, une telle fixité de la couleur argentée le long de la bandelette latérale des flancs, que nous la voyons très-nettement dessinée sur tous les individus. Cette ligne a engagé Linné à comparer à une Athérine le poisson qui a paru pour la première fois dans la douzième édition du Systema natiirœ , et qui venait, comme les nôtres, des côtes de la Guyane. Mais ce n'est pas sur ce seul caractère de coloration que nous établirons les caractères spécifiques de notre poisson.
li diffère du précédent parce que les dents sont un peu plus petites, quelles sont à peu près d'égale
32 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES.
force aux deux mâchoires. Le palatin est couvert d'une plaque granuleuse beaucoup plus large , et les dents vomériennes sont extrêmement petites, difficiles à voir : elles sont réduites à deux ou trois petites granules. Le maxillaire me paraît un peu plus court. L'anale est très- longue. La pectorale atteint presque à l'extrémité de la ventrale : elle est par conséquent plus longue que celle de l'espèce précédente.
La membrane branchiostège n'a pas autant de rayons que celle des deux espèces précédentes. Nous les avons comptés sur plusieurs individus et nous n'en avons trouvé que dix. La carène du ventre est beaucoup plus aiguè, mais il n'y a aucune de ces écailles épineuses qui font, dans les dupées, la dentelure en scie du ventre. Tous les poissons conservés dans l'alcool ont le dos et le bas du ventre roux. Le milieu des côtés est recouvert d'une bande d'argent très- brillante. Les nageoires sont incolores.
Le plus grand individu a sept pouces et demi de long.
MM. Leschenault et Doumerc en ont envoyé un assez bel exemplaire pris à Surinam. J'ai pu en acheter, pendant que j'étais à Amsterdam, des individus de même provenance. Les nombres des rayons de la dorsale et de l'anale sont tellement semblables a ceux de Linné, qu'il me paraît impossible de douter
de cette détermination spécifique. Il n'y a aucune synonymie sous l'espèce du Cliipea atherinoides y et cependant Linné aurait pu en mettre une, c'est celle qu'il» a tirée des deux ouvrages de Gronovius; mais il l'a placée dans sa douzième édition d'une manière toute fâcheuse, en l'inscrivant sous Argentina sphyrœna. M. Cuvier a démontré, dans un mémoire spécial , inséré dans le Recueil des mémoires du Muséum, que l'Argentine appartient à la famille des Truites. Le genre de Linné a été adopté dans le Muséum iclithyologicum , tome I, page 6, n.° 24, avec le caractère d'avoir des dents aux mâchoires et sur la langue. Mais dans le second fascicule de son Muséum, Gronovius ^ y associe une espèce qui aurait eu la bouche sans dents et la mâchoire supérieure conique , plus longue que l'inférieure. Ce caractère seul prouve que le poisson, décrit dans ce second article, ne pouvait pas être le même que celui du premier fascicule , et la description détaillée qui suit la diagnose vient établir d'une manière positive la conclusion que l'on peut déduire de la phrase spécifique. Le poisson venait de Surinam, et bien que l'auteur ne lui accorde