Iloseiilhal , Tab. ichlhyot. , pi
existe une fossette assez profonde, dans laquelle entrait évidemment le tubercule de la mâclioire inférieure. Ces détails nous font reconnaître un jeune âge de notre espèce actuelle. Le poisson correspond parfaitement à la figure donnée par M. Agassiz, sous le nom de Saumon femelle. D'où il resuite que cet habile zoologiste, qui ne voulait pas admettre le Sahno hamatus^ a précisément représenté les deux sexes du Bécard; mais il a mal déterminé l'espèce qu'il avait sous les yeux.
De même que nous voyons quelquefois sur les marchés de Paris de petits saumons, on y y voit aussi arriver de temps à autre de jeunes Bécards. J'en ai trouvés qui n'avaient pas plus de quatorze à quinze pouces. A cet âge ils ont le corps beaucoup plus étroit, les flancs beaucoup plus aplatis que les jeunes saumons. Il est par conséquent beaucoup plus aisé de distinguer alors les deux espèces. Ces petits bécards ont la fossette de la mâchoire supérieure et le crochet de l'inférieure déjà trèsprononcés. On les voit d'ailleurs sur des individus beaucoup plus petits, car dans la basse Seine, oii les pêcheurs connaissent bien les deux espèces, ils distinguent déjà les petits du Bécaid à la protubérance naissante du crochet.
222 LIVRE XXII. SALMONOÏDES.
Il faut aussi remarquer qu'on ne prend presque jamais dans la Touque que des bécards ou de grosses truites, mais très-rarement du véritable saumon. Dans la Rille, les saumons remontent les premiers, ils sont suivis des bécards; quand ces deux espèces ont disparu, on ne prend plus que des truites {Salar). Il résulte de ces exemples, qui se répètent très -probablement dans d'autres rivières de l'Europe, que les deux espèces ne fréquentent pas ensemble les mêmes eaux. Le saumon précède le bécard au moins de quatre à cinq mois, et la pcche du premier tire à sa fin quand on prend les deux espèces. On n'a pas craint de répéter que Texcroissance de la mâchoire inférieure du saumon se développait à la suite d'un séjour trop prolongé dans les eaux douces. On n'a pas fait attention que l'on prend des bécards au moment même où ils quittent l'eau salée pour entrer dans la rivière; qu'on en prend dans la mer beaucoup plus fréquemment que de vrais saumons; que Ton prend très-souvent dans certaines parties des fleuves les plus voisines de leur source, la première de nos espèces, tandis que le bécard ne remonte jamais aussi haut.
La chair du bécard est beaucoup moins colorée que celle du saumon ; elle est aussi
bien plus sèche; ce qui fait que ce poisson est moins estimé que le précédent.
Ce saumon arrive sur nos marchés en trèsgrande abondance au printemps, où on le vend ordinairement sous le nom de Saumon de la Loire, et aussi sous celui de Bécard; mais il reparaît encore vers la fin de la saison dans le mois d'octobre et de novembre. Les marchands le présentent comme de vieux mâles de l'espèce du Saumon ordinaire, quoiqu'il y ait sur la place autant de femelles que de mâles. Les individus des deux sexes ont toujours le crochet saillant de la mâchoire inférieure, et je ne crois pas même qu'on puisse dire qu'il le soit davantage dans le mâle que dans la femelle. Il ne faut pas oublier que les femelles du saumon ordinaire portent un petit tubercule comme les saumons mâles. Que Ton me pardonne ces répétitions; elles me paraissent nécessaires pour bien fixer les idées. Comme on trouve en même temps des individus de l'espèce précédente, que Von peut comparer immédiatement avec ceux de celleci, on est très-promptement frappé des différences qui existent entre ces deux poissons. Nous ferons ici la remarque, qui a déjà été faite pour l'espèce précédente, c'est qu'on n'en voit pas de jeunes.
224 LIVRK XXII. SALMONOÏDES.
M. Agassiz a cru devoir établir dans une note lue devant l'Association britannique, que le Salmo liainatiis n'était que le vieux mâle du saumon, et son opinion a été adoptée par les icîitliyologistes récents d'Angleterre. Il a reproduit cette idée dans son Histoire des Salmones, et c'est d'après elle qu'il a fait figurer sur la planche I.'^^de son ouvrage le Salmo hamatus sous le nom de Salmo salar ou de Saumon du PJiin, mâle adulte.
Le trait de la figure est Ibrt exact; il donne bien une idée de l'espèce, mais la couleur ne ressemble pas à celle des individus qui viennent sur nos marchés : elle n'est vraie, ni pour la force du corps ni pour la distribution des taches rouges. On peut également dire que l'adipeuse est trop petite.
Avant M. Agassiz , Bloch avait énoncé la même idée relativement au sexe du bécard; il l'a représenté dans sa grande Ichthyologie à la planche 98; la figure est reconnaissable, quoique mauvaise, parce que la caudale est beaucoup trop échancrée et parce que les couleurs sont absolument fausses. Bloch a aussi regardé ce poisson comme le mâle du saumon, et il se fonde sur ce que le conseiller Goden, qui a une pèche considérable à Rugen, dit que les gens qui ouvrent des milliers
de ces poissons pour les fumer, n'ont jamais trouvé une seule femelle qui eût un crochet, ce qui est tout à ftiit inexact.
Les ichthyologistes du 16.* siècle avaient fait connaître cette espèce ; car Gessner ' en donne une figure un peu rude, comme toutes ses planches exécutées sur bois, mais qui est cependant une des meilleures que je connaisse encore aujourd'hui, et s'il le présente comme un vieux mâle, il faut bien remarquer que Belon'' en a représenté la tête avec non moins d'inexactitude , mais en la donnant comme celle d'un saumon femelle {Caput salmonis fœniinoè). Duhamel'^ en donne la figure sous le nom de Bécard; mais elle est au-dessous de toute critique. Cependant ce que cet auteur dit dans le chapitre II, oii il traite du Bécard, prouve qu'il a bien évidemment vu l'espèce dont nous parlons ici; mais il a perdu les observations qu'il faisait sur la nature, au milieu de toutes les notes plus ou moins confuses qu'il recevait de ses différents correspondants.