LIRRAIRE DE LA SOCIÉTÉ GÉOLOGIQUE DE FRANCE
rue Saint- André -des -arcs, n.° 65.
STRASBOURG, chez V." Levrault, rue des Juifs, n.° 33.
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Après avoir, dans le volume précédent, exposé l'histoire des familles que j'ai cru devoir retirer de celle que M. Cuvier avait établie dans le Pvègne animal sous le nom de Chipes, je présente dans celui-ci l'histoire des Chipées réduites aux seuls genres des poissons de ce groupe qui ont le ventre caréné. Leur bouche est bordée dans le milieu par de trèspetits intermaxillaires, et sur les côtés par des maxillaires complexes plus ou moins libres , mais qui ne sont pas assez longs pour dépasser les branches de la mâchoire inférieure quand elle est abaissée. Dans tous les genres variés qui composent cette subdivision, la mâchoire inférieure est plus longue que la supérieure, et la symphyse la dépasse comme une grosse tubérosité. Tous ces poissons se ressemblent tellement entre eux qu'ils ne forment en quelque sorte, qu'un grand genre naturel. En étudiant les détails de leur organisation, j'ai eu le bonheur de saisir un caractère dont l'application avait échappé à mes prédécesseurs. Elle rendra
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facile l'étude et la distinction d'espèces nombreuses qui étaient toutes confondues ou méconnues. La nature semble avoir épuisé ici toutes les combinaisons possibles pour implanter les dents de ces poissons sur les différents os de leur bouche ou de la base du crâne.
Les eaux douces et salées de l'Europe nourrissent des espèces de ces genres variés , auprès desquels viennent se placer facilement les nombreux poissons exotiques, depuis le Hareng jusqu'à l'Alose.
On trouvera dans le volume suivant l'histoire des espèces assez semblables à l'Anchois, et j'espère convaincre le lecteur que celles-ci présentent des différences qui auraient pu m'autoriser à en faire une petite famille séparée. Je n'ai pas cependant osé le faire, parce que cette division ne m'a pas paru absolument nécessaire.
L'étude des Clupées et des genres qui les a voisinent est une des plus instructives pour concevoir l'extension que l'on doit donner aux principe;» des familles naturelles. Aucune autre ne montre plus clairement le système de la nature, par suite duquel elle prend à une famille quelques-uns de ses caractères pour les
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combiner et les fondre dans ceux d'une autre, de manière à modifier souvent le caractère essentiel, à l'altérer ou à l'effacer dans certaines espèces qui font rentrer dans le groupe principal toutes celles qui sembleraient s'en écarter. On tire aussi de l'étude de ces poissons un autre enseignement et d'un plus haut intérêt, car on arrive, en suivant les variétés si nombreuses du hareng commun , à fixer ses idées sur la valeur de cette grande abstraction de notre esprit que les naturalistes nomment espèce. C'est de toutes celles que nous pouvons facilement observer , l'espèce représentée par le plus grand nombre d'individus vivant en société par troupes innombrables, cachés dans des retraites habituellement impénétrables à l'homme, n'en sortant qu'à des époques fixes et déterminées par suite d'un besoin physique et impérieux , et non par le seul acte de la volonté de l'animal, qui ne met enjeu aucune faculté instinctive. Ces conditions vitales sont en dehors de toutes celles que nous attribuons à la domesticité chez un grand nombre d'autres animaux, et par conséquent à l'abri de toute action de l'homme. Il n'en est pas moins évi-
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dent que nous voyons reproduire dans l'espèce plusieurs modifications que nous attribuons dans les autres animaux placés par la nature auprès de nous, à l'influence de la domesticité. Outre l'importance que ces réflexions donnent à l'espèce du hareng, il en est une autre d'un intérêt peut-être moins philosophique, mais non moins grand, à cause de l'utilité incontestable du hareng. Tout le monde a répété, avec raison, que ce poisson est une source inépuisable de richesse et la meilleure école pour former des hommes de mer.
Le lecteur me pardonnera sans aucun doute de m'être longuement étendu sur l'organisation , les habitudes et la pêche de ce poisson. Le legs que j'ai reçu de M. Cuvier m'a donné la faculté de puiser dans les documents inédits que Noël de la Morinière avait préparés pour écrire une histoire naturelle et commerciale de cette dupée. J'en ai profité en tâchant d'éviter des détails trop minutieux qui auraient donné à mon ouvrage un caractère de prolixité tout à fait fâcheuse dans un livre de la nature de celui que je publie.
On trouvera aussi dans ce volume beaucoup
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de détails sur l'Alose, dont je ne reconnais qu'une seule espèce en Europe ; sur la Sardine , qui a en ichthyologie les principaux caractères de l'Alose, mais dont les habitudes sont bien différentes.
Je n'entrerai pas ici dans plus de détails sur les observations consignées clans ce volume.
Pendant que j'étais occupé de la rédaction de ce travail, les collections ichthyologiques du Muséum ont fait de grandes et nombreuses acquisitions. M. le chevalier Robert Schomburgk , si connu par ses beaux travaux géographiques et par son voyage dans l'intérieur de la Guiane, a donné au Muséum une collection presque complète des nombreuses et belles espèces qu'il a recueillies dans les eaux douces de cette contrée et principalement dans l'Essequibo. Les recherches de ce voyageur viennent ajouter à ce que l'ichthyologie des eaux douces de l'Amérique équinoxiale devait à Spix et à Martius , et antérieurement au savant et illustre Alexandre de Humboldt.
De nouvelles investigations viennent d'étendre encore nos connaissances sur cette belle partie du globe.
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Un voyageur infatigable, qui joint au plus grand courage une ardeur scientifique non moins active, M. le comte de Castelnau, est de retour de l'expédition la plus grande et la plus périlleuse qu'un voyageur français ait encore vue couronnée de succès. Avec l'aide d'un jeune naturaliste né dans le Muséum d'histoire naturelle, M. Emile Deville, le chef de cette audacieuse expédition a réuni de superbes collections d'histoire naturelle ou l'ichthyologie tient une grande place. Nous pouvons les examiner à loisir maintenant qu'elles sont étalées et rangées dans le Jardin du Roi. Les naturalistes doivent être pénétrés de reconnaissance pour des hommes qui ont eu le courage de rapporter tant de trésors scientifiques, lorsqu'il fallait leur faire passer les chutes de l'Yucale , ou les maintenir sur les flots que roule l'Amazone. Le Pirarucu (Vastres Cuvieri) dont j'ai parlé dans le tome précédent , et sur lequel j'aurai à revenir dans une des additions du prochain volume, est une des grandes et belles espèces de ce voyage. Un autre genre, dont nous ignorions la patrie, le Vandellia bicirrhosum , a été recueilli dans le haut Amazone. Les produits sont d'ailleurs si
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nombreux qu'il ne faut pas en citer davantage; car des citations trop restreintes sembleraient diminuer l'importance des collections à cause du nombre des espèces que nous serions obligé de paraître laisser dans l'oubli. Nul doute, d'ailleurs, que le Gouvernement éclairé qui a rendu depuis la paix tant de services aux sciences naturelles, fera profiter le monde savant de ce beau voyage, en en ordonnant une grande et magnifique publication.
Au Jardin du Roi, 1.er septembre 1847.