‹ Histoire naturelle des poissons (volume 3)Chapitre 18 sur 100 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Du genre Hareng (Clupea, Cuvier).

Je commence l'histoire des Clupéoïdes par celle du genre qui comprend le hareng, parce que c'est de tous les poissons de cette famille celui qui est le plus connu et le plus utile à l'homme. Les caractères de ce genre reposent, d'après les principes que j'ai établis plus haut, sur la dentition de ces Clupées. Je ne classe dans ce genre que les espèces qui ont de petites dents sur les intermaxillaires, des crénelures si fines aux maxillaires qu'elles sont plus sensibles au tact que visibles à l'œil nu. Il y a aussi de petites dents sur le pourtour de la symphyse de la mâchoire inférieure qui dépasse la supérieure. Des dents plus fortes et plus faciles à voir existent sur le vomer et y sont implantées sur une bande longitudinale. Une autre bande semblable et correspondant à celle-là hérisse la langue. Il n'y a que deux ou trois petites dents sur le bord externe des palatins; elles tombent même si facilement, que sans des observations attentives et répétées, on pourrait croire que ces os sont lisses comme les ptérygoïdiens. Le corps des espèces du genre Hareng est allongé, le dos est arrondi, les flancs sont épais et le

ventre est plus ou moins comprimé ou tranchant, selon que l'on observe un individu péché pendant qu'il est plein ou après qu'il a frayé. La dorsale est petite, attachée sur le milieu de la longueur du corps; les ventrales répondent à cette nageoire; les pectorales sont petites; l'anale est très-basse. Le canal intestinal ne fait que deux replis ; il a de nombreux ccecums. L'estomac est un sac conique. La vessie aérienne est grande, pointue aux deux extrémités ; elle communique par un canal long et très - étroit avec la pointe de l'estomac.

Je ne connais encore qu'un petit nombre d'espèces de ce genre, qui ont été jusqu'à moi confondues sous le nom de Clupea harengus. Il faut d'ailleurs remarquer que sous cette dénomination linnéenne, Artedi et ses successeurs avaient compris plusieurs autres poissons qui sont pour moi de genres différents.

Je conserve à ce genre le nom de Clupea que M. Cuvier a pris d'Artédi, en restreignant la signification que cet ichthyologiste et Linné lui attribuaient. Cette expression générique reçoit aujourd'hui dans notre ouvrage une acception nouvelle et différente de celle que ces trois grands naturalistes lui assignaient. Mais, comme M. Cuvier entendait l'appliquer plus

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spécialement au hareng, je crois devoir conserver ce qui a été la première pensée de l'auteur du Règne animal. Je suis en cette circonstance la règle que je n'ai pas encore manqué d'observer pour mon illustre maître, ou pour les savants naturalistes dont j'ai cru nécessaire de modifier les travaux.

Du Hareng commun.

(Clupea harengus , Linné).

Le hareng d'Europe est une espèce des plus célèbres à cause de sa fécondité, des services qu'il rend à l'industrie, et je dirai même à cause des récits merveilleux que l'on ajoute à son histoire. Il est familier à tous les peuples qui habitent sur les bords de l'Océan jusqu'auprès du pôle arctique, et qui se livrent à sa pêche avec un courage aussi audacieux qu'infatigable. Le commerce le répand, conservé par les préparations que l'homme sait lui faire subir, dans presque toutes les parties du monde. Par son inépuisable fécondité le hareng est une de ces productions naturelles dont l'emploi, comme le dit M. de Lacépède, décide de la destinée des empires. La graine du caféier, la feuille du thé, les épices de la zone torride, le ver qui file la soie, ont moins influé sur les richesses des nations que

le hareng de l'Océan septentrional. Le luxe ou le caprice demandent les premiers, le besoin réclame le second. La pêche de ce poisson fait partir chaque année des côtes de France, de Hollande, d'Angleterre, des Hottes nombreuses pour aller chercher dans le sein d'une mer orageuse la moisson abondante et assurée que ses légions innombrables présentent à la courageuse activité de ces peuples. Les grands politiques , les plus habiles économistes ont vu dans la pêche du hareng la plus importante des expéditions maritimes , ils l'ont surnommée la grande pêche. Elle forme des hommes robustes, des marins intrépides, des navigateurs expérimentés. L'industrie qui s'empare des produits de ces pêches, sait en faire l'objet d'un commerce, source de richesses inépuisables. Mais avant d'examiner ce que ces grandes entreprises peuvent procurer de bien-être à l'homme, il est naturel de commencer par décrire scientifiquement un poisson que tout le monde connaît, mais que bien peu ont étudié.

Les diverses proportions du hareng varient selon les individus que l'on examine, suivant les saisons. En les prenant d'abord sur des harengs pleins, on trouve qu'un mâle a la ligne du profil supérieur trèspeu convexe ; celle du ventre est au contraire tout à

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fait concave; la hauteur fait le cinquième de la longueur totale; j'ai, à côté de lui, une femelle, également pleine, dont la hauteur est cinq fois et un tiers dans cette même longueur totale. Le dos est épais et arrondi; la plus grande épaisseur est deux fois et demie dans la hauteur. J'ai observé cependant parmi tous ces harengs, que l'on apporte aux marchés, des individus dont le co'rps paraît beaucoup plus allongé, parce que la courbure du ventre est moins prononcée; ils sont cependant pleins : la laite sort sous la plus faible pression. La hauteur est contenue six fois dans la longueur totale. Ces harengs allongés sont ceux que les marchands appellent communément les harengs de Calais; ces changements de proportion sont peut-être dus à ce que les premiers n'ont pas encore commencé à frayer, tandis que les autres, plus septentrionaux, auraient déjà lâché une partie de leur frai.

La longueur de la tête est contenue cinq fois et un tiers dans la longueur totale des individus qui ont le corps trapu, et je ne la trouve que cinq fois dans la longueur de ceux qui ont le corps plus étroit et plus allongé. Toutefois en rapprochant un nombre considérable d'exemplaires, et en les examinant avec soin pour voir si l'on pourrait trouver quelques différences assez constantes pour la considérer comme un caractère spécifique, on ne tarde pas à se convaincre que ces légères différences ne sont qu'individuelles.

L'œil est assez grand , un peu ovale : son plus grand diamètre serait plutôt oblique et perché en

avant que vertical. Le cercle de l'orbite n'entame pas la ligne du profil, quoique l'œil soit tout à fait sur le haut de la joue. Une double paupière adipeuse est étendue sur la cornée; l'antérieure recouvre le premier sous - orbitaire que l'on ne voit que par transparence; la seconde va toucher l'angle supérieur du préopercule. L'orbite est cerné en dessous sur quatre sous-orbitaires, et en dessus par un sourcilier; mais comme ces os minces ne se voient bien que par la dissection, nous y reviendrons en décrivant le squelette.

Le préopercule est mince comme une écaille; son angle est arrondi; son limbe, large, est sillonné par de petits filets anastomosés, formant des rivulations qui ne gagnent point les sous-orbitaires. Cet os couvre la plus grande partie de la joue; il ne laisse voir qu'une très -petite portion de l'interopercule, qui est mince , étroit et arrondi près du stfus-'opercule; celui-ci est irrégulièrement triangulaire; son angle postérieur est aigu ; le bout de réunion avec l'opercule fait une sinuosité très-ouverte. L'opercule est irrégulièrement quadrilatère; son angle supérieur est arrondi; sa surface est lisse et sans aucunes stries; c'est ce qui sert à le faire distinguer, par les marchands, de la sardine adulte, qu'ils amènent à Paris sous le nom de Harengs de Berck. Nous reviendrons sur ce caractère en décrivant cette espèce de Clupéoide. Il n'y a pas de bord membraneux à l'opercule.

L'ouverture de la bouche est assez large ; elle est surtout agrandie par la mobilité et la protraction

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du maxillaire; cet os est complexe dans le hareng, car il est formé de trois pièces : la plus grande ou le maxillaire principal a toute sa portion, ou, si - l'on aime mieux, tout son corps dilaté en une petite lame mince qui donne en avant une apophyse styloïde étroite et courbée pour aller rejoindre, par une tête un peu élargie , l'ethmoïde , et s'articuler ainsi au crâne. Cette tête a en même temps deux facettes, l'une postérieure pour les palatins, l'autre supérieure pour s'unir aux intermaxillaires. Les deux autres pièces supplémentaires sont placées en arrière de celui-ci; l'antérieure est longue et étroite, à peu près d'égalé largeur partout, et s'articule «à l'endroit de la flexion de la portion articulaire du maxillaire principal. La troisième s'articule avec cette seconde pièce par un stylet grêle; elle se dilate ensuite en arrière en une petite palette ovoïde qui ne dépasse pas l'extrémité du maxillaire principal. Ces trois os ont un canal osseux qui les traverse dans toute leur longueur. L'intermaxillaire est extrêmement petit, sans branche montante, ta peu près triangulaire. La mâchoire inférieure a des branches minces et très-élevées. L'articulaire se détache facilement des pièces antérieures ; on peut dire de sa formé qu'elle est plus triangulaire, tandis que celle du reste de la branche serait plutôt trapézoïdale. On trouve une lèvre inférieure, épaisse et dilatée, mais il n'y en a point à la mâchoire supérieure. La narine du hareng est une assez grande cavité, en partie recouverte par la membrane adipeuse qui forme la paupière; elle se prolonge presque autour

de la demi -circonférence antérieure de l'orbite, de sorte que, par l'insufflation, on voit toute la région antérieure se soulever. Il y a , comme dans tous les poissons, deux ouvertures à la narine, mais tellement rapprochées l'une de l'autre qu'elles ne sont séparées que par une petite bride, ce qui rend l'antérieure très -difficile à apercevoir. L'ouverture postérieure est ovale, assez grande. Un très-petit os nasal est mobile au-dessus de ces deux ouvertures, que l'on trouve le long de l'extrémité du sourciller. En faisant remuer cet os, qui est assez mobile, on découvre plus aisément les deux orifices de la narine. En soulevant la peau, épaisse, quoique transparente, on pénètre dans cette assez grande cavité au fond de laquelle on voit la petite rosette formée par les plis de la membrane piluitaire. Une portion assez longue du nerf de la première paire et plusieurs autres filets nerveux passent sous cette espèce de paupière. Cette anatomie , facile à faire, est très-jolie.

Les dents des mâchoires sont d'une extrême petitesse. Celles de l'intermaxillaire et de l'extrémité de la mâchoire inférieure méritent presque seules ce nom. On peut reconnaître leur forme crochue- il y en a dix à douze sur un seul rang, c'est-à-dire, cinq ou six de chaque côté. Les dents du maxillaire sont tellement petites qu'elles ne sont en quelque sorte que de très -fines aspérités. Celles du vomer, quoique très -petites, sont plus fortes; on les voit sur deux rangées à l'extrémité antérieure : elles forment là un petit groupe longitudinal, puis il existe à l'extrémité de chaque palatin quatre ou cinq pe-

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tites dents crochues disposées les unes derrière les autres, et formant avec celles du vomer les trois petits groupes des dents palatines.

La langue est courte, obtuse, assez libre; elle est couverte d'une membrane épaisse, chargée de points pigmentaires. Sur le corps de l'os lingual il existe une petite plaque ovale, allongée, portant cinq à six rangées longitudinales de petites dents crochues plus fortes que celles des os déjà nommés. Je ne trouve pas de dents pharyngiennes.

Les ouïes sont largement ouvertes; la membrane branchiostège ne dépasse point les rayons qui la soutiennent. Nous en comptons huit de chaque côté; les cinq externes sont grêles, les trois autres sont larges et aplatis.

Le dessus du crâne est étroit et il devient même pointu entre les narines. La peau qui le recouvre est criblée de nombreux pores muqueux. L'opercule s'étend en grande partie jusque sur l'ossature de l'épaule qui est composée d'os grêles et étroits. Comme ils sont cachés dans l'épaisseur des muscles, nous n'en parlerons qu'en décrivant le squelette.

Les nageoires sont petites. La pectorale, étroite et pointue, est attachée vers le bas près de la carène du ventre. La dorsale est sur le milieu de la longueur du dos. La ventrale lui correspond parfaitement. L'anale est basse et égale. La caudale est fourchue.

Les écailles sont minces, en quelque sorte membraneuses : elles se détachent avec une telle facilité

qu'il est très-rare de trouver un hareng qui ne les ait pas perdues presque entièrement : elles sont de grandeur médiocre. J'ai observé que le nombre des rangées varie entre cinquante- trois et cinquante-neuf. Toute la portion libre est couverte de stries concentriques si fines qu'on ne peut les apercevoir qu'à un assez fort grossissement. Ces stries semblent s'évanouir sur la portion radicale, sur laquelle on compte quinze ou seize rayons à l'éventail : ils sont extrêmement fins et le plus souvent ils s'anastomosent entre eux.

J'ai dit que le dos du hareng était arrondi; son ventre est caréné, et la saillie de la courbure paraîtra plus ou moins forte selon que l'on observera un poisson plein ou vide. La carène est soutenue par un certain nombre d'écaillés pliées en chevron, dont le sommet élargi forme le corps et l'axe de la carène. Les côtés de cette ogive, prolongés en épines longues, grêles et très-pointues, embrassent le ventre. L'axe de la carène se prolonge en arrière en pointe imbriquée sur la pièce suivante; c'est ainsi que se trouve formé le tranchant du ventre des harengs. La carène est étendue depuis la ceinture humérale jusqu'à l'anus. Les seize premières pièces sont petites et ce n'est guère qu'à la neuvième que l'on commence à voir saillir les pointes latérales; ces petites épines grandissent jusqu'à la seizième qui répond à l'extrémité du rayon le plus court de la pectorale : au delà et jusqu'aux ventrales toutes ces pièces sont grandes et de la forme que j'ai d'abord indiquée; puis en arrière de la ventrale elles

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diminuent de nouveau pour devenir presque rudimentaires auprès de l'anus. J'ai compté le nombre de ces pièces sur beaucoup d'individus, et j'en ai trouvé constamment quarante-deux. Un seul, venu de Brest, n'en avait que quarante, et un autre pris sur les côtes de Picardie en avait quarante -trois. Il me paraît que les jeunes individus en ont moins que les adultes, car je les ai comptées sur un grand nombre d'exemplaires de petite taille péchés a Caen , à Cayeùx, à La Rochelle, et je n'en ai trouvé que trente -cinq.

La ligne latérale est difficile à voir et à suivre à cause de la caducité des écailles, cependant on parvient à s'assurer de sa présence et de sa direction sur des individus bien conservés : elle est fine comme un trait tracé par le milieu du corps, depuis le mastoïdien jusqu'au milieu de la caudale.

La couleur du hareng vivant est un vert glauque sur le dos , glacé d'argent , les flancs et le ventre brillant de cet éclat métallique le plus vif; mais dès qu'il est mort le hareng change de couleur et son dos prend cette teinte bleue, qui est celle que lui attribueront toutes les personnes qui ne l'ont pas vu sauter dans les filets du pêcheur.

L'étude des viscères du hareng est aussi simple que les organes le sont eux-mêmes :

Les branchies sont remarquables par la longueur des peignes qui forment les ratelures et qui sont disposés du côté de la bouche. Le cœur est petit, trièdre, son oreillette est fort grande et presque membraneuse.

Le pharynx s'ouvre par un assez large entonnoir qui donne dans un court œsophage et de là dans un estomac conique et pointu; à peu près au tiers de sa longueur naît de la face inférieure la branche montante qui va presque toucher au diaphragme : elle se replie, et à cet endroit un changement d'épaisseur très- notable marque le pylore et le commencement du duodénum : cet intestin est entouré de vingt appendices cœcales formant deux rangées de chaque côté du canal, les antérieures sont de moitié plus courtes que les dernières. L'intestin, retenu par un repli mésentérique d'une finesse extrême et qui est attaché dans le milieu de la gouttière de l'abdomen, marche droit jusqu'à l'anus 'sans faire aucun repli : ses parois sont très- minces et sa velouté forme un nombre considérable de rides comparables à des valvules conniventes, mais qui ne forment pas une lame en spirale continue comme celle de l'intestin des Chirocentres ou de l'œsophage des Chanos.

Le foie est petit, presque entièrement situé à la droite de l'œsophage; il est mince, triangulaire et terminé en pointe assez aiguë. Sous la branche montante, la partie antérieure du foie s'épaissit un peu, et se porte vers le côté gauche; c'est sur cette portion que l'on trouve la vésicule du fiel assez grosse par rapport au volume du foie : elle est globulaire et presque adhérente sur l'intestin au delà du pylore : le canal cholédoque est court. La rate est oblongue, attachée sur l'intestin à l'endroit où il atteint l'extrémité des plus longues appendices pvloriques.

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Les deux laitances, à l'époque où je décris le hareng, remplissent presque toute la cavité abdominale: elles sont plus épaisses du côté du dos que vers le ventre : elles paraissent subdivisées en plusieurs petits lobules : elles se rendent chacune dans un conduit unique, qui longe la face supérieure du rectum et qui vient déboucher au delà de cet intestin dans un petit conduit qui a l'apparence d'une papille, mais qui ne peut être considéré comme une verge semblable à celle de plusieurs autres espèces de poissons. Les sacs ovariques sont de leur côté remplis d'une immense quantité d'oeufs très-peu adhérents à toute la face ventrale de ce sac; les deux ovaires débouchent presque en même temps et par un canal excessivement court, au delà du rectum, dans une sorte de cloaque. En écartant les organes digestifs et génitaux, on trouve dans le haut de la cavité abdominale, à sa place ordinaire, une très-longue vessie aérienne étroite, pointue aux deux extrémités. La pointe de devant est longue et forme une sorte de véritable col tubuleux adhérent à la colonne vertébrale et terminé en un petit bouton arrondi; vers les deux tiers de la face inférieure de la vessie on voit naître le canal pneumatique qui communique avec l'extrémité de la pointe de l'estomac dont il semble être la prolongation. Si l'on insuffle l'intestin par le rectum, en ayant soin de fermer lœsophage, on gonfle très -aisément la vessie et on peut la dilater beaucoup. Comme celle de tous les poissons, elle est formée d'une membrane propre excessivement mince et d'une seconde tunique extérieure fibreuse

et argentée. Son extrémité antérieure remonte jusqu'à la première vertèbre et touche au basilaire; elle est retenue dans sa position non -seulement par le repli du péritoine ou par le tissu cellulaire qui l'entoure, mais il y a encore de chaque. côté de la base du crâne un petit ligament filiforme attaché d'une part à la membrane propre de la vessie et inséré par son autre extrémité sur le mastoïdien. Je crois du moins que c'est bien à cet os qu'il prend son attache. Je me suis assuré par des sections répétées et par l'examen microscopique que cette bride est pleine et sa composition élémentaire est très - semblable à celle des tissus cartilagineux. On dislingue au moyen d'un fort grossissement de nombreux cystoblastes qui m'ont rappelé tout à fait ceux que l'on voit quand on étudie la composition élémentaire des cartilages. J'insiste avec beaucoup de soin sur la nature de cette bride, parce que presque tous les anatomistes se sont trompés sur ce ligament, et qu'ils l'ont considéré comme un petit canal creux servant à établir une communication entre la vessie aérienne et l'intérieur de l'oreille. Je me suis assuré par tous les moyens anatomiques qui peuvent être employés, que cette communication n'existe pas plus dans le Hareng que dans la Sardine ou dans l'Alose. Aucune injection n'a pu passer de la vessie dans la boîte cérébrale. J'ai ouvert le crâne d'un hareng, et le sac de l'oreille d'un côté , et j'ai enlevé entièrement celui de l'autre côté. J'ai rempli d'air la vessie en l'injectant par l'estomac. Pas une bulle d'air ne s'est échappée de l'organe, après que la préparation a été

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plongée plusieurs jours dans l'alcool. Il ne peut donc rester de doute à cet égard ; ces brides ne sont pas des tubes creux.

En enlevant la vessie aérienne on trouve comme à l'ordinaire entre elle et la colonne vertébrale, les reins qui s'étendent depuis les grands sinus veineux de la tête jusque vers les quatre cinquièmes de la cavité abdominale, et ils paraissent réunis en un seul lobe dans la plus grande partie de leur longueur; de l'extrémité sortent deux uretères, qui donnent dans une vessie urinaire cylindrique étroite, à parois très-grêles, derrière l'ouverture des organes de la génération.

Les recherches que j'ai faites sur les organes de la circulation du hareng me prouvent que l'aorte, engagée dans l'étui que lui offre la colonne vertébrale, est d'un diamètre assez considérable par rapport au volume du corps. Je lui vois donner la grande artère de l'estomac à peu près au septième de la longueur de la cavité abdominale, et, ce qui est remarquable, c'est que ce vaisseau traverse le grand sinus veineux rénal dès sa naissance, que, par conséquent, cette artère est baignée dès son origine par le sang veineux. La branche qui longe l'estomac et qui fournit à ce viscère est assez grosse ; elle donne un second rameau également considérable qui se perd dans le repli mésentérique des cœcums. Une autre remarque non moins importante doit être faite à l'égard de l'artère des organes de la génération ou de la spermalique. Je la vois sortir comme une artère primitive de l'aorte même

à peu près vers le milieu de la longueur de l'abdomen. Dans la plupart des autres poissons que j'ai injectés, ce vaisseau sortait le plus souvent de la branche intestinale. Quant aux veines, on les voit, comme dans tous les poissons qui vivent à de grandes profondeurs, être en général fort grosses et se dilater en des sinus qui sont surtout volumineux le long de la partie antérieure du rein à peu près pendant le premier tiers de la longueur de cet organe, car en arrière je ne trouve plus à la grande veine-cave qu'un diamètre fort ordinaire. Le cœur, placé comme à l'ordinaire dans les poissons, est petit et trièdre; son oreillette est grande, très-mince et reçoit directement les ouvertures des deux grands sinus de la tête. Deux valvules assez larges sont à chacun de leur orifice.

Le squelette du hareng paraît composé d'un beaucoup plus grand nombre de pièces que celui de beaucoup d'autres poissons, à cause de la quantité considérable d'arêtes interposée entre les faisceaux musculaires. Il n'esr pas impossible de ramener sa description, en ce qui touche les parties principales, à celles que nous avons# faites du squelette des autres poissons en suivant la même méthode. Nous allons commencer par décrire le crâne; nous parlerons ensuite des os de la face. Il est étroit, pointu en avant et ayant la forme irrégulière d'une pyramide . à trois faces. Les deux frontaux principaux en couvrent toute la face supérieure ; ils sont relevés en carène au-devant des yeux et un peu concaves en arrière de l'orbite. L'ethmoide dépasse les frontaux

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