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Zorgdr. « aile und neue grœnl. Fisch. , lï

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du frai de hareng au delà du cercle arctique vers la fin de l'hiver. On dit que dans la Baltique les harengs fraient dès la fonte des glaces, c'est-à-dire, depuis le commencement du printemps jusqu'en automne. Mais, quelquefois aussi on a vu dans cette mer du frai de hareng pendant l'hiver; ce qui établit encore que tous les poissons d'un même radeau ne fraient pas à la fois, c'est que les pêcheurs déclarent tous qu'ils prennent le hareng en trois états différents : une sorte composée de harengs pleins, une seconde de harengs gais, et une troisième de harengs déjà disposés à redevenir pleins. Ceux qui font les diverses préparations du poisson péché, reconnaissent également ces différents états du hareng. En Hollande, on ne fait aucun choix du hareng pendant les dix premiers jours de la pèche, et tout ce qui est pris est envoyé, sans distinction, depuis Hambourg jusqu'à Amsterdam, pour y être consommé comme harengs de prime. Après ces premiers envois, on a trèsgrand soin de faire le triage du poisson pris chaque nuit; cette opération, aussitôt qu'il est caqué, et avant de lui faire subir la préparation du sel, c'est alors que l'on distingue ce qu'on appelle le petit hareng ( Maatges haring), celui qui n'a encore ni œufs ni laitances;

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il est gças et d'un goût très-lin- mais il ne se conserve pas longtemps. Une seconde sorte est le hareng plein {voile haring), et une troisième, le hareng vide {fin harîng).

Des observations répétées prouvent que les harengs fraient autour des iles Hébrides, sur les côtes orientales ou occidentales d'Ecosse, dans toutes les baies de l'Irlande et autour de l'île de Man. Noël de la Morinière a recueilli des observations, établissant la reproduction du hareng sur les côtes du pays de Galles.

La Norwége, la Suède, le Danemarck, la basse Allemagne reçoivent aussi chaque année sur leurs côtes le frai de ce poisson. Schcenfeld croit que le hareng dépose ses œufs à l'embouchure de l'Elbe, parce qu'on trouve de jeunes harengs dans les eaux de ce fleuve. Tous les pécheurs hollandais sont témoins du frai du hareng sur le Doggerbankj ceux du Zuydersée et toute la Nord -Hollande conviennent que vingt jours environ avant l'équinoxe du printemps le hareng se rassemble pour frayer, qu'il met un mois à lâcher tout son frai, et qu'il choisit toujours de préférence les fonds sur lesquels il se trouve peu d'eau. Les pécheurs de la Manche croient que le hareng lâche ses ceufs ou sa laitance à partir de la passure de Dyck, à l'ouverture de cette mer

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jusqu'au cap la Hève. Lorsqu'à Boulogne on commence à prendre du hareng déjà gai, on regarde ces poissons comme la tête d'un lit nombreux de harengs pleins qui ne tardent pas à se montrer. L'expérience répétée a établi avec raison cette opinion. Des radeaux de poisson vide sont donc remplacés par des lits de poisson plein, et il faut aussi remarquer que les poissons vides, pris vers la fin de la saison, sont presque toujours plus grands que n'étaient les harengs pleins du commencement de la pêche. Il faut donc conclure de tout cela que les harengs n'ont pas, depuis le pôle Nord jusque dans nos mers, une époque fixe pour frayer, et qu'ils se multiplient dans toutes les mers où ils se trouvent.

Ce que j'ai rapporté plus haut sur la quantité d'œufs que les pêcheurs tirent quelquefois dans leurs filets, démontre aussi la vérité de la reproduction du hareng dans ces différentes mers.

Maintenant que je viens de parler de la reproduction du hareng et de sa prodigieuse fécondité, il est bon de dire quelques mots sur les ennemis que la nature lui a donnés. Il faut d'abord citer tous les grands cétacés; ils les poursuivent, le long des côtes, avec beaucoup d'acharnement. Ces circonstances

n'avaient point échappe aux pêcheurs les plus anciens, car dans l'ancien langage des pêcheurs islandais, une espèce de baleine est surnommée jftskrêki, c est-à-dire chasseresse de poissons. Pontoppidan, Strôm, disent que ces baleines se trouvent dans les golfes de la Laponie tant qu'elles sont certaines d'y trouver du hareng. Knox cite des faits semblables sur les côtes d'Ecosse. L'un de ces cétacés ou le Nordkaper , a reçu sur les cotes d'Islande le nom de Herring-Balein. Les harengs, pour échapper à la poursuite de ces grands mammifères, se jettent sur la côte, cherchent un asile dans les anses ou dans les bras d'eau où les baleines n'osent s'engager, circonstances qui rendent la pêche du hareng plus facile et plus prompte. Aussi est -il défendu de tuer ces gigantesques animaux sur la côte de Norwége pendant la pêche du hareng. On sait aussi que la poursuite devient funeste aux cétacés qui viennent plus souvent échouer pendant la saison du hareng que pendant les autres mois de l'année. Les pêcheurs regardent en général l'apparition des baleines comme un présage heureux et sans équivoque d'une bonne pêche de hareng. Après ces grands cétacés il faut aussi ranger les phoques qui font aux clupées une guerre fort active; puis,

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enfin, il faudrait citer une foule de poissons, tels que tous les squales, les esturgeons, les gades, les saumons, la chimère arctique, qui a reçu, dans certains parages, le nom de roi des harengs. Les squales entre autres, comme l'Aiguillât (Sq. acanthias) , l'Émissole (Sq. mustelus) et la Roussette (Sq. catulus), se réunissent en troupes considérables sur certains fonds que le hareng affectionne aussi, et quelquefois ils y sont en si grande quantité, que certains pêcheurs ont abandonné des stations pour éviter de voir leurs filets déchirés par ces incommodes cartilagineux. Les matelots de Dieppe disent qu'ils ont cessé de trouver du hareng sur la bassure du Larron qui était, après la Caillebarde, un des meilleurs fonds de la Manche, depuis que le poisson y a été détruit par des chiens de mer.

Les pécheurs de Dieppe ou de Boulogne croient avoir remarqué des apparitions inégales et successives de ces bandes de squales. Ils disent que ces cartilagineux font principalement la chasse aux harengs pendant le jour; qu'ils se disputent leur proie jusque sous la barque ; que le plus souvent ils coupent le poisson en deux avant de l'avaler. La quantité considérable d'huile qui en découle vient s'étendre à la surface de l'eau et forme, sui-

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vant quelques observateurs, ce qu'on appelle le graissin. Il arrive quelquefois aux pécheurs de retirer des pièces entières de filets qui ne contiennent plus que des harengs coupés par le milieu du corps. Après les squales, les esturgeons, dans les eaux salées du nord, consomment une telle quantité de harengs, que leur chair et leur graisse en contractent tellement le goût, qu'on les appelle Sild-Stoere (esturgeon-hareng). Les oiseaux de mer font aussi une chasse active aux harengs; tous ces palmipèdes pèchent nuit et jour, soit pour leur propre nourriture, soit pour celle de leurs petits. L'avidité de ces oiseaux est si grande qu'ils viennent se jeter sur les barques des pêcheurs et leur prendre en quelque sorte le poisson dans les mains; c'est un des spectacles les plus animés et les plus curieux dont on puisse être témoin. Il a inspiré à l'un de nos plus habiles peintres de marine le sujet et la composition d'un grand et beau tableau • où cette scène a été représentée avec beaucoup de vérité. Les manœuvres de tous j ces oiseaux sont un sujet continuel d'observations pour les pêcheurs qui croient en tirer de bonnes indications pour la pêche de la nuit suivante. Il est d'ailleurs inutile de répéter ici ce qui a déjà été dit tant de fois,

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c'est que l'homme, par son industrie, est le plus habile et par conséquent le plus terrible ennemi de ce poisson. Les chiffres que nous donnerons en traitant de la pèche de cette chipée, semblent vraiment dépasser tout ce que l'imagination peut «atteindre.

Tout ce^que nous venons de rapporter des habitudes du hareng nous conduit maintenant à examiner l'opinion , si fortement accréditée, des voyages périodiques et réguliers que les harengs sembleraient faire tous les ans en bancs serrés dune étendue presque incalculable, frayant en route et arrivant presque exténués à l'entrée de la Manche vers le milieu de l'hiver. Les naturalistes les plus célèbres ont répété le tracé de ces voyages réguliers. On fait venir le hareng du nord. A certaines époques de l'année, une colonne immense quitte les golfes abrités par les glaces du cercle arctique. Elle s'avance en traversant l'Océan et en dirigeant sa marche vers des contrées plus tempérées. Cette colonne d'émigrants se forme en deux divisions dont l'une se porte à l'ouest et l'autre vers le sud. Dans cette hypothèse les. harengs de la colonne occidentale sont destinés à peupler les rivages de la côte d'Amérique; la seconde division viendrait peupler les mers d'Europe. Les au-

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leurs de ce système n'ont pas fait attention à la distinction spécifique entre le hareng européen et celui d'Amérique. Ils ont d'ailleurs oublié de faire une troisième part pour les harengs des mers de l'Asie, à moins qu'on n'admette que ceux-ci ne viennent d'une colonne partie directement du cercle polaire. Si nous revenons suivre la division qui s'est dirigée vers le sud , on dit qu'elle arrive aux attérages de l'Islande peu de jours avant l'équinoxe du printemps. Le rétrécissement de la mer entre la côte septentrionale du Groenland et le cap Nord force cette division à se resserrer; arrivée en Islande, des troupes assez nombreuses se portent sur les côtes du Groenland, mais la masse de la colonne poursuivie par les cétacés ou harcelée par les oiseaux de mer, pousse ses phalanges en tirant toujours vers, le sud, après avoir peuplé les différentes baies de l'Islande. Parvenue dans les grandes eaux de l'Océan septentrional, la colonne étend alors ses flancs à droite et à gauche et se subdivise; aussi il n'y a point d'espace de mer qu'elle ne traverse aisément ni de détroit qu'elle ne puisse franchir. Arrivées sur les îles de Shetland, les nombreuses subdivisions de cette grande colonne auraient chacune une destination particulière. Ce que l'on appelle l'aile gauche, range la côte

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de Norwége depuis la Laponie jusqu'à l'ouverture du Cattegat. L'aile droite se dirige vers les Hébrides et le nord de l'Irlande. Le corps du centre reste composé de harengs destinés à peupler la mer du Nord , en suivant les côtes orientales des Iles britanniques, et en se portant de là dans la Manche. L'aile gauche ou la norwégienne , remplirait successivement tous les golfes qu'elle rencontre sur son passage , depuis le cap Nord en Laponie jusqu'à Tromsôe. Cette aile est présumée se former en deux troupes principales : l'une d'elles suivrait les côtes de la Suède , gagnerait le détroit du Sund et le franchirait pour aller se perdre dans la Baltique; l'autre traverserait brusquement le Cattegat et se porterait au nord du Jutland; elle se subdiviserait encore en deux colonnes. La première longerait pendant quelque temps la côte à l'est, s'égarerait dans les Belts et les canaux des îles voisines, allant probablement rejoindre la troupe qui a longé la côte de Suède. La seconde descendrait à l'occident du Jutland, côtoierait le Sleswich, le Holstein, une partie de la basse Allemagne et la Frise, et viendrait se jeter par le Texel dans le Zuydersée, après en avoir visité les différents rivages. Le corps principal de cette armée, sorti des mers polaires, étant

arrivé aux îles de Shetland vers 1 equinoxe du printemps, se diviserait en deux troupes. L'une d'elles nagerait directement aux Orcades, et de là eh Ecosse où elle remplirait les baies ou les anses de la côte orientale, en rangeant Bar ckaness, Aberdeen; quittant les côtes élevées de Berwich pour se diriger vers le sud, elle reparaîtrait ensuite à la hauteur de Scaborough. Dans cette hypothèse, des détachements assez nombreux se donnent rendez-vous sur le Doggersbank; une partie gagne la mer de Hollande, pour s'incorporer probablement avec ceux qui ont fait originairement partie de l'aile gauche, mais le plus grand nombre se réunissent sur les côtes d'Yarmouth, passent à l'embouchure de la Tamise , et se portent de là dans la Manche, dont ils parcourent les deux côtes après avoir rallié quelques corps détachés des colonnes qui ont visité les mers de Hollande ou de Zélande, après s'être montrés dans les eaux de Douvres, d'Hastings, de Shoram et dans celles de Boulogne, de Dieppe et de Fécamp, les bandes entières gagnent l'ouest de la Manche et disparaissent.

La deuxième des troupes qui s'est formée aux îles de Shetland, s'est dirigée vers les Hébrides , tandis que la première se rendait aux Orcades. Ces bandes se subdivisent dans les

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nombreux canaux qui 'séparent les îles de l'ouest, visitent les 'atterrages d'Anglesey, de l'île de Man , de la baie de Cardigan , de la Saverne, d'où elles se portent, en longeant les côtes de Cornouailles , dans les eaux de la Manche. Enfin , l'aile droite se partage , comme en Ecosse, lorsqu'elle est arrivée au nord de l'Irlande. Une partie descend le canal d'Irlande, remplit toutes les baies jusqu'à Waterford, tandis que l'autre, contournant l'Irlande à l'ouest par Donégal et Galloway, vient aussi se perdre dans les eaux de la Manche ou de l'Océan, pour se reporter vers le nord, d'où elle recommencera une seconde fois ses voyages périodiques.

Telles sont les opinions des partisans du système migratorial du hareng. Le mois qui suit le solstice d'hiver est l'époque du terme qu'ils assignent aux courses étonnantes de ce poisson. Pour ajouter encore un caractère plus imposant, des pêcheurs leur ont donné une précision singulière; on a avancé qu'aux Shetlands on connaît le jour fixe de l'arrivée du grand banc, et que ce jour ne varie jamais; on a été jusqu'à fixer le nombre de jours que les colonnes passent dans telle ou telle baie. La même opinion existe en Hollande et sur les côtes de France. Ainsi nos pêcheurs de

Boulogne sont d'opinion que cette clupée vient en radeau sur la bassure de Dyck près Calais, vingt- quatre jours après l'équinoxe d'automne, et sur celle de la Caillebarde cinquante jours avant le solstice d'hiver, ce qui est à une quinzaine de jours près la même époque. Sans croire à une régularité aussi invariable dans les apparitions des bancs, il ne faut pas cependant les confondre avec le tracé des migrations des harengs, quoique plusieurs auteurs aient voulu lier ensemble ces deux événements. Pour appuyer ces systèmes* si accrédités, les auteurs ont donné des raisons

très-diverses: les uns trouvent la cause de

ces voyages périodiques dans les vues bienfaisantes de la Providence, les autres dans la fusion des glaces du pôle, dans l'excès de La fécondité de l'espèce et par suite dans la multiplication d'individus qui causeraient une rareté de subsistance assez grande pour forcer le poisson à émigrer. Enfin la crainte et les poursuites des grands animaux de la classe des mammifères ou des poissons ont fait imaginer aussi la nécessité du déplacement du hareng. D'autres auteurs ont cru au besoin de frayer dans des eaux moins froides ou de chercher une température plus douce pour le développement des .petits. Il suffit de se

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rappeler tout ce que nous avons dit plus haut, pour réfuter ce qui a rapport au frai ou à la nourriture du hareng, puisque des témoignages positifs nous apprennent qu'ils frayent depuis les mers septentrionales jusque dans la Manche. Quelques autres auteurs ont cru que les harengs ne se dirigeaient pas aussi directement du nord au sud, que nous venons de l'établir, iiinsi les uns les ont fait voyager sans relâche autour des Iles britanniques, d'autres ont tracé au contraire leur route de l'ouest au nord. Il me paraît que ces différentes opinions ont pris naissance à la suite de l'apparition des différents radeaux de harengs. Quelques auteurs, tels que Gilpin, ont fait exécuter et accomplir les voyages des harengs à travers l'Atlantique d'Amérique en Europe. Il n'est pas aisé de découvrir quel a été le premier auteur du récit des voyages merveilleux du hareng. Mais cette histoire, qui parait d'abord assez plausible lorsqu'on la compare aux migrations périodiques et si merveilleuses des oiseaux, qui a été si souvent répétée que presque toutes les nations européennes ont cru devoir l'admettre comme un fait constant et authentique, mérite cependant que nous nous arrêtions encore un peu sur ce sujet, parce qu'on n'a pas hésité de rédiger sur ces

CHAP. I. HARENGS. Wl

données, aussi vagues qu'incertaines, des polices de pèche, que l'on a fait passer en force de loi. Anderson, l'un des observateurs les plus éclairés des mœurs et des habitudes du hareng, est opposé au système migratorial; il remarque, en effet, que la pêche du hareng sur les côtes d'Argil en Ecosse, commence vers le solstice d'été, lorsqu'on n'a encore vu aucun hareng dans le canal qui sépare l'île Longue de l'Ecosse.

On retrouve la même circonstance dans l'île de Man , lorsqu aucun radeau de harengs ne s'est montré dans les pièces d'eau que ces poissons auraient nécessairement visitées s'ils venaient du nord. Si de l'ouest de l'Ecosse nous passons avec Anderson à l'est de cette île, des observations semblables se reproduisent avec les mêmes faits. Rarement, dit -il, les harengs se montrent sur la côte d'Aberdeen avant le solstice d'été; alors toutes les baies de la côte sont tellement empoissonnées de harengs qu'avec les moindres filets on en fait d'immenses provisions. Or, à cette même époque, c'est-à-dire, au solstice d'été, la pêche commence à Exmouth, à plus de deux cents milles au sud d'Aberdeen , dans le temps même où le hareng serait à peine arrivé aux îles de Shetland d'après le système général des mi-

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grations. Anderson remarque ensuite que , si la marche du hareng suivait du nord au sud, aucune partie de l'Ecosse ne devrait offrir une pêche aussi abondante que la côte septentrionale de Caithness, parce que les terres doivent y opposer une grande résistance, et que dans l'hypothèse du voyage, les harengs devraient s'enfoncer dans les baies ou les creeks de ce grand golfe. Il est cependant d'expérience que la pêche n'est jamais aussi avantageuse dans l'ouest que dans le nord de l'Ecosse; que la pêche de l'été est en quelque sorte nulle à Caithness; qu'elle n'y présente quelque intérêt qu'en automne ou en hiver, époque de l'année où, d'après le système de route attribué aux harengs, il ne devrait plus s'y trouver un seul de ces poissons. Anderson a fait encore et avec autant d'exactitude la même remarque sur les côtes du Firth de Murray. S'il est vrai, continue cet historien, que les harengs descendent du nord, lorsqu'ils se montrent, soit en été, soit en automne, sur les côtes occidentales d'Ecosse, ces poissons doivent, en continuant de se porter toujours au sud, trouver les côtes septentrionales de l'Irlande, qui semblent leur fermer le passage. Ils devraient par suite de cette circonstance être forcés à y faire un plus long séjour; ce qui

rendrait la pèche d'hiver plus sûre et plus avantageuse que sur les côtes d'Ecosse. Or, Voici ce qu'on a observé et ce que rapporte l'auteur dont nous extrayons tous ces passages. Bien qu'en général les harengs se montrent souvent en grande quantité sur les côtes d'Ecosse pendant la saison d'été, alors qu'il y en a fort peu dans les mers d'Irlande; bien aussi qu'en hiver les côtes d'Irlande possèdent peut-être plus de harengs que les côtes d'Ecosse, cependant l'opinion que la pêche d'hiver l'emporte en produit sur celle d'été, éprouve beaucoup d'exceptions. Ainsi, par exemple , avant 1 782 , la pêche d'hiver a manqué rarement sur les côtes d'Ecosse, et elle a été presque toujours nulle sur celles d'Irlande. En 1782, les pêches d'été et d'hiver furent mauvaises en Ecosse; mais la dernière fut très-abondante en Irlande. Cette circonstance éveilla l'attention des pêcheurs écossais. En 1783, la pêche d'été fut bonne en Ecosse; celle d'hiver très-médiocre; tandis qu'en Irlande toutes les baies fourmillaient de poisson. D'après l'exemple de ces deux années, la spéculation fit tracer aux Écossais un nouveau plan de pêche; mais l'attente des pêcheurs fut entièrement déçue; car, en 1784, les bancs de harengs se montrèrent dans les baies d'Irlande avant le sols-

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tice d'été, et dans le cours de l'hiver suivant on n'en vit pas un seul dans les baies d'Irlande. Cette même année la pêche d'été avait été bonne sur les côtes d'Ecosse ; mais la meilleure eut lieu en automne dans la partie septentrionale des Hébrides; nouvelle contradiction avec le système général des migrations, car la meilleure saison de pêche devrait être l'été sur les côtes d'Ecosse, et l'hiver sur les côtes d'Irlande. Les bancs de harengs que l'on suppose arrêtés dans leur course du nord au sud, en voyageant, soit par les îles Shetland, soit par les côtes septentrionales de l'Ecosse et de l'Irlande, ne commenceraient point par se montrer en été dans les eaux profondes de la mer du Nord pour venir ensuite, vers la fin de la saison, dans les baies écossaises. Si la marche du hareng était aussi régulière qu'on le présume, les pêcheurs ne seraient point incertains pour le trouver. Noël de la Morinière rapporte plusieurs faits qui lui ont été communiqués par des pêcheurs flamands ou hollandais, et qui sont tout à fait contraires à la marche attribuée aux harengs. Un pêcheur de Bruges lui a assuré qu'après avoir péché le grand hareng à la hauteur de Shetland, il lui était arrivé d'être trente ou quarante jours sajis revoir un seul de ces

poissons, quoiqu'il naviguât dans les eaux qu'on suppose traversées par ces poissons. Une corvette de Nieuport a mis trente-sept fois les filets à la mer sur les fonds de Shetland pour prendre une demi-tonne de harengs; elle était arrivée de fort bonne heure. Des corvettes flamandes qui étaient restées plus au sud , complétèrent leur chargement en trois jets de filets ou en trois nuits. D'autres corvettes de Nieuport avaient fait une bonne pèche à la hauteur de Caithness; tandis que les buyses hollandaises n'avaient pas trouvé dans le même temps le quart de leur cargaison aux Shetland. Noël a vu un pécheur d'Ostende qui retournait souvent sur les fonds d'Yarmouth aux approches du solstice d'hiver quand il ne trouvait plus de poisson depuis Boulogne jusqu'à l'entrée de la Manche. La majorité des pêcheurs de cette mer est aussi d'opinion que le hareng leur arrive du nord; mais, malgré tout ce qu'ils disent de la régularité de ces apparitions sur les bassures de Dyck, de la Caillebarde, du Larron, etc., leur conduite prouve qu'ils n'ont aucune connaissance positive de la marche de ce poisson, et qu'ils sont constamment à sa recherche. S'il fallait ajouter foi à leurs dires, le hareng se trouverait dans les eaux voisines de Dunkerque peu

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de j.ours après lequinoxe d'automne; vingtquatre jours après sur la bassure de Dyck; puis, après quinze jours, ils arriveraient sur la Caillebarde. On peut déjà observer qu'ils ne sont pas d'accord entre eux sur la route suivie par le poisson pour s'y rendre. Les uns prétendent qu'il y arrive par le vent d'ouest ou nord-ouest. Us croient avoir remarqué que par les vents d'est ou de sud-est ils passaient plus près de Boulogne. D'autres prétendent que le poisson ne vient point de Dyck, mais d'autres fonds ou de la bassure des grands Ridains; qu'il se rend dans les eaux Wissant, et de là dans celles de Boulogne. On doit conclure de tout ceci que les pêcheurs de la côte de Calais ont l'opinion que le hareng vient du nord. On devrait conséquemment s'attendre que leurs procédés de pêche et le système qui les régit coïnciderait avec cette opinion. Cependant il arrive souvent aux pêcheurs de mettre d'abord leurs filets à la mer dans les eaux voisines de Wissant, et de remonter ensuite plus au nord jusque sur le Dyck; ils suivent donc pour pêcher une route du sud au nord. L'observation de la conduite des pêcheurs de Fécamp prouve leur même incertitude sur la marche du hareng et sur la progression du nord au sud. Noël de la Mo-

rinière a vu une réunion de trente bateaux de pêche en travers sur les Dales; ils s'y rendaient régulièrement à chaque marée, quoique la poche fût très-médiocre. Deux de ces bateaux, cependant, se détachèrent et vinrent stationner à l'ouest entre Antifer et La Hève; ils y firent une très-abondante pêche, et ils prirent a eux seuls plus de harengs gais que tous les autres bateaux réunis ensemble. A la marée suivante, les pêcheurs, à l'exception de quatre à cinq, mirent le cap à l'ouest. La pêche y fut très -mauvaise, tandis que les autres bateaux qui étaient retournés à la station de Dale firent la même nuit une excellente capture. Les harengs étaient remarquables par leur grandeur, et il faut noter qu'il y en avait plus de la moitié de pleins. Le lendemain, une partie de ceux qui s'étaient portés à l'ouest revinrent à l'est dé Fécamp, et ils n'y prirent pas un seul hareng. Ceux qui, au contraire, persistèrent à rester sur les fonds voisins de la Hève, en péchèrent cette même nuit une immense quantité. On pourrait citer un grand nombre d'exemples semblables ; mais cela est tout à fait inutile pour établir jusqu'à quel degré les pêcheurs restent dans l'incertitude, malgré l'apparence contraire qu'ils aiment à se donner.

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D'autres fois les pêcheurs expliquent leur désappointement i en attribuant les déviations de la route tenue par les harengs à la poursuite des chiens de mer ou autres poissons voraces. Noël rapporte à ce sujet, qu'étant à Etretat les pêcheurs pensaient que les chiens de mer, donnant la chasse aux harengs et les obligeant de ranger la côte, ils devaient jeter leurs filets à la mer aussi près que possible, au risque de s'y échouer. Il arriva, contre leur opinion, que ceux des bateaux qui se trouvaient le plus au large, firent une meilleure pêche. Presque tous les pêcheurs de la Manche s'accordent à dire, que le côté des filets qui regarde le nord-ouest, est presque toujours plus rempli que la face opposée. Mais dans l'hypothèse du système migratorial, les harengs, venant du nord, et suivant la courbure de la côte depuis Boulogne jusqu'à Dieppe, devraient s'emmailler plutôt sur le rhumb du sud-est que sur celui du nord- ouest. Le moindre coup d'ceil jeté sur la carte, suffit pour convaincre de cette vérité 5 par conséquent , s'il est vrai , comme le disent les pêcheurs, que le rhumb du nord soit constamment le meilleur, il faut en conclure que les harengs viennent de l'ouest. En général, on peut dire que l'examen des faits et la pratique sont toujours opposés à leur

théorie. Les pécheurs de Sairrt-Brieux disent aussi que le hareng vient du nord; dès l'équinoxe d'automne, ils tendent des filets dormants le longde la cote, et les individus que Ion y prend , sont de plus en plus gros pendant l'espace de deux mois. Ces harengs viennent donc de l'ouest ; car ils devraient, au contraire, être plus petits à la fin de la saison qu'ils ne le sont au commencement, s'ils faisaient partie de radeaux entrant dans la Manche par le Pas-de-Calais. Les pêcheurs de Grandville, et surtout ceux d'Yport, reconnaissent qu'en été le hareng périt sur leurs côtes en venant de l'ouest, tout en restant fidèle à l'opinion générale que le hareng voyage du nord au sud. Si nous nous transportons de la Manche dans la mer du Nord, nous retrouvons les mêmes dires et les mêmes faits pour établir les mêmes erreurs. Les pêcheurs de Vlaardingen, sans cesser de croire que le hareng vient de la mer Glaciale, conviennent qu'il en arrive aussi de l'ouest ; mais, dans ce cas, ils disent que les poissons se sont trompés de route.

Il faut aussi faire attention dans cette réfutation du système migratorial des harengs, que ses partisans ont tous entendu que le poisson arriverait de la mer qui s'étend au delà du

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cercle arctique? Or, les remarques faites sur les côtes du Groenland, de l'Islande ou de la Laponie établissent positivement que cette espèce de dupée n'est pas aussi* féconde dans ces latitudes qu'on serait porté à le croire dans le système opposé.

Nous avons déjà fait observer que Othon Fabricius dit formellement que le hareng est un des poissons les moins communs dans, les eaux du Groenland. L'Islande, qui vient après, fournit un grand nombre de preuves contraires au système migratorial. S'il était vrai, en effet, que les harengs descendissent tous les ans des mers les plus voisines du pôle, les golfes de l'Islande , ouverts au nord , devraient fourmiller de harengs quand se fait l'émigration. Or, c'est ce qu'on n'a jamais vu. Olafsen dit même qu'il n'est guère vraisemblable que les harengs viennent du nord 5 car, dans les districts septentrionaux de cette île on ne trouve que fort peu de harengs. Ce témoignage est encore appuyé par celui d'Olavius, qui affirme que de mémoire d'homme on n'en a pris qu'une seule fois en quantité remarquable dans l'année 1773, mais que communément ces poissons ne s'y montrent qu'en petite quantité, et que leur abondance dans les mers d'Islande est bien au-dessous de ce qu'on croit commu-

nément. Ce récit s'accorde avec celui d'Egedde; cet auteur observe qu'il se passe souvent plusieurs années sans qu'il se voie de harengs en Islande; il s'accorde aussi avec celui de Stephensen, qui n'y a vu ces poissons qu'en automne, s'il en excepte quelques radeaux assez nombreux qui se montrèrent en été à Eyafxord. Cest peut-ctre un de ces radeaux semblables dont Mohr a entendu parler, lorsqu'il a dit qu'en août on prenait quelquefois des harengs plus gras que ceux de Flandre.

Si nous examinons maintenant ce qui se passe en Laponie, nous trouvons la même contradiction entre les faits et le système des migrations du hareng. S'il était vrai que le hareng descendît du pôle, et qu'après avoir doublé le cap Nord, il côtoyât les côtes de. la Norwége, les baies les plus septentrionales de ces contrées seraient invariablement visitées les premières à mesure que l'été s'avancerait. Or Knudleen1 et Pontoppidan2 qui connaissent si bien ces contrées boréalçs s'expriment en ces termes : le hareng vient quelquefois en Laponie pendant l'hiver; il y procure alors une bonne pèche. Pour ce qui regarde la

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