‹ Histoire naturelle des poissons (volume 3)Chapitre 66 sur 100 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Du genre Pellone (Pellona).

La disposition des dents observée chez nos harengales, se retrouve aussi sur plusieurs espèces étrangères qui, d'ailleurs, se distinguent des Blanquettes de nos côtes par quelques traits caractéristiques faciles à saisir. On trouve les principaux dans la forme comprimée du corps, dans les ventrales insérées en avant de la dorsale et dans la longueur de l'anale. Ce dernier caractère donne une physionomie toute particulière à ce poisson, et il semble reproduire dans le groupe des dupées ce que la nature nous a déjà montré dans les Brèmes parmi les Cyprins. Le ventre est tout aussi fortement dentelé que celui des Pristigastres. Ceux-ci ont la même forme , mais ils sont complètement apodes. Le plus grand nombre de nos Pellones est originaire de la mer des Indes; j'ai cependant emprunté le nom générique de ce groupe à l'une des espèces de l'Amérique.

Les Pellones offrent aussi des caractères anatomiquès qui les distinguent des autres clupéoïdes. Leur vessie aérienne communique

avec l'œsophage par un petit conduit pneumatique qui n'est plus inséré à l'extrémité de l'estomac. Les espèces paraissent devenir aussi grandes que nos aloses avec lesquelles on les confondrait, si au lieu de faire attention au caractère de la dentition on s'en tenait à la simple diagnose indiquée dans le Règne animal, pour distinguer des harengs ces grandes dupées de nos rivières. La plupart de nos Pellones ont, de même que quelques Harengules, une échancrure à la mâchoire supérieure.

Les auteurs qui se sont occupés avant nous de l'histoire des poissons,' ont confondu ces espèces dans le grand genre des Clupées. Ainsi il n'y a pas de doute que Bloch n'en ait figuré une de l'Atlantique , sous le nom de Clupea africana. Hussell en a donné trois espèces, et il y a tout lieu de croire que Linné en avait mentionné une sous le nom de Clupea siina, espèce oubliée dans l'édition de Gmelin , et tombée dans le même oubli par les auteurs qui n'ont travaillé l'ichthyologie que d'après cet ouvrage. M. Gray me paraît aussi en avoir récemment indiqué quelques petites espèces.

Je dois faire remarquer que les ichthyologistes n'ayant jusqu'à présent pas tenu compte

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des caractères de la dentition de ces poissons, mes rapprochements pourraient bien se trouver quelquefois inexacts lorsqu'on viendra à examiner sous ce rapport les originaux de toutes ces figures.

La Pellone de d'Orbigny.

(Pellona Orbignyana 3 nob.)

Je commence la description des espèces de ce genre, par celle que nous devons aux recherches de M. d'Orbigny. Je me fais un plaisir de lui dédier un poisson aussi curieux, en en publiant la description qu'on va lire.

J'ai fait1 figurer ce poisson dans l'Ichthyologie dû voyage de M. d'Orbigny, sous le nom de Pristigastre aux nageoires jaunes, parce que je ne savais pas alors qu'il fallait séparer ces espèces du genre suivant, caractérisé par l'absence des ventrales.

Le corps de ce poisson est remarquable par sa grande compression. Il est évident que s'il n'avait point de ventrale, on pourrait le confondre avec le genre des Pristigastres. D'un autre côté, nous lui trouvons quelque affinité avec nos Sardinelles par

1. Valérie, apud d'Orbigny, Voyage dans l'Amer, mer.: Poissons, pi. X, fig. 2.

la disposition des dents palatines. Le profil de la ligne supérieure est une courbe très -peu convexe, on pourrait même dire presque droite, depuis la bouche jusqu'à la caudale. Celui de la ligne inférieure du ventre est au contraire fortement courbé depuis la bouche jusqu'à l'extrémité de l'anale. La plus grande hauteur du tronc n'est comprise que quatre fois et demie dans la longueur totale. L'épaisseur est contenue le même nombre de fois dans la hauteur. La tête est un peu moins longue; la mâchoire inférieure dépasse' de beaucoup la supérieure et forme une sorte de grosse saillie mentonnière. L'œil est rond, de moyenne grandeur; son diamètre est tout à fait au-dessous de la ligne du front, quoique l'organe soit placé sur le haut de la joue; il n'est point recouvert par une paupière adipeuse. Le sous-orbilaire est même un peu caverneux, et le second couvre une partie de ia joue, car il va presque toucher au préopercule. Celui-ci a une limbe très-large, et son angle est parfaitement arrondi. L'opercule est assez large, irrégulièrement trapézoïdal; l'interopercule est long et étroit, et a vers le milieu un angle obtus. Le sous-opercule suit à peu près la même direction que le précédent : il est mince et étroit. La bouche n'est pas très -largement fendue; la mâchoire supérieure porte une échancrure assez profonde dans le milieu. Les deux intermaxillaires sont garnis d'une petite bande de dents pointues et en carde; elles sont plus petites et à peine visibles à la mâchoire inférieure. Le bord du maxillaire n'a que quelques âpretés. Nous voyons

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aux palatins, aux ptérygoidiens et sur la langue, des dents en râpe excessivement fines, dont la présence est plus facile à reconnaître par le tact qu'à la vue. Il n'y en a aucune sur le vomer. Cette dentition est donc celle des Sardinelles, modifiée par la présence des dents nombreuses et visibles de l'intermaxillaire. Les ouïes sont largement fendues ; la membrane branchiostège , échancrée vers le bas, a six rayons , dont les derniers sont larges et comprimés. La dorsale s'élève sur le milieu de la. distance mesurée entre l'extrémité de la mâchoire supérieure et le commencement de la caudale; elle est courte , pointue de l'avant. La pectorale est assez large, son premier rayon est fort arqué; son extrémité atteint à l'insertion de la ventrale, petite nageoire insérée tout à fait au-devant de la dorsale. L'anale est longue et basse, son bord est échancré; elle Semble coupée en lame de faux à cause du développement des premiers rayons du lobe antérieur sous le ventre. Des chevrons épineux et dentelés, composés de deux lamelles cornées, triangulaires, larges, assez hautes, réunies sous un angle très-aigu, embrassent les parois inférieures de l'abdomen. Il y en a trente-deux sous le ventre, depuis la gorge jusqu'à l'anus; nous comptons soixante rangées d'écailles le long des flancs, entre l'ouïe et la caudale. La couleur est un bleu très-pâle ou plombé sur le dos ; le reste me paraît briller d'un vif éclat argenté. La caudale , d'un jaune tirant au verdâtre , a le bord de son croissant liseré de noirâtre. La dorsale est d'un jaune plus doré. Les autres nageoires sont incolores.

La caudale est fourchue sans être profondément entaillée; ses lobes sont épais. ,

Les écailles sont assez épaisses , de grandeur moyenne, peu caduques. Une d'elles, examinée isolément, se montre régulièrement elliptique, à surface très- lisse; une simple strie semble séparer la portion radicale du bord libre. Les écailles du ventre sont très-remarquables dans ce poisson par leur force et par les pointes acérées qui les terminent , et qui semblent faire de la carène du ventre une arme redoutable. Le corps de chacune d'elles est formé d'une corne comprimée, dure, prolongée en arrière en une épine très-acérée.

La forme du corps, devait nous faire prévoir quelle serait celle de la cavité abdominale. Elle est haute, mais très-étroite. Nous y avons trouvé un oesophage assez long, continué en un estomac pyriforme assez large et complètement fermé à son extrémité postérieure et pointue ; car le canal pneumatique qui va s'ouvrir de l'estomac dans la vessie, prend son origine dans ce poisson sur la partie antérieure de l'œsophage. Ce canal est court et monte obliquement vers la vessie. La branche montante est assez courte, tubulaire; le pylore et le commencement de l'intestin sont entourés de nombreux appendices cœcales, disposés à droite et à gauche de l'estomac. Le canal intestinal fait deux petits replis et se rend droit à l'anus. La vessie suit la courbure en S très -ouverte de l'œsophage et de l'estomac ; elle se rétrécit en

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avant sans être cependant aussi pointue que celle de nos harengs; ses parois sont argentées.

La longueur du plus grand individu est de dix pouces et demi. L'espèce a été rapportée de Buénos-Ayres par M. d'Orbigny : ce voyageur l'y a rencontrée, depuis le mois de septembre jusqu'au mois de février. Il nous apprend que ce poisson y est connu sous le nom de Pellona; mais que les Espagnols lui donnent aussi le nom de Sardine. Il vit par bandes, se prend au filet. Les pêcheurs du pays assurent que l'espèce remonte de la haute mer dans la Plata : ses habitudes seraient donc analogues à celles de nos Aloses. Le poisson paraît estimé dans le pays, quoique M. d'Orbigny en ait trouvé la chair un peu sèche.

La Pellone de Castelnau.

(Pellona Caslelnœana , nob.)

Une seconde espèce américaine de Pellone vient d'être rapportée par M. de Castelnau. Voisine de celle de M. d'Orbigny, elle en diffère

par une paupière adipeuse beaucoup plus épaisse, un sous-orbilaire beaucoup plus large, par une tête plus convexe et plus arrondie; elle a de nombreuses veinules ramifiées sur le préopercule et sur le haut

de l'opercule. Les dents sont beaucoup plus fortes que celles de l'espèce précédente. L'on voit trèsbien sur le palais les trois groupes de dents palatines, ptérygoïdiennes et celles de la langue. Il n'y en a point sur le vomer. Les pectorales sont insérées plus bas; le premier rayon est plus large ; l'écaillé de son aisselle est beaucoup plus longue. L'anale est coupée en faux et les rayons antérieurs sont un peu plus hauts. Les lobes de la caudale sont plus larges et plus arrondis.

La couleur était verdâtre sur le dos, argentée sous le ventre. La dorsale a des teintes verdàtres; la caudale, entièrement couverte d'écaillés, a le lobe inférieur marqué d'une large tache noire. Les autres nageoires sont jaunâtres.

Nous possédons deux exemplaires de ce poisson, dont l'un a dix-sept pouces. Ils viennent des bouches de l'Amazone.

La Pellone d'Iserte.

(Pellona Iserti3 nob.; CLupea africana , Bloch.)

L'Ichthyologie de Bloch contient la description dune seconde espèce vivant dans l'Atlantique; elle a même quelque affinité avec l'espèce que nous venons de décrire d'après nature ; cependant , si le dessin de Bloch est exact, il ne la représente pas.

Je lui trouve le profil du dos plus convexe ; celui

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du ventre l'est beaucoup moins. La plus grande hauteur, mesurée au pied du premier rayon de la dorsale, serait le tiers de la longueur du corps, en n'y comprenant pas la caudale. Cette nageoire, égale à la longueur de la tête, fait le cinquième de la longueur totale. Les ventrales sont excessivement petites et insérées un peu en avant de la dorsale. La pointe de la pectorale pourrait les dépasser. L'anale est extrêmement longue. Voici les nombres donnés par Bloch.

Cette espèce fut prise sur la côte de Guinée, près du comptoir danois d'Acara, par le docteur Isert. Elle s'était approchée du rivage en si grande quantité au mois de juin et de juillet, qu'elle se vendait à un très-vil prix.

La Pellone mélastome.

(Pellona melastoma s nob.)

Une autre espèce ressemble par ses formes générales à celle que nous venons de décrire ; mais elle s'en distingue par l'insertion de ses ventrales, par leur brièveté et par l'absence de dents aux mâchoires.

Elle a le profil supérieur à peu près droit; celui du ventre a sa plus grande saillie au-dessous de la dorsale; il remonte plus rapidement vers la queue qu'il ne descend de l'extrémité du museau. L'anale est donc attachée sur une ligne droite très-oblique.

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La hauteur est trois fois et deux tiers dans la longueur totale. L'épaisseur n'est guère que le quart de cette hauteur. La tête est comprise quatre fois et demie dans la longueur du corps. La mâchoire inférieure fait une assez forte saillie au-devant de la supérieure; celle-ci a de très -courts intermaxillaires attachés tout à fait en travers, n'ayant que de très-petites dents et n'étant séparés l'un de l'autre que par une échancrure très -peu profonde. Les maxillaires sont grands, larges et presque sans dents; je crois que l'on peut en dire autant de la mâchoire inférieure; car on n'y découvre que quelques scabrosités très -fines, plus sensibles au tact que faciles à apercevoir, même à la loupe.

Les dents palatines, ptérygoidiennes et linguales sont en velours fin, elles sont très-faciles à observer. L'œil est assez grand ; son diamètre fait plus que le tiers de la longueur de la tête. Les pièces de l'opercule n'ont que de fines stries. La pectorale me paraît assez pointue; son premier rayon est large; elle a dans son aisselle une très-longue écaille. La ventrale est très-petite , son insertion répond à la base des premiers rayons de la dorsale. Cette nageoire est courte et triangulaire. L'anale est basse et étendue sous tout le bord inférieur de la queue comme la nageoire de nos Brèmes, avec lesquels notre poisson aurait une ressemblance extérieure assez marquée , à cause de sa forme comprimée. La caudale est fourchue et les lobes sont assez pointues.

Les écailles sont lisses, sans stries et assez grandes;

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celles qui forment la dentelure du ventre sont en chevron assez ouvert; les côtés sont formés de lames triangulaires assez larges; l'épine antérieure est presque aussi aiguë que la postérieure, qui est courte, mais forte et acérée : on en compte vingt-huit. Nous ne pouvons rien dire des couleurs de ce poisson, i qui avait les parties inférieures argentées, et trèsprobablement le dos verdâtre ou bleuâtre.

Quoique notre individu, long de neuf pouces, ne soit pas très-bien conservé, j'ai cependant pu m'assurer que son estomac forme un sac oblong et arrondi à l'extrémité 5 que l'œsophage est beaucoup plus étroit que la branche montante, et qu'il donne, de sa partie supérieure, le canal de communication avec la longue vessie aérienne , comme cela a lieu dans l'espèce précédente. Les appendices ccecales sont longues et très-nombreuses ; le reste des viscères ressemble à ceux des espèces voisines. Ce poisson a été rapporté de la rade de Pondichéry par M. Belenger. Il nous paraît que c'est le Clupea melastoma de Bloch ; car c'est le seul dont on puisse dire dentibus mediis nullis. Bloch avait reçu son poisson du même endroit que nous. Le missionnaire John, en l'envoyant de la côte de Coromandel, apprenait que les habitants l'appelaient Cattuwai.

La Pellone de Leschenault.

{Pellona Leschenaulti , nob.)

Nous avons une autre Pellone indienne, dont la hauteur est un peu moins de quatre fois dans la longueur totale , mais qui a d'ailleurs la même forme que l'espèce précédente. Elle en est cependant distincte ,

parce qu'elle a les dents très-visibles aux intermaxillaires et à la mâchoire inférieure, on peut même dire qu'elles sont grosses si on les compare à celles des autres espèces. Le sous-orbitaire et l'opercule sont striés et veinés. La pectorale est assez large et arrondie vers l'extrémité; la pointe dépasse l'insertion des ventrales, qui répondent à huit ou neuf rangées d'écaillés au-devant çle la dorsale. Les ventrales sont petites; la nageoire du dos est haute de l'avant et a le bord coupé en croissant. L'anale est basse et longue; la caudale est fourchue.

D. 21 ; A. 42* C. 27 ; P. 17 ; V. 8. . Les écailles sont lisses , minces , sans stries , de grandeur médiocre; il y en a soixante-dix rangées environ entre l'ouïe et la caudale. Quoique je n'aie qu'un exemplaire desséché et décoloré, on peut juger que les couleurs devaient être brillantes; car on aperçoit par reflet les traces de dix à douze lignes longitudinales un peu plus obscures que le fond qui devait être argenté. Les lignes grisâtres étaient d'ailleurs relevées par de nombreux points

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nacrés, qui ne se confondent pas avec l'éclat d'argent que l'on voit sur le reste du corps.

Les écailles du ventre ont les côtés du chevron assez larges et assez hauts ; les e'pines sont grosses.

L'exemplaire desséché qui a servi à ma description est loDg de vingt pouces : il a été pris à Pondichéry et rapporté par* M. Leschenault.

Je crois que nous pouvons rapporter à ce poisson le Yangarloo de Russell, parce que cet auteur compte quarante - trois rayons à l'anale : il dit de son Yangarloo l , que la tête change en vert doré et en bleu; que le reste du corps est coloré comme notre hareng-, les nageoires ont une teinte jaunâtre ; la dorsale et la pectorale sont finement pointillées de noirâtre. Il en porte la longueur à onze pouces.

C'est encore à cette espèce qu'il faut rapporter le Clupea melastonia de MM. Temminck et Schlegel2, puisque M. Burger a vu les dents de la mâchoire supérieure. C'est le Hiransiwo des Japonais. Cette espèce est trèsestimée : on la pêche pendant l'automne dans la baie de Simabara.

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