‹ Histoire naturelle des poissons (volume 3)Chapitre 70 sur 100 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Du genre Pristigastre {Pristigaster , Cv.).

Ce genre , établi par M. Cuvier , est facile à reconnaître dans la famille des Clupéoïdes par l'absence des ventrales. C'est le seul caractère qui les distingue des Pellones ; car les Pristigastres ont, comme elles, le corps très-comprimé, le ventre tranchant, fortement dentelé; l'anale longue et étendue sous toute la queue; la dorsale petite; les pectorales pointues, serrées contre le corps. Leur rayon supérieur est très- fort, quoique composé d'articulations visibles. Ils ont aussi une dentition tout à fait semblable, c'est-à-dire, de petites dents maxillaires couchées sur les différents os de la bouche, des dents en velours sur les palatins, les ptérygoïdiens, la langue, et un vomer lisse, sans dents.

Leur splanchnologie est cependant un peu différente, surtout en ce qui concerne la vessie natatoire. Cet organe est grand et fourchu dans une espèce, et les cornes se prolongent de chaque côté des interépineux de l'anale entre les muscles coccygiens. La seconde espèce a cet organe simple et ovale. Toutes

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deux ont un œsophage assez large, un estomac ovoïde, de nombreuses appendices cœcales auprès du pylore et un intestin court, ne faisant que deux replis.

Les Pristigastres sont le troisième exemple de malacoptërygiens abdominaux sans nageoires ventrales, c'est-à-dire, des poissons apodes tels que Linné les entendait; car les Erémophiles sont, comme je crois l'avoir .prouvé , des siluroïdes apodes. Les Orestias, que j'ai fait connaître dans le volume précédent, sont des cyprinoïdes apodes. Les Pristigastres et les Odongnathes dont l'histoire suivra bientôt, sont nos clupéoïdes apodes. Il est assez curieux de remarquer que les deux premiers genres, si extraordinaires, ont été découverts dans les eaux douces des hauts plateaux des Andes, entre 4°o° et 5oop mètres au-dessus du niveau de l'Océan, tandis que nos deux genres de Clupéoïdes sont des poissons marins des côtes équatoriales de l'Amérique, baignées par l'Atlantique, ou des mers les plus chaudes de l'Inde.

Nous ne connaissons jusqu'à présent que quatre espèces de Pristigastres; l'une que l'on trouve depuis. la côte de Malabar jusqu'à l'extrémité de Coromandel, les autres sont américaines. L'une vient de Cayenne, les deux

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autres ont été trouvées à l'embouchure de l'Amazone , et l'une d'elles est une récente découverte due aux courageux efforts de M. de Castelnau et de son compagnon de voyage M. E. Deville.

Le Pristigastre tartoore.

( Pris tigas ter tartoor, nob.)

Cette espèce indienne, qui me paraît trèsabondante sur la côte de Coromandel et sur celle de Malabar , à cause du grand nombre d'individus que nous avons reçu de ces deux endroits, se distingue éminemment de l'espèce américaine que nous décrirons plus loin. Nous lui conservons le nom sous lequel Russell en a donné une figure fort reconnaissable.

Le Tartoore a le corps allongé. La hauteur est comprise un peu moins de quatre fois dans la longueur totale. L'épaisseur n'est que le quart de la hauteur. La tête est courte, car elle est contenue cinq fois et demie dans la longueur totale, et comme sa hauteur ne fait que les trois quarts de sa longueur, à cause de la grande saillie de la carène thoracique qui s'avance beaucoup au delà de l'insertion des pectorales, on conçoit comment la tête paraît si petite. L'œil est assez grand, son diamètre mesure, à peu de chose près, le tiers de la longueur de la tête; le cercle de l'orbite est au-dessous de la ligne

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du profil- cependant l'œil est sur le haut de la joue. Le dessus du crâne est concave, et son creux est augmenté par la saillie de la nuque et par la convexité du dos. Le sous-orbitaire est oblong et recouvre le bord postérieur du maxillaire quand la boucbe est fermée. Le préopercule est assez large, c'est lui qui couvre presque toute la joue; son angle et le bord inférieur sont arrondis. L'opercule est triangulaire ; l'extrémité libre est arrondie. Le sous-opercule paraît presque linéaire , tant il est étroit. L'interopercule, un peu plus large que celui-ci, est arqué. La boucbe n'est pas très-grande comme dans toutes ces clupées. Les intermaxillaires sont placés en travers, et la mâcboire inférieure, faisant saillie audevant de la supérieure, a les brandies fort élevées de cbaque côté de la bouche. La langue est libre et obtuse; les dents maxillaires sont très -petites, couchées obliquement vers le fond de la bouche ; elles sont plus sensibles au toucher qu'à la vue; puis nous en observons un groupe sur les palatins, les ptérygoidiens et la langue; mais il n'y en a pas sur le vomer ni sur son chevron. C'est donc la dentition des Pellones ou des Harensmles. Les ouïes sont très -largement fendues et la direction de la fente est tout à fait oblique. On y observe une très -petite membrane branchiostège soutenue par six rayons, les deux premiers sont petits et grêles; il faut les rechercher avec soin, car je vois qu'ils ont échappé à l'observation; les quatre autres sont larges et aplatis; le dernier a son extrémité prolongée, ce qui lui donne la forme d'une petite

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palette. J'insiste sur cette description minutieuse, et j'ai compté ces rayons sur plusieurs individus pour bien m'assurer de leur nombre; car je vois que dans le Règne animal on ne leur a compté que quatre rayons branchiostèges. La dorsale est très -petite, très -basse et reculée sur la fin du second tiers de la longueur du dos. L'anale est au contraire étendue sous toute la longueur de la queue, de sorte que sa longueur mesure les deux cinquièmes de celle du corps. Les pectorales sont longues et pointues, leur premier rayon est large et aplati , elles sont composées d'articulations très-visibles, et sont attachées de manière à s'appliquer exactement contre le corps. Il n'y a point de ventrales.

B. 6; D. 17; C. 25; A. 57; P. 15; V. 0. Les écailles sont ovales , très-minces , sans stries ; elles sont assez grandes. On n'en compte guère que cinquante rangées entre l'ouïe et la caudale. La ligne latérale commence comme à l'ordinaire sur le haut du surscapulaire, et elle remonte sur le haut du dos où elle se dessine par une suite de petits arbuscules ; on la voit s'effacer peu après la dorsale. On remarque le long des flancs, à peu près par le milieu de la hauteur de la queue, un trait linéaire excessivement fin, mais bien visible, à partir de la caudale jusque un peu au-devant de la dorsale ; puis ce trait semble s'effacer et ne plus se montrer que comme une petite carène tracée par le tiers de la hauteur de la poitrine, et qui se perd sur la région surscapulaire. Je ne crois pas qu'il faille considérer ce petit trait comme une seconde ligne latérale, ainsi que l'a fait

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Russell. Il est évident pour moi que la ligne latérale est unique et tracée sur le haut du dos. Le ventre est si comprimé que l'on peut, sans exagération , lui donner l'épithète de tranchant. A partir de la gorge, son profil descend par une courbure qui devient beaucoup plus grande à mesure qu'elle va dépasser la pectorale, de sorte qu'il fait une grande saillie au -devant de la poitrine. Nous comptons trente-deux épines le long de cette carène; elles sont formées par une suite de chevrons dont les côtéssont étroits, carénés dans le milieu, et dont le sommet est une lame cornée tout à fait tranchante, terminée par une épingle coupante comme la pointe d'une lancette. Les observateurs qui ont vu ce poisson frais, vantent tous le brillant argenté, à reflet nacré, de tout son corps; quelques teintes grises se prononcent le long du dos. Les nageoires sont jaunes ou quelquefois elles paraissent blanches, légèrement teintées de jaune pâle aux extrémités.

La splanchnologie du Pristigastre offre aussi plusieurs particularités non moins curieuses que les parties extérieures. La forme très - comprimée du ventre a rendu la cavité abdominale très-étroite, ce qui est cause que le foie est très -mince, que les cœcums , longs et grêles , sont réunis en deux faisceaux collés sur la branche montante. Ces appendices pyloriques sont beaucoup plus nombreuses à gauche qu'à droite. L'œsophage est large et il se prolonge en un estomac arrondi qui atteint environ à la moitié de la longueur de la cavité abdominale. Dans l'individu que j'ai ouvert, sa muqueuse était

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noirâtre, tandis que celle de l'estomac était jaunâtre. La branche montante est à peu près aussi longue et aussi large que l'œsophage ; les parois m'ont paru peu charnues. L'ovaire embrasse dans une très-courte bifurcation l'extrémité de l'estomac; car au delà de ce viscère l'ovaire m'a paru ne plus former qu'une seule masse. Les œufs sont d'une petitesse extrême , beaucoup plus fins que de la graine de pavot. Au-dessus de ces viscères on voit une longue vessie natatoire cylindrique, tellement appliquée sur les côtes, qu'il est aisé de compter les impressions de ces os sur la paroi fibreuse et argentée de la vessie; elle se rétrécit en avant et devient même pointue pour laisser de la place à la portion renflée de l'œsophage. Cette vessie qui, dans cet état, serait déjà grande pour une clupée, se trouve beaucoup augmentée par son prolongement en deux longues cornes coniques, faisant saillie de chaque côté des interépineux de l'anale; elle se termine en une pointe excessivement fine à peu près vers le milieu de la longueur de l'anale. Le canal de communication entre la vessie et le canal digestif est long et assez gros ; il part du bas de l'œsophage et va s'insérer sous la face inférieure de la vessie, un peu au delà de la pointe de l'estomac. Les anatomistes retrouvent là un nouvel exemple de cette conformation que nous avons vu répéter plusieurs fois dans les Scombres et quelques autres familles.

Parmi les nombreux exemplaires de cette espèce, nous n'en avons pas un qui dépasse huit pouces ; mais M. Dussumier en a vu sur

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la côte de Malabar qui avaient dix pouces de long : on y mange ce poisson.

M. Leschenault est le premier naturaliste qui nous ait envoyé cette espèce dans ses grandes collections de 1818. Il a entendu nommer cette espèce Talery par les pécheurs tamoules. On le pêche abondamment pendant toutes les saisons dans la rade de Pondichéry : il est trèsbon à manger et parvient à neuf pouces de longueur. Russell ne donne aucune particularité sur les mœurs ou sur les usages de ce. curieux poisson.

Nous retrouvons aussi cette espèce, figurée par M. Gray dans les Illustrations de la zoologie indienne, par le major-général Hardwicke, mais soit inadvertance de l'observateur, soit que l'individu ait été mutilé, la dorsale n'a pas été vue, et ce poisson est devenu alors le type d'un nouveau genre, nommé Apterygia Hamiltoni. Le dos est peint en bleu, tout le reste du corps est jaunâtre. Je ne crois pas qu'il soit possible de douter de la détermination que je donne. La forme du corps, la saillie de la poitrine dentelée, la petitesse de la tête, l'insertion de la pectorale, la largeur du premier rayon , la longueur de l'anale , l'absence des ventrales, jusqu'à la tache noire figurée déjà par- Russell, montrent une telle

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ressemblance entre le Pristigastre et XApterjgia de Gray, qu'il me paraît impossible d'admettre que la nature ait supprimé entièrement une nageoire dorsale sans avoir fait le plus léger changement à toutes les autres parties que je viens d'indiquer.

Pristigastre de Cuvier.

(Pristigaster cayanus > Cuv.)

J'ai commencé la description des espèces du genre Pristigastre par celle de l'Inde, puisqu'elle a été connue des naturalistes quinze ans avant que M. Cuvier n'ait publié la figure de l'individu envoyé de Cayenne par Leblond, et qui est encore conservé dans le Cabinet du Roi. La description que je vais donner est faite d'après le même exemplaire.

Ce Pristigastre se distingue de celui de l'Inde par des formes si nettes et si tranchées, que c'est à peine si l'on peut comparer les deux poissons. En effet, l'espèce dont il s'agit dans cet article a le profil du dos très -peu courbé; celui du ventre fait, au contraire, une telle saillie depuis la gorge jusqu'à l'anus, que le poisson a l'air d'avoir un fanon suspendu au-devant de. la région thoracique. La plus grande hauteur de cette partie du corps est moitié de la distance mesurée depuis le bout du museau jusqu'à la fourche de la caudale. La hauteur de la tête, prise à l'aplomb de la nuque, est moitié de la

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hauteur tolale mesurée au même endroit. La longueur de la tête est à peine plus forte que la hauteur, et du cinquième de la longueur totale. La tête ressemble d'ailleurs par les proportions de l'œil , par la grandeur de la bouche, par la saillie de la mâchoire inférieure, par les dents maxillaires palatines, ptérigoïdiennes et linguales. Nous nous sommes assuré, en la comptant à plusieurs reprises, que la membrane branchiostège est soutenue par six rayons. Quoique la ligne du dos soit un peu soutenue au-dessus du chanfrein et qu'elle monte droit jusqu'à la dorsale, elle n'est pas à beaucoup près aussi relevée que celle du Pristigastre indien , elle offre aussi un caractère remarquable qui n'existe pas dans l'autre espèce. Les interépineux dorsaux font une petite saillie au-dessus des muscles, traversent la peau et sortent par deux petites pointes qui rendent cette partie du corps dentelée, comme nous en avons eu des exemples dans la famille des Stromalées, et en particulier dans l'espèce du Rhombus çrenulatus. La dorsale est avancée sur le dos : elle est à peu près deux fois aussi haute que longue. L'anale est étendue sous toute la queue; la caudale est fourchue ; les pectorales pointues ; il n'y a pas de ventrales.

Les écailles sont de moyenne grandeur, très-finement striées, très -minces et se détachent très -facilement. Je n'ai pas pu voir dans cette espèce la ligne latérale dorsale qui est si facile à voir dans l'espèce indienne; mais ce que je puis affirmer, c'est que

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notre individu n'a pas une ligne latérale tracée comme elle est indiquée dans la figure du Règne animal. J'observe bien sur la seconde moitié du. corps, une ligne très -fine comme je l'ai vue sur l'espèce précédente; mais, comme dans celle-ci, je la vois s'évanouir avant d'atteindre à la pectorale, Les épines du ventre, excessivement comprimées, sont plus grosses vers la fin que sur le commencement de la carène. J'en compte trente-deux. Un de ces chevrons a les côtés étroits et excessivement grêles; ils sont un peu plus longs que le tiers de la hauteur du tronc ; l'épine est très-forte, pointue, et plus saillante que dans l'autre Pristigastre. La couleur est un argenté très -brillant, avec des teintes grises ou roussâtres sur le dos.

Ce que j'ai cherché à voir des viscères sur notre exemplaire un peu desséché, m'a fait voir une vessie natatoire à parois très-minces et argentées. J'ai trouvé un estomac ovoïde et renflé, arrondi à son extrémité postérieure. L'œsophage est assez gros et court; la branche montante m'a paru petite et avoir de nombreux cœcums.

La longueur est de quatre pouces et demi : il a été figuré dès la première édition du Règne animal, planche X, fîg. 3. Cette même planche a été reproduite dans la seconde édition , planche XII.

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Le Pristigastre de Martius.

(Prislîgaster Mardi 3 Agassiz.)

Nous venons de recevoir au Cabinet du Roi , parmi les riches et belles collections rapportées du Brésil par M. de Castelnau, trois pristigastres péchés à l'embouchure de l'Amazone. Deux sont parfaitement semblables entre eux; ils se distinguent du précédent

par un ventre plus saillant, par une anale plus courte. La caudale nie paraît avoir les lobes moins pointus, et je ne crois pas que les rayons supérieurs se prolongent en longs filaments.

B. 6; D. 15; A. 46 ou 47; V. 0; P. 11.

La couleur, rembrunie sur le dos, est argentée sur tout le reste du corps.

J'ai vérifié le nombre des rayons de la membrane branchiostège, et je suis persuadé que l'exemplaire de Munich doit avoir six rayons comme les nôtres, mais le premier, qui est très -petit, est souvent fort difficile à voir. Je pense donc que c'est à tort que M. Agassiz n'en a donné que cinq. Mais un caractère qu'il a parfaitement saisi, porte sur la petitesse des épines de la carène du dos; elles sont à peine sensibles dans l'espèce que

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nous décrivons. Aussi, je ne doute pas que je n'aie ici le poisson décrit et figuré dans l'Histoire des poissons du Brésil1. Le plus grand des deux individus a quatre pouces et quelque chose.

Le Pristigastre paille en queue.

(Pristigaster phaèton, nob.)

M. de Castelnau a rapporté un troisième Pristigastre pris dans l'Amazone avec les deux précédents. Il en diffère

parce qu'il a le ventre moins saillant, d'où il résulte que le corps est plus allongé. La hauteur est contenue deux fois et un tiers dans la longueur totale, en n'y comprenant pas les filets de la caudale, tandis que dans l'espèce précédente elle surpasse sensiblement la moitié de la longueur du corps. L'anale est beaucoup plus allongée : elle ressemble sous ce rapport au Pristigastre de M. Cuvier, qui a cinquante-deux rayons.

D. 15; A. 51, etc.

La caudale, qui est fourchue, a ses lobes plus étroits et plus pointus que ceux de l'espèce précédente. Les trois rayons externes du lobe supérieur sont prolongés en filaments plus longs que le lobe. Les épines de la carène du dos sont fortes. La couleur

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