CHAPITRE VI
Du genre Rogénie (Rogenia).
Le poisson, si abondant à l'embouchure de la Tamise , connu et estimé de tous les habitants de Londres sous le nom de White- Bait, est non-seulement d'une espèce distincte du hareng, mais il appartient à une coupe générique différente , dont nous retrouvons plusieurs espèces dans les mers étrangères.
La forme ressemble assez à celle du hareng pour qu'il soit facile de concevoir, comment les hommes, qui ne regardent pas avec une extrême attention , ont pu le croire des jeunes du hareng commun. Je m'étonne davantage comment d'autres personnes, et même des naturalistes, aient pu le considérer comme une jeune alose ; car la forme est totalement différente.
Nous reviendrons à la fin de cet article sur ces questions, lorsque nous parlerons des excellentes discussions publiées par M. Yarell pour éclaircir l'histoire naturelle de ce poisson.
Il constitue un genre distinct caractérisé par la présence de dents sur le vomer, sur les palatins , sur les ptérygoïdiens et sur la langue. C'est la clupée qui porte le plus grand nombre de dents, malgré sa petite taille.
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Le nom de White-Bait, sous lequel on le crie dans les marchés de Londres , m'a suggéré l'idée de former, pour désigner ce' genre, un nom assez euphonique emprunté à la langue allemande. J'ai latinisé le nom de Rogen, qui signifie le frai ou les œufs des poissons; en disant Rogenia.
Nous ne connaissons encore qu'une espèce de ce genre que nous appelons
La RoGÉNIE BLANCHE.
{Rogenia alba , nob.)
Le corps est allongé; la courbure du ventre est un peu plus forte que celle du dos ; la hauteur du tronc égale la longueur de la tête, et la cinquième de celle du corps entier. L'œil me paraît, proportionnellement, moins grand que celui d'un jeune hareng de même grandeur ; le diamètre est un peu supérieur au quart de la longueur de la tête. La mâchoire inférieure dépasse un peu la supérieure ; mais la saillie qu'elle fait au-devant d'elle, n'est peut-être pas aussi forte que dans le hareng. Je vois des dents sur la langue, sur le vomer, sur les palatins et les ptérygoïdiens, et on en sent plutôt qu'on n'en voit sur les deux mâchoires. Notre poisson à donc des dents sur un plus grand nombre de pièces osseuses que n'en a le hareng. Ces caractères, moins fugaces que ceux que l'on peut tirer de quelques différences des formes extérieures, établissent une dis-
tinction scientifique entre le hareng et le Wliite-Bait. Comme les aloses n'ont aucune dent sur ces pièces, cette distinction est encore plus facile à reconnaître. Le préopercule couvre presque toute la joue; son limbe est très -large; l'angle en est légèrement arondi. Je ne vois point de stries ni de veinules sur sa surface. L'opercule est petit, assez semblable à celui du hareng ; mais le sous- opercule me paraît moins étroit: l'interopercule l'est, au contraire, davantage. La membrane branchiostège vient s'insérer sur le bord de l'ouïe , de manière à- faire une échancrure assez profonde, qui rappelle celle de la sardine, et qui devient un caractère distinctif entre notre poisson et le hareng. L'attache de la pectorale se fait aussi plus en avant, et touche presque au bord du sousopercule : cette nageoire est plus reculée que dans le hareng. Les ventrales répondent à peu près au milieu de la dorsale ; l'anale n'est pas très-longue ; la caudale est fourchue ;.les ouïes sont très-largement fendues.
B. 8; D. 17; A. 16; P. 17; V. 9; C. 27; Vert. 56.
Les écailles sont petites, excessivement minces, par conséquent très-molles ; elles sont un peu plus longues que hautes ; la portion verticale est plus grande que la partie libre; il n'y a point de stries, ou du moins elles sont d'une extrême ténuité. Nous en comptons plus de cinquante rangées le long du corps. Je n'en vois pas de particulières à l'aisselle de la pectorale; mais il y en a une courte auprès de la ventrale. La carène du ventre a quarante et une épines. Tout ce poisson brille du plus bel éclat ar-
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genté , le dos est d'un gris verdàtre. Quand le poisson est frais, il prend dans l'alcool une teinte roussâtre, qui fait toujours distinguer ce White-Bait des jeunes harengs dont le dos> devient bleu. Il n'y a jamais de taches sur les côtés de ce poisson.
Le Muséum a d'abord reçu des White-Bait par les soins de M. le docteur Leacli. Dernièrement, M. Milne Edwards et R. Owen ont bien voulu m'en rapporter de Londres, et j'ai pu m'assurer, par l'examen des nombreux exemplaires, achetés pêle-mêle sous le nom de White-Bait , qu'il y a quelquefois avec ce poisson du frai d'une autre petite clupée. M. Eudes Delongchamps nous a mis à même de faire une semblable observation sur le frai des harengs qui entrent dans l'embouchure de l'Orne.
M. Yarell a fait connaître complètement le poisson qui est le sujet de cet article : d'abord dans un mémoire l inséré dans le Journal zoologique, ensuite dans son Histoire des poissons d'Angleterre 2. 11 a bien reconnu que Pennant avait eu raison de mentionner cette espèce dans la Zoologie britannique3, et il a fait remarquer avec raison, que Donovan4 s'était