Kramer, Elench. , anim. lus/, inf. , i^îï
fait tombé dans l'oubli jusqu'à ces derniers temps : ainsi Linné, M. de Lacépède, Bloch et même M. Cuvier, dans la première édition du Règne animal, n'en font aucune mention; cependant vers 182 5 ou 1826, M. Temminck, directeur du cabinet de Leyde, contribua à répandre en Europe des exemplaires qu'il s'était procurés à la suite d'une course faite au lac Neusiedler.
M. Natterer, l'un des conservateurs du Musée impérial de Vienne, et dont le nom est connu par ses travaux ornithologiques , en envoya aussi des exemplaires, qui ont été étiquetés dans nos collections jusqu'à ce jour, sous le nom d'Umbra Nattereri; nom que je lui aurais sans aucun doute conservé, si M. Fintzinger, dans son Catalogue des vertébrés de la basse Autriche, publié il y a quelque temps, n'eût appelé ce poisson Umb. Krameri.
C'est par suite d'un examen un peu trop rapide des échantillons de ces deux naturalistes distingués que M. Cuvier en a parlé, mais ce qu'il en dit dans la seconde édition du Règne animal est malheureusement fort incomplet; car il le place dans le genre Cyprinodon de Lacépède, qui n'est autre que celui des Lébias, ainsi que je l'ai démontré dans le volume précédent. Il a cru qu'il ressemblait
au genre Fundule ou Molliénisie, lesquels n'ont point de dents au palais, puisqu'ils sont des Cyprins.
M. Mùller, en admettant le genre Timbra de Kramer, a pensé qu'il fallait le placer dans la famille des Brochets; mais les formes des intermaxillaires, leurs rapports avec les autres os de l'arcade dentaire, montrent l'affinité de notre espèce d'Europe avec les Amia, et comme XUmbra a aussi le canal intestinal sans ccecums, on le placerait beaucoup mieux dans cette famille des Amies, si l'absence de la cuirasse sous-orbitaire et de l'os sublingual n'établissait des différences assez fortes pour empêcher cette réunion.
La vessie aérienne , non celluleuse , mais formée d'une cavité simple et unique, est aussi une grande différence entre ces diverses espèces: je crois donc, d'après cela, suivre une classification naturelle, en formant de ce petit poisson le type d'une famille distincte, dont les caractères peuvent être exprimés de la manière suivante :
Les Ombres [Timbra) ont de petits intermaxillaires , à l'extrémité desquels s'articulent des maxillaires libres, dentés comme les premiers ou comme les branches de la mâchoire inférieure. Le vomer et les palatins sont
hérissés de dents. La membrane branchiostège a cinq rayons; le tube digestif est simple et sans appendices ccecaux. On ne connaît qu'une seule espèce de ce genre, dont voici la description :
Z'Ombre de Kramer.
(Umbra Krameri, nob.)
Le corps de ce poisson ressemble aussi assez bien à celui d'un Cyprin ; il a peut-être la queue un peu plus large, mais la forme elliptique du corps est tout à fait celle des poissons de cette famille; la hauteur égale la longueur de la tête et est contenue quatre fois et deux tiers dans la longueur totale; la ligne du profil s'élève par une courbe insensible depuis le bout du museau jusqu'à la dorsale; le dessus de la tête est plat; la mâchoire inférieure dépasse un peu la supérieure ; l'ouverture de la bouche est petite : elle est bordée en haut par des intermaxillaires et sur les côtés par des maxillaires articulés librement à l'extrémité de ceux-ci; les intermaxillaires en ont sur une bandelette étroite deux ou trois rangées ; elles sont en carde fine : il en est de même des dents de la mâchoire inférieure, et du groupe qui est sur l'extrémité du chevron du vomer et de celui des palatins. Les autres parties de la bouche, ainsi que la langue, dont on voit l'os lingual nu, n'ont aucune dent.
En examinant cette structure de la bouche, il est facile de se convaincre de l'affinité de ce poisson avec les Érythrins; mais il se distingue de ceux-ci
par les caractères que nous fourniront les parties dont la description va suivre.
L'œil est de grandeur médiocre, il est entouré de pores muqueux assez nombreux ; au-devant de l'orbite on ne voit qu'un seul osselet sous-orbitaire, triangulaire, petit, et ne recouvrant pas le maxillaire; le préopercule a son bord arrondi, son limbe assez large; la joue est recouverte par trois ou quatre rangées d'écaillés assez semblables à celles du corps. On les retrouve sur l'opercule et sur le sous-opercule; l'interopercule seul est recouvert d'une peau nue et sans écailles ; les ouïes sont assez largement fendues ; la membrane branchiostège porte cinq rayons du côté droit et quatre du côté gauche. La pectorale est petite et arrondie ; la dorsale n'est pas très-haute, elle est reculée sur la seconde moitié du dos; la caudale est arrondie.
Les écailles sont assez fortes, au nombre de trentehuit; la ligne latérale étroite et petite. La couleur est verdâtre, à reflets plus ou moins roussâtres; on voit des taches irrégulières noirâtres. Les nageoires rousses sont sans taches.
Le foie est un seul lobe assez gros, qui occupe plus de la longueur de la cavité abdominale et sur lequel on trouve l'estomac et le premier repli de l'intestin; l'œsophage est court et globuleux; l'estomac cylindrique, sans cul-de-sac, occupe plus de la moitié de la longueur de la cavité abdominale. Il n'y a point de cœcums au pylore ; le duodénum remonte de l'extrémité de l'estomac jusque sous le diaphragme.
A cet endroit il se recourbe pour redescendre droit jusqu'à l'anus, en diminuant sensiblement son diamètre ; les organes génitaux sont de chaque côté de l'intestin et au-dessus d'eux est une vessie aérienne uniloculaire, arrondie en avant, pointue en arrière, et qui s'ouvre dans le haut du pharynx par une large communication. Le canal aérien est d'ailleurs trèscourt.
Ce petit poisson, originaire des lacs d'Autriche, est long de trois pouces. Nous en avons plusieurs individus qui ont été envoyés de Vienne au Cabinet du Roi par le directeur du Musée impérial de Vienne, M. le conseiller de Schreibers.
Il les avait reçus du lac Neusiedler. Moimême j'en ai acheté à Amsterdam des individus qui venaient aussi de l'Autriche.
Enfin M. Temminck, directeur du cabinet de Leyde , a bien voulu en donner un exemplaire qu'il avait pris dans le même endroit.
Nous n'avons rien à ajouter à ce que Marsigli ou Kramer nous apprennent sur les mœurs de ce poisson.