CHAPITRE PREMIER
De la Famille et du Genre des Chirocentres, et en particulier du Chirocentre dorar (Clupea Dorab , Forsk).
La famille ou le genre des Chirocentres ne comprend qu'une seule espèce de poisson Tort commune dans la mer des Indes, mais difficile à placer dans nos méthodes ichthyologiques, parce que la diagnose caractéristique semble être le résultat dune réunion de caractères empruntés à différentes familles de malacoptérygiens : ce sont des poissons à corps comprimé, allongé, à ventre tranchant, mais sans dentelures; dont la dorsale, reculée sur le dos de la queue , est opposée à l'anale ; dont les pectorales, pointues, ont dans leur aisselle un long stylet osseux et couvert d'écaillés; dont les ventrales sont excessivement petites : la gueule est armée de dents fortes et crochues; les deux mitoyennes de la mâchoire supérieure sont horizontales. Le bord de cette mâchoire est garni par de petits intermaxillaires soudés à des maxillaires dentés, qui eux-mêmes portent deux os supplémentaires; l'un est caché par le sous-orbitaire ; l'autre, implanté plus bas, dépasse le maxillaire et se porte sur les côtés de l'angle de la mâchoire , exactement
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comme dans un grand nombre de poissons; les palatins , les deux ptérygoïdiens, la langue, l'os hyoïde, les arceaux des branchies et les pharyngiens, ont des dents très-fines et trèscourtes. Le canal intestinal est formé d'un estomac en sac conique et d'un intestin court, commençant sous l'œsophage, très-peu en arrière en diaphragme, et se dirigeant sans replis ni circonvolutions jusqu'à l'anus; les plis nombreux de la muqueuse forment à l'intérieur une longue lame, contournée en spirale rapprochée. La vessie aérienne, longue et étroite, communique avec l'estomac par un conduit pneumatique de largeur médiocre; l'intérieur de cet organe est divisé par de nombreuses cloisons ou petites lames transverses, qui n'occupent de chaque côté que le tiers environ de la circonférence, de sorte qu'il y a en dedans, en dessus et en dessous une bandelette longitudinale de la paroi de la vessie restant tout à fait lisse. Nous comptons à la membrane branchiostège huit rayons. Telle est l'exposition résumée de l'organisation des chirocentres. En y réfléchissant, on se convainc aisément que ce poisson, par sa forme générale, par la grandeur de ses dents , par la simplicité de son canal intestinal, et j'ajouterai même par la position de la dorsale, a les plus grandes affinités
avec les Brochets, surtout avec le genre des Stomias. Je n'aurais pas même hésité à l'en rapprocher, sans la structure singulière des mâchoires, qui ont, sans aucun doute, déterminé M. Cuvier à classer le chiro centre dans la famille des Clupes; mais je dois faire observer que ce grand naturaliste s'est exagéré l'affinité de ces poissons, en disant que ceux du genre dont nous traitons, ont le bord de la mâchoire formé comme celui des harengs. Dans les chipes les intermaxillaires sont placés transversalement à l'extrémité du museau; les maxillaires se meuvent derrière ceux-ci par une articulation tout à fait libre. Il n'en est pas de même dans le chirocentre; les deux os dentés qui bordent la mâchoire sont unis si intimement, qu'ils se meuvent comme une seule pièce, on n'aperçoit leur séparation qu'après une macération assez prolongée; l'os de l'angle est, au contraire, mobile, d'où il résulte, qu'au premier aspect, la mâchoire ressemble bien plus à celle d'un brochet qu'à celle d'un hareng. Il faut analyser et disséquer avec soin la structure de la mâchoire du chirocentre pour reconnaître qu'il n'appartient pas à la famille des brochets. Il s'en rapproche davantage que de celle des clupes, par la simplicité de son canal intestinal et par l'absence de dentelures au
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ventre. On pourrait dire que le chirocentre est aux brochets ce que le cyprinus cultratus et les espèces (Tables étrangers (que certains ichthyologistes réunissent avec M. Cuvier sous le nom de Pelecus) sont aux cyprins. En le considérant comme type d'une famille spéciale, je ne vois pas la nécessité de créer pour elle un nom particulier. Celui du seul genre qui la forme la désigne d'une manière assez nette.
Nous ne savons dans quel genre Commerson aurait placé ce poisson : Forskal en fit une clupée ; M. de Lacépède, travaillant sur les matériaux de ces deux naturalistes, emprunta à Forskal son Clupea dorab, en même temps que, guidé parla vue du beau dessin de Commerson, il reproduisit la même espèce sous le nom ôHÉsoce chirocentre. M. Cuvier prit cette épithète pour en faire un nom générique; mais il oublia , dans la diagnose de son genre , plusieurs traits importants qui eussent servi à le caractériser d'une manière plus nette.
On va voir dans la description suivante, combien de particularités importantes avaient échappé à ce grand naturaliste.
Le sabre ou sabran, comme l'appelait Commerson, a le corps allongé, et très -comprimé; l'épaisseur n'est que le tiers de la hauteur, qui est comprise huit fois dans la longueur totale ; le dos est arrondi,
le ventre, depuis la gorge jusqu'à l'anus, devient si comprimé qu'il est même caréné ou tranchant ; il n'est pas dentelé en dessous, ce qui dépend de ce que le poisson manque de cette suite de pièces osseuses imbriquées, pliées en V, et à carène dure et pointue, qui caractérise d'une manière si remarquable le ventre des clupes.
La longueur de la tête y est six fois et demie; la mâchoire inférieure a des branches assez hautes, et dépasse de beaucoup la supérieure; celle-ci est comme tronquée à l'extrémité, et un petit lobule charnu triangulaire , qui s'avance entre les deux dents horizontales , est le seul rudiment de lèvre que Ton observe dans ce poisson. La mâchoire supérieure est formée par de courts intermaxillaires triangulaires, fortement soudés à une seconde pièce arquée, constituant le bord extérieur de l'ouverture de la bouche : ce sont les maxillaires ; ils portent au dedans un second os, entièrement recouvert par la grande pièce du sous-orbitaire ; un troisième os , articulé avec celui-ci par une suture écailleuse, et avec la pièce dentée du maxillaire par une suture linéaire, se porte en arrière le long des branches de la mâchoire inférieure et dépasse de beaucoup la portion dentée du maxillaire. H y a donc ici un maxillaire denté et deux supplémentaires ; le second de ces os est mobile sur le premier, et la réunion du maxillaire denté avec l'intermaxillaire est telle, qu'il faut étudier cette organisation sur le squelette ; car, sur le poisson recouvert de sa peau, rien ne serait plus aisé que de considérer l'intermaxillaire et
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le maxillaire denté comme un seul os et de prendre pour maxillaire le talon mobile de cette arcade osseuse. Les dents sont non moins remarquables que les os sur lesquels elles sont implantées; la mâchoire supérieure porte dans le milieu de chaque côté une dent conique horizontale ; à la base interne de celleci en est une courte, assez grosse, entièrement recouverte par le lobule labial; puis on en compte cinq petites , et dont la dernière est un peu plus longue que les quatre précédentes : le maxillaire porte des dents coniques et pointues, dont on peut compter les seize premières , parce qu'elles sont écartées et distinctes; sur le reste du bord de l'os elles deviennent tellement serrées et tellement petites qu'on ne peut plus les énumérer. Il n'y a point de dents sur le chevron du vomer; mais les palatins, qui sont courts et assez épais, portent en dedans d'une petite carène saillante , une rangée oblique de cinq à six petites dents coniques; en arrière de celles-ci il existe, sur le premier ptérygoïdien , un petit groupe oblong de dents fines, et il y a plusieurs rangées de très-fines scabrosités sur la grande aile ptérygoidienne; le sphénoïde n'en a aucune. Toutes ces dents de la voûte palatine sont si petites, que je ne m'étonne pas qu'elles aient échappé à l'attention des naturalistes les plus exacts; car M. Cuvier dit positivement, dans le Règne animal, que les chirocentres n'ont de dents, ni aux palatins ni au vomer; ce qui n'est exact que pour ce dernier os. Les dents de la mâchoire inférieure sont remarquables par leur grandeur ; il y en a sept à huit sur un seul rang : les deux premières sont petites, puis il
en vient une troisième, longue et en crochet, la quatrième est un peu plus courte, la cinquième revient grande; les deux autres se raccourcissent: toutes ces dents sont triangulaires, comprimées et tranchantes comme des lancettes; elles rappellent évidemment les dents des brochets, et surtout celles du stomias. La langue est recouverte par le voile membraneux, épais et large de la mâchoire inférieure, de sorte que, dans l'état de repos, elle entre dessous, comme dans une sorte de gaîne ; en la retirant on voit sa surface hérissée de petites dents en cardes: il y en a aussi sur l'os hyoïde et le long des râtelures des branchies. L'œil est tout à fait sous le haut de la joue; la conjonctive qui recouvre la cornée , s'épaissit en avant et en arrière et devient adipeuse; mais, comme elle ne se détache pas de la cornée transparente , on ne peut pas dire ici qu'il y ait une paupière semblable à celle que nous observons dans un grand nombre de poissons des familles suivantes, tels que les butirins, les mégalopes, et chez plusieurs autres poissons du groupe des clupéoides. Le sous-orbitaire se trouve composé de cinq pièces : le premier os, qui est au-dessous de la narine, est petit et placé sur le bord de l'intermaxillaire et du maxillaire réunis; le second sous-orbitaire est très-grand et forme une pièce mince comme une écaille , qui s'appuie sur le premier maxillaire supplémentaire. Le bord supérieur de cette seconde pièce sous-orbitaire est étroit et concave, il s'articule avec le sous-orbitaire précédent du côté de l'œil; l'angle est arrondi en une espèce de petite palette, de manière que ce bord postérieur
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a une profonde échancrure dans laquelle vient se placer le troisième sous-orbitaire , qui est extrêmement petit ; le quatrième, au contraire, aussi mince que le second , forme une grande plaque triangulaire à bord supérieur concave, pour suivre le contour du cercle de l'orbite ; il s'e'tend sur le haut des muscles moteurs du préopercule, et il couvre ainsi la plus grande partie du haut de la joue; au-dessus de ce quatrième sous-orbitaire il en existe un cinquième, qui s'articule avec la tubérosité postérieure du frontal. Le bord orbitaire de ces os est un peu caverneux audessous de l'œil ; nous voyons , comme dans les carpes et les brochets , un sourcillier qui s'élargit en avant en une petite palette à peu près quadrilatère, fournissant de son angle postérieur un stylet osseux et courbe par lequel il s'attache au bord orbitaire du frontal. Le préopercule est haut et étroit , parce que le jugal et le lympanal sont ici assez larges; l'opercule est grand et mince; au-dessous de son articulation avec le mastoïdien l'on voit une profonde échancrure ; puis, en dessus l'os se prolonge en une languette coupée carrément, qui va rejoindre les surtemporaux. Le sous - opercule et l'interopercule sont minces et étroits ; la peau qui les réunit et qui passe par-deasus toutes ces pièces, est enduite d'un pigment argenté des plus brillant, ce qui explique la couleur de toute cette partie de la tête.
Les ouïes sont très-largement fendues , les deux branches de la mâchoire sont réunies sous l'isthme et embrassent ainsi la membrane branchiosiège et les rayons, qui restent entièrement cachés ; comme
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la membrane branchiale ne dépasse pas le sous-opercule, il n'existe pas de bord membraneux. Quant à la membrane elle-même, elle est remarquable dans ce poisson, attendu que la grosse branche hyoïdienne qui les porte, a le bord inférieur sinueux; que trois rayons branchiostèges sont attachés en avant de la sinuosité rentrante ; qu'un quatrième vient s'insérer dans le fond de la sinuosité , et qu'ensuite, quatre rayons minces, comprimés, et semblables par leur forme à l'interopercule, viennent se coller les uns contre les autres ; il résulte de là, que les rayons sont disposés en deux paquets, et qu'une échancrure du bord de la membrane marque cette division.
Les branchies ont des peignes assez longs ; la première branchie a des râtelures prolongées ; les suivantes n'en ont que de très - courtes ; les pharyngiens ont des dents en cardes. On voit derrière l'opercule une assez large ceinture osseuse , formée par un surscapulaire et par un scapulaire assez grêles, et par un humerai qui descend en formant une espèce de bouclier ou de large plaque en partie écailleuse.
En dessous de la gorge, des muscles épais, logés dans la gouttière de la ceinture numérale, se réunissent en une sorte de carène allongée, qui se continue avec le bord tranchant du ventre, sous le talon de l'huméral, et très -peu en arrière de l'opercule on remarque l'insertion de la pectorale : elle se fait obliquement, de sorte que, lorsque les deux nageoires s'écartent du corps, elles deviennent horizontales,
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mais qu'elles peuvent se coller contre le corps, de manière à ce que leur bord vienne suivre la carène du ventre.
Dans l'aisselle de la pectorale nous voyons une longue pièce osseuse triangulaire, très-pointue, recouverte d'une peau épaisse , qui elle-même est un peu écailleuse en dessous; plusieurs écailles viennent former le bord externe d'une gouttière, à l'extrémité de laquelle s'attache une plaque osseuse et fibreuse triangulaire , mais plus courte et moins pointue que la supérieure : ces deux parties sont les analogues de ce que nous observons chez les mégalopes et les butirins. Mais dans ces poissons les appendices de la nageoire sont simplement écailleux, et n'ont pas les stylets osseux qui sont propres aux chirocentres; il n'y a d'ailleurs rien de semblable dans l'aisselle des ventrales, ou du moins, si cela existe, elle est trèsréduite, à cause de l'extrême petitesse des ventrales.
On ne peut pas comparer cet os au styléal de l'appareil humerai, car celui-ci existe à sa place ordinaire; c'est un os tout particulier aux chirocentres, et une de ces infractions si fréquentes aux lois de l'unité de composition.
Le premier rayon de la pectorale est large, aplati, simple, mais articulé; les autres rayons sont branchus; la dorsale est reculée au deLà de l'anus, et répond par conséquent au commencement de l'anale ou au dernier tiers du tronc , en n'y comprenant pas la caudale; elle est courte, basse; son dernier rayon est très-peu prolongé. L'anale est aussi une nageoire basse, mais allongée, et dont la base est cachée dans
une rainure à lame écailleuse ; la caudale est profondément fourchue, ses deux lobes me paraissent égaux.
B. 8; D. 16; A. 33; C. 35; P. 14; V. 7. Le corps est recouvert de très-petites écailles , fort minces, caduques ; la ligne latérale est très-peu marquée. La couleur du poisson, conservé dans l'eaude-vie, est bleu sur le dos, et argenté sur tout le reste du corps ; sur le poisson frais on voit une bande dorée, séparant le bleu vert d'eau de la région dorsale du blanc, légèrement bleuâtre, des flancs et du ventre : les nageoires sont grises.
Les ressemblances extérieures que nous avons saisies entre le chirocentre et le stomias, sont encore confirmées par l'examen anatomiques des viscères de notre poisson. Nous lui trouvons , en effet ,
un vaste estomac conique, ouvert au pharynx, et continué jusqu'au delà de la moitié de la longueur de la cavité abdominale ; vers le haut de l'œsophage, ou vers le dixième antérieur de la longueur du sac stomacal, s'ouvre en dessous le pylore sans aucun appendice cœcal, et qui se continue en un intestin simple qui se rend droit à l'anus, sans faire aucun repli ni circonvolution. En ouvrant l'intestin , on trouve une muqueuse très-remarquable par les replis excessivement nombreux et rapprochés, qui forment dans toute l'étendue du canal une suite de valvules conniventes, ou plutôt une lame interne enroulée sur une spirale très-serrée; la valvule du pylore est plus
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saillante que les lames de la muqueuse : dans l'œsophage et l'estomac il n'y a que des rides longitudinales.
Le foie a un seul lobe comprimé, plus épais à gauche qu'à droite, creusé en gouttière en dessus pour recevoir l'œsophage et une portion du commencement de l'intestin. Je ne vois pas de vésicule du fiel , mais un grand canal cystique qui débouche un peu au-dessous du pylore.
La rate est mince et oblongue, attachée entre l'intestin et l'estomac , son extrémité antérieure étant tout près du pylore. Les organes génitaux étaient étroits et oblongs ; des épiploons graisseux, assez abondants, remplissaient le bas de la cavité abdominale; la partie supérieure de celte cavité contient, comme à l'ordinaire , la vessie aérienne , qui est étroite et en fuseau très -pointu à chaque extrémité, mais qui occupe en longueur presque toute la cavité abdominale; car son extrémité antérieure répond à la troisième vertèbre, et la postérieure tout à fait aux dernières vertèbres abdominales. Cette vessie communique avec l'estomac par un conduit pneumatophore, naissant en dessous vers le milieu de sa longueur, et qui se dirige en avant pour pénétrer par un petit trou entouré de plis vers le milieu de la longueur du grand sac de l'estomac. A travers la transparence des téguments de ses parois argentées on aperçoit des lignes transversales, ayant l'air de diviser la vessie en nombreux anneaux. Ces lignes répondent h des brides, ou demi-cloisons transversales de grandeur inégale, et qui divisent la vessie en un nombre considérable de petites cellules intérieures. J'en compte
une centaine au moins dans la longueur de l'individu que j'ai disséqué, et entre ces grandes brides il y en a six ou huit plus petites , adhérentes au fond de la loge. Il faut avoir bien soin de remarquer que ces cloisons sont, en quelque sorte, disposées par paires, les unes à droite et les autres à gauche; car en dessus et en dessous il y a une bandelette longitudinale dépourvue de ces brides. C'est bien certainement une des plus curieuses et des plus singulières vessies aériennes du poisson. Les reins sont des petits rubans oblongs attachés de chaque côté sur la vessie, mais qui se réunissent un peu avant l'anus en un lobe plus épais, qui embrasse l'extrémité postérieure de la vessie aérienne. J'ai trouvé dans l'estomac d'un de ces poissons une sardine qui avait été engloutie tout entière.
Si , par l'absence de cœcums et par la simplicité du canal intestinal le chirocentre s'éloigne des chipes, il est évident qu'il s'en rapproche par la structure de son crâne, quoique cependant il y ait des différences fort sensibles et fort importantes.
Sur un interpariétal très -petit, nous retrouvons une crête interpariétale assez élevée , formant sur les côtés du crâne des fosses profondes et étendues avec la crête pariétale qui est aussi très -haute. On voit sous celle-ci un trou oblong qui communique dans l'intérieur du crâne, et derrière lui une cavité assez profonde qui s'étend jusque sous les occipitaux supérieurs, mais qui ne s'ouvre pas
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dans la fosse cérébrale. On observe cette ouverture et cette cavité dans les dupées. L'occipital et le basilaire ressemblent aussi à ceux des clupes ; on trouve de même sous le mastoïdien un rudiment de cette callosité arrondie qui répond à l'oreille des Aloses; la colonne vertébrale a aussi , par le grand nombre de ses vertèbres, de ses côtes et par leur finesse, de très - grandes ressemblances avec les clupes : ainsi , je compte soixante -douze vertèbres, dont les vingtsept dernières sont les caudales ; il y a quarantecinq paires de côtes, longues et grêles, dont la tête donne, en s'articulant avec les vertèbres correspondantes, une assez longue et grêle apophyse horizontale dirigée en arrière ; disposition qui rappelle tout à fait les côtes des harengs ou des aloses ; mais dans ces genres le nombre de ces apophyses horizontales est double: on voit, en outre, des arêtes articulées sur chaque vertèbre lorsque les côtes cessent d'exister ou de porter ces apophyses.
En décrivant l'intérieur de la ceinture humérale, j'ai fait connaître ce que l'on voit de la forme extérieure de l'os de ce nom. Sur le squelette on aperçoit qu'il se prolonge en avant , et se plie en dépassant la lame mince, mais très-large et très-haute, qui forme le cubital, lequel donne une longue apophyse styloïde et forte, qui monte à la face interne de l'huméral et s'articule avec lui. Le radial n'est pas bien grand , mais il est plus épais; son trou ovale est large. Le chirocentre est un poisson répandu dans
la mer des Indes, et il y occupe un assez grand
espace.
Il doit être très-commun sur la côte de Coromandel et sur celle de Malabar, à en juger par le grand nombre d'individus que MM. Sonnerat, Leschenault, Reynaud, Bélanger, et surtout M. Dussumier en ont rapporté au Jardin des plantes : ce même naturaliste s'en est procuré de beaux exemplaires de l'Ilede-France , et MM. Lesson et Garnot l'ont pris à l'île Bourou, dans les Moluques : les Malais l'appelaient Ikan-Dentobou. MM. Quoy et Gaimard l'ont trouvé à la Nouvelle - Guinée ; M. Rousseau , l'un des aides -naturalistes du Muséum, l'a péché sur la côte de Zanzibar et à Mascate ; enfin, M. Botta l'a rapporté de la mer Rouge. Moi-même j'en ai obtenu un individu en fort bon état du Musée royal de Leyde, qui l'avait reçu de Java par MM. Kuhl et Van Hasselt.
Nos plus grands individus ont deux pieds de long. Ils ne paraissent pas devenir beaucoup plus grands à l'Ile-de-France et à la côte de Coromandel, d'après les notes que M. Dussumier nous à communiquées. Mais je trouve, dans les manuscrits de M. Quoy, que le chirocentre atteint à la Nouvelle -Guinée jusqu'à douze pieds de long.
Il faut rapporter à Commerson la connaissance du chirocentre; il en a laissé parmi ses
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manuscrits un beau et grand dessin à la mine de plomb, dont M. de Lacépède a fait graver une réduction, et sur lequel il a établi son espèce de l'Ésoce chirocentre.
Commerson l'appelle le sabre ou sabran. Ces noms écrits de la main de cet auteur doivent nous faire supposer qu'il l'avait observé à l'Ilede-France : ce document étant resté inédit jusqu'à l'époque de la publication de M. de Lacépède, il en résulte que Forskal est le premier auteur qui ait publié une description exacte et détaillée de cette espèce, sous le nom de Clupea dorab , cette épithète, étant la dénomination arabe que les pêcheurs de Mohila lui donnent ; à Djedda, suivant le même auteur, les pêcheurs l'appelaient Lysan; nom qui doit être remarqué, parce que c'est celui de plusieurs scombéroïdes du. genre des Chorinèmes ou des Cybium, qui ont quelques ressemblances extérieures avec le Chirocentre. Gmelin introduisit le clupea dorab de Forskal , que M. de Lacépède n'hésita pas à reproduire parmi ses clupes, sans songer qu'il venait d'inscrire , sur quelques pages plus haut du même volume, le même poisson sous le nom d'Ésoce chirocentre. Nous en trouvons aussi une assez bonne représentation dans Russel1 :