‹ Histoire naturelle des poissons (volume 5)Chapitre 2 sur 149 · VJ AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

VJ AVERTISSEMENT

ce volume s'est fait un peu attendre, je réclame l'indulgence de mes lecteurs, et à cause de l'abondance des nouvelles observations, et de la difficulté de présenter convenablement mes critiques sur les travaux de mes prédécesseurs.

J'ose dire que j'enrichis dans ce volume la zoologie et l'anatomie des poissons de faits nombreux , dont plusieurs étaient tout-à-fait inattendus. Telle est cette monographie de ce genre nouveau , les Orestias , poissons des lacs du haut Pérou, due aux voyages de M. Pentland. Qui aurait pu croire, il y a vingt ans, que l'on arriverait à connaître des Cyprins apodes , lorsque la plupart des espèces de ces genres semblaient être le type des Malacoptérygiens abdominaux.

J'ai complété et rectifié sur beaucoup de points la monographie des Pœcilies, mon premier travail ichthyologique , celui auquel je rattacherai toujours mes plus précieux et mes plus chers souvenirs. C'est pour moi, la date de ma présentation à M. de Humboldt, le commencement de cette liaison généreuse dont m'a honoré ce noble et illustre savant , et la source d'une amitié toute paternelle dont j'ai recueilli tant de fruits. Ma plume lui en exprimera toujours trop faiblement ma vive et sincère reconnaissance.

AVERTISSEMENT. vij

J'ai le plaisir de présenter un travail nouveau sur les Anableps, de faire connaître plusieurs espèces nouvelles d'un genre qui n'en comptait avant moi qu'une seule, et d'exposer sur la structure de l'œil et des organes génitaux plusieurs particularités anatomiques que l'embryologie des poissons, si avancée aujourd'hui par les travaux de MM. Agassiz et Vogt, rendra plus intéressantes.

Apres avoir terminé la famille des Cyprins, je passe à la description de celle moins nombreuse, mais non moins curieuse, des espèces qui se groupent autour de notre brochet.

Je cherche à démontrer la liaison de cette famille avec celle traitée précédemment: et en décrivant ces espèces , dont la nature a changé les formes, de manière à les présenter avec les différences extérieures les plus grandes; je fais voir cependant qu'elle a uniquement varié , avec sa puissance infinie , l'emploi des mêmes élémens ostéologiques. Le Brochet commun est remarquable par l'aplatissement et l'élargissement de son museau. L'Orphie l'est par l'excessif alongement et le rétrécissement de cette même partie de la face. C'est en quelque sorte la répétition de ce qui existe dans l'ordre des Echassiers parmi les oiseaux, en créant le Savacou {Canci'onia) a. côté des Bécasses (Scolopax)

Vllj AVERTISSEMENT.

et des Courlis {Numenius). On pourrait encore prendre pour comparaison le groupe des crocodiles de l'ordre des Sauriens, où nous voyons à côté l'un de l'autre le Caiman à museau de brochet {Crocodilus Lucius) et le Gavial {^Crocodilus Gangeticus).

J'ai trouvé dans le Scombrésoce , sorte d'Orphie à bec légèrement recourbé vers le haut, comme celui de l'Avocette {Recun^irostiri) , un assemblage singulier de formes empruntées aux Lucioïdes et aux Scombéroïdes , et un nouvel exemple de ces variations , que nous offre la vessie natatoire: les deux espèces, si voisines l'une de l'autre, qu'il est très -difficile de les distinguer par des caractères extérieurs, diffèrent de la même manière que le maquereau de l'Océan et celui de la Méditerranée peuvent être caractérisés. Mais ici c'est l'inverse qui a lieu, le Scombrésoce de la Manche ayant une vessie natatoire , et celui de la Méditerranée en étant dépourvu.

Cette découverte anatomique m'a fait faire rechercher de nouvelles expériences sur cet organe, dont la fonction m'est tout-à-fait inconnue, et dont j'ai déjà présenté dans le cours de ce volume , ainsi que dans le précédent , quelquesuns des principaux résultats, afin de signaler plusieurs erreurs, que les anatomistes ne

Page 1