‹ Histoire naturelle des poissonsChapitre 108 sur 158 · C. Du genre Pygopristis · texte numérisé non relu

C. Du genre Pygopristis

M. Muller a séparé de ses Pygocentres, sous le nom de Pygopristis, des poissons qui leur ressemblent par tous les caractères généraux,

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dont le palais est lisse et sans dents, mais qui ont celles des mâchoires festonnées et fortement denticulées. La première espèce à rapporter à ce genre est le Serrasalme denticulé de M. Cuvier. M. Muller y ajoute une seconde espèce, décrite dans ses Horœ ichthyologicœ, sous le nom de P. fumarius , et il croit que c'est le poisson décrit et figuré par M. Schomburgk sous le nom de Serrasalmus punctatus. J'y ajouterai moi-même, sous le nom de P. serrulatus, une espèce de l'Amazone rapportée par M. de Castelnau.

Le PlGOPRlSTIS DENTICULÉ.

(Pigopristis denticulatus , nob.)

La première espèce de Pjgopristis est , comme l'a très-bien reconnu M. Muller, celle qui a été mentionnée plutôt que décrite par M. Cuvier, sous le nom de Serrasalme denticulé. Mon illustre maître en parle dans le mémoire inséré dans le 5.e volume de la collection des Mémoires du Muséum, d'après le squelette d'un très-petit individu, le seul exemplaire que l'on possédât alors dans les collections du Jardin des plantes; mais j'ai eu le bonheur de retrouver, parmi les poissons donnés au Muséum par M. Schomburgk,

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des exemplaires de cette espèce, qui vont me servir à faire la description suivante :

Cette espèce est remarquable par la forme orbiculaire de son corps. Le profil du dos monte par une courbe régulièrement arquée, depuis la nuque jusqu'au delà de l'adipeuse; celui du ventre est parfaitement symétrique au profil supérieur; il y a une très-légère dépression au-dessus des yeux, et le museau est un peu bombé. La mâchoire inférieure dépasse de très -peu la supérieure. La hauteur est un peu plus grande que la moitié de la longueur. L'œil est placé sur le haut de la joue, sans cependant toucher à la ligne du profil. Il n'y a guère que les deux tiers du diamètre entre le bout du museau et le bord antérieur de l'œil; aussi les narines sontelles tout à fait rapprochées du sourcilier. Les osselets sous-orbitaires, au nombre de quatre, ne couvrent que la moitié de la joue; ils sont striés; l'antérieur cache le maxillaire quand la bouche est fermée ; mais celui-ci, qui est mobile et qui s'articule à la manière de ces os chez les Salmonoïdes, se porte en avant quand la mâchoire inférieure s'abaisse et se dégage ainsi du sous-orbitaire. Les deux inlermaxillaires forment une espèce de demi-cercle, et les dents qu'il porte sont serrées les unes contre les autres, toutes égales, et au nombre de cinq sur chaque os. Quand la bouche est fermée, ces dix dents restent au-devant de l'arc de la mâchoire inférieure. Les dents d'en bas sont semblables à celles d'en haut; il y en a sept sur chaque branche. Chaque dent est triangulaire et comprimée, et a de chaque coté du

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lobe principal un petit talon à deux ou trois dentelures; ce qui rend tout le bord de la couronne à peu près régulièrement denticulé. Il n'y a pas de dents au palais. Le limbe du préopercule est un peu moins large que la portion nue qui est au-dessus de lui. Le bord inférieur descend obliquement, de manière que l'angle de l'os est tout à fait vers le bas de la joue, près de la fente de l'ouïe. Le bord montant est un peu arqué. L'opercule est haut et étroit ; il est ciselé comme les sous-orbitaires ; on voit quelques stries sur le limbe et sur l'interopercule ; mais le sous-opercule est lisse. Les ouïes sont largement fendues. Les quatre rayons de la membrane branchiostège sont cachés sous une peau lisse et épaisse. L'huméral , qui est haut et étroit , est strié ; mais le scapulaire et le surscapulaire sont lisses. L'insertion de la pectorale se fait un peu en avant de l'aplomb du bord de l'opercule. La carène du ventre descend au-dessous de celte pectorale; elle est fortement denticulée. La dorsale est basse et pas beaucoup plus longue que haute , l'anale est longue ; la caudale est très-peu échancrée, mais haute et étroite.

Les écailles sont très - petites ; il y en a au moins cent rangées sur les côtés. La ligne latérale descend assez brusquement de la tempe. Arrivée à l'aplomb de la pointe de la pectorale, elle se redresse pour se rendre ensuite directement à la queue.

La couleur est un plombé bleuâtre, à reflets argentés. Je ne vois pas de tache sur le corps ni sur

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les nageoires, qui me paraissent un peu plus foncées que le tronc.

Le plus grand de nos exemplaires est long de sept pouces. Il a été péché dans l'Esséquibo par M. Schomburgk.

Le Pygopriste denticulé dont M. Cuvier, comme nous l'avons dit plus haut, ne possédait qu'un squelette, a été décrit par MM. Muller et Troschel dans les Horœ ichtliyologicœ \ Ces zoologistes n'ont pas eu des individus aussi grands que les nôtres, car ils ne leur donnent que deux pouces.

Le Pygopristis serrulé.

(Pfgopristis serrulatus , nob.)

Je possède une seconde espèce, dont lesformes diffèrent sensiblement de la précédente.

La concavité du profil au-devant de la nuque est beaucoup plus sentie. La tubérosité au-devant des narines est plus forte et l'extrémité du profil est presque coupée droite et obliquement. La courbure du dos remonte beaucoup plus brusquement jusqu'à la dorsale, implantée sur une ligne qui descend plus obliquement en arrière. La mâchoire inférieure est plus saillante. Le profil du ventre a sa plus grande gibbosité au-dessous de la pectorale. La ligne de

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dentelures se rend ensuite presque horizontalement jusqu'au premier rayon de l'anale, et le bord de cette nageoire remonte en ligne droite jusqu'à la queue, d'où il résulte que la circonscription du corps est plutôt rhomboïdale qu'orbiculaire. La hauteur égale la moitié de la longueur totale. L'œil est plus grand et plus saillant. Le premier sous-orbitaire plus petit ; les autres sont plus fortement striés ; le nu de la joue est plus étroit. Le limbe du préopercule a le bord plus droit. L'interopercule est un peu plus large. Les dents sont en même nombre aux deux mâchoires ; mais celles d'en bas sont plus obliques. Les dentelures sont moins nombreuses et moins profondes. Les épines du ventre sont plus longues et plus libres ; ce qui rend la carène plus nettement dentée en scie. Je lui trouve la pectorale plus pointue ; l'épine de la dorsale est plus détachée et plus aiguë. La ligne latérale est moins infléchie ; enfin , la caudale me paraît un peu plus fourchue, et l'adipeuse est sensiblement plus petite.

La couleur paraît plus cuivrée que celle de l'espèce précédente, et il y a auprès de l'épaule quelques traces d'une large tache noire. Les nageoires sont plus rembrunies.

Notre exemplaire, long de six pouces, a été rapporté de l'Amazone par M. de Castelnau.

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Le Pygopriste enfumé.

( Pfgopristis fumarius } Mull er ) .

Je ne puis parler du P. fumarius que d'après M. Millier.

Cest un poisson à corps ovale, dont la hauteur est deux fois dans la longueur totale. La longueur de la tête égale la moitié de cette hauteur. Chaque intermaxillaire porte six dents, et il y en a le même nombre à la mâchoire inférieure. Ces dents ont cinq points. Les naturalistes de Berlin ont décrit avec détail les autres parties de ce poisson; ils donnent pour nombre des rayons :

On voit que ces nombres diffèrent très-peu de ceux du P. denliculatus. La couleur est, selon eux, terre d'ombre plus foncée sur le dos.

Ce poisson, long de six pouces, a été rapporté par M. Schomburgk.

D. Du genre Catoprion.

Le genre des Catoprions est également un de ceux qu'on doit au travail de MM. Mulier et Troschel. Ils représentent dans ce groupe les Anostomes à cause de la saillie de la mâchoire inférieure. Cependant je dois faire remarquer que les dents de la seule espèce de Catoprion connue, ne sont pas absolument

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semblables à celles des Serrasalmes et des genres voisins. Ils s'en rapprochent davantage par la dentelure de leur abdomen. Les Catoprions sont donc un de ces genres intermédiaires entre deux petites familles, et qui sont une des preuves multipliées que la nature n'a jamais formé les êtres en série continue. Les Catoprions sont des Salmonoïdes à ventre dentelé, portant sur les intermaxillaires deux rangées de dents coniques. La mâchoire inférieure a des dents tranchantes et triangulaires sur un seul rang.

Tels sont les caractères génériques de ce genre dont on ne connaît qu'une espèce. En décrivant les principaux traits caractéristiques , M. Muller a relevé l'erreur commise par M. Cuvier, qui lui attribuait des dents palatines. Je ne sais par quelle précipitation M. Cuvier a fait donner, dans les Annales du Muséum, une figure incorrecte de ce poisson, car je possède le dessin original fait de la main de M. Cuvier, d'après l'exemplaire du Muséum. On a de la peine à croire que les deux dessins aient été faits d'après le même individu.

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Le Catoprion mentonnier.

{Catoprion mento, Mull.)

J'ai encore sous les yeux l'individu qui a servi à M. Cuvier pour établir son Serrasalmus mento. Les collections du Muséum n'en ont pas reçu d'autres exemplaires, mais je vois cependant que d'autres observateurs ont été assez heureux pour retrouver cette espèce, puisqu'elle existe dans le cabinet de Berlin.

C'est un poisson de forme rhomboïdale, dont la hauteur fait moitié de la longueur. La ligne du profil est droite, depuis l'extrémité du menton jusqu'à la dorsale; elle se rend ensuite à la queue en faisant quelques ondulations. Le profil de la face est rectiligne, et la mâchoire inférieure dépasse la supérieure de toute la largeur de sa branche; c'est là ce qui fait cette saillie en menton, caractérisée par M. Cuvier lorsqu'il a donné à l'espèce l'épithète de menlonnier. La tête est comprise quatre fois et quelque chose dans la longueur totale. L'œil est éloigné du bout du menton d'une fois son diamètre, qui fait près du tiers de la longueur de la tête; il est tout à fait sur le haut de la joue et tout près du bord de la mâchoire supérieure, parce que le premier sousorbitaire est une grande plaque en losange placée au devant et au-dessous de l'œil, dont l'angle supérieur, assez aigu, remonte entre l'intermaxillaire et le cercle de l'orbite. Le second sous-orbitaire est

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très -grand, couvre presque toute la joue, parce qu'il s'élève jusqu'à l'articulation de l'opercule; aussi n'y a-t-il qu'un troisième sous-orbitaire assez petit; quant au quatrième, il est réduit à un granule osseux. Les deux premiers sous-orbitaires ne touchent pas tout à fait au bord du limbe, et cependant on peut dire qu'ils cuirassent presque entièrement la joue. L'opercule est très -étroit; le sous -opercule remonte jusqu'au-dessus de l'angle; l'interopercule est petit; lui seul est lisse, tous les autres os sous-orbitaires ou operculaires sont striés. Le limbe est ciselé et un peu caverneux. Le redressement de la mâchoire inférieure rend la fente de la bouche oblique. Tout le bord supérieur est formé par des intermaxillaires immobiles, épais, à bord arrondi, et sur lesquels sont implantées des dents placées assez irrégulièrement pour qu'on ne puisse pas dire qu'elles sont sur un ou sur deux rangs. J'en compte cinq dans nos exemplaires. La pointe de l'intermaxillaire est recouverte par le haut du premier sousorbitaire. A l'extrémité de l'incisif est articulé le maxillaire ; ce n'est qu'une petite languette osseuse , assez mince, entièrement cachée sur le sous-orbitaire, et retenue par les replis ligamenteux de la lèvre dans une immobilité presque complète. La mâchoire inférieure a une portion de son articulation sous le premier sous-orbitaire; il faut soulever celui-ci pour reconnaître la composition de la mâchoire supérieure. Les dents de la mâchoire inférieure sont au nombre de sept, irrégulières et assez semblables à celles des espèces voisines. Avec un tubercule conique, assez

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gros et principal, elles ont de chaque côté de leur base de petits talons pointus , que l'on ne voit bien qu'après avoir ôlé la lèvre, tant ils sont courts et cachés dans l'épaisseur de ce tégument. L'ossature de l'épaule est assez large et striée. La dorsale a ses quatre ou cinq premiers rayons prolongés en filaments, qui atteignent jusqu'à l'extrémité de la queue quand ils sont couchés. Le premier interépineux de la nageoire porte en avant une très -longue épine acérée, carénée en dessus et bifide en arrière. L'adipeuse est assez grande. L'anale est longue, et ses premiers rayons, plus allongés que les suivants, la rendent coupée en lame de faux. La caudale est fourchue.

Dans le dessin fait sur le poisson lorsqu'il était encore parfaitement conservé, je vois le troisième rayon de l'anale allongé en un fil qui n'atteindrait pas tout à fait jusqu'à l'extrémité de cette nageoire; je n'oserais donc dire que le rayon de l'exemplaire que j'ai sous les yeux mériterait l'épithète de radius longissimus, donnée par M. Muller à ceux qu'il a examinés dans le cabinet de Berlin. Les écailles de ce poisson sont très-petites; l'individu est entièrement décoloré. Il est long de cinq pouces et deux ou trois lignes.

M. Muller a donné une très-bonne figure des dents de ce poisson.

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