C. Des Argyropelecus
M. Cuvier, en publiant dans la deuxième édition du Règne animal les caractères des Sternoptyx, en cite deux espèces qui pour-
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ront, dit-il, former un jour le type de deux genres. Cet illustre zoologiste avait parfaitement raison; il aurait pu les établir, il aurait dû même le faire; car M. Cocco , que nous avons déjà cité pour ses recherches assidues sur les Scopèles, lui avait envoyé la description et la figure d'un petit poisson du canal de Messine, voisin du Sternoptyx d'Hermann, et qu'il avait nommé Argjropelecus. Comme le naturaliste de Palerme, trompé par les écrits de Risso, avait cru qu'il y avait des affinités entre les Scopèles et les Gasteropelecus, il avait aussi comparé son poisson, voisin des Sternoptyx , aux Serpes. Cette comparaison lui a suggéré l'idée du nom qu'il a composé, mais , ce qui est plus fâcheux , lui a fait trèsmal asseoir les caractères de ce genre nouveau. Nous possédons, dans les collections du Muséum, un assez grand nombre de ces petits poissons; M. Cuvier, un peu pressé, a renvoyé à notre grande Ichthyologie pour traiter avec détail ces diverses espèces. C'est ce que nous allons essayer de faire.
Les Argjropelecus ont le corps très-comprimé ; le tronc haut et en polygone irrégulier; il est terminé par une queue plus ou moins longue, étroite à son origine, et souvent très-mince près de la caudale. La bouche
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est presque verticale • l'arcade supérieure est formée en partie par les intermaxillaires et en partie par les maxillaires. Quand les premiers sont allongés, comme dans l'espèce de la Méditerranée, les seconds entrent pour peu de chose dans le bord supérieur de la bouche, et alors la bouche ressemble tout à fait à celle des Gonostomes. Mais quand les intermaxillaires sont courts, ainsi que cela a lieu chez plusieurs poissons de l'Atlantique, le maxillaire forme presque en entier l'arc supérieur de la bouche. Ce maxillaire est d'ailleurs composé de trois pièces : l'une porte les dents; la seconde, petite palette triangulaire à sommet très- aigu, est attachée au bas et derrière la première. Enfin, une troisième est une plaque oblongue, trois ou quatre fois plus haute que large , mince comme une pellicule, d'une parfaite transparence quand on lui a enlevé le pigment argenté dont elle brille. Elle adhère par son bord antérieur à l'arcade du maxillaire qui porte les dents; elle se meut avec lui, elle vient se placer en dessous du sousorbitaire qu'elle semble en quelque sorte continuer. Des dents en crochet, inégales, quelquefois assez longues et sur un seul rang, hérissent les deux mâchoires. Il y a sur chaque palatin une rangée de petits
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crochets semblables. La membrane branchiostège a neuf rayons. Une tache argentée existe sur la membrane qui les réunit auprès du corps de l'hyoïde. Une autre grosse tache argentée brille sur les écailles comprimées qui forment la carène tranchante de l'abdomen. Il y a des écailles argentées de chaque côté de l'anus , puis une série de taches à la base de l'anale et d'autres sous la queue. Les numéraux forment une ceinture remarquable sous la gorge; il en est de même des os du bassin qui se terminent en pointe plus ou moins longue, diversement dentelée, selon les espèces. Les interépineux ou même les apophyses des premières vertèbres se prolongent entre la nuque et la dorsale, et forment une crête osseuse très-mince, recouverte par un épidémie sensible au-devant de la dorsale. Ces poissons ont un intestin à double courbure, quatre appendices ccecales; le foie très-petit; les œufs assez gros : je n'oserais dire qu'ils soient libres dans la cavité abdominale, mais ils m'ont paru tels, à moins que l'extrême délicatesse de la membrane du sac ovarien ne m'ait empêché de faire une observation exacte.
Ces caractères génériques des Argyropelecus, petits poissons qui ont été portés à la con-
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naissance des naturalistes par M. le docteur Anastasio Cocco , sont dus aux observations de cet habile observateur. Depuis, M. Webb, M. Reynaud, MM. Dussumier et Quoy ont rapporté d'autres espèces de l'Atlantique. C'est à l'une d'elles qu'appartient le Sternoptyx d 01fers , que j'ai dessiné dans le cabinet de Berlin. Il est facile de voir que les caractères assignés à ce genre fixent ces poissons dans le voisinage des Scopèles à côté des Gonostomes. Ils en ont, en effet, la composition de la bouche et presque la dentition. Les taches argentées du corps montrent comme caractère secondaire la certitude de cette affinité, et je fortifierais encore au besoin ces raisons, en faisant observer que l'un de mes Argjropelecus a des épines sur la queue comme nous en trouvons dans les Scopèles. Quelques années après la publication faite par M. Cocco, dans le Journal des sciences et lettres de Palerme , ce zélé zoologiste, qui ne connaissait pas bien le Sternoptyx d'Hermann, crut devoir placer dans ce genre et à côté de celui d'Olfers, figuré par M. Cuvier, son Argyropelecus du canal de Messine, et c'est ainsi qu'il fit paraître la même espèce dans sa lettre au professeur Costa de Naples, sous le nom de Sternoptyx méditerranéen. Le prince Charles Bonaparte revint
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sur ces travaux dans sa Faune italienne. Je ferai remarquer qu'il semble avoir écrit sa petite monographie, le Règne animal à la main 5 car la caractéristique de ses deux genres n'est que la simple traduction des phrases du Règne animal. Il ne parle point des dents palatines ni de la composition si importante de l'arcade maxillaire. Il fait de plus une confusion que j'ai peine à concevoir; après avoir cité le Sternoptyx diaphana, il regarde que le St. Olfersi, qui sera du genre Argyropelecus , ne peut être séparé du St. Hermanni. Je ne vois, ni dans le texte, ni dans les explications des planches données dans le tome III , aucune parole de M. Cuvier qui puisse faire croire que l'auteur du Règne animal ait établi un St. Hermanni différent du St. diaphana.
En distinguant génériquement les Argyropelecus des Sternoptyx, on fixe les caractères de l'un et de l'autre groupe de ces poissons; on rend plus facile l'appréciation de l'affinité de ces différents genres, et l'étude que nous allons faire dans le chapitre suivant du Sternoptyx, viendra compléter la démonstration que tous ces genres appartiennent bien à la famille des Salmonoïdes.
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Z/Argyropelecus de la Méditerranée.
{Argjropelecus hemigjmnus , Cocco. )
On doit à M. Cocco la première description et la première figure de cette jolie petite espèce $ Argyropelecus , assez abondante sur certains points de la Méditerranée. Quoiqu'elle soit la plus petite du genre et la moins anciennement connue, je vais commencer la description de cette monographie par cette espèce , attendu qu'il me paraît plus facile de se la procurer que toute autre. Elle est d'une forme très -singulière. A cause de l'éclat brillant et argenté de son corps, on pourrait presque la comparer à une petite médaille hexagonale et irrégulière , terminée par une queue grêle et assez longue.
La hauteur verticale, mesurée à la nuque, est égale à la longueur du disque et à celle de la queue , en n'y comprenant pas la caudale ; celleci égale, à peu de chose près, le sixième de la longueur totale. Le corps est tellement comprimé que l'épaisseur n'est que le septième de la hauteur. La tête égale à peu près le quart de la longueur totale. L'œil est assez grand, tout à fait sur le haut de la joue, tellement, que le cercle de l'orbite échancre la ligne du profil. Les deux yeux sont gros et saillants; mais les frontaux qui les sépa-
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rent sont tellement étroits que les deux globes de l'œil semblent se toucher. Je vois, pour premier sous-orbilaire, une très -petite pièce osseuse, mince comme une membrane, placée au-devant de l'œil sous la narine, entre l'orbite et l'intermaxillaire. Un second sous-orbilaire longe le bord du maxillaire; c'est une lamelle d'une minceur pelliculaire, elliptique, que l'on prendrait facilement comme dépendante du maxillaire si on ne la dissèque avec soin. La bouche est assez largement fendue. La mâchoire supérieure est tout à fait verticale ; l'inférieure se redresse au-devant d'elle et la dépasse un peu. La symphyse a un petit tubercule saillant. L'arcade dentaire est formée, en haut, par de courts intermaxillaires, qui ont de courtes branches montantes. Ces intermaxillaires bordent en avant les maxillaires larges, aplatis, excessivement minces; ils descendent jusqu'à l'angle de la commissure, de telle façon qu'ils bordent la bouche. Les maxillaires qui sont beaucoup plus longs et qui descendent jusque sur l'angulaire de la mâchoire inférieure, continuent sur le devant l'arcade de la mâchoire supérieure. C'est donc une constitution qui rappelle celle des Gonostomes ou celle de plusieurs Clupées. Derrière le maxillaire il existe un petit maxillaire supplémentaire, qui est pointu vers le haut et élargi vers le bas. Cet os remonte jusqu'auprès du premier sous-orbitaire. Les branches de la mâchoire inférieure sont composées de pièces caverneuses, qui se séparent facilement les unes des autres. L'angulaire se termine par une épine triangulaire assez saillante, qui se détache sur
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la peau argentée qui recouvre l'angle de la ceinture numérale. Le préopercule est très-étroit; son angle se termine par une forte épine saillante, dirigée vers le bas. L'opercule est excessivement mince, triangulaire, étroit et pointu près de son articulation; il a dans le milieu une sorte de petite carène ; une trèspetite paillette argentée, échancrée vers le bas, nous montre le sous -opercule, et enfin l'interopercule, encore plus petit, se prolonge en une petite pointe excessivement mince sous le bord horizontal du préopercule. Pour retrouver les diverses pièces du sous-orbitaire ou de l'appareil operculaire, il faut avoir soin de choisir des individus bien complets; car toutes ces pièces sont si minces et se détachent si facilement qu'on ne les trouve pas toujours sur tous les exemplaires. Je vois des dents en crochets sur les intermaxillaires , sur le maxillaire ; celles de la mâchoire inférieure sont plus longues , surtout les latérales. Puis il y en a une ligne sur le bord de chaque palatin; elles sont crochues comme celles des mâchoires. Je n'en aperçois pas sur le vomer. Il n'y en a pas non plus sur la langue. Les ouïes sont très-largement fendues, et la membrane branchiostège est très-visible. Je lui compte neuf rayons, dont les trois derniers sont un peu écartés des autres. Près de l'insertion des six premiers on voit une tache argentée qui rappelle tout à fait celle que nous trouvons dans les Scopèles et les Gonostomes. Je ne trouve pas de branchie operculaire. Les peignes des branchies sont très -courts; mais les râtelures sont assez longues. La ceinture numérale se compose
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d'un scapulaire grêle, plié à angle droit sur la nuque, et dont la branche inférieure descend verticalement derrière l'opercule. Vient ensuite un humerai à surface ciselée, un peu arquée; il descend tout le long de la fente des branchies jusqu'au delà de l'articulation de la pectorale. Il donne, en arrière, une petite languette étroite, qui se porte sous les derniers rayons de la nageoire, de manière que la pectorale est articulée dans l'échancrure de cet os; mais, en même temps, l'os se continue en avant pour se dilater bientôt en une palette triangulaire, appuyée sur celle du côté opposé; il y a une seconde échancrure en avant de la pectorale ; c'est sous cet os que sont ceux de l'avant-bras. La pectorale est étroite et longue, car l'extrémité des rayons atteint presque jusqu'à l'anale, c'est-à-dire, qu'ils dépassent beaucoup le disque du corps. Les os pelviens sont gros et longs; ils remontent verticalement pour s'attacher vers le haut près de la colonne vertébrale; ils ont donc, à peu près, la hauteur du tronc, ou tout au moins, la même longueur que les côtes. Ces deux os se réunissent en chevron, dont l'angle est une petite plaque triangulaire, excessivement mince, abord tranchant et dentelé. La partie postérieure se prolonge en une pointe un peu plus forte, saillante derrière le disque du corps. C'est au - dessus de cette épine que sont insérées les ventrales , petites nageoires que l'on peut cependant retrouver avec un peu d'attention. On voit très-facilement, le long des flancs, les lignes saillantes marquées par les côtes. Il est facile d'en compter au moins sept. Elles viennent toutes
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se réunir le long d'une petite carène très-aiguë, formée par une suite de chevrons osseux , rappellant tout à fait ceux de la carène des Clujiées. Chacun porte un petit disque argenté, brillant du plus bel éclat poli, et que l'on peut, avec raison, comparer aux taches des Gonostomes ou des Scopèles. Ils ont été pris par Hermann pour les plis du sternum. Si l'appareil des nageoires paires vient de nous montrer plusieurs particularités remarquables, nous n'en trouvons pas de moins singulières dans ce qui avoisine la dorsale. Nous voyons, en effet, les sept premières apophyses épineuses se prolonger au delà des muscles, saillir au-dessus de la peau, et, soit qu'on les considère comme simples, soit qu'on veuille admettre que les interépineux ont été soudés et confondus avec les apophyses des vertèbres; ces pièces s'élargissent et se soudent entre elles, de manière à former au-devant de la dorsale une petite plaque triangulaire, osseuse, nue, plus haute en arrière qu'en avant, et sur laquelle il n'est pas difficile de compter sept petites carènes relevées , correspondant aux interépineux. La pointe postérieure me paraît un peu dentelée. C'est derrière cette plaque qu'existe une petite dorsale, insérée obliquement, et qui ne dépasse pas le tronçon de la queue en dessous, tout à fût à son origine est insérée l'anale, étendue à peu près jusqu'au milieu de la longueur de la queue. En avant de cette nageoire on trouve l'anus au fond d'un petit cloaque linéaire, dont les lèvres sont formées par six petites plaques argentées, trèsminces , lisses et qui font les premières taches des
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côtés de la queue; elles sont éloignées et distinctes des six autres taches également argentées qui correspondent aux derniers rayons de l'anale. On trouve ensuite auprès de la caudale et toujours sous la queue quatre autres petites plaques argentées. H y a donc sous cette portion du tronc trois groupes bien distincts de taches brillantes. Sur le dos de la queue et au delà de l'anale existe un très -léger vestige d'adipeuse. Enfin, nous ajouterons que la caudale est fourchue.
U Argyropelecus est couvert d'une peau nue, sans écailles, brillant d'un pigment argenté très-épais. Le dos paraît bleuâtre. Au-dessus de l'anale et à la base de la caudale on voit sur les poissons, conservés dans l'eau-de-vie, une tache noire qui existe, à ce qu'il paraît, aussi sur le poisson frais, autant que j'en puis juger par des dessins manuscrits envoyés à M. Cuvier par M. Risso. L'intérieur des branchies est noir.
Ce que j'ai pu voir des viscères de ce poisson m'a montré un foie très-petit, un estomac renflé comme un petit pois auprès du pylore. L'intestin fait deux replis. Il y a une vessie natatoire, et les œufs m'ont paru assez gros.
Le cabinet national en possède de nombreux exemplaires, dus aux recherches éclairées de M. Bibron. D'autres nous ont été donnés par M. Benoît. On conçoit qu'un poisson si commun ait excité l'attention
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de M. Cocco. Ce zélé naturaliste en a publié une première description sous le nom àArgyropelecus hemigymnus $ elle est insérée dans le premier fascicule des Actes de l'Académie de Sicile pour l'année 18291. Le même savant est revenu sur ce poisson dans sa lettre au professeur Costa , de Naples. Les observations de i838 sont insérées dans le Phare de Messine 2. M. Cocco se décide alors à le considérer comme faisant partie du genre Sternoptyx, et il l'appelle Sternoptyx méditerranéen. L'espèce me parait rester dans de petites dimensions, car tous les nombreux individus que je possède n'ont que dix-huit lignes de longueur. J'ai la certitude que ce poisson existe aussi sur la plage de Nice. M. Risso en avait envoyé à M. Cuvier une courte description, accompagnée d'un dessin reconnaissable; mais il n'en a été rien publié. Depuis, le prince Charles Bonaparte a donné, dans sa Faune italienne, une figure de ce même poisson. Il a conservé le nom générique que Cocco lui avait donné, et il a publié l'espèce sous le nom & Argyropelecus hemigymnus. J'en ai donné aussi une figure dans