CHAPITRE XL
Du genre Epicyrte (Epicyrtus).
On doit l'établissement du genre Épicyrte à M. Muller, qui a précisé dans sa diagnose les caractères d'un poisson déjà connu par Gronovius, et que Linné avait désigné sous le nom de Salmo gibbosus. L'auteur des Horœ ichthjologicœ a même traduit le nom linnéen pour en faire la dénomination nouvelle du genre qu'il composait avec raison. On conçoit que M.Cuvier, qui avait porté son attention sur la longueur de l'anale, afin de réunir les espèces qu'il rapportait à ses Piabuques,y ait associé le Salmo gibbosus. Mais, si nous appuyons nos caractères sur la dentition de nos différents Characins , nous ne tardons pas à reconnaître que les Epicyrtes en ont une assez remarquable : elle se compose de dents coniques sur les maxillaires et les intermaxillaires; quelquesunes sont redressées sur le corps de l'os, de manière à paraître implantées irrégulièrement et à sortir de la bouche, comme les dents de plusieurs Scares, de plusieurs autres Labroïdes qui nous ont fait rappeler, dans la description de ces poissons, une disposition comparable à celle des défenses de nos sangliers. Nous
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possédons un exemplaire du Salmo gibbosus dont les deux mâchoires sont complètement hérissées de ces dents coniques, redressées et dirigées en dehors. C'est là ce qui m'a décidé à réunir aux Épicyrtes de M. Muller le genre Exodon qu'il a établi dans cette même monographie. En faisant cette réunion, nous verrons les espèces varier entre elles, à peu près de la même manière que dans nos différents Piabuques. Ainsi, le corps est plus ou moins comprimé, le ventre plus ou moins tranchant, l'anale plus ou moins allongée. Les deux espèces ont d'ailleurs les intestins peu allongés, ne faisant qu'une seule circonvolution. Les appendices pyloriques sont au nombre de six ou de sept.
J'ai accepté le nom $ Epicyrtus , quoique je regrette que M. Muller n'ait pas conservé celui que Gronovius avait donné à ce genre de poisson dans son Muséum îchthjologicum. Il me paraît évident qu'il est la première pensée du genre Charax de cet illustre naturaliste; je n'aurais pas même hésité à conserver cette dénomination, de préférence à celle de Muller, si Gronovius n'avait lui-même altéré son genre Charax par les espèces qui y sont réunies dans le Zoophylacium.
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jL'Épicyrte BOSSU.
(Epicyrtus gibbosus , Muller.)
Le poisson décrit et figuré par Gronovius, et qui a servi de type au genre Epicyrtus, établi avec raison par M. Muller, est très-remarquable
par la hauteur de son corps au-dessus de la nuque et par sa compression. On voit, en effet, la ligne du profil s'élever rapidement de la nuque jusqu'à la dorsale; puis, au delà de cette nageoire, elle redescend d'abord subitement pour se rendre à la queue, en suivant une courbe un peu concave. La courbure du ventre est régulière depuis la gorge jusqu'à la caudale. La plus grande hauteur du tronc est un peu en avant de la dorsale, et est comprise deux fois et deux tiers dans la longueur totale. L'épaisseur du tronc n'est guère que le quart de cette hauteur. La tête est courte, aussi haute que longue à la nuque, dont le profil est très-concave à cause de l'élévation et de la convexité de la crête interpariétale. La longueur de tette partie du corps, portée sur le tronc entre l'ouïe et la caudale, en fait le tiers. L'œil est grand. Son plus grand diamètre, qui est un peu oblique , surpasse le tiers de la longueur de la tête. On voit au-devant de lui un premier sous-orbitaire très-étroit, couché derrière le maxillaire, sans le recouvrir. Le second sous-orbitaire couvre toute la joue en touchant au limbe du préo-
percule, mais sans le couvrir. Sa surface est rugueuse , son bord festonné , son angle inférieur arrondi. Les trois autres osselets sous-orbitaires sont petits et irrégulièrement striés. L'opercule est un grand arc, assez étroit, qui ne recouvre pas l'huméral. Le sousopercule est petit; lin teropercule, mince, est presque entièrement caché. Le limbe du préopercule est caverneux, et a deux arêtes très -distinctes, surtout vers le bas. Tous ces os sont plus ou moins rugueux. La mâchoire inférieure dépasse la supérieure , et vient se placer au-devant d'elle quand la bouche est fermée. Comme la symphyse est assez grosse, il en résulte que la fente de la bouche est transversale et étroite ; mais elle devient large quand la mâchoire inférieure est abaissée. Les maxillaires, assez longs, sont couchés de chaque côté de la tête, au-devant de l'œil ; ils sont entièrement nus , et ils n'ont que quelques petites dents auprès de la commissure quand la bouche est fermée. Les trois ou quatre dernières sont plus fortes que celles voisines de l'intermaxillaire , et elles sont mêmes dirigées en dehors et implantés sur la surface externe de l'os. Les intermaxillaires sont petits, courts, hérissés de dents coniques, de, grosseur inégale; les unes sut- le bord de l'os et dirigées comme à l'ordinaire; les autres sur la surface externe, et dirigées dans divers sens. Je vois la même singulière dentition à la mâchoire inférieure. La ceinture humérale est assez large; le bas de l'humérus a une forte échancrure, qui reçoit la pectorale. L'extrémité inférieure de l'os se prolonge en avant en une petite pointe assez aiguë.
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qui termine la carène, en bordant les écailles du dessous de la poitrine. La pectorale est longue, étroite et arquée. La pointe atteint presque jusqu'aux extrémités des ventrales, dont l'insertion répond à peu près au milieu de la longueur de la première de ces deux nageoires. Le premier rayon de la dorsale est sur le milieu de la longueur du tronc. Celle-ci est une fois et demie plus haute que longue ; l'anale est étendue sous toute la queue, et est égale à la moitié de la longueur du corps, la caudale non comprise. Cette nageoire est très-basse, et a son bord arrondi. La caudale est courte, bilobée plutôt que fourchue. Le lobe inférieur est beaucoup plus large que le supérieur.
Les écailles sont très-finement striées, très-petites; celles du dos le sont plus que celles du ventre. J'en compte cent dix le long de la ligne latérale. La couleur est un gris verdâtre sur le dos, devenant d'un argenté très - brillant sur les flancs et sur le ventre. Il y a derrière l'épaule et au-dessus de la ligne latérale une tache noire. Une seconde, plus pâle , est à la base de la caudale. Toutes les nageoires sont grises , devenant noirâtres près de l'extrémité des rayons.
Un exemplaire desséché, long de huit pouces, a été rapporté des eaux douces de l'intérieur du Brésil par MM. de Castelnau et De ville ; d'autres, beaucoup plus petits, et n'ayant que trois pouces, ont été envoyés à
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Leyde par M. Diepering : ils viennent de Surinam. M. Temminck a bien voulu en céder au Muséum d'histoire naturelle.
C'est bien là le poisson qui a été décrit et figuré par Gronovius, dans son Muséum ichthyologicum l9 et qui était le premier Charax de cet auteur. Linné la introduit, en s'appuyant sur ce renseignement dans la dixième édition du Systema naturœ, sous le nom de Salmo gibbosus, qui a été adopté par tous ses successeurs. On ne compte cependant, dans le Systema naturœ, que cinquante rayons à l'anale, lorsque nous en avons trouvé jusqu'à soixante. M. de Lacépède a inscrit cette espèce parmi ses Characins, et elle est enfin devenue X Epicyrtus gibbosus de MM. Muller et Troschel.
Z/Épicyrte exodonte.
{Epicyrtus exodon, nob.)
La seconde espèce à'Epicyrtus est à la précédente , ce que notre Piabuca schizodon est au P. argent ea.
C'est, en effet, un poisson à anale aussi courte que celle de Y Epicyrtus gibbosus , et allongée. La forme générale du corps est un ovale assez régulier. La cour-