PI. 12, fig
CHAP. XIII. SALMINS. G3
sont plus égales entre elles. Les branches de la mâchoire inférieure sont beaucoup plus larges , plus arrondies , leur forme donne une tout autre physionomie à cet individu. Les dents sont toutes égales entre elles. Le maxillaire est proportionnellement plus long et beaucoup plus épais , aussi y a-t-il plus d'un diamètre de l'orbite entre le bord antérieur de l'œil et la pointe des dents. Le premier sousorbitaire a sa partie supérieure plus large et plus rugueuse; la portion inférieure, proportionnellement plus longue, est bien profondément ciselée. L'échancrure du bord postérieur offre plus de sinuosités. Le bord postérieur du second sous-orbitaire a en arrière un angle très-marqué. Les stries de la surface sont beaucoup plus profondes, et il en est de même de celles du troisième et du quatrième. Ce troisième sous-orbitaire est plus large; l'opercule est plus étroit ; le sous-opercule est plus large , surtout vers le bas. L'interopercule est profondément ciselé. Je trouve les écailles proportionnellement plus petites, puisque nous en comptons cent cinq entre l'ouïe et la caudale. L'anale me paraît moins haute de l'avant et plus basse de l'arrière. La caudale est trilobée. Quant aux couleurs, elles diffèrent très-peu de celles de l'espèce précédente. Ce sont des rangées de points le long des flancs, au nombre de vingt- deux à vingt-quatre au-dessous de la dorsale.
L'individu que je décris est long de deux pieds huit pouces : il a été rapporté de l'Amazone par MM. Deville et de Castelnau. J'ai
()4 LIVRE XXII. SALMONOÏDES.
exposé avec détail les différences qui me paraissent exister entre le poisson décrit dans cet article et le Sctlminus Cuvieri. Je me suis demandé si elles ne dépendaient pas de l'âge, de la grandeur à laquelle était parvenu notre poisson; je ne le pense pas, parce qu'en admettant que les stries ou les rugosités des différents os fussent en effet augmentées ou plus développées par la croissance de l'individu, on ne voit pas de raisons pour admettre que les dents ne suivraient pas un développement semblable et que les canines ne seraient pas plus fortes dans l'adulte que dans le jeune âge. Cela n'arrive pas ordinairement; c'est d'ailleurs un point que les naturalistes, appelés à faire de nouvelles recherches sur les poissons de l'Amazone, décideront, mieux que moi, sur les lieux.
Le Salmin de Saint-Hilaire.
(Salmiîius Hilarii, nob.)
M. Auguste de Saint-Hilaire a rapporté de la même rivière une espèce voisine de la précédente , mais qui s'en distingue par plusieurs traits spécifiques faciles à saisir. Il faut d'abord remarquer que
toutes les pièces sous-orbitaires sont plus lisses ; que
CHAP. XIII. SALMINS. G5
le premier sous-orbitaire a sa portion descendante beaucoup plus courte que celle de l'espèce précédente, car elle n'atteint pas à l'orbite. Son bord est presque droit. Les dents me paraissent plus petites. Les écailles sont plus grandes : je n'en compte que soixante-huit rangées le long des flancs. La caudale est beaucoup plus profondément fourchue.
L'anale est plus courte ; elle a quatre rayons de moins. Les couleurs me paraissent très- peu différer de celles de l'espèce précédente. J'y vois la grande tache noire de la caudale.
Outre les exemplaires du Rio San -Francisco, le Muséum en a reçu deux autres par les soins de MM. Deville et de Castelnau. Ceux-là viennent des rivières de l'intérieur du Brésil.
Le plus grand de nos exemplaires a dix pouces et demi.
Le Salmin de d'Orbigny.
(Salminus Orbignjanus s nob.)
Une troisième espèce est celle que j'ai figurée dans l'Atlas ichthyologique de M. d'Orbigny, en la confondant dans un premier essai avec XHjdrocjon brevidens de M. Cuvier.
Je croyais que les différences étaient indivi- 22. 5
G6 LIVRE XXII. SALMONOÏDES.
duelles et quelles dépendaient de l'âge du poisson ; mais les observations nouvelles que je viens de faire sur ces diverses espèces me les font maintenant mieux distinguer.
Celle-ci a les ciselures du sous-orbitaire trèsprofondes. La portion inférieure est plus que double de la partie remontant au-devant de l'œil, lequel est beaucoup plus large. Les dents antérieures de la mâchoire inférieure sont toutes égales, et celles de l'angle sont proportionnellement beaucoup plus grosses. On juge aisément de l'égalité des dents inférieures, quand elles sont enlevées, par l'absence de fossette aux intermaxillaires supérieurs, et parla continuité de toutes les dents de l'arc intérieur des intermaxillaires; elles sont au nombre de vingt. Il existe encore d'autres différences appréciables dans les rugosités profondes creusées sur le limbe du préopercule , dans les veinules de l'opercule , du sous-opercule et de l'interopercule. La portion horizontale des branches de la mâchoire inférieure est également profondément sillonnée. La caudale est comme trilobée ; l'anale est basse et assez longue.
Les écailles sont petites; il y en a cent dix rangées le long de chaque flanc. Quant à la couleur, elle est très -brillante. M. d'Orbigny nous l'a fait connaître par un très-beau dessin fait sur le poisson sortant de l'eau. C'est un vert olivâtre sur le dos, passant au jaune sur le flanc et se fondant dans un
CHAP. XIII. SALMINS. 67
orangé brillant sur tout le ventre. Quinze ou seize rangées de points noirs occupent tout le dos et les côtés; mais le ventre n'a aucune tache. Le dessus de la tête est olive comme le dos. Les opercules sont orangés comme le ventre. Il en est de même des pectorales et des ventrales. La caudale a ses lobes orangés , avec les pointes jaunes. L'anale est de la même couleur. La grande tache noire de la caudale se fait remarquer à sa place ordinaire. Les deux dorsales sont olive, plus ou moins foncé.
M. d'Orbigny a rapporté au Muséum un superbe exemplaire , long de deux pieds et demi ; mais il dit qu'il en a vu de beaucoup plus grands , qui avaient au moins trois pieds. Ce poisson habite , depuis les Missions jusqu'à Buenos - Ayres , dans tous les affluents du Parana ou de l'Uruguay. Cette espèce est extrêmement répandue, et M. d'Orbigny dit qu'on peut la considérer comme le Brochet des rivières de ce pays; car elle est très-carnassière et elle détruit une quantité considérable de poissons. Les Espagnols lui donnent, à cause de sa belle couleur dorée, le nom de Doradoy qui serait la traduction de son nom guarani : on l'appelle , dans ce dialecte , Pira-ju (poisson jaune).
M. d'Orbigny ajoute, dans ses notes, que ce Dorado poursuit les poissons qui voyagent en troupes; ce qui le fait entrer dans toutes
()8 LIVRE XXII. SALMONOÏDES.
les rivières, quels que soient leurs fonds ou leur rapidité. Il en a rencontré une fois une troupe si nombreuse dans un rapide, que les individus tellement pressés pouvaient à peine nager et qu'une partie de leur corps était hors de l'eau. Les habitants de la province de Corrientes prétendent le reconnaître par l'odeur, même à une assez grande distance. Les pêcheurs lui disaient souvent : Allons à la pêche; nous sentons qu'il passe des Dorados. Il a même eu soin de rapporter une légende de ce pays, dans laquelle les Indiens Payaguas racontent que les Espagnols sont sortis des Dorados , parce qu'ils sont plus blancs qu'eux 5 et que les naturels tirent leur origine du Pacu (Prochilodus tceniatus), d'où il suit que les Indiens valent beaucoup mieux que les Espagnols, parce que le Pacu est un bien meilleur poisson que le Dorado. Cependant, M. d'Orbigny ajoute que ce Sahninus est un excellent poisson très-estimé dans le pays. On le prend à l'hameçon, en l'amorçant avec de la viande. Les Guaranis croient qu'on peut se préserver des attaques du Pulex penetrans , en se frottant les jambes avec la graisse de Dorado.
CHAP. XIV. PACUS. 00