‹ Histoire naturelle des poissons, ou, Ichthyologie générale (volume 2)Chapitre 49 sur 216 · AGASSIZ · texte numérisé non relu

AGASSIZ

la peau est indispensable pour la distinction des animaux qu'il s'agit de déterminer. Il faut, d’ailleurs, joindre à cette étude celle des dents et des rayons des nageoires ou ichthyodorulithes, à laquelle M. Agassiz à consacré deux longs chapitres de son ouvrage (t. IT, 1" et 2° parties, p.1-388).

Chez les Cycloïdes et les Cténoïdes, les dissemblances de l'écaillure ne constituent pas une ligne de séparation assez nette pour qu'ils puissent être, à bon droit et par ce seul motif, considérés comme appartenant à deux ordres disüncts, c’est-à-dire à deux groupes dont le rang sérial est trèsélevé.

I est vrai que si M. Agassiz prend pour point de départ de sa classification, la structure des écailles, caractère, dit-il, de peu d'importance au premier abord, c'est qu'il le considère « comme le reflet extérieur de toute l’organisation » à cause « des rapports intimes qui existent entre leur structure et celle de certaines parties de la charpente osseuse; » « etle squelette, ajoute-t-il, est l'expression arrêtée des phénomènes de la vie qui se sont manifestes dans la formation des espèces, lorsque leur germe tendant à se développer a pris, pour la première fois, les caractères organiques qui correspondent à leur essence..et qui se sont reproduits les mêmes aussi longtemps qu'elles ont existé à chaque époque biologique » (Rech. sur les poiss. foss., t. IV, p. X). Puis, plus loin, comme pour démontrer ces rapports entre le squelette dermique et le squelette proprement dit, 1l s'appuie sur des faits qui, énoncés d’une manière générale, lui fournissent, en faveur de sa thèse, des arguments plus spécieux que solides. Comparant les écailles aux pièces operculaires, 1l fait observer (1d., p. XIV) « que dans les poissons à écailles lisses, ces pièces ont habituellement le bord entier, sans dentelures ni épines, comme chez tous les Cycloïdes malacoptérygiens, tandis que, chez la plupart des Cténoïdes, elles sont dentelées ou épineuses au bord libre comme leurs écailles. » Après avoir rappelé que chez un très-grand nombre de Cténoïdes, différents os de la tête et ceux de l'épaule sont également dentelés , il poursuit cette comparaison, en la fai- Sant porter sur la structure des nageoires, et 1l cite à l'appui de la corrélation qu'il cherche à prouver, la prédominance des iypes acanthoptérygiens dans l’ordre des Cténoïdes, avec cette particularité « que leurs rayons épineux, ordinairement plus gros et plus détachés que ceux des Gycloïdes acanthoptérygiens, sont fréquemment dentelés ou épineux à leurs bords »

Poissons. Tome I. 18

(Id., p. XN). I n'introduit donc dans son ordre des Ciénoïdes que des Acanthoptérygiens à écailles pectinées. Ge sont, à vrai dire, il le fait lui-même observer (t. II, p. 10), presque uniquement ceux d'Artedi, à l'exclusion cependant de la grande famille des Scombéroïdes. Il transporte, par conséquent, dans l'ordre des Cycloïdes, les Acanthoptérygiens qui n’ont point de ces dentelures (1d., t. IV, p. XIII).

Dans ses efforts pour arriver à assigner à chaque famille son rang véritable et établir qu'il est toujours indiqué par la structure même des écailles, laquelle serait, suivant lui, un indice certain des rapports mutuels des espèces, M. Agassiz s'est peut-être laissé un peu trop préoccuper de cette structure et a, par là même, exagéré l'importance des caractères différentiels qu’elle fournit.

Enfin, tout en insistant sur leur corrélation avec ceux que présente le squelette, a-t-il su complétement éviter le reproche fait aux classificateurs systématiques de ne prendre, pour point de départ de leur arrangement, l'étude comparative que d'un seul système d'organes? Je n'oserais l’affirmer.

L'impossibilité, selon la remarque de J. Müller, d’attacher aux différences offertes par les écailles, la même valeur caractéristique que celle qui leur est attribuée par M. Agassiz; les modifications nombreuses et nécessaires apportées à l'ordre des Ganoïdes tel que ce zoologiste l'avait délimité; l'importance, en réalité secondaire, de la structure de la peau des poissons cartilagineux ou Placoïdes, dont l'organisation offre tant de particularités distinctives; l'utilité contestable, au point de vue du perfectionnement de la méthode, de divisions aussi larges que le sont celles des Cycloïdes et des Cténoïdes où ont été groupés près des neuf-dixièmes de la classe des poissons : voilà quelques-uns des motifs qui ont empêché les zoologistes d'adopter la classification dont je viens d'exposer le plan général. Et cependant quelle mine riche d'enseignements de toute nature trouve à explorer celui qui étudie l’ouvrage où le savant naturaliste a présenté, à l’occasion des espèces fossiles, une véritable histoire naturelle des poissons! que de vues ingénieuses et Justes; quelle accumulation des matériaux les plus précieux rassemblés et coordonnés pendant vingt années de travail!

Je me borne à une simple énumération des familles (1).

(1) Onnrë I. — Ganoïnes, Agass. (Goniolepidoti, Agass., ywvia, angulus,

AGASSIZ, 1833 et 1857, oREN, 1836. 975

Quant aux divisions génériques, elles sont trop multüpliées pour que je les reproduise ici.

En 1857 (Essay on classificat. in : Contribut. to the nat. hist. Un. States Amer., t. [, p. 187), M. Agassiz a donné une disiribution méthodique générale du règne animal, où il considère l’embranchement des vertébrés comme comprenant 8 classes, et où la division des poissons a été modifiée en quelques points : [. Myxontiens, 2 ordres : Myxinoïdes et Cyclostomes. — Il. Poissons proprement dits, 2 ordres : Cténoïdes et Cycloïdes. — IIT. Ganoïdes, 3 ordres : Cœlacanthes, Acipensérides, Sauroïdes et peut-être Siluroïdes, Plectognathes et Lophobranches. — IV. Sélaciens, 3 ordres : Chimères, Galéodes et Batides. — V. Amphibiens. — NI. Reptiles. — NII. Oiseaux. — VIII. Mammifères.

Oken, après avoir imaginé successivement, de 1811 à 1899, quatre différents modes de classification des poissons (1), en

Aemduwric, squamulus) — Fam. 1. Lepidoïdes, Agass. (\enidoeudnc, squameus), ou Lepidostei. De cette grande famille ont été séparées par M. Agassiz les trois familles 2-# : Fam. 2. Céphaluspides, Agass. (xepaln, caput, àonic, clypeus). — Fam. 3. Acanthodiens, Agass. (äxavBwônc, aculeatus). — Fam. 4. Diptériens, Agass.-—Fam. 5. Sauroïdes, Agass. (cadpoc, lacerta, eidoc, species). — Fam. 6. Cœlacanthes, Agass. (xotloc, cavus, &xavôa, aculeus). — Fam. 7. Pycnodontes, Agass. (muxvôc, creber , ôüobc, dens). —— Fam. 8. Siuroëdes, Cuv. — Fam. 9. Acipenseroïdes, Bon. — Fam. 10. Lépidosiréniens, Id. — Fam. 11. Tetragonurides, Riss.—Fam. 12. Macrourides, Bon.—Fam. 13. Sclérodermes, Cuv.— Fam. 14. Gymnodontes, Id.—Fam. 15. Lophobranches, Id.

ORDRE IT. — PLacoïnes, Agass. — Fam. 1. Ceséraciontes, Agass. — Fam. 2. Hybodontes, Agass. (ÜBoc, gibbus, 6odc).—Fam. 3. Squalides, Riss. —Fam.4. Rajides.— Fam. 5: Chimérides, Id.— Fam. 6. Cyclosiomes, C. Dum.

ORDRE. III. — CréÉNoïnes, Agass.(Ctenolepidoti, Agass). — Fam. 1. Percoïdes, Cuv. — Fam. 2. Sparoëïdes, Cuv.— Fam. 3. Sciénoïdes. — Fam. 4. Coïtoides, Agass. (joues cuirassées, Cuv.). — Fam. 5. Gobioïdes, Agass. —

Fam. 6. Teuthyes, Cuv. — Fam. 7. Aulostomes, Cuv. — Fam. 8. Chétodontes, Cuv. — Fam. 9. Pleuronectes, Cuv. — Fam. 10. Branchies labyrinthiformes, Cuv. (Hydrotamies, CG. Dum., Vôwp, aqua, tayetov, réservoir). —Cette dernière famille ne comprend aucune espèce fossile.

ORDRE IV. — CycLoïpes, Agass. (Cyclolepidoti, Agass.) — 10 Cycloïdes acanthoplérygiens (2 dorsales, dont une épineuse et l’autre molle) : Fam. 1. Scombéroïdes, Cuv.— Fam. 2. Xiphioïides, Agass. — Fam. 3. Sphyrénoïdes, Bon.—Fam:4. Labroïdes, Cuv.—Fam. 5. Blennivides, Agass.—Fam. 6. Lophioides, Cuv. — 2° Cycloïdes malacoptérygiens (dorsale unique, molle) : Fam. 7. Cyprinoïdes, Agass. — Fam. $. Cyprinodontes, Agass — Fam. 9. Esocides , Cuv. — Fam. 10. Halécoies, Agass. (Clupes et Salmones). — Fam. 11. Anguilliformes, Agass.

(1) Cuvier (Hist. nat. Poiss., t. I, p. 228-236) a résumé les idées bizarres de l’auteur de la Philosophie de la nature.

proposa un cinquième en 1836 (1). Les caractères sur lesquels les divisions ont été fondées ont si peu de précision et sont même si artificiels, qu'il suffit d'en donner un énoncé trèssommaire pour montrer que, dans ce nouveau système, les affinités naturelles ne sont pas respectées plus qu’elles ne l’avaient été dans ses essais antérieurs (2).

Les vues de Mac-Leay sur l’enchaînement mutuel des differentes divisions du règne animal émises dès 1819-21 (Horæ entomologicæ), ont été appliquées par lui à la classification des poissons, en 4842 seulement, et j'en donne plus loin un exposé sommaire. Avant cette dernière époque cependant, en 1838,

(1) Allgemeine Naturgeschichte für alle Stände, t. VI (le 3 du Règne animal), p. 25-30.

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