‹ Histoire naturelle des poissons, ou, Ichthyologie générale (volume 2)Chapitre 55 sur 216 · CH. BONAPARTE · texte numérisé non relu

CH. BONAPARTE

L'absence des ventrales justifie, dit-il, et sans ajouter aucune autre explication, l'établissement du 5° Ordre. Il est singulier de voir figurer dans ce groupe, auprès des Lophobranches et des Plectognathes, l'Anarrhique, auquel auraient pu être ajoutés tous les autres poissons apodes des différentes familles, et l’on s'étonne que les vrais Apodes ou Anguilliformes en soient éloignés. Le Centrisque et le Solénostome, d’ailleurs, ne manquent pas de ventrales. On ne saurait méconnaître, en outre, l'impropriété de ce terme de Monoptérygiens qui ferait supposer que les poissons dont il s’agit ont une seule nageoire, comme ceux dont Bloch, dans son étrange Système posthume, édité par Schneider, a constitué son onzième ordre.

M. Mayer a rassemblé dans le 6° Ordre les poissons à pectorales et à ventrales inégalement développées. Ce sont, d’une part, les Jugulaires, les Pleuronectes et quelques-uns des poissons en ruban ou Tænioïdes. Dans une semblable classification, c’est là que les poissons volants auraient pu prendre place, puisque leurs nageoires paires ont aussi des dimensions très-inégales.

Le 7° Ordre réunit les espèces à ventrales situées au-dessous des pectorales : c’est la plus grande partie des Thoraciques de Linné, dont quelques groupes sont dispersés dans d’autres ordres.

Les poissons compris dans le 8° Ordre se distinguent des précédents, en ce que les ventrales et les pectorales sont placées les unes derrière les autres. Tels sont, pour M. Mayer, la plupart des abdominaux de Linné, dont il retranche les Silures et les Exocets, puis les Esoces qui ne sont mentionnés nulle part dans ce système.

Quand les poissons n’offrent que des vestiges ou des rudiments de nageoires, ils forment le 9° Ordre. Tels sont les Apodes de Linné, plus les Lépidosiréniens. Ces poissons, que l’auteur nomme aussi Peropterygit (aux nageoires mutilées), le conduisent aux Cyclostomes et à l’Amphioxus, qu’il groupe dans son 10° Ordre, et chez lesquels l’extrémité caudale seule sert pour faciliter la natation.

Je ne m'arrêterai pas davantage à l'examen de cet arrangement systématique. Aux quatre grandes divisions fondées par Linné sur l’absence des ventrales ou sur leur situation relativement aux pectorales, M. Mayer, qui les a plus ou moins modifiées, n’a ajouté que des groupes artificiels : je citerai particulièrement les 8° et 5° Ordres.

On est surpris que le savant professeur de Bonn ait attaché une si grande valeur à des caractères extérieurs d’une importance souvent secondaire et dont l'emploi exclusif comme guide pour la formation de tous les groupes rompt trop souvent les affinités naturelles.

Le prince Ch. Bonaparte s’étant constamment efforcé d’améliorer, au fur et à mesure des progrès de la science, les classifications proposées par lui, il résulte de ses révisions souvent répétées la nécessité de recourir toujours à ses publications les plus récentes. Or, la dernière expression de sa pensée

se trouve dans un tableau qu'il a rédigé à Leyde en 1850 sous ce titre : Conspectus systematis ichthyologiæ. Editio reformata (1).

Comme toutes ses classifications, cette dernière a le défaut de présenter une série considérable de groupes d'importance variable, sans fournir par l'énoncé des caractères distinctifs les preuves de la justesse des divisions et de leur nécessité. Tout en reconnaissant les inconvénients attachés à l'emploi de ce procédé d'exécution, en raison de son

(1) Voici l'indication des publications antérieures du prince, d’après l’ordre des dates : 1° 1839, Systemna ichthyologicum, à la suite d’un tableau des Sélaciens, Selachorum tabuia analytica (Mém. de la Soc. des Sc. nat. de Neufchâtel, t. II}. À cette époque, il partageait la Classe seulement en 4 Sous-classes : I. ELASMOBRANCHII, Sectio I, Plagiostomi : Ordo 1, Selacha (2 familles, 20 sous-familles) ; Ordo 2, Acanthorhini (1 fam., 1 s.-fam.). — II. Lopnograncair, Sectio II, Syngnathi : Ordo 3, Osteodermi (1 fam., 2 s.fam.). — III. Pomarograncmir, Sectio II, Plectognathi : Ordo #, Sclerodermi (1 fam., 2 s.-fam.) ; Ordo 5, Gymnodontes (2 fam., 3 s.-fam.); Sectio IV, Micrognathi, Ordo 6, Sturiones (2 fam., 2 s.-fam.) ; Sectio V, Telsostomi, Ordo 7, Ganoidei (5 fam., 8 s.-fam.) ; Ordo 8, Cfenoidei (12 fam.,27s.-fam.); Ordo 9, Cycloidei (25 fam., 50 s.-fam.) — IV. MarsipograncHn, Sectio VE, Cyclostomi, Ordo 10, Helminthoidei (1 fam., 2 s.-fam.) : en tout, 52 familles et 117 sous-familles.

20 Un peu plus tard, vers 1842, ce sont les mêmes grandes divisions que le prince a conservées dans un écrit sans date : Prodromus systematis ichthyologiæ, mais avec 53 familles et 125 sous-familles.

3° En 1842, dans le grand tableau qui accompagne le volume consacré à l’histoire des poissons (/conografia della Fauna italica), aucun changement, en quelque sorte, n’est survenu, si ce n’est que le nombre des sous-familles est porté à 128.

4 Des différences se remarquent déjà dans Specchio generale dei sistemi erpetologico, anfibiologico ed itriologico lu au congrès scientifique de Milan, en 1844, et imprimé dans cette ville en 1845, in-40. Le nombre des sousclasses et des sections y reste le même; mais, par l’addition de plusieurs ordres nouveaux, ceux-ci atteignent le nombre de 15, et lies familles, plus divisées, et auprès desquelles une famille fossile vient prendre place, sont plus nombreuses : il y en à 69 comprenant 148 sous-familles.

50 Des modifications plus notables ont été apportées dans un Specchio generale del sistema ittiologico, imprimé en tête d’un Catalogo metodico dei pesci europei publié à Naples en 1846, in-40. Elles sont dues à l’introduction, dans cette classification générale, d'un plus grand nombre de poissons fossiles et de divisions principales et secondaires parmi ceux de la faune actuelle; de sorte qu’il y a, dans ce nouvel arrangement, 6 sousclasses, 9 sections, 20 ordres, 80 familles et 164 sous-familles. En comparant ces chiffres à ceux du Syst. ichth. de 1839, on voit combien le cadre s’est élargi; mais je n'entre pas ici dans les détails de cette classification, puisqu'elle n’est, en quelque sorte, que transitoire entre les premiers essais du prince et ceux que résume son Conspectus de 1850, présenté sous forme de tableau.

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