HISTORIQUE
La découverte des Polypes est due à Leeuwenhoek '. C'est en 1703 que le célèbre observateur hollandais publia, dans les Transactions philosophiques , ses observations sur ces animaux, en accompagnant sa description de bonnes figures. Leeuwenhoek avait trouvé ces êtres singuliers sur des feuilles de Lemna , au milieu des vorticelles et des infusoires. Linné leur imposa depuis le nom ftHydra, à cause de leurs rapports avec l'animal fabuleux de ce nom.
Dans le cours de la même année, un anonyme inséra, dans le
1 Transact. philos., n°= 283, art. 4. 1703.
même recueil scientifique ' , une note sur les animalcules de Leeuwenhoek. Cette note est accompagnée de quatre figures, mais l'auteur ne fait connaître rien de nouveau.
Le corail, ainsi que les différents Polypes marins, étaient encore considérés à cette époque comme appartenant au règne végétal, et on était tellement convaincu de la nature végétative de ces êtres, que les premiers observateurs qui en aperçurent l'animal , le prirent pour la fleur du polypier.
D'après M. Flourens 2, Marsigli vit, le premier, en 1706 3, l'animal du corail qu'il prit pour une fleur. Il annonça sa découverte dans une lettre datée du 18 octobre 1706, et adressée à l'abbé Bignon. L'importance de cette découverte ne fut point méconnue, car on lit dans l'Histoire de l'académie des sciences, que M. le comte Marsigli fit, en 1707, une découverte qui sera à jamais célèbre dans la botanique marine, celle des fleurs du corail 4.
Déjà Ferrante Imperato 5 aurait jeté les bases de l'opinion généralement adoptée depuis sur la nature animale de ces corps organisés. D'après Milne Edwars, Imperato reconnut les caractères de l'animalité à l'eschare cervicorne 6. Boccone 7 et Luid 8, en soupçonnant la nature animale de quelques-unes de ces productions, auraient, avec le savant pharmacien de Naples , ouvert la voie aux découvertes faites un demi-siècle plus tard 9.
Peyssonnel 10, médecin à Marseille, observa a son tour, en 1723,
1 Transact. philos. , n° 280 , p. U9-4 , pi. III , 13-16. 1703. - Flourens, Journal des savants. 1833.
3 Marsigli , Brieve ristretto del Sagio fisico intorno alla Storia de mare. Venezia , 1711. In-4°. Hist. physiq. de la mer, Amsterdam. 1725. 1 vol. in-fol. avec fig.
4 Hist. de l'académ ie des sciences , 1710, pag. 76.
5 Imperato (Ferrante), Historia naturelle. Naples, 1599, et Venise, 1672, 1 vol. in-fol.
6 Milne-Edwars , sur les Eschares, Awv. des se. nat. , 2e série , t. 6.
7 Boccone , Becherches et observations d'hist. nat. touchant le Corail , etc. Paris , 1670. 1 vol. in-12, et Amsterdam , 1674.
8 Luid, Description et figure d'une plante marine remarquable , Thans. phil. Londres, vol. 28.
9 De Blainville, Manuel d'aclinologie, pag. 16.
10 Peyssonnel , Traité du Corail. Transact. rnii-os. , vol. -47, pag. 4-45. Dans les Annales des
les animaux du corail , et il les prit, comme Jlarsigli, pour la fleur de cette production marine. Deux ans plus tard , en 1725, il les étudia de nouveau ; mais cette fois il reconnut leur nature animale et chercha même à établir leur affinité avec d'autres animaux marins.
C'est cette même année que Peyssonnel lit part de ses observations à Réaumur; mais ses conclusions parurent si extraordinaires au célèbre académicien , que , tout en en faisant la communication à l'académie des sciences, il crut convenable , dans l'intérêt de la réputation de Peyssonnel , de ne pas citer son nom '. **
Les recherches de Marsigli et de Peyssonnel excitèrent la curiosité de B. de Jussieu, qui se rendit, en septembre 1741 , sur les côtes de Normandie, accompagné de Blot, pour étudier ces êtres problématiques. Des alcyons et des madrépores sont soumis à leur investigation; ils voient de leurs yeux les prétendues fleurs rentrer et sortir de leurs cellules, et la découverte de Peyssonnel obtient la sanction du savant botaniste. En rendant compte de ses observations à l'académie des sciences ~ , B. de Jussieu employa pour la première fois le nom de Polype pour désigner ces animaux en général , et cette désignation nouvelle fut depuis lors admise dans la science. On sait que les Polypes des anciens étaient des mollusques céphalopodes , dont un genre est encore désigné sous le nom de Poulpe, par corruption de leur désignation primitive.
B. de Jussieu, afin de ne laisser aucun doute sur la nature animale des productions marines dont il venait de reconnaître le mystère , rapporta à Paris des alcyons des côtes de Normandie, conservés dans la liqueur, et les savants de la capitale furent à même de s'assurer de la justesse de cette nouvelle découverte.
Plus tard , B. de Jussieu et Réaumur 3 ont observé des œufs dans les
scienc. natur. , 2e série, t. IX, 1838, Flourens donne l'analyse d'un ouvrage manuscrit du même auteur, intitulé : Traité du Corail.
1 Mémoires de V Académie , 1727.
2 Mémoire de l académie royale des sciences, 17-42, patr. 290.
3 Réaumur, Mémoires pour servir à l'histoire des insectes , tom. VI, préface, p. 74. 173-4-17-12. — Bernard de Jussieu , Mémoires de l'académie royale, 1742, et Philosoph. transact. 1736.
Polypes à panache ou d'eau douce , et quoiqu'ils n'en aient point laissé de figures , leur courte mais bonne description suffit pour les reconnaître.
D'après Baeck, B. de Jussieu aurait aussi découvert des hydres dans la Seine en 1728, et il aurait reconnu, dans les environs de Paris, deux espèces de Polypes , dits composés \
C'est en 1739 que Trembley retrouva les hydres dans les fossés de la campagne du comte Bentink , près de La Haye , et qu'il commença ses curieuses expériences sur ces animaux 2.
Au mois d'avril, en allant à la pêche des hydres, il découvrit des Polypes composés d'eau douce , qu'il nomma Polypes à panache. C'est le même que l'un de nous , M. Dumortier , a trouvé un siècle plus tard dans la plaine de Mon-Plaisir, près de Bruxelles.
On trouve l'exposé des premières observations de Trembley, dans une lettre qu'il écrivit à Réaumur en 1741 , et que celui-ci communiqua à l'académie des sciences. Dans cette lettre, il devait être surtout question de ses célèbres expériences sur les hydres, puisque l'article communiqué commence ainsi : L'histoire du Phénix qui renaît de ses cendres , toute fabuleuse quelle est , n'offre rien de plus merveilleux que la découverte dont nous allons parler.... 3.
Ce n'est qu'en 1744 qu'il publia ses observations sur les Polypes d'eau douce. La grande célébrité qui s'attache à ce nom est due surtout à ses expériences sur la lacération des hydres. C'est lui qui fît connaître pour la première fois leur reproduction par boutures. Quand Trembley annonça qu'un fragment quelconque détaché du corps de cet animal et abandonné à lui-même, reconstitue, au bout de dix jours, un nouvel animal, semblable à celui dont il est provenu, il eut l'air de ressusciter une ancienne fable. Aussi cette nouvelle se
1 Baeck , Abhand der Schtoed. Akad., Tom. VIII.
2 Trembley, Philos. Transact., 1742. — Trembley, Mémoires pour servir à l'histoire d'un genre de Polypes d'eau douce , Leyden , 17-4-4, 1 vol. in-4° , chez Durand; 2 vol. in-!2, Paris, 1744. Une traduction par l'abbé Goeze , en allemand, avec notes , in-8° , Quedlingsburg, 1774.
3 Histoire de l'académie des sciences , 1741 , pag. 33.
répandit-elle avec une étonnante rapidité dans tout le monde savant.
Ce queTrembley a dit des hydres et des Polypes composés est de la plus rigoureuse exactitude, et il ne faudrait, pour donner à son travail une grande importance, que changer la nomenclature vulçaire dans le langage scientifique, tel qu'on le réclame aujourd'hui pour ces sortes de travaux.
Nous pouvons donc attribuer la gloire de la découverte des hydres à Leeuwenhoek ; la découverte de l'animal du corail , et, par conséquent , des Polypes , comme on l'entend aujourd'hui , à Marsigli ^t à Peyssonnel : le premier ayant vu l'animal, en le prenant pour une fleur ; le second , en fixant le règne auquel il doit appartenir; et la découverte des Polypes d'eau douce, appartient à Trembley. Baker, il est vrai , a publié son travail un an avant Trembley, mais les recherches de ce dernier étaient déjà connues de tous les savants de l'époque avant la publication cle son ouvrage.
Trembley a reconnu l'existence d'un tube digestif complet dans son Polype à panache. Il ne désigne point, il est vrai, la situation de l'anus, mais il reconnaît dans le canal intestinal un œsophage, un estomac et des intestins (pag. 132). Sans connaître les fonctions respiratoires des tentacules, il en a reconnu les effets, puisqu'il dit (pag. 131) : Ces bras ne touchent point la proie, mais ils occasionnent dans Veau, par leur mouvement, une sorte de tournant qui la conduit dans le panache.
Trembley représente clans ses planches les longs muscles rétracteurs que Raspail a eu tort de prendre pour des replis de la peau. Il est apparent, dit-il (pag. 139), que ces fils servent à retirer le Polype dans la cellule. On voit par là qu'il soupçonnait leur nature.
Trembley, dans sa description, ne parle pas de la circulation, mais il n'a pas moins vu de petits corps dans tin mouvement continuel (pag. 146) et comme ballottés dHun endroit à l'autre. Je les voyais passer, ajoute- 1- il, de la cellule dans le corps d'un Polype et monter entre la peau et les intestins , jusque près de la racine du panache , et de là retourner ensuite dans la. cellule.
Ce fidèle observateur dit aussi que ces Polypes se reproduisent Ton. XVI. c2
1° par rejetons, comme les hydres, et 2° par œufs. Ils multiplient non-seulement par rejetons, mais ils font aussi des œufs, et plus loin il dit avoir vu de petits corps sphériques, de différentes grandeurs, blancs et transparents , qu'il suppose être des œufs, mais qu'il n'a pas eu occasion d'examiner si ce soupçon était fondé (146). Nous croyons que, sur ce dernier point, Trembley était dans l'erreur.
B. de Jussieu et Réaumur ' avaient reconnu dans les Polypes (alcyonelles?) des œufs, d'abord blancs, puis bruns, déprimés au milieu et pourvus d'un bourrelet. Trembley connaissait ces observations et il trouva l'occasion de les confirmer, en 1 746, deux ans après la publication de son travail. Il écrivit à Bonnet qu'il avait apporté d'Angleterre des œufs desséchés comme des œufs de ver à soie, et que le printemps suivant il en a vu sortir des Polypes 2. Nous ignorons à quel genre de Polypes ces œufs appartenaient.
A cette époque on trouve encore deux notices sur les hydres : l'une est de Martin Folkes 3, et l'autre du duc de Richmond \ Cette dernière est l'extrait d'une lettre datée d'Utrecht (1743). Toutes les deux sont accompagnées de figures, mais elles ne font que confirmer ce que l'on savait déjà.
Baker a publié son traité sur les Polypes en 1743 5. Il reconnaît quatre sortes de Polypes, parmi lesquelles il comprend les hydres et les vorticelles. On voit représentés dans ses planches le Polype à panache , des plumatelles et des cristatelles.
1 Loc. citât.
2 Bonnet, Considérations sur les corps organisés, tom. II, art. 817.
3 Some account of the insect called the fresh-water Polijpus, by Martin Folkes. Puilosoph. Thansact. 1742-3, n° 469, p. 422 (676) , pi. XVII.
4 Some further account of Pohjpi. Pbilosopii. Tkansact. , n° 470, p. 510 (68S) , pi. XVIII, fig. 1 — 3. Voyez aussi, dans le même recueil, même année, Gronoviis, Concerning a toaterinsecl (Polype), n° 466, p. 218 (607), et une autre note, encore d'un gentleman de Cambridge , Concerning the inseci mentioned by Gronovius , n° 466 , pag. 227 (609).
5 Baker, An attempt towards a natural history of the Polype in a letter to Martin Folkes. London, 1743. Empl. of microscope. London, 1753. Nuttig gebruyk van het mikroskoop of handleiding, etc., door Henri Baker, traduit par Houthuyn. 2 vol. in-8\ Amsteldain , 1756. Philosoph. Transact. 1743. Some observations on a Polyp dried, by Henry Baker, n° 471 , p. 616(724), pi. XXI, fig. 8.
Baker signale un Polype très-curieux, qui a des œufs d'une forme toute particulière et qu'il désigne sous le nom de bell-flower- animal. Il dit l'avoir reçu de son ami William Arderon , qui le découvrit en 1743. Cette espèce remarquable, que personne ne paraît avoir observée depuis, a été retrouvée par l'un de nous, M. Van Benèden, en 1839,, près du château d'Heverlé.
Ces animaux vivent rarement, dit Baker, plus de quinze réunis et moins de dix,, dans une sorte de mucilage (in een vliezig soort van slym oflymartig hokje). L'habitation, en forme de clochette, est toute transparente et divisée en différents compartiments. Les bras sont au nombre de quarante et en fer à cheval. Les aliments passent par un œsophage, entrent dans un estomac, et s'accumulent ensuite dans un intestin pour être expulsés sous forme de boulettes.
Outre les mouvements individuels, toute la colonie peut, selon l'auteur anglais, se transporter d'un endroit à l'autre par une volonté commune.
Baker n'a pu découvrir comment ils se propagent; mais il suppose que les corpuscules arrondis, trouvés dans l'intérieur, sont de véritables œufs.
Les filaments, signalés il n'y a pas longtemps sur les bras des hydres, étaient connus déjà de Baker : M en heeft aen de armen een menigte van kleyne hairljes ontdekt, die uyt de holletjes schynen voort te koomen, en mogelyk als haakjes dienen tôt het vatten en vasthouden van de prooi.
Ainsi Baker a suivi de près Trembley, et il s'est montré, comme lui, consciencieux et fidèle observateur.
Il y a lieu de s'étonner que les Polypes fussent encore si imparfaitement connus il y a quelques années, quand on pense que, vers le milieu du siècle dernier, ces nouvelles hydres avaient attiré l'attention de presque tous les savants de l'Europe. En Hollande, en Angleterre, en France, en Suède et en Allemagne les Polypes furent l'objet de curieuses investigations.
A. Bœck ' a connu déjà plusieurs espèces de Polypes, qu'il divise en Polypes nus et Polypes couverts. Les premiers sont les hydres, dont il a observé lui-même trois espèces distinctes; les autres comprennent les Polypes à polypier, et il admet un Polype à panache fixe, qui pourrait bien être i'alcyonelle, et un Polype à panache mobile, qui est celui de Trembley, ou le lophopode de M. Dumortier.
Ces deux espèces avaient été observées par B. de Jussieu : la première provenait des étangs du jardin royal de Paris, où on la rencontrait sur des feuilles de plantes aquatiques, des morceaux de bois et de pierre. La seconde espèce provenait de la Seine : Bœck dit les avoir vues, à Paris, chez, le célèbre botaniste.
Mais ce que cet auteur nous apprend de plus curieux , c'est qu'on avait déjà observé, dans les hydres aussi bien que dans les autres Polypes, les deux modes de reproduction : par gemmes et par œufs : Einen weissen Vielarm (hydre), dit-il, hat B. de Jussieu mit EierJdumpen gefunden, einen unten auf jeder seite, an einem solchen Orte, dass vermutlich ivar dass die Zeugung vorgehen honnte , et plus loin il ajoute en parlant des Polypes à panache : Betrachtet man dièse cylindrische Hiïlsen im Herbslmonat und Weinmonat, sofindet man darinnen kleine runde Kugeln oder Eyer von brauner Farbe. Si l'on conserve, ajoute-t-il encore, ces œufs pendant l'hiver dans un peu de coton, au printemps suivant on en voit sortir de jeunes Polypes. Dans la planche qui accompagne ce travail, les deux figures du Polype à panache de Trembley sont reproduites.
Rôsel 2 a commené la publication de ses Insecten-Belusligungen en 1746, et ce n'est que dix ans plus tard qu'il a fait connaître ses recherches sur les Polypes. 11 a fait de nombreuses observations sur les hydres ; il a étudié les alcyoneîles ou plumatelles, et, le premier, il a connu les Polypes que plus tard on a désignés sous le nom de Cristatelles.
1 A. Bœck, Kurze Nachricht von flrasserpolijpen. Krenigl. Schio Akad. der fVissensch. Ahhand. 17-45. Uberselzt von Kàstner. Hambourg, vol. 8, p. 203, pi. VI.
2 Rôsel, Insecten-Belustiçjungen , h vol. in-4°, et un 5e vol. de suppl. , par Kleeman (1761). Nuremberg, 1746 — 61. Traduction hollandaise, vol. in-4°. Haerlem et Amsterdam.
Rôseî s'est éloigné, en plusieurs points, de Trembley et par là de la vérité. En étudiant les plumatelles, il était nécessairement conduit à douter des observations faites par Trembley sur les Lophopus. Le naturaliste de Genève avait eu sous les yeux un polypier transparent, tandis que Rôsel étudiait un polypier opaque. Ce qui était clair poulie premier était profondément obscur pour le second, et, jusque dans ces dernières années, on a travaillé comme Rôsel, en condamnant les observations qui ne s'accordaient pas avec ce que l'on avait vu dans un animal souvent fort différent. Les doutes et les erreurs de Rose! proviennent de ce qu'il a étudié un polypier non transparent, et qu'il a pris les véritables œufs pour des graines, qu'il supposait former la nourriture de ces Polypes.
Dans ses Vederbos Polt/pen, Rôsel compte environ soixante tentacules, disposés en fer à cheval. Le polypier est transparent. Il attribue à tort le mouvement circulaire autour des bras à l'eau qui est expulsée de la bouche. Trembley en avait déjà attribué la cause au mouvement occasionné par les bras.
Les parties que Trembley désigne sous le nom d'œsophage, d'estomac et d'intestin, Rosel les a vues et il les représente même dans sa planche 76; mais il ne peut les prendre pour ces organes, parce que les prétendues graines cle lentille (œufs), qu'il croit être leur nourriture, ne se trouvent pas dans l'intérieur du tube digestif.
Ledermuller partage l'opinion de Rosel sur ce dernier point; mais l'abbé Goeze, dans sa traduction de Trembley, la combat et se range de l'avis du naturaliste de Genève. Rôsel suppose que les aliments entrent dans l'intérieur du tube polypiaire et qu'ils se dirigent dans tous les sens. A ceci il ajoute que les Polypes à panache ne se nourrissent pas d'insectes , que ceux-ci sont plutôt des ennemis qu'ils craignent, puisqu'il a vu les Polypes se retirer dans leur tube chaque fois qu'un de ces animaux venait à le toucher. Rôsel a vu les excréments et il a même représenté un individu au moment de les rendre (pi. 75); mais il est tellement préoccupé de ses graines de lentille qu'il ne peut pas se ranger de l'avis de Trembley.
Les tubes polypiaires se déplacent quelquefois de deux pouces dans une nuit, dit Rosel , ce qu'il faut attribuer, selon lui, à l'eau que ces animaux expulsent, comme on le remarque chez quelques larves d'insectes. Nous n'avons point observé ce déplacement de tout un polypier, mais cette observation s'accorde avec celle que Baker a faite sur son bell-flowerpolype. Nous ne croyons pas que les polypiers composés d'eau douce , une fois fixés, jouissent en commun de cette faculté, mais bien les jeunes avant qu'ils se fixent.
C'est au mois de mai 1 754 que Rôsel a découvert les animaux que Cuvier a désignés sous le nom de Cristatelles. Il avait mis des Lemna dans un verre d'eau : après l'avoir bien remué, il le laissa en repos, et aperçut peu de temps après, quelques corps arrondis de la grosseur d'une tète d'épingle, d'un jaune d'ocre, au fond du vase; il les reconnut pour des Polypes d'un autre genre. Ils étaient pourvus de 60 tentacules. Il n'a rien pu observer sur leur mode de reproduction.
Rôsel parle de quatre différentes sortes de Polypes composés d'eau douce : 1° Celui de Baker; 2° celui de Trembley; 3° ses Vederhospolypen , et 4° ses kleyne Vederbospolypen ou cristatelles. Dans une note , Kleeman ajoute ensuite le Polype découvert par Blumenbach {Fredericella) , et qui n'a que 20 tentacules. Quant aux Polypes trouvés près de Hanovre, par le professeur Lichtenberg, et qui n'auraient que quatre tentacules, ce sont probablement des Difflugies.
Les Polypes dont parle Brady dans les Transact. philosoph. et qu'il a trouvés avec Pallas, près de Bruxelles , sont des vorticelles '.
En 1754 , Schceffer publia un mémoire sur les Polypes à bras (hydres ) des eaux douces de Ratisbonne \ Ce mémoire est accompagné de trois planches. Les figures 1 et 2 de la première planche représentent un Polype composé qu'il nomme Kammpolypen , et qu'on pourrait
1 Brady , Philos. Transact. , vol. 49 , p. 248 , tab. 7 , fig. 1-6 ; et Pallas , Hist. nat. des zcophytes , trad. holl., vol. I, pag. 12-4.
2 Die Armpohjpen im sussen IVasser um Begensburg ; in-4°, Regensburg , 175-4. Schceffer , Abhandlungen ron Insekten, in-4°. Ratisbonne , 1764-1779.
nommer aussi, dit l'auteur, Corallenartig. Ces polypiers ramifiés sont étendus sur des tiges et des feuilles, et sont pourvus, dans leur intérieur, de corpuscules bruns (œufs). Nous croyons que l'animal dont parle Scheeffer est la plumatelle des auteurs.
SchœfTer a reconnu que l'hydre verte, après avoir été desséchée, revient à la vie lorsqu'on la remet dans l'eau.
Loeffling a également observé les Polypes, mais il ne fait rien connaître de nouveau ; peut-être fait-il allusion à une circulation quand il dit : Die Substanz im Innern des Polypen-Stâmmchens scheine manchmal eine zitternde Beivegung zu haben \
Ledermuller, dans sa Mikroskopische Ergoetzung, parle des mêmes Polypes que Rose! , chez qui il les a vus pour la première fois. Il ne fait rien connaître d'important ni sous le rapport zoologique, ni sous celui de la physiologie. Partout où Rôsel est en dissidence avec Trembley; il partage l'avis du premier '. Généralement, le dernier qui étudie un sujet y voit mieux et plus que ses prédécesseurs ; mais ici , Trembley a surpassé en exactitude ceux qui ont écrit longtemps après lui.
Pallas , avant de publier son grand ouvrage , décrivit dans les Mémoires de l académie de Pétersbourg , un Polype fiuviatile, trouvé dans le Kliazma, près de Vladimir. Le polypier prend, dit-il, des formes très-variées et se développe à la surface des Anodontes et des Paludines. 11 forme ordinairement des masses compactes; mais, Pallas le suppose dans le principe, ramifié et semblable à ceux que Rosel a trouvés attachés aux feuilles de plantes aquatiques. L'animal a environ 36 bras. Pallas le désigne, comme le faisaient les auteurs de cette époque, sous le nom de Tubularia fungosa 3. Il a vu les œufs de ces animaux, puisqu'il dit : Laceratis massis copiose in aquam enatant granula depressa ,
1 Loeffling, Abhand. der Schwed. Akademie. 1-4 Band, 1755, s. 122.
2 Ledermuller, Mikroskopische Gemiïths- und Auyenerg'ôlzung ; Nuernberg, 1761, 1 vol. in-4" : et Physikalisch-mikroskopische Zergliedernng ; Nuernberg, 1764; 1 vol. in-fol.
3 L'un de nous, M. Van Beneden , a trouvé, cette année, au Muséum d'histoire naturelle de Vienne (Autriche) , un morceau assez grand d'alcyonelle, étiqueté Tubularia fungosa Pal. , et qui provient de la collection de Pallas.
ovalia, duriuscula, opaca , fusco-nigra. Le travail de ce célèbre naturaliste est accompagné d'une planche qui représente le polypier adulte sous la forme d'un agaric. L'auteur représente aussi la partie antérieure de l'animal , mais d'une manière très-imparfaite. C'est , sans doute , l'alcyonelle que Pallas a observée. L'auteur dit avoir trouvé ce même Polype dans les fossés , près de Gôttingen et in lacu subsalso Rakaniensi prope Brillam Belgii1. Nous ferons observer que c'est ici que nous voyons l'alcyonelle , bien qu'encore confondue parmi les tubulaires, désignée pour la première fois sous un nom spécifique, celui de Tubularia fungosa. Or, ce nom spécifique donné par Pallas, est infiniment plus caractéristique que tous ceux qui l'ont suivi.
Dans la description de son voyage 2, Pallas dit avoir vu sur des troncs d'arbres qui sont dans l'eau, beaucoup de Polypes à panache de l'espèce commune, mais il n'en vit pas de ceux qu'il trouva en descendant le Kliasma . Comme l'auteur ne donne ni figure, ni description de ces derniers, nous ne pouvons savoir à quel genre ils appartiennent.
Leendert Bomme a trouvé des Polypes fluviatiles dans l'île de Walcheren. Ils sont pourvus de 60 bras. Le courant est produit de même que chez les Polypes marins. Il signale des dents qui déterminent, par leur mouvement rapide , des courants réguliers qui entraînent les corpuscules étrangers vers la bouche. Le même auteur a vu aussi le courant qui monte d'un côté du bras et qui descend de l'autre 3. Kleeman dit , dans une note , pag. 401 , ces dents existent probablement aussi dans le Polype de Rôsel, mais elles auront échappé à l'investigation du naturaliste de Nuremberg. Nous devons aussi considérer Leendert Bomme comme ayant le premier signalé l'existence des cils
1 Pallas , Descriptio Tubulariœ fungosœ , etc., Jul. 1768; Noc. comment, acad. scient, imper. Petropolitance , t. XII. 1768.
2 Voyage dans plusieurs provinces de l'empire de Russie, etc. ; trad. franc. , avec notes de Lamarck , t. 1 , p. 26 ; et Pallas , Hist. natur. des zoophytes , trad. holland., Amsterdam , 1808.
3 Leendert Bomme , Bericht iccgens een zonderling zee insect , etc., Zeeuwsch genootscltap der IVelcnschappen te Flissingen; in-8°, Middelburg, 1769.
vibratils qui sont aujourd'hui reconnus jouer un si grand rôle dans l'économie animale.
Ot. Fréd. Muller , dans son ouvrage sur les vers, fait aussi mention des polypiers composés d'eau douce, et les désigne sous le nom de Tubularia. Le Polype, figuré par Schœffer, est donné comme synonyme de son Tubularia repens , qui provient du lac Bagsvord. L'auteur reconnaît avec Trembley un œsophage , un estomac et un intestin \
Dans !a séance du 10 septembre 1 774 , le célèbre Blumenbach communiqua à la société royale des sciences de Gôttingen, ses observations sur un nouveau Polype d'eau douce, Tubularia sultana , qu'il avait trouvé dans les fossés de la ville de Gôttingen. Il est étonnant que ce Polype , si distinct des autres par ses 20 bras en entonnoir et non en fer à cheval , ait été confondu jusque dans ces derniers temps avec les alcyonelles et les plumatelles. La description que l'auteur en donne est courte, mais elle est exacte. Il en donne une figure dans son Manuel d'histoire naturelle '. Nous avons retrouvé ce Polype dans le canal de Bruxelles et dans la Dyle, près de Louvain , et M. Gervais l'a reconnu également à Plessis-Piquet , près de Paris. Il l'a désigné sous le nom de Fredericella. Ce polypier nous paraît très-répandu et se retrouvera en beaucoup de lieux. Pallas, dans son Mémoire sur le Tubularia fungosa, publié en 1768, dit avoir trouvé jadis le Tubularia coralloïdes près de Gôttingen. Serait-ce le même que l'animal décrit par Blumenbach? Nous sommes portés à le croire.
Schmiedel, dans ses Icônes plant arum3 , a décrit et figuré, sous le nom de Spongia lacustris, le polypier de l'alcyonelle tel qu'on l'observe à l'automne lorsque les animaux sont détruits. Il dit n'y avoir pas reconnu les mouvements spontanés que l'on attribue à certaines éponges. Il en décrit et figure exactement les tubes et les œufs qui y sont logés.
1 Muller , Ot. Frid. , Vermium terrestr. et fluv hist., 2 vol. in4° , 1773 (vol. 2 , pag. 16).
2 Gôtting. Magas. ; 1 Jahrg., 4 st., 117 ; et Handbuch der Naturgeschichte; un vol. in-8° , Gôttingen, 1779, traduction française, 1803; Metz, 2 vol. in-8°, traduction hollandaise, Leyden, 1802.
3 Icônes plantarum et analysis partium; fasc. III, tab. 61 et 62.
Tom. XVI. 3
Dans leurs systèmes du règne animal, Linné et Gmelin placent tous ces Polypes fluviatiles dans le genre Tubularia \ ,
Eichhorn publia , en 1781, des recherches sur les animaux inférieurs d'eau douce. Son mémoire est accompagné de huit planches ; la quatrième contient les alcyonelles ou plumatelles. Il croit avoir sous les yeux le même animal que Schœfter et Baker ont décrit , et il s'étonne de ne pas observer les mêmes choses que ces auteurs. Il ignore, dit-il , le mode d'accroissement et de reproduction , mais il a reconnu les cils vibratils sur les tentacules 2.
Cavolini a décrit avec soin la circulation dans les Polypes de mer , et il compare le liquide de l'intérieur de l'animal au sang des animaux supérieurs. C'est lui aussi qui, le premier, a fait connaître, après Aristote , l'insertion si singulière de la vésicule ombilicale dans les mollusques céphalopodes3. Treviranus, dans son bel ouvrage sur les Phénomènes de la vie organique % dit, pag. 235 : Cavolini beschreiht eine wirbelfœrmige Bewegung im lnnern der Sertularien, die er fur eine, déni Bhdumlaufder hùhern Thiere ahnliche Ercheinung liait; et Grant 5 , dans ses Outlines of comparative anatomy : The circulalion of the blood in manu Zoophyles was carefidly investigated and described by Cavolini fifty years since , especially in Sertulariae , Plumulariae , Gampamjlariae , Tubulariae , etc. Nous citons ces deux passages parce que nous n'avons pu nous procurer cet ouvrage de Cavolini.
En 1789, dans l'Encyclopédie méthodique, Bruguière parle de l'alcyonelle sous le nom d'Alcyon fluviatile. Ce polypier lui avait été remis par M. Dantic , et provenait des eaux de la fontaine de Bagnolet, aux environs de Paris. Quoique Bruguière l'ait nourri pendant quelques jours, il n'a rien observé relativement à l'ani-
1 Syst. nat.; 8835.
2 Eichhorn, Beitrâge zur Naturgeschichte der kleinsten Ifasserthiere , broch. in--4". Berlin et Stettin , 1781 , avec 8 pi.
3 Cavolini, Memorie per servire alla stor. nat. di pol. mar. Naples, 1785. In— i°.
4 Treviranus , Erscheinungen und Gesetzedes org. Leb., 1er vol. , pag. 235.
5 Grant, Outlines ofcomp. anat. 1835.
mal, et il ne le place dans le genre Alcyon qu'à cause de la ressemblance qu'il trouve entre le polypier desséché et les autres alcyons \
Nous voici parvenus à l'époque où les polypiers composés d'eau douce, jusqu'alors confondus soit avec les genres marins, soit entre eux, vont être étudiés sous le point de vue de leur classification , et former des genres distincts. Et d'abord nous devons citer le célèbre G. Cuvier, qui, dans son Tableau élémentaire des animaux 2 , fait un genre distinct du Polype libre, découvert par Rôsel , et lui donne le nom de Cristatelle , qui lui est resté. Ce savant admet trois espèces de tabulaires d'eau douce, y compris l'espèce de Blumenbach. On voit qu'il n'a parlé de ces animaux que d'après les auteurs. Il est étonnant que Cuvier ait laissé le genre cristatelle près des vorticelles , même dans la seconde édition de son Règne animal , tout en reconnaissant qu'il paraît y avoir rapprochement entre elles et les plumatelles.
Dans le Bulletin de la société philomaf ique (an XII) , Vaucher décrivit deux espèces de tubulaires d'eau douce3; mais sa description est peu complète , de sorte qu'il n'est pas facile de déterminer à quelle espèce elles se rapportent. Il est le premier qui ait vu la sortie des Polypes de l'œuf. La tubulaire que Vaucher désigne sous le nom de Lucifuge, a été trouvée par lui dans les eaux du Rhône. Ses tentacules sont au nombre de 25 à 32. Dans l'intérieur, on trouve des grains arrondis et aplatis. L'autre espèce, la tubulaire rampante, se trouvait sur les feuilles de nénuphar. Les grains trouvés dans l'intérieur sont fusiformes. Il esta remarquer que l'explication de la planche jointe au mémoire de Vaucher , présente une erreur manifeste en attribuant à la tubulaire lucifuge des œufs fusiformes, et à la tubulaire rampante des œufs arrondis , ce qui est précisément l'inverse des caractères as-
1 Bruguière , Encycl. mèth. , Vers , pag. 24. 1789.
2 Cuvier, Tableau élémentaire de l'hist. nat. des animaux , 1 vol. in-8° , Paris, an VI , p. 636 ; et Règne animal, vol. 3, pag. 296. 1830.
3 Vaucher, Observations sur les Tubulaires d'eau douce, Bulletin de la soc. philom. , an XII (1804), n° 81 ,p. 157, pi. 19.
signés par le naturaliste de Genève. Cette erreur est due sans doute au graveur , qui d'ailleurs paraît avoir été fort peu soigneux , puisqu'il a négligé de représenter les cils qui bordent les tentacules et que Vaucher avait particulièrement désignés.
En publiant le mémoire de Vaucher ' , Bosc, qui déjà, dans son Histoire naturelle des vers , avait indiqué que les tubulaires d'eau douce devaient former un genre distinct, revint sur cette pensée , et, dans le même numéro des Bulletins de la société philomaiique , il établit , à la suite du mémoire de Vaucher ^ un genre auquel il ne donna aucun nom, et qu'il caractérisa comme suit : Polypier fixé à tige grêle, membraneux, souvent ramifié, terminé, ainsi que ses rameaux, par un Polype dont le corps peut entrer entièrement dans la tige , et dont la bouche est entourée d'un seul rang de tentacules ciliés. Ce nouveau genre avait pour type, d'après Bosc lui-même, les tubulaires rampantes et couchées, décrites par Vaucher , et c'était sur les caractères indiqués par le naturaliste de Genève qu'fivait été établi ce nouveau genre qui depuis fut désigné par Lamarck sous le nom de Plumatelle.
Dans son Système des animaux sans vertèbres , Lamarck n'admet que le genre cristatelle , et il ne fait point mention des autres Polypes composés d'eau douce 2. Mais, dans son Histoire naturelle des animaux sans vertèbres , publiée en 1816, il donne le nom de Plumatelle au geni'e indiqué sans nom par Bosc pour les tubulaires d'eau douce de Vaucher, et il admet ainsi trois genres distincts, savoir : les cristatelles, les plumatelles et les alcyonelles 3. Ce dernier lui avait été communiqué par Palissot de Beauvois, et Bruguière l'avait déjà décrit sous le nom à Alcyon fluvialile.
Lepechin fait aussi mention des Polypes à panache dans son Journal de voyage, mais il ne nous apprend rien de nouveau. L'animal
1 Bosc , Histoire naturelle des rers, 3 vol. in-I8, Paris, 1802; Bulletin de la soc. philom. , an XII , p. 1S8.
2 Syst. desanim. sans vertèbres, 1 vol. in-8", Paris, 1801 , p. 385.
3 Hist. nat. des animaux sans vertèbres, Paris, 1815-22 , tom.2,p.9o.
qu'il décrit est, sans doute, le même qu'il a vu avec Pallas '.
En 1810, Lamouroux présenta à l'académie des sciences un premier mémoire sur les Polypes, et il publia, en 1816, son Histoire des polypiers coralligènes flexibles . Dans cet ouvrage, comme dans celui plus étendu, qu'il publia en 1821, il parle des Polypes composés d'eau douce; mais sans faire connaître aucun fait nouveau. Lamouroux change le nom de Plumai 'elle , donné par Lamarck aux tabulaires d'eau douce, en celui de IVaïs, mais il n'a été suivi en cela par personne. Les motifs qu'il allègue pour justifier ce changement sont bien peu fondés. Il admet d'abord cinq espèces de naï's , y compris la tubulaire sultane et le Polype à panache de Trembley. Sans avoir vu l'alcyon fluviatile de Bruguière, il pense qu'il est voisin de la tubulaire rampante 2. Plus tard, dans son Exposition méthodique , il n'admet plus que deux espèces : Naïsa repens et Naïsa reptans 3. Lamouroux a reconnu , le premier, l'affinité de ces Polypes avec les mollusques ascidiens. Je ne doute pas, dit-il dans sa préface (p. vu), que les animaux des polypiers ne soient des êtres aussi compliqués dans leur organisation que les mollusques ascidiens.
Schweigger fait mention des Polypes d'eau douce clans son Histoire naturelle des animaux sans vertèbres et inarticulés; mais il ne nous apprend rien de neuf. L'auteur admet les trois genres, cristatelle, alcyonelle et plumatelle, d'après Lamarck. Ce qu'il dit du nombre des tentacules dans les deux derniers genres, nous fait supposer qu'il n'a point étudié ces animaux vivants \ Après des considérations générales très-importantes sur les Polypes et les polypiers, Schweigger consacre un paragraphe à l'éponge d'eau douce, et il fait connaître l'opinion singulière que Lichtenstein , père, aurait eue sur la nature de cette production.
1 Lepechin , Dagboek der Reijze door verscheide provincien van 't Russich Ryk , 1 deel , p. 16.
2 Lamouroux, Hist. des polypiers coralligènes flexibles , etc., 1 vol. in-8° , Caen , 1816.
3 Exposition méthodique des genres de l'ordre des polypiers , 1 vol. in-4°, Paris, 1821.
4 Schweigger, Naturgeschichte der Skeletlosen ungegliederten Thiere ; in-8°, Leipzig, 1820; et Beobachtungen auf Naturhistorischen Reisen, in-8°, Berlin, 1819.
Liechtenstein fit part de ses observations à la société d'histoire naturelle de Copenhague, en 1797 , et sa note fut publiée en langue danoise \ C'est sans doute pour cette raison que l'on n'en connaît que ce que Lamarck en dit d'après un mot de M. Vahl ' , célèbre botaniste de Copenhague. L'éponge fluviatile ne serait autre chose que le polypier abandonné des tubulaires, et celui-ci pourrait donner naissance au genre cristateîle , et de là pourrait naître ensuite le Tubularia campanulata. L'accroissement des tubes et de leur réunion donnerait naissance au Tubularia alcyonides.
Voigt, dans son Magasin 3 , ne rapporte pas tout à fait de la même manière l'opinion de Lichtenstein. Il sortirait des œufs (hôrnern) des éponges, le Tubularia sulfana , qui se changerait eh Tubularia campanulata , qui, à son tour, donnerait naissance au Tubularia reptans , puis au Tubularia repens, en enfin au Tubularia alcyonides. Après la mort des individus, le polypier formerait la Spongia fluviatilis ou lacustris , et après la décomposition de la matière animale, on obtiendrait en dernier résultat la Spongia friabilis.
M. Goldfuss, dans son Atlas d'histoire naturelle , représente l'alcyonelle, la plumatelle et la cristateîle; mais ses figures ne sont que des copies. Dans le texte , nous ne voyons rien qui doive être signalé, si ce n'est peut-être que M. Goldfuss paraît se rapporter entièrement à Rôsel et reproduit ses erreurs \
L'abbé Ranzani a publié des observations sur le mémoire de Lichtenstein , mais nous n'avons pu nous procurer ce travail 5.
MM. Raspail et Robineau ont présenté ensemble à l'académie des sciences un premier travail sur les alcyonelles. D'après le rapport, inséré dans Y Histoire des progrès des sciences naturelles c , cette pre-
1 Skrivter of Naturhistorie-Selskabet ; Kiobenhavn , 1797, p. 104.
2 Lamarck, A nim. sans vertèbres.
3 Voigt's iïlagasin fur das Neueste ans der Physik, XI , Stuk. 2 , p. 17.
4 Goldfuss , Naturhist. Atlas , 1826 (Atlas , vol. 1 , pi. 25 , et vol. 2 , pi. 118); Handbuch der Zoologie, vol. 1 , p. 87.
5 Osservazioni sopra una memoria del Sign . Dott. Lichtenstein , sopra i Po/ipi di acqtia doive.
6 Cuvier , Hist. des progrès des se. nat. , t. 2 , p. 895 (éd. Brux.).
raière communication était toute différente du mémoire que M. Raspail a publié plus tard sur ce sujet. C'est ce dernier que nous allons analyser '.
M. Raspail croit que tous les Polypes composés d'eau douce ne forment qu'une seule et même espèce , et que le Polype à panache de Trembley, le Polype Bell-flower de Baker, la tubulaire rampante (plumatelle), la Leucophra , la cristatelle et même la difflugie, ne sont que des variétés d'âge de l'alcyonelle. Comme on voit, M. Raspail suit de près Lichtenstein. Il est fâcheux que l'auteur de cet intéressant mémoire se soit tant pressé dans ses conclusions. Si l'un des genres, autres que l'alcyonelle, lui était tombé sous la main, il se serait facilement convaincu que non-seulement le polypier diffère pendant toute la vie, mais que l'animal lui-même présente d'un genre à l'autre des caractères tellement tranchés qu'il est impossible de le confondre avec ses voisins et qu'ils forment même des tribus distinctes.
M. Raspail avoue avoir cherché inutilement ce que Trembley a figuré et décrit comme l'estomac. La cause en est simple : Trembley a étudié un Polype à polypier transparent, tandis que celui de M. Raspail est toujours opaque. Il est à remarquer cependant que M. Raspail reconnaît l'exactitude des observations de Trembley , puisqu'il dit , (pag. 12) : que cet auteur, qui a le premier décrit le Polype , est aussi celui qui la le mieux décrit , et que ceux qui Vont suivi dans la carrière , ri 'ont fait qii1 ajouter des erreurs à son travail , et que défigurer les excellentes observations de cet habile naturaliste. Il n'y a en effet aucune observation de Trembley à reléguer.
M. Raspail a observé la sortie des fèces, et par là il a reconnu, le premier, la situation de l'anus. C'est lui aussi qui, le premier, a reconnu la nature des aliments de ces animaux par l'examen des fèces.
M. Raspail reconnaît 44 tentacules dans l'alcyonelle, et comme
1 Raspail, Histoire naturelle de l'alcyonelle fluviatile, Méh. de la soc. d'hist. natcr. de Paris, tom. IV.
Trembley en admet 60 et Bakker seulement 40, il croit devoir attribuer cette différence à une faute typographique , sans se douter qu'ils ont eu sous les yeux un animal tout différent du sien.
Il nous semble que M. Raspail prétend à tort que les tentacules sont contractiles comme ceux des hydres. Les bras des polypiers composés se raccourcissent bien un peu , mais il y a loin de là à la contraction des bras des hydres.
Un point important que M. Raspail traite dans son Mémoire, est relatif à la nature du polypier. Cuvier, Lamarck et M. de Blainville considéraient tout polypier comme une partie sécrétée, et M. Raspail soutenait au contraire , et avec raison , que le polypier croît avec le Polype , et qu'ils sont composés de la même manière. Il défend avec raison Trembley contre l'erreur de Rosel, qui avait prévalu dans la science.
Ainsi que l'un de nous l'a déjà fait remarquer , M. Raspail a eu tort de regarder les fils, qui servent, selon Trembley, à retirer le Polype dans sa cellule , comme des replis extérieurs de la peau ; ce sont de véritables muscles rétracteurs.
M. Raspail décrit et figure avec beaucoup de soin les œufs des alcyonelles, mais il n'est point dans le vrai quand il leur attribue un hile. Il n'y a pas plus de hile dans l'œuf de l'alcyonelle que dans celui des oiseaux. A l'article Alcyonelle , nous verrons ce qui a donné lieu à cette méprise. Réaumur et B. de Jussieu, Bakker, Schœffer, Vaucher et Pallas, ont connu les œufs de ces Polypes et les ont décrits longtemps avant M. Raspail.
Par simple conjecture , M. Raspail était bien près de la vérité en supposant un organe mâle près de l'organe femelle. S'il s'était servi d'un plus fort grossissement, il n'aurait sans doute pas tardé à reconnaître que ses conjectures sur le sexe de ces animaux étaient fondées.
M. Raspail a enrichi l'histoire des alcyonelles de plusieurs observations anatomiques et physiologiques , et si son travail a laissé à désirer sous divers rapports , il faut l'attribuer aux nombreuses difficultés que l'on rencontre à chaque pas dans cette étude et à son
goût un peu trop prononcé à généraliser avant d'avoir observé un nombre suffisant de faits. Ceux qui écrivent en dernier lieu , profitent aussi bien des fautes que des observations de leurs prédécesseurs. Sans doute M. Raspail a commis plusieurs erreurs graves que l'un de nous a redressées, mais en plusieurs points il a avancé nos connaissances, et en fixant l'attention sur ces curieux animaux, il a rendu un service réel à la science.
Meyen a donné dans VI sis ' deux notes différentes sur les Polypes composés d'eau douce : Tune est de 1828 et l'autre de 1830. Dans la première, il règne une grande confusion et il est présumable que l'auteur a étudié simultanément diverses espèces de Polypes qu'il aura confondues. Ce qu'il dit du polypier se rapporte à l'alcyonelle, mais il ne donne à l'animal que 20 ou 30 tentacules, et il ajoute qu'ils sont disposés en entonnoir. Meyen aura examiné un polypier d'alcyonelle, entrelacé de frédericelles, comme on le trouve quelquefois.
Une observation importante du même auteur est celle des embryons mobiles, qu'il décrit et figure exactement. Les œufs, dit Meyen, nagent librement à la faveur des cils dont ils sont couverts. Chaque œuf contient deux individus. Pendant la natation, cet œuf s'allonge et se raccourcit, et la membrane externe s'ouvre au devant de chaque embryon pour lui livrer passage. Les embryons continuent à se développer, et l'enveloppe externe de l'œuf devient le point de départ du polypier; en quelques heures toute une évolution embryonnaire a lieu. Meyen croit que ces œufs ont été désignés par Ot. Fr. Millier sous le nom de Lencophra heleroclita , ce qui confirmerait le rapprochement fait antérieurement par M. Raspail. J'ignore, dit-il, à quoi servent les corps arrondis , de couleur brune (les œufs véritables) , qui pendent à l'estomac. Les embryons sortent des œufs mobiles que nous avons vus couverts de cils : donc, ajoute t-il, ces corps bruns ne peuvent pas être des œufs, comme on le pense généralement. L'opinion de Meyen est ici erronée; nous avons reconnu positivement que les Polypes com-
1 Meyen , Naturgeschichte der Pohjpen ; Isis , 1 828 , p. 1225 , et Isis , 1830.
Tom. XVI. 4
posés se reproduisent et par embryons nus et par des œufs véritables.
Meyen croit que c'est Baker qui a vu, le premier, les œufs, dits mobiles (tab. XIÎ, fig. 27). Il pense que la Tubularia sultana n'est qu'une difflugie. Il a vu des cristatelles à Postdam.
En 1834 , après son voyage \, Meyen crut pouvoir s'appuyer sur une observation de Nordmann, qui est, sans aucun doute, erronée. Le professeur d'Odessa pensait avoir vu sortir de petits crustacés des œufs de Polypes; Meyen fut conduit par là à regarder les œufs pour des germes de parasites. Les cristatelles, ajoute-t-il, sont pourvus de semblables parasites, mais ils sont pourvus à l'extérieur de crochets infundibuliformes.
Le fait est, comme l'un de nous l'a fait connaître, que les embryons nus servent à établir de nouvelles colonies en été, pendant que les véritables œufs, pourvus de coques, conservent l'espèce pendant l'hiver.
Heyden a publié dans Y lais de la même année 1828 , une note sur la circulation dans la Plumatella cristata 2.
M. Ehrenberg, dans ses Symbolœ physicœ '' , fait mention d'un polypier d'eau douce des environs de Beriin, qu'il nomme Alcyonella articulata. C'est en effet un Polype nouveau pour la science. Nous sommes étonnés que le célèbre naturaliste de Berlin en ait fait une alcyonelle , car il diffère de ces derniers par le polypier comme par l'animal , et à aucune époque de la vie il ne présente la moindre analogie avec les alcyonelles. M. Gervais, qui a trouvé ce même Polype dans les environs de Paris, en a fait, avec raison, un genre distinct sous le nom de Paludicella. En 1836, M. Ehrenberg a publié ses belles recherches sur les hydres 4.
M. Carus paraît avoir observé aussi les alcyonelles \ Il reconnaît
1 Meyen, Reise um die Erde. Zoologischer Bericht, p. 293; et Nov. Act. acad. Cœs. Leop. . vol.XVI,suppI.,p. 177. 1834; Meyen, Bulletin des se. nat. , XVIII, 313.
2 Heyden, Isis , 1828, p. SOo.
3 Ehrenbrg, Symbolœ Physicœ ererlebrata , dec. I Polypi, fol. a.
4 Abhand. der Akad. der ff^issenschaft . zu Berlin, 1836, p. 109.
5 Carus, Anat. compar. , vol. II , p. 301 , et Tabutœ illustrantes, cnh. III , p. 8.
une circulation dans l'animal , qu'il nomme Plumatella calcarea ; il considère le liquide intérieur comme étant de l'eau du dehors rentrée dans la cavité interne.
Le mémoire de M. Raspail avait été remarqué à Paris, mais tout le monde ne fut pas convaincu de l'exactitude de ses observations; aussi M. de Blainville, dans son Manuel, conserva-t-il les genres plumatelle, alcyonelle et cristatelle avec leur synonymie, en les réunissant dans une classe à part , sous le nom de Polypiers douteux. En agissant de la sorte, M. de Blainville a eu surtout égai'd à la disposition des tentacules en fer à cheval, qui ne se trouve dans aucun Polype marin '. Dans le Dictionnaire des scienc. nat., M. de Blainville a écrit les articles Cristatelle et Plumatelle ; nous n'y voyons rien de nouveau à signaler. Dans les nouvelles éditions et corrections de son Manuel , M. de Blainville parle des embryons mobiles découverts par Meyen. Le célèbre naturaliste du Jardin des plantes ne pouvait croire que ces animaux, pourvus de véritables œufs, comme l'avaient déjà montré Bernard de Jussieu , MM. Vaucher et Raspail, eussent encore une seconde sorte d'œufs pour la reproduction , ou plutôt que les œufs se présentassent sous deux formes différentes.
L'un de nous, M. Dumortier, a retrouvé le Polype à panache de Trembley, et, a publié en 1835, dans les Bulletins de V académie de Bruxelles , un Mémoire sur Vanatomie et la physiologie des Polypes composés deau douce. Il désigne le Polype de Trembley sous le nom de Loplwpus , et lui assigne des caractères génériques. N'ayant pas employé un grossissement assez fort , les cils vibratils n'ont été aperçus que par l'effet qu'ils produisent dans l'eau. Le système nerveux est décrit pour la première fois, et les observations ultérieures ont confirmé cette découverte; aucun anatomiste n'avait encore soupçonné l'existence de ce système chez des animaux placés si bas dans l'échelle animale. Les différents systèmes, cutané, circulatoire, respiratoire, manducatoire , digestif, musculaire et reproducteur, sont décrits avec
1 De Blainville , Manuel d'aclinologie , 1. vol. in-8°. Paris, 1883.
détail dans autant de chapitres différents '. Ayant étudié un Polype transparent, l'auteur a pu redresser les erreurs nombreuses de Roesel et de Raspail. Il expose qu'il y a trois modes de reproduction dans ces Polypes : le premier a lieu par bourgeons; le second par embryons mobiles ou par œufs, suivant la saison , et le troisième par propagules.
Dans le Bulletin zoologique , M. Gervais ' analysant le travail de M. Dumortier, principalement sous le point de vue zoologique, émit, à l'exemple de M. Raspail, l'opinion erronée que le Polype à panache de Trembley n'était que PAlcyonelle ordinaire. M. Dumortier a prouvé, dans sa seconde édition , que le reproche que M. Gervais lui avait adressé sur l'analogie de ses observations sur plusieurs systèmes organiques et celles de M. Raspail, était loin d'être fondé, et que souvent il arrive à des résultats tout opposés à ceux que M. Raspail annonçait.
M. Gervais, continuant ses observations 3, a été assez heureux de trouver, en 1836, des œufs d'un Polype différent de rAJcyonelle, au milieu de conferves provenant du canal de l'Ourcq , dans l'intérieur même de Paris. Ces œufs si remarquables par leurs épines furent communiqués à M. Turpin , chez lequel l'éclosion a eu lieu le même jour que chez M. Gervais. L'aide-naturaliste du jardin des plantes avait déjà reconnu qu'ils provenaient de la cristatelle de Cuvier avant que M. Turpin se doutât de leur origine animale. Ses intéressantes observations sur ces œufs , sur leur mode d'éclosion et les principaux organes que l'on aperçoit déjà à cette époque, ont été insérées dans les Annales des sciences naturelles .
En 1839, M. Gervais a résumé, dans les Annales françaises et étrangères dUanatomie, ses recherches sur les différents genres de Polypes
1 Dumortier, Recherches sur l'anatomie et la physiologie des Polypes composés d'eau douce (Bulletins de l'acad. de brux. , 18SS) ; Mémoire sur l'anatomie et la Physiologie des Polypes composés d'eau douce , in-8°. Tournay , 1836.
1 Bulletin zoologique, 2e sect. , p. 123, 1835.
3 Comptes rendus de l'académie des sciences , 1836 , 2° semestre , p. 797 ; annales des sciences natur., vol . VII , p . 74 , 1 837 ; Annales françaises et étrangères d'anatomie , etc. , 1 839 ; Société philomatique, séance du 30 novembre 1839; Institut, p. 435 ; Dictionnaire des scienc. naturelles, supplément, t. I, 1840, art. Alcyonelle.
composés d'eau douce. Après une courte notice historique, l'auteur divise ces Polypes en deux sous-classes, comme il l'avait déjà fait antérieurement. Dans la première , il place les Polypes à panache disposé en fer à cheval, et dans la seconde, il comprend ceux qui ont le panache en entonnoir. Cette dernière renferme les Polypes marins à tube digestif complet. Il admet en tout cinq genres de Polypes d'eau douce, et il en donne la synonymie. Mais cette partie exige encore de nombreuses recherches avant d'être définitivement fixée. Pour la première fois, la tubulaire sultane de Blumenbach y prend sa véritable place. Ce travail est, sous le rapport zoologique, le plus important que la science possède.
Dès 1836, M. Gervais a fait avec raison un genre distinct pour Y Alcyonella articulata , qu'il venait de découvrir près de Paris, et plus tard , il a érigé en genre , avec non moins de raison , la tubulaire sultane. Le premier forme le type de son genre Paludicella , et le second du genre Fredericella.
Enfin, dans le supplément du Dictionnaire des sciences naturelles qui vient de paraître, M. Gervais, à l'article Alcyonelle , résume l'histoire de ces animaux. ÏI y fait connaître aussi la disposition si remarquable des muscles qui se rendent aux tentacules. L'auteur paraît croire encore à la possibilité de rapporter les lophopodes aux plumatelles ou aux alcyonelles , dont ils sont cependant bien éloignés.
M. Turpin , à qui M. Gervais avait, comme nous l'avons vu , remis quelques œufs de cristatelle , a consigné ses observations sur ces animaux dans les Annales des sciences naturelles, ' . La description que le célèbre botaniste donne de cet oeuf a été corrigée par M. Gervais. M. Turpin se demande quelle pouvait être la malheureuse mère condamnée à contenir et surtout à pondre des oeufs aussi horriblement hérissés de crochets? Quelque temps après l'éclosion, M. Turpin a vu des corps arrondis dans le voisinage du polypier, qu'il a considérés à tort pour des œufs. Ce sont les fèces que ces animaux , ainsi que les genres voisins , rendent sous cette forme.
1 Turpin , Elude microscopique delà Cristatella mucedo. (Annu. des se. naturelles, 2e série, t. VII, p. 65.)
M. Graham Dalyell ', dans un mémoire sur la propagation des Polypes de l'Ecosse, parle d'un Polype d'eau douce extrêmement remarquable, et que l'auteur nomme Cristatella mirabilis. Le polypier en est mou et de couleur verte ; les tentacules sont placés en fer à cheval et au nombre de cent. Le polypier porte jusqu'à trois cents individus, et M. Dalyell y a vu de 20 à 30 œufs pourvus de crochets disposés avec régularité.
Dans son History ofthe british zoophytes ' , M. Johnston énumère les Polypes composés d'eau douce, qu'il divise en trois genres : Cristatella, Alcyonella et Plumatella. L'auteur croit que la Cristatelle de M. Dalyell se rapporte à la Cristatella mucedo , et il reproduit la planche de M. Turpin. Les principales figures de M. Raspail y sont également reproduites. Partageant l'erreur de M. Raspail, M. Johnston considère le Polype à panache de Trembley comme une variété de l'alcyonelle des étangs , et il rapporte la tubulaire sultane au genre Plumatella, On voit qu'il s'est contenté de compulser les auteurs qui ont écrit sur ce sujet, et avec de tels matériaux, il est impossible de n'avoir pas souvent été induit en erreur.
M. Teale fait aussi mention des alcyonelles J , mais il ne fait rien connaître de nouveau.
Notre savant compatriote M. Milne Edwars a publié plusieurs beaux travaux 4 sur les Polypes marins, et ses recherches ont puissamment contribué à l'avancement de l'histoire naturelle des Polypes en général. Le savant professeur a fait un rapport intéressant sur un Mémoire de M. Gervais 5 : il suppose que les œufs des plumatelles sont armés
1 Jarneson , New Edimb. phil. Journal , vol. XVII , p. il 1 ; vol. XXI des Notices de Froriep. Journal V 1 institut , mars 1835; et Archives de ÏViegmann , vol. 1er, 1835 ;ïtep. Brit. associât., an 1834,604.
2 Johnston , British Zoophytes, 1 vol. in-8°. Edinburgh , 1838 ; et In Jard. Mag. of Zool. and Botany.
3 Teale, Jard. Magaz. , I , III , p. 293.
i Milne Edwars, Mém. sur les Alcyonides (Akivai.. des se. nat. , 1835); Milne Edwars, Rech. >i/t;/t. , phys. et zool. sur les Escharres, idem, 1836; Milne Edwars, Sur les Polypes du genre Tuhulipore, idem, 1837; Milne Edwars , Sur la nat. et le mode de croiss. des Pol. , idem, 1838.
5 Annal, des se. nat., t. XI, p. 179, 2° série. 1839.
de crochets comme ceux des cristatelles (pag. 182), et il propose à l'académie d'engager M. Gervais à poursuivre ses recherches sous le double point de vue de Panatomie et de la physiologie de ces animaux.
Les recherches de MM. Farre et de Lister ' ont pour objet l'anatomie et la physiologie des Polypes marins. Le dernier auteur s'est occupé surtout du mouvement du liquide dans l'intérieur du polypier chez les tubulaires et les sertulaires.
Dans ses Mikrographische Beitràge 2, M. Nordmann cite, dans une note, VAlcyonella diaphana, au sujet du mouvement circulatoire qu'il a observé dans les polypiers, et il le compare à la circulation des chara. Nous avons trouvé la cause de ce mouvement dans les cils situés entre la peau du polypier et le canal digestif. Depuis, l'auteur a étudié la plumatelle des environs de Paris, et ses observations sont destinées à paraître dans la Faune pontique , avec son intéressant travail sur le Tendra zostericola. C'est dans ce dernier Polype que l'auteur a signalé, pour la première fois, la présence des zoospermes , découverte importante pour l'histoire des animaux qui nous occupent.
M. C. T. von Siebold a reconnu dans les œufs de V Alcyonella campanulata, une vésicule de Purkinje, avec une double tache germinative; ils étaient entourés de spermatozoaires 3. Le Polype qu'il a étudié provient des fossés de la ville de Dantzig, où Eichhorn l'avait signalé 70 ans auparavant , et où se trouvent en même temps V Alcyonella stagnarum (Lamk.), la Crislatella mirabilis (Dalyell) et le Sponcjilla palustris.
Dans l'intention de prendre date de ses observations, l'un de nous, M. Van Beneden , a communiqué cà l'académie de Bruxelles quelques
1 Farre Arth. Observations on the minute Structure of Someof the hicjher forms of Polypi (Philos, transact. , 1837); Lister, Philosophical transact- , 1834; London and Edimb. Philos. Magaz., 1834; Froriep. Notizen, 40, s. 289 ; Journal? Institut , n° 76.
2 Mikrog. Beitr. Berlin, 1832, t. II, p. 73 ; et Wiegman's Handbuch der Zoologie, 1 vol. in-8". Berlin ; Bêcher, microscop. surl'anat. et le développement du Tendra Zostericola ( lues à l'acad. des scienc., le 1 1 mars 1839) ; Akîsal. des se. kat., t. XI, p. 185, 2e série ; et Comptes rendus, n° 10 . mars-1839.
3 Beitràge sur Naturgeschichte der wirbellosen Thicrc , in-4", Danzig, 1839, p. 7.
observations anatomiques sur les animaux qui nous occupent ' . Il avait reconnu des zoospermes chez quelques individus du genre aleyonelle. Il a signalé l'existence des cils vibratils dans la cavité abdominale, lesquels déterminent le mouvement du liquide intérieur; ces cils vibratils remplacent ici le cœur pour opérer le mouvement du fluide nourricier. M. Milne Edwars a reconnu , plus tard , les cils vibratils comme cause déterminante du mouvement du sang dans les beroès, où ils sont situés à la face interne des vaisseaux 2. Il dit dans sa lettre, datée de Nice et adressée à l'académie des sciences de Paris, que c'est un mode de circulation dont on n'avait pas encore d'exemple. Dans cette note, M. Van Beneden a fait aussi mention chez les alcyonelles, des embryons mobiles que MM. Meyen et Dumortier avaient déjà signalés dans d'autres genres. Dans le courant de la même année, il avait trouvé , dans les environs de Louvain , les paludicelles et les frédericelles, et il a signalé les changements de forme que présente le polypier de l'alcyonelle, selon l'âge et selon les corps sur lesquels il s'étend.
M. Coste présenta, en avril 1841 , à l'académie des sciences de Paris, sous le titre de Propositions sur V organisation des Polypes 3 , le résultat de ses recherches sur ces animaux. Ces propositions sont faites avec une grande lucidité. Elles ont pour objet les appareils musculaire, digestif, reproductif et le système nerveux. Dans l'appareil digestif, M. Coste n'admet que trois cavités ; mais il nous semble que la portion du tube dans laquelle les aliments s'accumulent d'abord pour former le bol alimentaire , représente bien une cavité buccale distincte, ce qui élève le nombre des compartiments à quatre.
Il est à regretter que l'auteur ne cite point les genres dans lesquels il a observé ces différents appareils; car, comme il le remarque luimême, il y a entre eux des différences assez notables.
1 Bulletins de l'acad. de Bruxelles , t. VI , 2e part. , p. 276 ; Annal, des scienc. nat. , 2e série , t. XIV; Journal l'Institut, n° 331 , 30 avril 1840.
2 Journal l'Institut, n° 324, 12 mars 1840.
3 Comptes rendus, etc. , n° 17 , 26 avril 1841 .
Pour compléter cet exposé historique , nous ajouterons que l<\s hydres ont été étudiées encore par MM. Vander Hoeven '., Corda2, Laurent3 et Erdi \
Après avoir présenté, d'une manière aussi complète qu'il nous a été possible, un exposé historique de tous les travaux relatifs aux Polypes composés d'eau douce , nous allons maintenant étudier les différents genres et chercher à rapprocher les espèces qui sont suffisamment caractérisées.
1 Vander Hoeven , Bgdragen tôt de Natuurlyke TVetenschappen , t. II , j>. ool. 1827.
2 Corda , Anatome Hgdrœ fuscœ , Acta acad. Cœs. Leop. Carol. nat. car. , vol. XVIII ; et An n . des sciences nat. , vol. 8 , 2e série.
3 Laurent, Journal V Institut , n" S92 , 18-41; Comptes-rendus, etc., n° 25 , 21 juin 1841 . et n" 22, 31 mai 1841.
1 Ueber die Organisation der Fangarme der Polypen ; Arcihv. iie Mi i i.f.r . 184 , p. 422.
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