PARIS
A LA LIBRAIRIE ENCYCLOPEDIQUE DE ROEET
nnil HinTBFEDILLE, AU COIM DK LA. RUE DU BATTOIR.
Chez RAYNAL, rue Pavée-Saikt-Andrb, »" i3.
IMPRIIVIERIE D'HIPPOLYTE TILLIARD.
Rue de la Harpe, n** 78.
X^ES vei s'sont clés animaux ordinairement mous , qui n'ont point de pattes articulées , et qui respirent par des Iracliées ou des brancliies. Ainsi, tous lesanimaux qui portentce nom, dans la langue française, tels que les vers à soie , les vers des fruits , et autres larves d'insectes, ne sont point de cette classe: mais aussi beaucoup d'autres , auxquels on ne donne pas vulgairement cette dénomination , en font portion.
Les vers forment la partie , sans contredit , lamoins connue de THis-
Vers I. X
toire naturelle. Les Français qui firent , au commencement du dernier siècle , des découvertes qui doivent être regardées comme le fondement de la science, en ont depuis complètement négligé l'étude. Ce sont des étrangers qui ont eu la gloire de l'étendre , de la régulariser et de l'amener au point de perfection où elle est aujourd'hui ; les Peyssonnel , les Trembley^ les Piéaumur, n'ont pas eu de successeurs parmi nous.
On ne doit point s'étonner, cependant , que la science des vers soit moins avancée que les autres parties de l'Histoire Naturelle. Son étude n'a pas les mômes agrémens, et ne mène pas à la fortune. La satisfaction de savoir, est tout ce qu'on en retire en dernière analyse. Elle est d'ailleurs la plus difficile de toutes.
Les vers ne peuvent pas , en général , se conserver dans les collections. On n'a ordinairement que peu d'instans pour les observer dans la nature, et les occasions de revoir les mêmes espèces sont souvent très-rares. Il faut, pour pouvoir profiter de ces occasions , être déjà très-instruit en théorie ; car , entre un grand nombre de formes que présente un ver , il faut choisir la naturelle. Il faut , de plus, savoir dessiner ; du moins rarement peut-on confier à un peintre , étranger à la science, le soin de rendre les résultats d'un examen souvent instantané^ et dont la possibilité du renouvellement est incertaine.
Ces difficultés , et le peu d'intérêt direct que semble présenter la connoissance des vers, sont donc les causes qui ont retardé les progrès de
leur dtude; aussi ne trouve-t-on dans les écrits des Grecs et des Romains que quelques nations vagues sur les vers les plus remarquables, soit par leur grosseur, soit par les relations utiles ou nuisibles qu'ils ont avec l'homme.
Parmi les auteurs du moyen âge , qui ont parlé des vers , on doit citer Bélon qui, en 1 555, et Rondelet qui, en i554, publièrent des ouvrages , où il y a quelques animaux de cette classe imparfaitement décrits et grossièrement figurés. Après eux , mais dans le siècle suivant , vinrent Gesner, Columna , Aldrovande, Jonston, et quelques autres, qui sont, à quelques égards, inférieurs aux premiers.
Ce n'est qu'à l'époque de la découverte du microscope , c'est-à-dire ,
dans les dernières aniices du dix-septième siècle , que l'étude des vers prit un caractère propre ; c'est depuis lors que Rumpliius, Séba, Marsigli , Donali , Peyssonnel , Trembley , Réau^ mur , 1 aster , Boadsch , Ellis , Bak( r, Leske , Goeze , Ledermuler , Bloch , Yerner, Scliranck, Eallas,etc. ; et enfin pardessus tout , Linnaeus et Orthon Frédéric Muller , ont fait faire des progrès rapides à cette science.
Quelques-uns des savans célèbres dont on vient de donner la liste , ont publié des méthodes de classification des vers , plus ou moins complètes , plus ou moins bonnes ,• mais celle de Linnaeus a prévalu sur toutes les autres; en conséquence, on ne parlera que d'elle.
Linnaeus divise les vers en trois sections.
1*" Section. Vers intestins , simples^ nus, destitués de membres.
Cette section se subdivise en deux autres: celle des vers qui vivent dans l'intérieur des autres animaux , et celle de ceux qui se trouvent autre part. Ces derniers se subdivisent encore en vers qui n'ont point de trous late'raux , et en ceux qui en ont.
2^ Section. J^ers mollusques, simples , et pourvus de membres.
Cette section se subdivise en trois autres : celle des vers dont la bouche est supérieure ; celle de ceux dont la bouche est en avant , et celle de ceux dont la bouche est inférieure.
La première et 1^ dernière subdivision n'en ont pas d'autres 5 mais la seconde en a cinq, savoir : les vers qui ont une mâchoire mobile ; ceux dont
le corps est entouré entièrement de tentacules ; ceux qui onl des bras ou des appendices charnus, enfin, ceux qui ont des pieds , ou mieux des ap* pendices pédiformes.
3* Section. T^ers mollusques testacés^ simples, couve ris d'un test calcaire.
Ce sont des coquillages dont il a été traité séparément , et sur lesquels il n'est pas nécessaire de revenir ici.
4" Section, p^ers zoopliytes , formantpar leur réunion une apparence de 'végétation, dont ils sont lesfleurs.
Cette section se subdivise en deux autres : celle des vers dont la souche est calcaire ; et celle dont la souche n'est pas calcaire.
8 INTRODUCriON.
5^ Section. Les vers infusoires j très-simples et très-petits.
Celte section se subdivise en deux autres : celle des vers qui sont pourvus d'organes externes ; et celle des vers qui n'en ont aucuns. Cette dernière se-subdivise encore en vers qui ont le corps aplati, et en vers qui ont le corps cylindrique.
La classe des vers dans la dernière édition du Systenia Naiurœ , donnée du vivant de Linnceus, c'est-àdire dans celle de 1767, comprenoit, déduction faite de la division des testacés , quarante- sept genres ; et dans l'édition donnée par Gmelin , depuis la mort du Naturaliste Suédois, en 1788, même déduction faite, çlle en comprend quatre-vingt-deux.
Linnœus, dans ses travaux sur los
vers, a développé le même génie que dans les autres parties de THistoire Naturelle. On a déjà vu dans l'Introduction au traité des coquillages , les obligations que lui ont les amateurs de la Conchyliologie. Celles que lui ont les amateurs de l'Helmentolcgie ne sont pas moins grandes. Il a le premier réuni , en corps régulier , les observations sur les vers , éparses dans un grand nombre d'ouvrages.
Ses genres sont caractérisés de la manière la plus claire et la plus précise. Ses divisions sont si naturelles, qu'à l'exception de celle des mollusques, dans laquelle se trouvent quelques genres qui doivent être placés autre part, elles n'ont pas encore pu donner prise à la critique. Enfin Linnseus peut être regardé comme le créateur de la science des vers nus ,
comme il Fa été de la Conchyliologie et de la plupart des autres classes de l'Histoire Naturelle, pour ne pas dire de toutes.
Mais , depuis Linn3eus,la science a fait des progrès. Le nombre des genres a presque doublé , comme on l'a vu plus haut. Cette augmentation est principalement due aux travaux des Muller , des Pallas, des Goeze ^ des Bloch et autres savans du Nord, qui s'occupent constamment de la recherche des vers.
On doit penser que , si les genres se sont ainsi multipliés pendant cet intervalle, les espèces ont du s'accroître en proportion; aussi se sontelles quadruplées , se sont-elles caractérisées, se sont-elles assurées par la critique.
Gmelin n'a fait qu'une compila-
INTRODUCTION. Il
lion , et les progrès de la science demandoient quelques réformes qu'il ëtoit réservé aux Français d'opérer.
Brugulère , le premier , dans l'Encyclopédie , observant que les astéries et les oursins avoient une organisation fort différente des mollusques, en a fait une division particulière, intermédiaire entre les mollusques et les testacés , sous le nom d^'échinodermes.
Cuvier , à la faveur d'une masse étonnante d'observations anatomiques sur les vers , les a combinés sous desrapports nouveaux. On a déjà vu dans l'introduction à l'histoire des coquillages , qu'il avoit réuni , sous le nom de mollusques , aux testacéa de Linnœus , quelques-uns des mollusques nus de ce dernier. De plus , avec les échinodermes de Bruguière,
12 INTRODUCTIOXi
les zoophyles, lesinfusoires, et detix genres des mollusques de LinnœuSj il a fait une classe particulière , sous le nom de zoophites. Entin il a circonscrit la dénomination de vers proprement dits, à la division des intestinaux de Linnseus.
On ne peut critiquer avec fondement Tensemble des idées de ce célèbre zoologiste , qui paroît avoir fixé l'ordre le plus convenable aux animaux invertébrés. Aussi Lamarck , dans l'ouvrage classique qu'il vient de publier sur le même sujet , a-t-il suivi le plan de Cuvier. Aussi en adopte- 1- on ici les résultats avec la seule modification , nécessitée par des causes en partie étrangères à la science, délaisser le nom de ver aux animaux invertébrés qui ne font paspartie des testacés et des insectes*
L'anatomie des vers , dans les auteurs anléricurs à Linnaeus, se borne à la description des viscères de quel" ques espèces saillantes, telles que la sangsue, le lombric , etc. On peut dire , sans trop d'injustice , que c'est à Pallas qu'on doit les premiers essais en ce genre , qui aient quelque mérite. Cette partie importante de nos connoissanccs à leur égard est donc presque au berceau. Mais Cuvicr , comme il a déjà été dit , y a porté le regard observateur qui lui est propre.
Ainsi , on doit attendre beaucoup de lumières des travaux accumulés dans son portefeuille , et que les circonstances Font empèclié de publier.
Comme les cinq divisions des vers présentent des différences notables dans leur organisation , on ne peut les considérer en point de vue géué-
Vers. I. 2
l4 INTRODUCTION.
rai SOUS presque aucuns de leurs rapports. On renvoie en conséquence ^ pour les connoître , aux développemens qui précèdent chacune de ces divisions.
La première division des vers sera appelée ici , celle des vers mollusques nus. Le caractère des animaux, quila composent,est d'avoir un corps mollasse non articulé et muni d'un manteau de forme variable. Elle est formée d'une partie des mollusques de Linnœus et de la totalité de ceux appelés nus par Guvier et Lamarck, c'est-à-dire ceux qu'ils ont réunis aux coquillages , à raison des rapports réciproques de leur organisation. Leur respiration s'opère uniquement par des branchies. Ils ont un cœur pour la circulation, et beaucoup ont un cerveau. Ce sont les plus parfaits des>
INTRODUCTION. l5
vers. Les uns nagent vaguement dans les eaux , les autres rampent sur le ventre, et les troisième^se fixent sur les rochers. Tous , à Pexception de la limace, vivent dans la mer. C'est parmi eux^ dans le genre sèche, que Ton trouve les plus grosses espèces de la classe.
La seconde division sera appelée celle des vers proprement dits. Le caractère des animaux qui la composent est d'avoir un corps allongé, ne subissant jamais de métamorphoses, n'ayant jamais de pattes articulées ^ et rarement des yeux. Elle est composée des vers intestinaux de Linnseus, et des vers proprement dits de Cuvier et de Lamarck. Leur respiration s'opère par des trachées^ rarement par des branchies. Ils n'ont point de cœur, et des ganglions leur
ï6 INTRODUCTION,
tienneot lieu de cerveau. Leur organisation est en général fort simple. Les uns nagent librement dans l'eau, les autres demeurent cachés dans des fourreaux qu'ils se forment , dans des trous quils se creusent.
Enfin les autres vivent dans les intestins et autres viscères de l'homme et des animaux. Parmi les premierF.
la plus grande partie habite la mer, le reste , les eaux douces , à l'exception du lombric, qui vit dans la terre.
La troisième division renferme les vers radiaires. Les animaux qui la composent ont le corps dépourvu de tète et ont une disposition à la forme étoilée ou rayonnante. Leur bouche est inférieure. Elle est composée de la totalité des zoophltes de Linnœus , et de deux genres de ses mol-
I \ T R OD U C T I O N. ï-J
lijsques , fi 'une partie des zoopliites deCuvier, delà totalité' des radiaires de Lamarck , excepte les oursins et les astéries. Ils possèdent quelques organes intérieurs, autres que le canal intestinal. Leur respiration s'opère par des tubes absorbans et des trachées aquifères , ou par des voies inconnues. Ils n'ont point de système de circulation , point de moelle longitudinale, rarement des nerfs perceptibles. Ils sont nus et presque entièrement gélatineux. Ils sont tous marins , et nagent les uns temporairement, les autres perpétuellement.
La quatrième division comprend les vers échinodermes de Bruguière.
Les animaux qu'elle renferme sont couverts d'un test calcaire, ou d'une peau coriace , presque toujours garnis d'épines ou de tubercules. Leur
l8 INTRODUCTION.
bouche est toujours inférieure , et ses bords tendent à la forme rayonnante. Ils se fixent à volonté, par le moyen de nombreuses tentacules rétractiles qui sortent à travers leur test ou leur peau. Leur organisation intérieure est peu connue. Ils sont tous marins.
La cinquième division renferme les vers polypes. Leurs caractères sont (l'avoir un corps dépourvu de tête , et aucun autre organe intérieur apparent qu'un canal intestinal, dont rentrée sert de bouche et d'anus. La bouche est supérieure.
Cette division est composée des ^oophites et des infusoires de Linnœus et de quelques genres des moU hisques du même auteur, d'une par* tie des zoophites de Cuvier. Ce sont les plus imparfaits ou les plus sim-
pies des vers. Une partie se fixe sur les corps solides ; une autre se forme âes demeures plus ou moins pierreuses ; et une troisième , celle qui renferme les animaux infusoires , lîage vaguement dans les eaux. Cette division est la dernière du règne animal , et en même temps celle qui a été le plus nouvellement découvei'te, et qui présente les phénomènes les plus remarquables.
La plupart des vers sont si mous, et leurs moyens de défense si foibles, qu'ils sont la proie de tous les poissons et de tous les oiseaux qui les rencontrent , et qui ne dédaignent pas de s'en nourrir. La destruction qu^ils en font est sans doute trèsconsidérable; mais cependant c'est parmi les animaux de leur classe que ks vers trouvent leurs plus dange-
reux ennemis. Les petites espèces sont perpétuellement les victimes des grandes. Les sèclies mangenl les tritonies , les tritonies les néréides, les néréides les sertulaires, les scrtulaires les polypes infusoires, et les polj^pes infusoires, qui ne peuvent manger personne, liument la matière muqueuse qui résulte de la destruction des animaux et des végétaux.
Plusieurs espèces de vers sont si goulus et ont les sens si émoussés, quils mangent souvent leurs sembLibles, qu'ils mangent même leurs bras. îl est vrai que la sage nature n'a pas permis que cet acte de barbarie eût des suites fâcheuses ; qu'elle a voulu que , dans ce cas , après avoir gardé plusieurs heures ou plusieurs jour^ leur mère ou leur bras dans leur es^ tomac, ils les rendissent aussi vivaits.
qu'ils y ëtoieiit entrés. Ils sont , dans chaque espèce , indigestibles les uns pour les autres.
La reproduction des vers est en général effectuée par des œufs ; mais dans l'avant-dernier chaînon , c'està-dire les polypes , on en trouve une, qu'on a appelée par drageons^ parce qu'en effet , comme dans les plantes, elle s'opère par la sortie d'un bourgeon , qui devient un animal parfait, et se sépare de sa mère pour aller former la souche d'une nouvelle production du même genre.
Beaucoup de personnes ont prétendu que la reproduction des vers infusoires étoit spontanée, c'est-àdire qu'ils naissoient sans le concours de leurs semblables ; mais cette opinion, qui explique fort bien les phénomènes qu'ils présentent, est
contraire à l'analogie, et un esprit sage doit se garder de l'adopter, quelque favorables que les apparences soient à son égard.
On trouvera dans les préliminaires de chaque genre, l'exposé de nos connoissances actuelles sur la génération des espèces de ce genre. On n'en peut parler ici plus au long, parce que le mode de cette génération varie trop pour le traiter d'une
manière générale.
La recherche des vers est , en général, si difficile pour le Naturaliste, que ce n'est souvent qu'au hasard qu'il doit ses plus importantes découvertes. Pour le guider, on va passer en revue les différens endroits où il peut les trouver, et indiquer les moyens d'observation les plus appropriés à chaque division.
ÏNTRODlJCTlON. sS
Les vers mollusques nagent dansi la mer, et se prennent ou avec des filets, ou dans les trous où reste de l'eau aux basses marées. Ils peuvent s'étudier même après leur mort , et se conservent passablement dans Tesprit-de-vin.
Les vers de la seconde division , ou vers proprement dits , sont bien plus difficiles à se procurer. Ceux qui vivent dans l'eau se cachent presque tous , comme il a déjà été dit, et il faut savoir trouver leurs demeures. C'est dans les inégalités des rochers, des coquilles , des plantes marines, qu'on doit les chercher. C'est aussi dans le sable , dans la vase de la mer et des eaux douces. Mais les trouver ne suffit pas. Ils se contractent pres(Jue toujours lorsqu'ils redoutent quelque danger, et
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il faut nécessairement leur rendre la sécurité, pour les engager à se développer. Le seul moyen est de les mettre dans des vases avec une quantité d'eau seulement suffisante pour les recouvrir, et de les laisser en repos. Ces vases doivent être plats , pour l'observation horizontale, ou très - hauts , et de verre très - peu épais pour l'observation transversale. Il est très-bon , comme Bosc l'a reconnu , d'avoir , pour le premier de ces modes d'observation, un vase de terre noire ^ parce que les vers sont souvent transparens et que leurs formes se dessinent mieux sur cette couleur que sur les autres.
Quant à l'autre partie de cette division , celle qui comprend les vers qui vivent aux dépens des autres animaux , c'est dans les intestins de
l'homme , des quadrupèdes , des oiseaux , des poissons , des reptiles 5 même des autres vers et des inseclesiqu'il faut les chercher. C'est encore dans le foie , la rate , le poumon , et autres viscères , même dans les tcgurnens et la graisse, qu'on les trouve* L'observation de leur bouche , où sont situes les caractères qui les distinguent^ est extrêmement difficile^ attendu qu'ils restent constamment contractés dès qu'ils sont tires de leur lieu natal, et que même ils ne tardent pas à mourir. Le meilleur moyen pour découvrir leurs organes, lorsqu'on n'a pas pu parvenir à les voir naturellement, est de les mettre entre deux verres minces, et de les y étendre de manière qu'ils se développent par la pression. Il faut toujours le secours du microscope, Vers. l. 3.
OU du moins d'une forte loupe , pour pouvoir distinguer les parties qui environnent la bouche dans les vers intestins, et même dans une partie de ceux de la première section. L'emploi de ces instrumens demande une certain e habitud e , à laquelle la théorie la mieux développée ne peut suppléer, mais qui s'acquiert très-facilement par lusage.
Les vers radiaires sont en général très- gros ; et ils ne sont pas plus difficiles à trouver que les poissons. Ils sont tous marins, et nagent continuellement dans la mer. Ils sont par conséquent aisés à prendre lorsqu'on est pourvu des instrumens nécessaires. Leur grosseur fait ordinairement espérer une étude facile; mais la transparence de la plupart ne la rend pas sans difficulté. Les vases
colores en noir sont très-avantageux pour favoriser leur observation.
Les échinodermes se fixent souvent sur les rochers , où on les ramasse lors de la retraite de la mer.
Leur conservation est très-aisée. Elle peut avoir lieu ou par la dessication ou par l'immersion dans l'esprit-devin. Le dernier moyen est préférable. Leur organisation extérieure est facile à saisir ; mais il n'en est pas de même de l'intérieure. Ils sont , sous ce dernier rapport , les moins connus des vers.
Les vers polypes , nus et fixés , doivent être cherchés sur les rochers, sur les coquilles d'un gros volume , sur les digues , etc. Les grosses espèces marines ne peuvent point échapper à la vue, même lorsqu'elles sont contractées; mais les
petites espèces fluviatiles, appelées proprement polypes , ressemblent dans cet état à un point glutineux , qu'on ne voit que lorsqu'on sait le lieu où il existe. Il faut nécessairement mettre les unes et les autres dans des circonstances favorables , pour pouvoir les observer, c'est-àdire les placer dans un vase plat, rempli de l'eau dans laquelle on les a pris.
C'est toujours sur les rochers qu'il faut chercher les grandes productions des polypes coralligènes. Sou-îvent on ne peut les avoir vivantes qu'en plongeant dans l'eau à des pro* fondeurs considérables , la mer n'en rejetant jamais que des débris dété-»riorés. Les petites se rencontrent souvent dans les mêmes lieux , mais presqu'à la surface ou sur des co^
quilles et des plantes marines que les filets des pêcheurs tirent aisément et abondamment hors de l'eau.
Lorsqu'on désire observer les unes et les autres, il faut aussi les mettre dans un vase , et attendre que les animaux qui les habitent veuillent bien se faire voir. Une loupe suffit ordinairement pour bien distinguer leurs organes extérieurs. La conservation du polypier est aussi aisée que celle des coquilles, mais celle des vers polypes ne peut être tentée qu'au moyen de l'espritdevin. Elle réussit difficilement, et jamais com-^ plétement.
Il ne reste plus que les vers poly^ pes infusoires, qui ne peuvent s'observer qu'au moyen du microscope, ou au moins d'une forte loupe. On en trouve des milliers, souvent de
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beaucoup d'espèces , dans une seule goutte d'eau croupie. Il n'est pas besoin de dire que des animaux qui échappent à la vue ne peuvent être conservés^
Il est très-digne de remarque que ces animaux sont les mêmes dans tous les climats, et que le froid qu'ils supportent sous le cercle polaire n'a pas plus d'action sur eux , que les chaleurs qu'ils éprouvent sous la ligne, ainsi que Riche et Bosc Font observé.
C'est principalement pendant les grandes chaleurs de l'ctë qu'il faut chercher les vers de toutes les classes , soit dans la mer , soit dans l'eau douce, parce que c'est alors qu'ils s'approchent le plus de la surface , qu'ils courent le plus et qu'ils sont fes plus abondans. Pendant l'hiver ,
INTRODUCTION. 5l
du moins dans les climats froids et tempérés , il n'y a pas de reproduction parmi eux , et les causes de destruction sont si nombreuses et si perpétuellement agissantes, que la masse en diminue au point de rendre très-rares au printemps les espèces qu'on trouvoit le plus fréquemment en automne.
La plupart des vers étant mous , s'altèrent très -aisément après leur mort , soit dans l'eau , soit dans l'air ; peu de minutes, peu d'heures ou peu de jours suffisent pour leur destruction organique. Ils ne doivent donc pas devenir fossiles ; tout au plus auront-ils pu fournir un moule à la vase ou à l'argile qui les aura recouverts vivans. Mais quelques genres , tels que les oursins , ont une enveloppe calcaire susceptible d'une certaine
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résistance. D'autres, comme les ma^ drépores, sont entièrement calcaires. On pourra donc les trouver fossiles. Tout ce qui a été dit dans l'article des fossiles , à la fin de Tintro^ duclion de lliistoire des coquilles , leur conviendra donc.
Les oursins fossiles sont aussi et peut-être plus abondans en espèces que les oursins vivans actuellement dans la mer. Onles appelle écliinites.
Ils sont presque tous pélagiens et siliceux , ainsi que leurs épines. Les madrépores , au contraire , ne se trouvent presque jamais que dans les montagnes à couches, dont ils ont très-probablement formé presque seuls la masse, comme on le verra à leur article. Ceux qu'on ren^ contre dans les cantons de dernière formation, n'ont presque point
éprouvé d'altération, et peuvent être décrits comme ceux qui sortent de la mer.
L'homme qui sait tirer parti de toutes les productions de la nature pour son avantage personnel , n a pas négligé les vers ; mais il est vrai de dire qu'ils ne lui fournissent pas un aussi grand nombre d'objets d'utilité que les autres parties.
Quelques genres de vers, tels que ceux de la sèche, de l'ascidie, de l'oursin , de l'actinie , renferment des espèces qui servent habituellement à l'aliment des peuples voisins de la mer. Dans d'autres , ceux de la sangsue et de la coraline , on trouve des espèces qui sont d'un usage ^équent en médecine. Le corail, fort recherché comme objet d'ornement, et qui donne lieu à un commerce
fort étendu , est une production polypeuse. Mais , s'il est plusieurs vers qui sont utiles à riiomme , il en est aussi qui lui sont très-nuisibles. Ce sont les vers intestinaux , dont les uns lui causent des maladies graves, et les autres tourmentent les animaux qu'il emploie à son usage. On entrera à leur égard dans des détails suffisans , à la tête de chaque genre.
VBRS, Tom. î.pag. 5J