‹ Histoire naturelle des zoophytesChapitre 74 sur 179 · Oxyrrhis marine. — Oxj^rrhis marina. — PI. V, fig · texte numérisé non relu

Oxyrrhis marine. — Oxj^rrhis marina. — PI. V, fig

Corps incolore, sub-cylindrique , rugueux, arrondi en arrière. — Longueur 0,03.

Viv.mt dans l’eau de la Méditerranée , conservée depuis deux mois avec des Ulves.

* Ophidomonas jenensis. — Ehr. Infus. i838, p. 43.

Sous ce nom, M. Ehrenberg a décrit un Infusoire brunâtre, long de 0,04, filiforme, à corps très-mince , courbé en spirale, également obtus aux deux extrémités, ayant une trompe filiforme pour organe locomoteur , et beaucoup de cellules stomachales à l’intérieur. Il le découvrit, le 18 septembre, près d’Iéna, et le prit pour type d’un nouveau genre Ophidomonas, caractérisé ainsi : «Animaux dépourvus d’œil, à carapace obtuse, nue, en forme de fil , et se multipliant par division transverse complète. »

IX° Famille.

EUGLÉNIENS.

Animaux de forme très-variable , pourvus d’un tégument contractile, et d’un ou plusieurs filaments flagelliformes servant d’organes locomoteurs.

Nos Eugléniens répondent en grande partie à la famille des Astasiœa de M. Ehrenberg , et j’aurais con-

remarquer la ressemblance Je ce nom avec celui d’Astaciens , déjà employé pour des Crustacés. Les Eugléniens , bien caractérisés par l’instabilité de leur forme et par leur filament flagelliforme moteur, ne pourraient être confondus qu’avec certains Monadiens , si l’on ne savait constater suffisamment chez eux la présence d’un tégument ; mais pour cela plusieurs indices devront guider l’observateur ; ainsi , quand le corps est susceptible de s’aglutiner et de s’étirer ensuite , c’est unepreuvede l’absence d’un tégument; quant, au contraire , le corps toujours libre ne présente dans ses changements de formes que des renflements et des lobes arrondis , comme le pourrait faire un sac élastique non entièrement rempli d’une certaine quantité de matière qui change de place à l’intérieur sans changer de volume ; on peut conclure que l’Infusoire est enveloppé lui-même aussi d’un tégument contractile. Un autre indice est pris de la disposition de la surface qui , dans les Monadiens nus , est inégalement renflée en nodules, tandis que dans les Eugléniens elle est lisse ou régulièrement plissée ou striée. Ces animaux ne pourraient d’ailleurs être confondus avec des Thécamonadiens, que s’ils étaient tout à fait privés de mouvement : c’est bien ce qui arrive pour des Euglèues qui , à une certaine époque de leur vie, se fixent en prenant une forme globuleuse; mais elles sont ordinairement en si grand nombre dans le liquide, qu’on en doit voir en même temps quelques autres en mouvement, et qu’on peut dès lors prononcer avec certitude sur la nature de celles qui sont fixées.

Certains Eugléniens sont remarquables par leur coloration en vert ou en rouge , et par la présence d'un ou de plusieurs points colorés que M. Ehrenberg a

nommés des yeux , d’où le nom Euglena (èJ?, beau;

, œil); mais cela ne suffirait pas, à notre avis , pour établir des distinctions generic[ues ; c est dans la nature ou la structure apparente du tégument , dans le nombre, et dans le mode d’insertion des filaments moteurs, qu’on doit mieux trouver ces caractères. Ainsi nous pouvons séparer d’abord un genre Poljselmis^ caractérisé par la multiplicité de ses filaments, puis de ceux qui ont deux filaments, faire les deux genres Zygoselmis et Hétéronhmc , suivant que les deux filaments sont inégaux dans celui-ci comme dans les Anisonèmes et les Hétéromites, ou égaux dans celui-là comme dans les Diselmis. Restent les Eugléniens à un seul filament , pour lesquels les distinctions seront bien plus artificielles et incertaines. Ceux dont le corps ordinairement coloré se [>rolonge en f[ueue et qui ont I un point rouge oculiforme , sont les Euglcnes , ayant : pour type la Cercaria uiridis de Müller; mais pour I ne pas rompre des rapports naturels , on est obligé ! d’ajouter à ces Euglènes à queue des espèces qui sont habituellement arrondies en arrière. Les espèces sans coloration et sans prolongement caudiforme sont des Astasia , si le filament , agité dans toute son étendue, est inséré brusquement comme chez les Euglènes, au fond d’une entaille du bord antérieur ou sur ce bord même; ce sont des Pèranènies, si ce filament est plus épais et plus roide à sa base , où il semble n’être que le résultat de l’amincissement graduel du corps en avant. Mais ces deux derniers genres, surtout, ne doivent être considérés que comme établis provisoirement pour aider à la désignation de certaines formes ; ils montrent des passages si insensibles de l’un à l’autre , et même aux Monadiens , que l’on sera exposé

à placer dans des genres dilîérenlsles divers degrés de développement d’un môme animal. Gela tient , je le répète, à l’état d’imperfection de nos connaissances réelles sur les Infusoires en général , et m’oblige à répéter encore que la classification proposée ici a seulement pour but de faciliter une étude que des classifications , basées sur de pures hypothèses , avaient rendue presque inaccessible.

Trois espèces du genre Euglène ont été connues de Müller, qui les classa dans ses trois genres, Vibrio, Cercaria ei Enchelys ; il est vraisemblable que dans ce dernier genre , cet auteur a placé également des Péranèmes ou des Astasia ; mais on ne peut, comme je l’ai déjà dit, reconnaître avec certitude ces espèces trop imparfaitement décrites. M. Bory, frappé des caractères de la Cercaria viridis de Millier , la prit pour type de son genre Raphanelle^ caractérisé par un corps cylindracé, contractile, au point d’être quelquefois polymorphe, aminci postérieurement en manière de queue ; mais il plaça dans le même genre le Proteus tenax , et les Enchelys caiidata et gemmata , de Müller. D’un autre côté, il plaça dans son genre Lacrymatoire ^ le Vibrio acus du même auteur, qui est une véritable Euglène; et laissa dans son genre Enchélide, \ Enchelys deses , de Müller, qui est aussi une Euglène , mais qu’il regarde comme étant évidemment un Zoocarpe.

M. Ehrenberg créa , en 1830 , la famille des Astasiœa, comprenant « les polygastriques nus et gymniques ou sans appendices, à bouche ciliée ou nue, à corps allongé devenant polymorphe par la contraction , souvent cylindrique ou fusiforme , et se divisant spontanément di>ns le sens longitudinal ou obliquement. » Il

en faisait trois genres , savoir, les Astasia sans yeux , les Euglena et les Ambfyophis , pourvus d’un seul œil ; mais ceux-ci sans queue, et ceux-là avec une queucv Plus tard, en 1831 , il créa un quatrième genre , Distigma pour les espèces à deux points colorés, ou, comme il le dit, à deux yeux. Puis , en 1832 , il ajouta encore le genre Colacium pour des espèces sans yeux , comme les Astasia, mais fixées par l’extrémité de la queue et pourvues de cils rotatoires (?). Précédemment il avait attribué à tous ses Astasiés , comme à ses Monadiens , une bouche entourée de cils ; mais alors il commençait à douter de ce caractère , et c£uelque temps après il reconnut en ellet que ces animaux ont pour organe locomoteur un filament qu’il nomme une trompe. En 1838, enfin, il ajouta un sixième genre , Chlorogoniiim, formé d’uneancienne espèce d’Astasia, qui n’est pas, dit-il, privée d’œil comme ses congénères, et qui, déplus, possède deux trompes filiformes. Maintenant ses Astasiæa sont pour lui dès « polygastriques anentérés (ou sans tube intestinal), gymniques (ou sans appendices ni cuirasse), changeant spontanément la forme de leur corps , qui est ou qui n’est pas terminé par une c|ueue , et ayant un seul orifice à l’appareil digestif. » 11 distingue d’abord le genre Astasia, sans yeux; puis, parmi ceux qui ont un œil, les Colacium, qui sont fixés par un pédoncule ; tous les autres étant libres, sont les Chlorogoniiim , s’ils ont deux trompes; des Amhljopliis, s’ils sont sans queue; des Euglena, s’ils en sont pourvus au contraire ; un seul genre enfin , Distigma , est caractérisé par la présence de deux yeux. De ces six genres, nous en admettons deux , Astasia et Euglena , en réunissant à ce dernier les , et en le réduisant

lIISTOinE NATURELLE

aux espèces contractiles. Le genre Colacium^ que nous avons rencontré sans l’étudier suffisamment, ne peut être qu’indiqué; les deux autres nous sont inconnus. Mais nous complétons la famille par l’adjonction de diverses formes que M. Ehrenberg n’y admet pas , ou qu’il n’a pas connues.

Cet auteur interprète à sa manière les divers détails qu’on aperçoit par transparence dans l’intérieur du corps des Eugléniens ; comme il a été dit plus haut, les points colorés sont pour lui des yeux, et il a voulu reconnaître un ganglion nerveux auprès de l’œil de son ylmblj'-opliis . Il attribue à des œufs la coloration en vert ou en rouge de plusieurs de ces animaux , et croit voir des estomacs et des organes génitaux mâles dans les parties de forme diverse qu’on voit au milieu de la substance colorée , et qui réfractent plus fortement la lumière , mais qui n’ont aucune connexion entre eux.

La plupart des Eugléniens vivent dans les eaux stagnantes , quelques-uns même y sont tellement abondants, qu’ils les colorent en vert ou en rouge; d’autres se développent dans de vieilles infusions exposées à la lumière. On est exposé à les prendre pour des êtres différents quand on les voit nager, ou quand on les voit fixés sous forme de globules colorés; on les voit souvent en outre se mouvoir en rampant à la manière des Amibes , quand ils ont perrlu leur filament moteur qui se détache à une certaine époque , et reste flottant dans le liquide. Leur mode de propagation n’est pas exactement connu; M. Ehrenberg dit avoir observé chez eux la division spontanée dans le sens longitudinal pour quelques-uns ; il attribue un mode de division spontanée multiple dans une direction oblique au

des infusoires.

Chlorogonium. Je n’ai rien vu de tel, et je ne puis même bien concevoir la possibilité de ces faits; mais j’ai vu dans les Euglénes, fixée sous forme de globules, la substance colorée divisée en deux masses distinctes , ce qui m’a paru être un indice de multiplication prochaine.

g g I Filament plus épais à sa base, partant d'un pro- I p^hanema g l longement aminci i

/ /Sans point oculiforme. . Astasia.

2 S 1 Filament mince <i sa I S c partant du fonde

O = [d’une entaille. i Avec un ou plusieurs)

g'-® I I points oculiformes. . . .}

/Deux rdamcnls égaux Zygoselmis.

EL'GLÉNIENS à deux J „ ,,.p ,

. . < Un iilamenl llaffellirorme nlusv

iilaments moteurs, i . , „P . . t ir

I mince et un filament tramant / IlETEnONEMA.

\rélracteur )

EUGLENIENS à plusieurs filaments Poeyselmis.

l"'' Genre. PÉRANÈME. — Peranema.

An. à corps de forme variable , tantôt presque globuleux, tantôt renflé en arrière et aminci en avant, où il se prolonge en un long tiJament aminci à l’extrémité. — biouvement lent, uniforme, en avant.

Les Péranèmes, dont le nom est formé des mots grecs Tziùx sac, v?,{Az fil, avaient d’abord été nommés par moi Pyronèmes(Ann. sc. nat. 1836, t. 5 , pl. 9), pour indiquer leur forme souvent en poire; mais cette dénomination pouvant être comprise autrement d’après l’emploi d’une autre racine (Trop), et d’ailleurs étant employée par les Botanistes, j’ai dû la changer.

Les Péranèmes sont incolores , formés d’une substance diaphane demi-fluide , entremêlée de granules et de vacuoles INFUSOIRES. 23

et entourée d’un tégument contractile, dont l’existence, quelquefois douteuse , ne se manifeste que par le mode de contraction générale, ou par des plissements et des réticulations peu marquées. Elles n’ont aucun autre organe extérieur que le filament flagelliforme qui, très- long et agité seulement à l’extrémité, produit un mouvement lent , uniforme en avant, pendant que le corps change de forme en se contractant plus ou moins. Ce filament se détache quelquefois à sa base; l’animal alors j au moyen de ses contractions variées, rarnpe sur la plaque de verre, et présente une certaine ressemblance avec une Amibe, mais on l’econnaît cependant que les lobes ou expansions variables qu’il émet de côté et d’auti'e , ne sont pas entièrement dépourvus de tégument comme chez les Amibes. Chacun de ces lobes se retire après s’être avancé , au lieu de devenir un point de départ pour de nouvelles expansions.

Il est probable que les Péranèmes ont été vues par les précédents observateurs , qui les auront prises pour des Encliélides. Je soupçonne que M. Ehrenberg a décrit une espèce de ce genre, sous le nom de Trachelius ti^lchophorus , en citant le Vibrio strictus deMüller comme synonyme douteux.

Ces Infusoires se trouvent dans les eaux de marais plus ou moins altérées , et principalement à la surface des végétaux morts et couverts de vase.

I. PéranÈme Étirée. — Peranema protracta. {Pyronema, Ann. sc. nat. i836, t. 5. p. 9.)

Corps oblong ; mou , x’enflé en arrière, très-aminci en avant. — Longueur de 0,051 à 0,070. — Largeur de 0,014.

.l’observais cet Infusoire, au mois de janvier i83G , parmi des débris de plantes mare'cageuses prises à l’étang du Plessis-Piquet deux mois auparavant. Son filament, long de 0,08 à 0,10, est épais de o.oooiG à l’extrémité où il s’agite vivement , et il devient de plus en plus épais vers sa base où il n a pas moins de 0,001 , et où il se continue avec la partie amincie du corps. J’ai vu quelquefois eet animal privé de son lilaiiient par quelque acci-

dent , et continuant à se mouvoir comme une Amibe , mais sans cinettre de prolongements comme elle, et sur tout sans changer de lieu , il présenté alors une certaine ressemblance avec le Protcus lenax de Müller.

Son corps est le plus souvent pyriforrae, alongé, mais il prend quelquefois laforme d’un sac arrondi, et montre une ou plusieurs vacuoles à l’intérieur ; je le décrivais, en i83G, comme ayant sa surface garnie de tubercules ou de granules assez gros disposés en séries irrégulières , et j’ajoutais qu’on n’y peut reconnaître un tégument réel, quoiqu’il paraisse avoir à l’intérieur plus de consistance que les Monades. Depuis cette époque, l’étude que j’ai eu l’occasion de faire plusieurs fois de cette espèce et de la suivante me permet d’iuterpréter différemment les apparences extérieures et les circonstances du mouvement de cet Infusoire , et d’y considérer, sinon comme certaine , au moins comme probable, l’existence d’un tégument. Des Péranèmes que j’observais au mois de mars i838, dans de l’eau de marais longtemps conservée, montraient plus distinctement un tégument. Leur longueur était de o,o34 à o,o5.

Je ci’ois que c’estune Pérauème que M. Ehrenberg a décrite sous le nom de Trachelius irichophorus (Inf. PI. XXXIII, lig. 1 1) , en lui attribuant un corps cylindrique variable, long de 0,022 à 0,062 , presque en massue, avec une trompe flagelliforme très mince. 11 ajoute que cette trompe est terminée par un bouton , mais il dit n’avoir point revu ce bouton terminal dans la même espèce observée en Russie. 11 n’a pu lui faire absorber de couleur. Cependant, il dit que cet Infusoire est très-gourmand (gefrassig) , et qu’il avale des objets volumineux par une ouverture située à la base de sa trompe.

Page 1