Astasie llmpide. — Astasia limpida. — Pl. V, fig. iî
Corps diaphane, lisse, très-variable, fusiforme , plus ou moins obtus aux deux extrémités, comme fendu en avant et souvent obliquement replié ou tordu sur son axe. — Long de 0,04 à 0,03.
.T’ai observé, au mois de décembre i838, cet Infusoire dans le dépôt formé au fond d’un verre où je faisais végétpr depuis longtemps des Lemna en rajoutant de l’eau de temps en temps; sa forme était aussi variable que celle de l’Euglène verte , et quelques petits granules plus opaques étaient avec de rares vacuoles tout ce qu’on distinguait à l’intérieur ; son filament flagelliforme long de o,oG était bien visible.
' Astasia Jlavicans et Asl. pusilla, Ehr. (Inf. Pl. Vil, fig. ?. et 3.)
Des quatre espèces rapportées aujourd’hui par M. Ehrenberg à son genre Astasia , les deux qui sont colorées en rouge et en vert {A. hccmatodcs , A. viridis), me paraissent , malgré l’absence du
point oculiforme rouge , devoir être reportées avec les Euglènes ; les deux autres, A.Jlavicans et A, pusilla , sont sinon identiques du moins bien voisines de notre Astasie limpide. Leur forme varie exactement de la même manière , et elles ne diffèrent guère que par leur grandeur , la première étant longue de o,oG25 et la seconde de o,g3i2 ; il est bien vraisemblable qu’elles ont l’une et l’autre un filament flagelliforme quoique l’auteur ne l’ait vu que dans la plus petite; l’autre, observée en i83i au printemps, présentait une couleur jaune d’ocre bien manifeste, et même elle colorait de la même nuance la surface d’une eau stagnante. Elle montrait aussi en avant une entaille comme notre Astasie limpide. M. Ehrenberg attribue sa coloration à des œufs ; il n’a pu lui faire avaler des substances colorées non plus qu’à VA. pusilla qu’il croit distincte en raison de la présence du filament et de la grandeur plus considérable des vacuoles ou vésicules internes qu’il nomme des estomacs.
3® Genre. EUGLÈNE. — Euglena. Elir.
Ah. ordinairement colorés en vert ou en rouge, de forme très-variable , le plus souvent oblongs et fusiformes ou renflés au milieu pendant la vie , contractés en boule dans le repos ou après la mort; avec un filament flagelliforme partant d’une entaille en avant, et un ou plusieurs points rouges ou irréguliers vers l’extrémité antérieure.
Le genre Euglène, ayant pour type la Cercaria viridis de Millier, a été institué par M. Ehrenberg, et composé, d’une part , avec des espèces analogues à celle-là , également contractiles ; et d’autre part , avec des espèces de forme comprimée ou foliacée, entièrement dépourvues de contractilité , et devant appartenir au genre Phacus. Aussi cet auteur distingue-t-il simplement ses Euglènes des autres Astasiés par la présence d’un œil rouge et d’un prolongement caudiforme. II leur attribuait , dans ses premiers mémoires, une couronne de cils vibratiles autour de la bouche ; mais plus récemment, il a reconnu leur filament moteur qu’il nomme une trompe simple filiforme. Comme oi'ganes digestifs , il décrit chez ces
Infusoires de nombreuses vésicules ou vacuoles, mais il n’a pu leur faire avaler des substances colorées ; la coloration propre de tous ces êtres lui paraît provenir d’une accumulation de granules qu’il prend pour des œufs, et dans plusieurs espèces, il a voulu nommer testicules des concrétions internes de diverses formes ; ce sont des corpuscules transparents , bacillaires dans VEuglena acus ; ces corpuscules ressemblent à des cristaux polyédriques dans VE. deses, et ce sont deux gros corps annulaires dans VE. spirogyra. Il indique la division spontanée de VEuglena acus , comme ayant lieu dans le sens longitudinal ; il déclare que les points rouges sont de vrais yeux, et termine en disant que les vaisseaux, en raison de leur finesse, sont restés inconnus.
Les Euglènes, parmi lesquelles je ne comprends , comme je l’ai déjà dit , que les espèces contractiles, m’ont paru tout autrement organisées qu’à M. Ehrenberg. En effet, le point rouge dont cependant j’indique la présence comme caractél’istique, bien loin d’être un œil véritable, se montre souvent comme une agrégation irrégulière de deux , trois ou même quatre grains rouges quelquefois très-écartés les uns des autres ; la substance verte intérieure paraît tapisser irrégulièrement le tégument contractile diaphane , et quand on écrase l’animal entre deux lames de verre , cette substance verte se répand comme une pulpe molle glutineuse qui se contracte en globules inégaux , ainsi que la substance glutineuse des autres Infusoires , mais elle n’est point du tout formée de granules réguliers. Au milieu de cette pulpe verte, il reste dans l’enveloppe, après l’écrasement, un disque blanc qui réfracte un peu plus fortement la lumière , et qu’on ne peut rationnellement prendre pour un ganglion nerveux ni pour un testicule : c’est quelque chose d’analogue aux disques diaphanes , résistants, des Pliacuss,\i\' la nature desquels on ne peut rien dii’e.
La substance verte , qui est assez uniformément répandue à l’intérieur dans les Euglènes bien vives , se contracte en forme de gros plis irréguliers , laissant entre eux des la-
cunes et des vacuoles, quand ces animaux ne se trouvent plus dans les conditions nécessaires à leur existence : les intervalles sont occupés pai'une substance glutineuse diaphane , incolore, qu’on voit bien sortir en même temps, lorsqu’on écrase une Euglène , et qui occupe seule la queue et la partie antérieure du corps. J’ai bien vu d’ailleurs dans VJEuglena acus ^ les corpuscules bacillaires signalés par M. Ehrenberg, mais je ne sais ce qu’ils peuvent être. Les Euglènes soumises à l’action de la potasse , meurent sans présenter la moindi-e trace de tégument, la couleur verte n’est pas altérée , et la tache rouge persiste comme un petit noyau bien distinct, ou laisse plusieurs noyaux semblables. L’acide nitrique, au contraire, change la couleur verte en couleur olive; il n’altère pas les gi’anules rouges, et laisse une apparence de tégument transparent. Les Euglènes nageant librement dans l’eau au moyen de leur filament flagelfiforme, sont ordinairement alongées en fuseau; mais si elles éprouvent quelque gêne, elles se courbent et se renflent de diverses manières ; on les voit successivement prendre la forme de navet, de radis ou de poire ou de toupie ou de globule , mais elles prennent invariablement cette dernière forme, quand elles se fixent aux parois les plus éclairées du vase, ou aux bords du liquide; et comme alors elles sont privées de mouvement et dégagent du gaz. (oxygène?) sous l’influence de la lumière solaire , elles peuvent bien être prises pour des végétaux, comme elles l’ont été en elfet par beaucoup de botanistes. Quand elles sont ainsi fixées, on en voit souvent qui présentent à l’intérieur d’une enveloppe diaphane la substance verte formant deux masses distinctes, ce qui semble annoncer une division spontanée commençante. Les Euglènes sont quelquefois en si grand nombre dans les eaux , qu’elles les colorent en vert ou eu rouge , et qu’elles forment à la surface et sur les bords une pellicule luisante, vivement colorée; cette pellicule, recueillie sur du papier, conserve pendant quelque temps sa nuance brillante, mais peu à peu elle la perd et se fane comme la chromule des végétaux.
On observe que quand l’eau commence à manquer, le filament des Euglènes se détache , et on le voit isolé dans le liquide, tandis que l’animal privé de cet organe continue à se mouvoir en changeant de forme presque comme les Amibes.
Les Euglènes se trouvent principalement dans les eaux stagnantes, dans les ornières et dans les fossés près des habitations ; on en voit souvent dans des eaux de marais conservées depuis longtemps avec des débris de végétaux ; on les voit aussi quelquefois dans de tres-vieilles infusions exposées à la lumière , et même dans l’eau de pluie gardée dans un flacon vivement éclairé.
I. EcglÈne verte. — Euglena viridis (i). PI. V. fig. g et lo.
Corps fusiforme , aminci postérieurement en manière de queue ; vert. -^Longueur de 0,05 à 0,09. — Largeur 0,025 , quand il est contracté en boule.
Cette espèce, la plus commune de ce genre , et peut être la plus répandue de tousles Infusoires, est celle qui colore le plus oi’dinairement les eaux stagnantes. On ne peut donc manquer de la rencontrer toutes les fois qu’on voudra l’étudier. Je l’ai même trouvée vivante dans l’eau gelée des ornières en hiver. C’est à elle que se rapportent surtout les généralités exposées ci-dessus. Son filament moteur est plus long que le corps , et d’une ténuité extrême. Müller, qui la nomma Cercaria viridis, lui attribua faussement une queue bifide, par suite d’une illusion d’optique. 11 l’observa , au mois d’avril , dans l’eau d’un fossé de faubourg , recouverte d’une pellicule verte , et signala fort bien tous ses changements de formes.
Sa longueur est plus souvent au dessous qu’au dessus de la
(l) Enchelys tertia, Hill. Hist. of anini. I74i- Enchelys viridis, Schrank. 1780 , mém. de Munich.
Cercaria viridis, Müller, Infus. PI. XIX, fig. 6-l3.
Furcocerca viridis, Lamarck , An. sans vert. t. l.
Enchelys viridis, Nilzsch. Beylr. — Encycl. 1827.
Raphanelln urbica, Bory , Encycl. 1824.
Euglena viridis, Ehr. mém. i83o. Infus. i838, Pl. VII, fig. 9.
longueur moyenne 0,07. Une Euglène, longue de 0,045, s’était développée abondamment dans une vieille infusion de réglisse, et tapissait d’une couche verte l’intérieur du flacon; sa couleur était un vert très-foncé, et le point rouge était peu visible; l’extrémité caudale était aussi plus obtuse que dans l’Euglcne verte ordinaire. Aussi avais-je pensé à la regarder comme une espèce distincte , d’autant plus que beaucoup d’individus contractés en boule montraient à l’intérieur la matière verte divisée en deux lobes , ce qui était un indice certain de multiplication ; mais depuis lors, je me suis convaincu que cette Euglène varie considérablement de grandeur, suivant les circonstances de son développement.
2. Edglène gÊniculée. — Euglena geniculaia. — PI. V. fig. i5-iG.
Corps alongé, cylindrique, flexible, mais peu contractile, à mouvements lents, avec une queue amincie , articulée en angle ou gcuiculée ; vert. — Longueur de 0,123 à 0,130.
J’ai observé plusieurs fois (iG octobre 1837), dans l’eau deSeine, ou dans l’eau des étangs des environs de Paris , cette grande espèce d’Euglène remarquable par sa forme alongée, par son diamètre presque égal dans toute sa longueur, sans renflement comme dans la précédente , et par sa queue articulée , et susceptible de se fixer en s’agglutinant à la plaque de verre.