LIVRE CINQUIÈME
5° FAMILLE. LES PHYSOPHORÉES, PnvsoPHoR&.
Hydrostatica, G. Cuv.— Vesiculares, Gham. et Eysenh. — Physogrades ou Hydrosiatiques , de Blainv. — Syphonophoræ , Eschsch. — Physophorideæ , Brandt.
Tige cylindrique verticale, creuse, commençant par une vessie aérienne, ayant une ouverture en soupape, où donnant attache à des ampoules aériennes latérales, diversiformes, entreméêlées de sacs stomacaux diletables, munis de suçoirs. ou terminés par des paquets de sucoirs entremêlés de vrilles et de tentacules cirrhigères, et des appareils natateurs de formes trèsvariées et diversement creusées en canaux aériens. Des paquets d’ovaires placés à la base des estomacs exsertiles.
Telle est la définition que nous croyons devoir donner des acalèphes que nous plaçons parmi les physophorées. MM. Quoy et Gaimard ont généralisé dans la partie zoologique du Voyage de l’Astrolabe (t. IV, p. 46) des idées sommaires que nous croyons devoir reproduire intégralement, parce qu’elles reposent sur l'observation directe, bien qu'elles doivent, d’après nos vues, être grandement modifiées. Dans la famille précédente, en effet, nous avons classé des genres que ces voyageurs placent parmi leurs physogrades.
Voici le Mémoire de MM. Quoy et Gaimard , que nous reproduisons pour l’histoire de cette famille :
a C’est à Forskahl que nous devons la connaissance de ces animaux pélagiens dont les formes sont si singulières et l’organisation si difficile à saisir. Personne depuis lui n’en avait observé directement, jusqu’à l'expédition des terres australes, que MM. Péron et Lesueur en rcprésentèrent deux individus dans leur ouvrage.
« Aux physophores déjà connues , ils ajoutérent les genres stéphanomie et rhizophyse. Mais nous n’adoptons point ce dernier genre, fait aux dépens d’un animal incomplet. Leur rhizophyse, en effet, n’esl qu’un axe de physophore ou mieux de stéphanomie, portant encore sa vessie aérienne , mais dépouillé de ses ampoules , de ses appendices en forme de suçoirs et même de ses longs tentacules en vrilies, ce qui àrrive facilement dans ces zoophytes , ainsi que nous l'avons plusieurs
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fois observé , tant est faible l’adhérence des parties qui viennent se grouper autour de cet axe.
« Ce n’est qu'après une comparaison attentive de ces animaux que nous nous sommes décidé à rejeter le genre rhizophyse et à reporter aux
stéphanomies les individus qui avaient reçu cette première dénomina-
tion , soit dans les Annales des Sciences naturelles (tome X,p::177), soit dans nos manuscrits, dont s’est servi M. de Blainville pour son article Zoophyte.
« On verra par nos dessins, combien peu les stéphanomies différent des physophores et les rapports qui lient les unes aux autres. Leur axe central est à peu de chose près le même, et la plupart portent la bulle hydrostatique qui leur a valu le nom de physogrades. Mais comme ces animaux sont d’une délicatesse et d’une moillesse extrêmes, un rien les brise et leur fait perdre quelques-unes de leurs parties, d’où ces lambeaux dont on a formé des espèces et des genres incomplets.
« Ces zoophytes ne viennent à la surface que dans les calmes parfaits des mers équatoriales. Ils s’y maintiennent à l’aide de la bulle d'air placée au sommet de leur axe radicuiaire , par conséquent ils nagent toujours verticalement. Ceux qui l'ont perdue peuvent encore conserver celte position, mais ils prennent plus souvent l'horizontale. il est probable qu’ils ont la faculté de vider cet air pour descendre par le mauvais temps dans des zones plus calmes. Toutefois nous n’avons pu les forcer à nous dévoiler ce mécanisme, soit en les conservant pendant quelque temps, ou en les tourmentant dans un vase. Lorsqu’ils sont morts et commencent à se putréfier , la bulle d’air persiste encore dans la double et résistante membrane qui la contient,
« Toutes les parties de ces êtres n’ont pas la même vitalité. Les appendices natateurs creux sont souvent très-mobiles et vivent plusieurs heures, pourvu qu’on renouvelle l’eau. Ceux au contraire qui sont pleins n’ont point de mouvement, ou du moins n'en manifestent que lorsqu'ils font partie de l’animal complet. L’axe et les tentacules sont d’une irritabilité extrême , quoique séparés des autres parties. Nous en avons vu vivre pendant douze heures sans renouveler l’eau. Ils s’allongent et se développent prodigieusement , pour rentrer brusquement au moindre contact sous jes folioles qui les cachent. Les suçoirs ressemblent, dans leur mouvement continuel, à de petites sangsues.
« Ces zoophytes sont quelquefois incolores dans toutes leurs parties, et tellement hyalins, qu’on a de la peine à les apercevoir dans le vase qui les contient, bien que leur longueur soit souvent de plusieurs pouces. D’autres brillent des plus élégantes couleurs, auxquelles il faut ajouter la diaphanéilé que ne peut rendre aucun dessin. Tous ont ordinairement l’extrémité de leurs cirrhes tentaculaires colorée. Leur fragilité est telle qu’on est fort heureux lorsqu'ils ne laissent pas sur le filet d’étamine qui sert à les prendre une partie d'eux-mêmes,
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« Mis dans un vase convenable , il faut que l'observateur attende qu’ils veulent bien se développer, s’agiter et montrer l’ensemble de Jeur organisation , qui est fort compliquée. Nous avouons avoir éprouvé de grandes difficullés à ce sujet, et nous laissons sans doute beaucoup à désirer. Comment cela ne serait-il pas, lorsque sur un plan peu stable , il faut constamment avoir le vase d’une main el la loupe de l’autre pour faire tomber sur un animal mobile les rayons de lumiere les plus convenables ? Ces animaux ont parfois des mouvements trèsrapides , surtout ceux qui ont des appendices locomoteurs creux. Il est curieux de voir comment toutes ces ouvertures , qui ressemblent à de petites bouches , s’animent et s’agitent pour concourir à déplacer l’individu. Nous n’avons point été à même de saisir leur nutrition ; nous pensons cependant qu’elle a lieu de la même manière que dans les physales et chez certaines méduses,; c’est-à-dire que le plus souvent elle est moléculaire, mais que dans certains cas de petits animaux peuvent être absorbés par les suçoirs des individus qui en sont pourvus. Nous avons remarqué que les ampoules creuses rejetaient quelquefois une sanie blanchâtre. Serait-ce une autre voie d'alimentation que la nature aurait donnée à quelques-uns de ces animaux? Des filets trèsdéliés qui parcourent ces appendices sont autant de vaisseaux qui les font communiquer avec l’axe commun.
« Voici en définitive Les parties constituantes des physophores et des stéphanomies :
1°, Un axe central simple ou ramifié , plus ou moins long, probablement creux, portant je plus souvent à son extrémité supérieure une ampoule à double membrane, pourvue d’une ouverture ciliée. Une seule fois, en pressant un de ces globules , nous en avons fait sortir un appendice ramifié.
2°. Des appendices qui simulent des suçoirs de formes diverses , le plus souvent relégués à la partie supérieure et disposés de manière à paraître radiaires ; iis cachent une vésicule , rarement deux, renflée en forme d’outre, ayant une ouverture en rose.
3°. Des paquets d’ovules répartis le long de la chaine, ou groupés seulement à sa partie supérieure.
4°, Des suçoirs et de longs tentacules déliés, terminés par de petits boutons en forme de vrilles.
5°. Enfin des appendices creux ou pleins, placés au sommet de l'axe ou dans sa longueur de chaque côté, susceptibles de recouvrir toutes les parties que nous venons de mentionner. Ce sont eux qui serviront principalement à caractériser les espéces.
« Elles sont assez constantes dans leurs formes, pour que, lorsqu'on rencontre une partie principale isolée ( un appendice nataleur, par exemple ) qui diffère de celles qui sont connues, on puisse à coup sûr la considérer comme appartenant à une espèce nouvelle. D’autres fois on ne trouve qu'un axe avec ses tentacules , ses ovaires et même ses
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sucoirs, vivant et s'agitant dans l’eau. Ici les caractères sont un peu moins sûrs pour dire s'ils appartiennent à un animal nouveau, parce qu'on peut voir par nos figures , qu’il est plusieurs de ces organes qui se ressemblent, et que par eux seuls on ne peut point déduire la forme des appendices locomoteurs , et s’ils sont pleins ou creux.
« Les physales doivent naturellement faire partie’ de cette famille, et s’il n’est pas démontré qu’elles doivent appartenir aux mollusques, c’est après les physophores qu’il faudra les mettre, comme nous paraissant avoir une organisation un peu moins compliquée. Les tentacules d’une physale étudiée avec soin, n’avaient pas moins de 15 à 20 pieds de longueur, et toutes ses parties étaient parfaitement développées. Ayant observé un assez grand nombre de ces animaux de tous les âges, nous serions disposé à croire qu’il n’en existe que deux espèces, dont l’une plus grande, qu’on peut appeler commune ou atlantique , parce qu’elle abonde dans cet Océan , et l’autre plus petite, à crête à peiné colorée , au’on rencontre dans les mers du Sud, »
Lamarck placait le genre stéphanomie parmi ses radiaires anomales ayant des bouches en nombre indéterminé, et parmi celles à bouche unique et centrale, ayant une vessie aérienne, les senres physophore (qu’il écrit pkyssophore) , rhizophyse et physalie. Suivant lui, ces animaux ont le corps mou, muni à l’une de ses extrémités d’une vessie remplie d'air, et la plupart sont entourés de pièces cartilagineuses pourvues de cavités natatoires. Les physophorées se distinguent surtout des diphydes parce que leurs organes digestifs ne sont point intimement unis aux pièces cartilagineuses , et par la vessie terminale pleine d’air qui soutient l'animal à la surface des eaux. L’air peut sortir de cette vessie et y être introduit de nouveau.
A partir de la vessie aérifère, le corps mou se continue comme un canal nourricier pourvu de plusieurs trompes ou sucoirs, et portant aussi un grand nombre de tentacules qui présentent dans chaque genre une structure différente. Tantôt ce sont des filaments simples roulés en tire-bouchon ou garnis de sucoirs mamelonnés, tantôt ils portent des rameaux déliés qui peuvent euxmêmes aussi être simples ou être terminés par un renflement surmonté de deux ou trois pointes. Quelques genres sont distingués par des réservoirs particuliers de liquide à la base des tentacules.
! Dans le système de MM. Quoy et Gaimard, mais pas dans le nôtre.
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Les pièces cartilagineuses transparentes qui, en nombre variable, entourent le conduit nourricier dans la plupart des physophorées, sont dans quelques genres d’une seule sorte, et, dans ce cas encore, ce sont ou des pièces pleines destinées seulement à protéger le corps , ou bien elles sont creusées d’une ca- .vité natatoire , et sont des organes de locomotion qui agissent en se contractant, et pour chasser en arrière l’eau qu’elles contiennent. Dans d’autres genres , la partie supérieure, la plus voisine de la vessie aérifère, est pourvue de pièces creusées d’une cavité natatoire, et toujours disposées sur deux rangs alternes, tandis que le reste du corps est entouré de pièces pleines de formes très-différentes et irrégulièrement placées.
M. de Blainville (Manuel, p. 111) appelle cette famille physogrades ou hydrostatiques , en classant les genres qui lui appartiennent parmi les zoophytes faux, et en ajoutant en note : Animaux rapportés à tort aux zoophytes. Ces physogrades comprennent les genres physalus, physophora, diphysa, rhizophysa, stephanomia, protomedea et rhodophysa. Pour M. de Blainville , ses physogrades sont des animaux à « corps régulier, « symétrique, bilatéral, charnu, contractile, souvent fort long, « pourvu d’un canal intestimal complet, avec une dilatation plus « ou moins considérable aérifère ; une bouche , un anus, l’un et « l’autre terminaux, et des branchies anomales en forme de cir- « rhes très-longs, très-contractiles, entremêlés avec les ovaires. »
Il divise cette famille en trois groupes :
1°. Physogrades à organe natatoire, simple , lamelleux , comprenant le seul genre physale ;
90, Physogrades à organes natateurs complexes et vésiculeux, renfermant les genres physophore, diphyse et rhizophyse ;
3°. Enfin les physogrades ayant deux sortes d'organes locomoteurs, les antérieurs creux, les postérieurs solides, et qui ont les genres apolemia, stéphanomie, protomédée et rhodophyse.
Cuvier, dans son Règne animal, admet la famille des physo- : phores, et mentionne les genres physophore, hippopode, cupulite, racémide, rhizophyse et stéphanomie, mais sans rien ajouter de nouveau aux détails fournis par les créateurs de ces genres.
Pour Eschscholtz, sa famille des physophoridæ correspond à
PHYSOPHORÉES. 487 nos pléthosomées, à nos physophorées et à nos physalées. 11 les divise ainsi : ‘
de Division. Corps entouré de pièces cartilagineuses.
A. Tentacules avec des réservoirs de liquide.
a. Réservoirs de liquide à la base des tentacules.