PI
Cette physalie se distingue de toutes les espèces du genre par des caractères zoologiques très-précis. Elle est la seule qui n’ait point d’extrémité pos!érieure garnie de verrues charnues ; elle est aussi la seule qui ait sous le corps plusieurs tentacules à glandes vénéniféres. Sa taille et quelques autres particularités la distinguent aussi facilement dès la première vue.
Le corps est charnu, solide ; la bouche subcentrale, est entourée d’épais mamelons hépatiques, denses et comme cartilagineux. La vessie est cylindrique, assez régulière, plus dilatée à son milieu, atténuée et arrondie à ses deux extrémités. La postérieure est courte et mamelonnée. L’antérieure est amincie, allongée. Cette vessie a jusqu’à 11 ou 12 pouces de longueur, sur 2 à 3 pouces de largeur. Son aspect est vitré, transparent. Sa coloration est celle du pourpre dégradé passant au riche violet, puis à l’azur en dessous. La crête qui surmonte la vessie est verticale , haute de 12 à 20 lignes, et s’arrête à { pouce de l’extrémité postérieure ct à 18 lignes ou 2 pouces de l'extrémité antérieure. La largeur de sa base est de 1 pouce, et son sominet est en biseau mince, coloré en rouge trés-vif. Cette crête est brillante et limpide comme Île Cristal, et seulement les rainures droites qui la sectioanent, sont colorées en pourpre rutilant, en violet dégradé et en azur clair. Les gros mamelons du corps sont d’un bleu glauque tirant au vert-bleu, tandis-que tous les tentacuies sont d’un bleu céleste de la plus grande beauté. Les tentacules à cils sont transparents ; ceux à godets sont bleu pâle ; mais les glandes vénéneuses qui en occupent la frange sont d’un bleu-indigo foncé.
Les tentacules stomacaux sont longs de { pouce, tandis que ceux que nous soupçonnons être affectés à la respiration , au nombre de trente à quarante, sont fragiles, délicats, capillacés et longs de plusieurs pieds.
? Explication des figures de cette planche 6.
Fig. 1, physalie entière. M, divisions dichotomiques de la vessie aérienne pour constituer la crête. L, jeune physale attachée à son foie, et dont les sacs stomacaux ne sont pas encore développés. G GG, pores glanduleux excréteurs du fluide stupéfant. KK, sacs stomacaux er divers états de contraction. H, plaques granuleuses du centre du sac stomacal. [, ouvertures des trachées respiratoires ; eee, pores en série sur le rebord de la membrane; a b c d, suçoirs avec leurs ventouses, en divers états de vacuité. F, portion rostrale de la vessie, et marque de l’ouverture sur la portion dessinée vis-à-vis,
Quant aux grands tentacules, ils sont au nombre de vingt et acquièrent une trés-grande Jongueur. Un peu plus larges et plus solides à leur point d'attache, ils diminuent graduellement et finissent en pointe déliée. En se raccourcissant par la contraction, ces tentacules ressemblent à une corde qui serait garnie de nœuds à se toucher, nœuds que simulent les rosettes en spirale des glandes vénénifères , formant alors des cercles pressés. Le suc que distillent ces glandes est trés-acre et se dissout complétement dans l’eau, qu’il colore en bleu d’outremer et qu’il rend vénéneuse. Alors il laisse exhaler une odeur très-désagréable , et si on y verse un acide, il passe instantanément au rouge comme la teinture de tournesol. |
Cette physalie se nourrit de poissons , tels que scombres, maquereaux et exocets. Ses ventouses stomacales agissent sur les chairs que leur bouche presse comme celle des sangsues quand elles font le vide pour tirer du sang. La matière vénéneuse des grands tentacules agit en frappant de stupeur l’animal , et aussi trés-probablement pour en dissoudre les parties solides, à la manière du venin des serpents.
La physalie de l’Atlantide habite exclusivement l’Océan Atlantique, entre les tropiques , qu’elle ne franchit qu’accidentellement. C’est par troupes considérables que nous la rencontràmes , en septembre 1873, par les 7 degrés de lat. n. et par les 23 de long. occidentale.
Dutertre, ce véridique historien des Antilles : , a imprimé sur ce zoophyte , qu’il appelle galère , de curieux détails. « Il faut que j’ayoue ingénument , dit-il, que je me trouvai fort empêché, dans la première édition de mon livre, lorsque je voulus faire la description de la galère; car ce poisson me sembla si particulier dans sa forme , que je ne savais sous quelle catégorie 1e ranger ; C’est ce qui m’obligea , dans mon dernier voyage, d’en rechercher fort curieusement toutes les particularités; et je remarquai que tout ce qui paraissait au-dessus de l’eau n’était qu’une vessie de la grandeur d’un œuf d’oie, claire et transparente comme une feuille de talc bien fin , toute violette et bordée par le haut (où elle se rétrécit) d’un filet incarnat. Toute cette figure ovale est mollement plissée et comme rayée à la façon d’une coquille. Il y a audessous une certaine petite masse gluante, de laquelle sortent huit bras, comme huit lanières, iongues de la longueur de la main, dont quatre s'élèvent en l’air, des deux côtés, pour lui servir de voiles, et les quatre autres lui servent de rames dans l’eau. Ce qui m’a fait croire et dire dans ma première édition que ce poisson naissait de l’écume d’un petit limaçon, est que j'ai vu, en certains temps, le long des côtes de ces îles, une grande quantité de petits limaçons de mer (janthines), dont j’ouverture de la coque était bouchée de ces petites galères (erreur; l’auteur confond ici le pied supportant les grappes spumeuses et orifères du mollusque }), qui n'étaient pas plus grosses que de petites fèves;
nm raqe nrde émsn rorqr carrier
! Histoire des Antilles (1673), t. 11, p. 225, sect, 24, fig, 295.
mais peul-étre que lès œufs de ce poisson s'étaient arrêtés dans ces coques ct que ces poissons s’y élaient formés. k
« Ce poisson croit par succession de temps, jusqu’à la grosseur d’un œuf d’oie ou quelque peu davantage. Il flotte perpétuellement sur l’eau au gré des vents et des ondes, et bien loin de s’enfoncer au fond de la mer quand 6n lui a fait peur, je crois qu’il est impossible de le faire, car j'en ai vus frappés avec des cordes, tourmentés avec des seaux pour les prendre , Sans en avoir vu un seul aller à fond. Cette galère est autant agréable à la vue qu’elle est dangereuse au corps; car je puis assurer avec vérité qu’elle est chargée de la plus mauvaise marchandise qui füt jamais sur la mer, et qu’elle porte en soi le venin le plus prompt et ie plus subtil qui soit dans tout le reste des créatures. J’en parle comme savant et comme en ayant fait l'expérience à mes dépens; car un jour que je gouvernais un petit canot, ayant aperçu en mer une de ces galères, je fus curieux de voir la forme de cet animal et de rechercher attentivement si je pouvais rencontrer quelque chose de remarquable; maïs je ne l’eus pas plutôt prise que toutes ses fibres m'engluërent toule ia main, et à peine en eus-je senti la fraîcheur (car il est froid au toucher) qu'il me sembla avoir plongé mon bras jusqu’à l’épaule dans une chaudière d'huile bouillante, et cela avec de si étranges douleurs, que quelque violence que je me pusse faire pour me contenir, de peur qu’on ne se moquât de moi, je ne pus m’empécher de crier par plusieurs fois à pleine tête : Miséricorde, mon Dieu ! je brüle , je brüle! De bonne fortune pour moi, cela m’arriva à deux heures après midi; car s’il arrive que l’on tombe dans cet accident au matin, la douleur croît toujours jusqu’à midi, et diminue à mesure que le soleil décline; et le soleil se cachant sous lhorizon , l’on est entiérement garanti. |
« L'on en voit quelquefois toute la côte bordée, ce qui est une marque infaillible d’une tempête prochaine, et lorsque l’on marche dessus, elles pètent comme ces véssies que l’on trouve dans le corps des carpes ; mais il faut prendre garde que ce ne soit pas à pieds nus, car l’on ressentirait les mêmes douleurs. L’eau-de-vie battue avec un peu d'huile de noix d’acajou , est le remède dont on se sert pour dissiper cette douleur, à quoi les frictions fortes sont aussi excellentes. »
Les propriétés loxiques de la physale sont célèbres aux Indes occidentales. M. Ricord-Madiana, médecin établi à la Guadeloupe, a écrit sur ce sujet un Mémoire fort curieux et très-peu connu, que nous reproduirons.
Leblond ( Z’oyage aux Antilles, tom. I, p. 350) donne une figure de physalie, et dit : « Un jour, je me baignais avec quelques amis dans une grande anse, devant l'habitation où je demeurais. Pendant qu'on pêchait de la sardine pour le déjeuner, je m’amusai à plonger, à la maniére des Caraïbes, dans la lame prête à se déployer; parvenu de l’autre côté, je gagnais au large et reycnais sur une autre vague m'échoucr
sur le rivage. Cette prouesse, que les autres ne s’avisaient pas de tenter, faillit me coûter la vie. Une gaière, dont plusieurs s'étaient: échouées sur le sable, se fixa sur mon épaule gauche, au moment où ja lame me rapportait à terre ; je la détachai promptement, mais plusieurs de ses filaments restèrent collés à ma peau jusqu’au bras. Bientôt je sentis à l’aisselle une douleur si vive, que, prêt à m’évanouir, je saisis un flacon d’huile qui était là, et j’en avalai la moitié, pendant qu’on me frottait avec l’autre ; mais la douleur s’étendant au cœur, j'eus un évanouissement. Revenu à moi, je me sentis assez bien pour retourner à la maison, où deux heures de repos me rélablirent, à Ja cuisson près, qui se dissipa dans Ja nuit.
Gn lit dans la Varralion du naufrage de la /Héduse, par Savigny, « qu’une espèce de mollusque, connu à bord des vaisseaux sous le nom de galère, était quelquefois poussée sur !e radeau en très-grand nombre, et lorsque leurs longues expansions se reposaient sur des membres dépouillés, elles occasionnaient les souffrances les plus cruelles,
Beaucoup d'habitants des Antilles, et plusieurs des savants ed les habitent, disent que les galères sont un poison violent, et que les nègres s’en servent, aprés les avoir fait sécher et pulvérisées, pour empoisonner les hommes et les besliaux. Les pêcheurs des îles croient aussi que lorsque les poissons avalent des galères, ils deviennent délétères et cmpoisonnent ceux qui les mangent. Ce préjugé a été adopté par beau coup de voyageurs et a même trouvé place dans un grand nombre de livres scientifiques. Nous allons voir par l’expérience que la galére peut bien brüler la main ignorante qui touche ses tentacules , mais que lorsqu'elle est séchée et pulvérisée au soleil, ce n’est plus qu’une substance inerte qui ne produit aucun effet sur l’économie animale. Voici cependant ce qu’on Hit dans les ouvrages des voyageurs les plus célébres : « 11 ne faut pas manger la bécune sans précaution, dit le P, Labat (voi. IF, p. 31), car ce poisson est sujet à s’empoisonner ct à empoisonner ceux qui le mangent quand il est dans cet état. Comme il est extrêmement vorace, il mange goulûment tout ce qui se rencontre dedans et dessus l’eau, et il arrive très-souvent qu'il s’y rencontre des galères ou des pommes de mancenillier, qui sont des poisons très-violents et irès-causliques. La bécune n’en meurt pas, quoiqu’elle en mange; mais sa chair contracte le venin ct fait mourir ceux qui la mangeut, comme s'ils avaient mangé de ces méchantes pommes ou des galères. »
« Il y à tout licu de croire, dit M. Leblonä ( ouvrage cité), que la sardine, après avoir mangé des filaments ou tentacules de galères, acquiert une qualité vénéneuse, ainsique plusicurs autres espèces de poissons. Me trouvant à souper, continue-t-il, dans une auberge avec d’autres personres, on servit une bécune , dont les gastronomes sont très-friands, et qui d'ordinaire ne fait aucun mal; cinq en mangèrent et éprouvérent bientôt après des symplômes de poison qui se manifestèrent par
550 ACALEPTIES,
une chaleur brülante à la région de l'estomac. J’en saignai deux : l’un fut guéri par le vomissement , l’autre ne voulut rien prendre que du thé et quelques cuillerées d'huile. La colique dura toute la nuit, s’apaisa le matin ; mais il lui resta une horreur de l’eau telle, qu’en la voyant seulement dans un verre, il en pâlissait comme quelqu'un prêt à se trouver mal. Cette incommodité se dissipa d’elle-même. » Et M. Leblond conclut de ce fait que les poissons qui mangent des galères deviennent un poison pour ceux qui s’en nourrissent; et cependant rien n'avait prouvé à M. Leblond que cette bécune eût mangé des galères ou toute autre substance réputée vénéneuse. Mais les livres scientifiques, dont un bon nombre ne sont que des échos, répètent aussi tout ce qui a été publié de vrai ou de faux par les voyageurs ‘, qui la plupart n’ont fait que répéter à leur tour ce qu’on leur avait raconté dans les pays qu'ils avaient visités.
Écoutons celui-ci : « Je ne vois pas pourquoi on veut élever des doutes sur la possibilité de l’empoisonnement des poissons dans la mer des Indes par la coralina opuñtia, le fruit du mancenillier, les méduses et les holothuries, dont malheureusement plusieurs poissons sont friands. Remarquons, à l’occasion de l’holothurie ou galère, qu’elle a de tout temps passé pour vénéneuse, et qu’il est rapporté par plusieurs voyageurs que quelques Espagnols d'Amérique la font sécher et la mettent en poudre pour s’en servir comme d’un poison actif mêlé avec du chocolat. » ( Dictionnaire des Sciences médicales, art. Toxicologie, vol. LV, p. 434, par le docteur Fodéré.) Mais il en est du Dictionnaire des Sciences médicales comme de tous les grands ouvrages scientifiques travaillés par un nombre de savants : on y trouve du vrai et du faux. Voyons encore ce qu’un collaborateur du même dictionnaire, mieux informé sur cette matière que le profond docteur Fodéré, nous dit relativement à la galère, puis rapportons nos expériences. « Si l’on ajoute foi à l’assertion de certains marins, les méduses brülantes peuvent servir d’aliment aux hommes qui, dans plusieurs occasions, les ont appropriées à leur nourriture sans en éprouver aucune incommodité. Ce fait semble prouver que ces animaux, malgré les fâcheux effets de
A Carthagène, dans l'Amérique espagnole, le botaniste danois Van-Rohr, qui avait résidé quelque temps dans cette vilie, assurait (dit le docteur Chisholm }, dans une communication faite à son ami M. John Ryan deSainte-Croix, que les Espagnols faisaient usage de la galère (holothuria physalis) comme d’un poison. Pour cet effet, l'animal est desséché et réduit en poudre très-fine, qu'ils mettent dans le chocolat de la victime qu’ils veulent empoisonner, ce qui la fait périr infailliblement. 11 est de coutume, dans cette partie de l’Amérique du Sud, de prendre une tasse de chocolat tous les matins , et lorsque l’on soupçonne qu’une personne à été empoisonnée, on dit proverbialement qu’elle a eu sa galère ce matin-là. Ce qui est très-probable, ajoute le docteur Chisholm, et il fait remarquer que cette infâme coutume a été propagée par les Espagnols d'Europe eux-mêmes, (Chisholm, on the Poison of fish, p. 406.)
leur contact, n’exercent point leur action délétére lorsqu'on les a préparés par la coction. Comment donc deviendraient-ils l’origine du principe empoisonné des poissons ? » (Dictionnaire des Sciences médicales, tom. XLIIL, p. 670, par Hipp. Cloquet.)
« Première remarque. J'avais mis une galère au soleil pour la faire sécher et la pulvériser. Les fourmis s’y mirent et la dévorèrent en entier. Beaucoup de personnes, dans les îles, pensent que ces insectes ne touchent pas aux poissons vénéneux.
« Deuxième remarque. Une autre galère, que j'avais laissée sur une table dans mon laboratoire, fut assaillie par un nombre de grosses mouches qui y déposèrent leurs œufs : l’éclosion des vers eut lieu, et ils se nourrirent qu Zoophyte pourri. »
« Première expérience. Le 12 juillet 1823, me trouvant à la Guadeloupe, sur le bord de la mer, dans une anse entre Sainte-Marie et la Goyave, je vis beaucoup de galères récemment échouées sur le sable. Ayant avec moi un chien, comme cela m'arrive souvent pour mes expériences , je lui fis tenir la gueule ouverte pär mon domestique et jy introduisis, avec un petit bâton, la galère la plus fraiche parmi celles qui se trouvaient anprès de moi, avec tous ses tentacules filiformes qu’il ayala, non sans quelques difficultés. Cinq minutes après, il sembla éprouver une vive douleur sur le bord des lévres et à la gueule ; il bavait et se frottait cette partie dans le sable, sur les herbes, en faisant des sauts à droite et à gauche, passant sans cesse ses pattes sur sa gueule , où il ressentait certainement une vive douleur. Je remontai à cheval , et, malgré sa souffrance, le pauvre animal continua de me suivre ; après vingt minutes de marche, il sembla ne presque plus rien souffrir. J'avais un morceau de pain que je lui donnai, et il le mangea avec appétit, sans qu’il parût avoir aucune difficulté pour avaler. Son mal n'avait eu lieu que sur les bords de la gueule. H fut bien toute la journée, n’ayant eu aucune évacuation extraordinaire qui püt indiquer que l’ingestion de cette galère eût eu quelque action sur les organes de la digestion. Le lendemain et les jours suivants, l’animal était aussi bien portant que de coutume, sans qu’il parûüt aucune trace d’inflammation ni dans la gorge ni dans la gueule. »
« Deuxième expérience. Le 20 du même mois, je pris deux galères sur Île bord de la mer, je les coupai en morceaux, puis, avec une cuiller, je les fis avaler à un très-jeune chien qui tétait encore sa mère, et cette forte dose de galère n’eut aucun effet sur lui; les ientacules ayant probablement été enveloppés avec le corps de la galère en la coupant en morceaux, ne lui touchèrent point la gueule, ce qui fit qu'il n’y éprouva aucune douleur. Ne serait-il pas possible que les muqueuses internes supportassent l’application de certaines substances caustiques sans éprouver le même degré d’irritation que les membranes exposées à l’air ressentent lorsqu'on leur applique ce même caustique ?
552 ACALEPIIES.
« On avale quelque chose à un degré de chaleur qu’on ne pourrait supporter dans la bouche, si l’objet brülant y restait.
« Troisième expérience. Je me suis procuré plusieurs galères, puis, les ayant placéts sur un carreau de vitre, je les ai fait sécher et les ai pulvérisées. Vingt-cinq grains de cette poudre , administrés à un trèsjeune chien, n’ont produit aucun effet délétère. Deux fois cette quantité, administrée à une jeune chat, n’a rien produit non plus; et cela ne m’a point surpris; Car, puisque la galère fraîche n’empoisonne point, comment pourrait-on supporter que la dessiccation de ce zoophyte pût augmenter ses qualités vénéneuses , s’il en avait réellement ? Bien au contraire , il est plutôt raisonnable de croire que, par sa dessiccation, le principe délétère provenant de n’importe quel animal , tout comme des holothuries ou galères, doit perdre infiniment de son activité par l’évaporation et les autres changements que l'air et la chaleur produisent avant qu’il soit entiérement desséché.
« Quatrième expérience. Je coupai une galère en morceaux et je jes fis avaler à un jeune poulet gras. Il n’en fut nullement incommodé. Trois heures après, je le fis tuer et rôtir ; puis je le mangeai etenfis manger à mon domestique, ce qui ne nous fit mal ni à l’un ni à l’autre, preuve bien certaine que ce n’est point pour avoir mangé des galères que les poissons deviennent vénéneux; car si c'était ainsi, le poulet nous aurait bien certainement empoisonnés.
« Cinquième expérience. Je mis vingt-cinq grains de galère pulvérisée dans un peu de bouillon, j’avalai cette dose sans la moindre crainte, et je n’en fus nullement incommodé.
« D’après ces expériences, qui bien certainement sont concluantes, que penser de l’histoire qu’on rapporte à la Guadeloupe d’un M. Tébé, gérant de l’habitation de M. B., dans le quartier du Lamantin, lequel fut la victime de son cuisinier, qui, dit-on, aprés avoir cherché en vain à l’empoisonner avec un peu de râpure de ses ongles qu’il avait soin de répandre sur le poisson rôti qu’il lui servait tous les jours à son diner, se décida, voyant qu’il ne réussissait pas par ce moyen, à meltre dans sa soupe une galère pulvérisée ? Une heure après son repas, ce monsieur se rendit au bourg du Lamantin, à une petite distance de son habitation, et là, en entrant chez un de ses amis, il fut saisi de douleurs atroces dans l'estomac et dans les intestins, qui le rongeaient comme aurait pu le faire le poison le plus corrosif. Le mal alla en augmentant dé plus en plus, jusqu’au lendemain matin qu’il mourut dans les tourments les plus affreux. À l'examen de son cadavre, on trouva lestomac et les intestins enflammés et corrodés, comme s’il eût été empoisonné avec de l’arsenic, et je n’ai presque aucun doute que ce fut avec cette substance, ou avec tout autre poison corrosif, que le cuisinier de M. Tébé commit ce crime. Ce malfaiteur, pour ne point faire connaîlre le poison dont ii s'était servi, voulut laisser, croire à ceux qui
l’accusérent et le firent brûler vivant, que c'était avec une galére pulvérisée qu’il avait empoisonné ce gérant.
« Les nègres ne font jamais connaître la substance dont ils se sont servis pour commettre un empoisonnement ; ils avoueront tout ce qu'on voudra leur faire avouer, excepté la vérité, qu’ils ont juré de ne jamais faire connaître sur l’article des empoisonnements. »
Tels sont les faits les plus avérés de l’action vénéneuse des physales.
Ces acalèphes se réunissent, pour former des essaims dont les habitudes sont encore inconnues : sur la surface unie de la mer, par les beaux jours de calme , entre les tropiques, soit dans Océan Atlantique , soit dans la mer Pacifique , on les voit, entraînés par les courants ou poussés par les vents alizés, trainant derrière eux leurs longs tentacules détendus. Mais c’est une erreur d'admettre qu'ils n’apparaissent que par les beaux temps; fréquemment nous en observâmes que chaviraient les vagues heurtées, et qui résistaient à une très-grosse mer. Les marins croient que la crête mince qui surmonte le corps vésiculeux fait l’office, chez les physalies, de voiles latines, et que ces animaux s’en servent pour serrer le vent et, ainsi qu'ils le disent, naviguer au plus près. C'est, comme on le voit, ajouter une explication un peu forcée à la théorie des causes finales.
Souvent, dans notre longue navigation , les physalies vinrent récréer nos regards errants sur la surface de la mer. Ces animaux nous offrirent toujours un problème que notre intelligence n’a pu résoudre ; ils cheminent parés des plus riches couleurs ; la partie vésiculeuse et la crête remplies d’air sont d’un blanc nacré argentin, auquel s'unissent les teintes les mieux fondues de bleu, de violet et de pourpre. Un carmin vif colore le bouillonnement du biseau de la crête, et le bleu d’outremer le plus suave teint les trois sortes de tentacules dont nous avons parlé. Certes, nous concevons qu'une imagination poétique ait pu comparer les formes sveltes d’une physale au vaisseau le plus fin voliier, et que, pour elle, sa vessie ait été une carène gracieuse présentant aux vents une voile de satin, et laissant traîner derrière elle des guirlandes trompeuses frappant de mort l'être qui se serait laissé entraîner à leur séduction.
La manière dont se nourrissent les physales, est très-remarquable. Nous avons observé mainte et mainte fois les faits dont nous allons parler. Les longs tentacules qui laissent suinter une humeur vénéneuse deviennent, par leur relâchement et lorsque le zoophyte les abandonne vaguement derrière lui, des sortes de conducteurs nerveux. Les poissons qui nagent avec imprévoyance viennent-ils à les heurter ? chaque tentacule, par un mouvement aussi rapide que l'éclair, aussi brusque qu’une décharge électrique, les frappe de stupeur par la matière vénéneuse qu'il recèle, et se rouie sur eux en s’y attachant de manière à comprimer leur enveloppe aussi instantanément et plus vivement cent fois que ne Je fait un serpent qui entortilie sa victime.
Souvent une physalie, à peine grosse comme une noix, {ue un poisson beaucoup plus fort qu’un hareng ; mais ce sont principalement ies poissons volants qui deviennent leur proie journalière, conjointement avec les poulpes. L'animal ne se débattant plus entre les tentacules qui le serrent, est alors ramené, par la contraction puissante de ceux-ci, au niveau des bouches absorbantes. Là, toutes les ventouses dont nous avons parlé, s'appliquent sur les chairs, s’y incrustent, et, par un mode de succion qui leur est spécial, décomposent ces mêmes chairs, les transforment en une bouillie liquide, s’en gorgent jusqu’au point d’en acquérir une distension énorme, et versent ensuite cette sorte de chyme dans le réservoir commun de l'appareil digestif. C’est ce chyme, que nous avons vu affecter la couleur et l’aspect de la lie de vin, qui est transporté dans le canal central qu’on suit au milieu ct entre les deux membranes de la vessie, et qui s’abouche à des tubes latéraux d’anastomose.
Il n’est pas aisé de se rendre compte des procédés avec lesquels une physalie remplit d’air la capacité de sa portion vésiculeuse. Seulement nous savons, à ne pouvoir en douter, qu'au moment où ce zoophyte veut chasser l’air qui le fait surnager, il obtient ce résultat par la grande contractilité des parois musculaires de sa vessie, dont les fibres concentriques, en opérant un mouvement de pression d’arriére en avant, forcent la soupape antérieure à s'ouvrir; c’est alors que la crête, ramenée jusque sur la vessie, semble annulée, et c'est dans cet état que les marins disent que la physalie a serré sa voile. -
La patrie de cette physalie n’est point aisée à circonscrire. Trèsabondante entre les tropiques, elle est parfois tout aussi commune dans les zones tempérées de l’un et l’autre hémisphére ; ce n’est toutefois qu’accidentellement qu’on les voit perdues ou égarées par les hautes latitudes. Ces zoophytes sont essentiellement de haute mer, et lorsqu'ils s’approchent des terres, c’est qu’ils y sont portés par les courants, et surtout par la persistance de certains vents. C’est ainsi qu’à la suite des tempêtes d’automne, dans le golfe de Gascogne, on en voit de gisants sur les côtes de France. C’est dans l’hivernage qu’ils jonchent les sables des Antilles, et qu’ils périssent, abandonnés qu’ils sont par les flots qui les ont vomis sur la grève. Ils sont communs sur les côtes des Açores ', du Mexique, etc.
On ne peut se dispenser d'admettre plusieurs espèces de physalies constamment revyêtues des mêmes attributs, vivant en troupes, mais n’habitant que des parages donnés ; et cependant, bien que nous ayons vu des milliers d'individus de chacune d'elles, on ne peut se servir
M. Piet en a observé de jetées sur les côtes de Noirmoutiers en juillet 1828. Dans son Mémoire, inséré dans le Lycée armoricain, je n’ai trouvé que ce fait : « C’est qu’il à trouvé au centre des grands tentacules une ouverture qui paraît être la bouche. »
pour les spécifier de caractères précis, de phrases qui peignent avec exactitude leurs dissemblances.
2° TRIBU. SALACIAS, Salacicæ.
Salacia, Brandt, Prod., 36.
Tentacule hépatique préhenseur à glandes vénénifères, solitaire; quatre tentacules trachéens ; les sacs stomacaux nombreux, nourriciers ; des sacs proboscidiformes inertes sur un des renflements de la vessie.
$. 1er. Physalies ayant une de leurs extrémités grosse, renflée, irrégulière : prolongement hépatique saillant et pyramidal.