‹ Histoire naturelle des zoophytesChapitre 35 sur 328 · LE CYDIPPE DENSE, CYDIPPE DENSA · texte numérisé non relu

LE CYDIPPE DENSE, CYDIPPE DENSA

C. corpore ovali, tentaculis coccineis, Eschsch., 4c., p. 25, esp. 3. — Modeer, loc. cil., 11, S. 40. — Beroe densa, coryli nucis magnitudine, globoso-ovalis; costis rufescentibus ; e centro tentacula duo, rubra, corpore aliquoties longiora, exibant. Cosiæ træmunt; lucet in tenebris; Forskab]l, Fauna ar., p. 11, n° 298. — Beroe pileus, costis octo, cirrhisque duobus ciliatis, prœælongis, Risso, Europ. mérid.,t. V, p. 303, n° 93.

Zoophyte ovalaire gélatineux, blanc hyalin, à rangées de cirrhes rougeâtres , et terminé par deux tentacules plus longs que lui et colorés en rouge; de la grosseur d’une aveline.

Habite la mer Méditerranée. Il est phosphorescent. M, Risso dit que son béroé globulceux apparaît en juin, flottant aux approches de Nice. Il à 0,024 millimètres de longueur.

4, LE CYDIPPE OVALE, CYpiPre OVATUS, Less.

Beroc ovatus, Fleming, Wern. Soc., 111, 401; British An., 502. — Beroe pileus : Forme globuleuse, un peu concave au sommet, un peu renflé à la base ; muni de huit rangs de cils, et ayant une ouverture quadrilatère. De la baie de Tay. Isis, t. III (1838), pl. 1, fig. 11. — Cydippe pileus, Grant, Zool. tr, t. I. — Cidippe Flemingüi, Forbes, Ann. and Mag., \. I, p. 145 (1839), pl. 2, fig. 2. — Cydippe pomiformis, Robert Patterson , Trans. of the royal Irish Acad., t. XIX, pl. 1, p. 109 (1839), fig. 1 à 8. — Beroe ovatus.,, Milne Edw., Institut, 16 août 1841, et Ann. sc. nal., mai 1841, p. 320.

Corps ovalaire-allongé, lequel est échancré dans le bas et saillant à la bouche ; huit larges rangées de cils à lamelles pectinées courtes ; coloration blanc laiteux, translucide; un organe oculiforme ; pores faisant fonctions d’anus.

Habite les côtes du nord de la France, celles d'Angleterre, et plus particulièrement le nord de FIrlande.

Ce cydippe a été l’objet de travaux nombreux dans ces derniers temps. M. Milne Edwards a donné un extrait (Ann. sc. nat., mai 1841, pag. 320) de ses observations sur la manière dont s'exécute la circulation de ce béroïde. Suivant lui, il existe chez cet acaléphe « un « double système de vaisseaux très-développés, de façon que la circu- « lation peut s’y faire d’unc manière complète. Dans certaines circon- «stances même, le courant qui les traverse est trés-rapide ; mais il « n’y à rien qui puisse être comparé à un cœur, et le mouvement cir- « culatoire est déterminé par des cils vibratiles qui garnissent la face « interne des vaisseaux situés à l’une des extrémités du système. C’est «un mode de circulation dont il n’y a pas d’exemple. »

Un mémoire assez volumineux a été publié sur ce cydippe par M. Patterson , qui le nomme cydippe pomiformis , et nous en avons fait la traduction littérale, afin de compléter la série de nos documents sur les animaux qui nous occupent.

M. Patterson, dans son mémoire, cherche à rendre compte des

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formes extérieures , de l’organisation et des habitudes de cette espèce de béroé, qui n’est point rare sur la côte d'Irlande.

M. Patterson commença-ces observations dans le mois de mai 1835, lorsqu'il demeurait dans le voisinage de la ville de Larne, petit port de mer dans le comté d’Antrim. Son logement était situé sur la petite péninsule appelée Le Corran *, et à peu près à moitié chemin entre les deux stations d’où les bacs vont à la péninsule opposée de l’ile Magée. Dans le canal étroit que ces bateaux traversent continuellement, la mer s’élance avec grande rapidité dans le lac de Larne. Là, il avait, par le moyen des bacs, un moyen aisé de prendre, à toutes les heures, pendant le jour, les petites méduses et les crustacés que le flux de la marée amenait à la portée d’un petit filet en toile claire qu’il mettait à la remorque. Comme les béroés pouvaient ainsi être pris, et qu’il y attachait une grande importance , son appartement pendant deux ou trois semaines ne fut jamais sans en avoir quelques-uns ; ils étaient conservés dans des jarres en verre dont l’eau était changée deux fois par jour. Les particularités qu’il observa alors furent publiées dans le nouveau Journal Philosophique d’ Édimbourg pour janvier 1836, et il donna les raisons qui lui faisaient regarder l’espèce comme distincte du beroe pileus , le seul béroé ayant des tentacuies , alors regardé comme espèce des côtes d'Angleterre.

L'été suivant, il visita encore la même localité, et il eut le plaisir de prendre un béroé semblable en dimensions à l'espèce anciennement décrite, mais montrant d’une manière très-remarquable un assemblage de vaisseaux colorés en blanc, qui avaient leur origine près de la partie inférieure de l’estomac et formaient des ramifications allant à plusieurs rangées de cils, chaque vaisseau finissant à chaque rangée el ne la joignant pas très-loin du centre.

Le 24 juin 1837, il était encore de nouveau au Corran, et il réussit non-seulement à prendre trois béroés ayant cette singulière structure, mais il les fit peindre. Ces dessins furent malheureusement égarés ayant d’avoir pu être terminés.

Le 8 du mois suivant, dans le lac de Strangford, il prit un individu de la même espèce.

Son abondance à des époques si diverses lui fit espérer qu’il le rencontrerait encore ; et quand, dans le commencement de juin 1838, il retourna au Corran, il chercha à déterminer son espèce. Ce désir fut augmenté par la lecture attentative du mémoire du docteur Fleming , lu devant la société Wernerienne d'Édimbourg le 18 novembre 1520, dans lequel il décrit un béroé, désigné subséquemment, dans son histoire des animaux de l'Angleterre, sous le nom de B. ovalus. Cet animal paraît être pourvu de vaisseaux semblables à ceux que a pan co tb et ND AM AULE MUC S RALAE 0 24 F

* Ce nom en langue irlandaise signifie faucille, cette petite péninsule en ayant la forme,

108 ACALÈPHIES.

M. Patterson avait observés, mais ils différaient des siens, parce qu'ils étaient dépourvus de prolongements cirrhigères ‘. L'extrait suivant est tiré de la description du docteur Fleming.

« Le canal qui conduit de la bouche au centre du corps, et qui est pro- «longé dans son axe de la base au sommet , à sur chaque côté un organe « comprimé adhérant à ses parois. Les tubes du centre aboutissent chacun « dans un appendice globuleux et paraissent contenir de l’air. Immé- « diatement plus bas apparaissent de nombreux vaisseaux entrelacés, « quelques-uns desquels contiennent un fluide rougeâtre. Le’ tube qui « descend du sommet s'étend soudainement en approchant du centre, « et envoie une branche à une vessie sur chaque côté, après quoi cette « branche semble s’unir avec celle de la bouche. Chacune des vessies « latérales se termine au-dessous en une cavité obscure qui contient un « corps glandulaire, à la surface duquel plusieurs fils blancs sont atta- « Chés, la partie supérieure de chaque vessie étant ouverte et terminée « Sur la surface, de chaque côté, dans l’espace entre deux côtes. De « chaque côté de la vessie, près sa jonction avec le vaisseau central, « s'élève un tube qui , après s’être divisé, envoie une branche à chaque « côte contiguë. La cavité de ces tubes, à leur union avec les côtes , pa- « raît être remplie par une pulpe de couleur blanche. Chaque côte est « pourvue d’un tube qui s’unit avec elle près du milieu, En conséquence «de cette structure particulière, on peut aisément voir l’eau entrer « dans le tube au sommet, passer dans les vessies latérales , puis sortir « par leurs ouvertures externes ; et, dans quelques cas, le mouvement « du courant se fait en sens contraire. »

Le 10 juin 1838, il eut occasion, pour la première fois, d'examiner à la loupe un de ces béroés montrant la structure particulière ramifiée déjà décrite. L'animal était obliquement penché, comme celui observé par le docteur Fleming, avec la bouche renversée et évidemment dans un état d’épuisement. À sa grande satisfaction , il observa les particules du fluide en mouvement, à peu prés de la manière que M. Fleming les a décrites, et, dans les vaisseaux fermés de l’estomac, on pouvait observer qu’il y avait deux courants dirigés dans des directions opposées. La même chose était visible dans les vaisseaux blanchâtres allant se perdre aux bandes des cils. Il n’était pas apparent dans les vessies latérales ; elles étaient remplies d’eau qui se mouvait parfois, tantôt d’un côté, tantôt d’un autre, mais ne montrait pas le courant actif et continuel présenté par les autres parties. Cette eau devenait apparente à sa sortie du tube terminal à l'extérieur du corps du zoophyte. Pendant qu’il examinait un des corps glandulaires , il trouva qu’il ne conservait pas toujours la même apparence , mais qu’il était susceptible de mouvements d'expansion et de contraction, et que, dans quelques occasions, il s’était déployé presque à la surface de l'animal, se mouvant au dedans d’une

* Ces prolongements s'étaient détachés du corps accidentellement, sans doute?

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des vessies latérales et approchant son orifice externe. 11 espérait que j’un et l’autre de ces corps glandulaires sorliraient plus complétement et pourraient être reconnus pour des tentacules ; mais l'inertie de l'animal empêcha cette fois l’accomplissement de son attente. Le lendemain matin, un autre béroé fut pris, vigoureux et nuilernent endommagé , et avec les prolongements ramiformes blanchâtres également apparents. Dans le cours de peu de minutes , il développa à sa vue ses gracieux cirrhes, toujours en action, pourvus de filaments ténus et montrant une variété étonnante de formes.

La présence des prolongements cirrhigères fait de ect acaléphe, que Fleming a nommé béroé, une espèce de son genre pleurobrachia. L'inexactitude de la description a tenu à ce qu’il n’avait observé qu’un seul individu trouvé dans le détroit de Tay, dans une mare abandonnée par la marée. L’acalèphe était alors dans un état d’épuisement, et naturellement les prolongements cirrhigères s'étaient retirés en dedans du corps. Le docteur Fleming rapporte cette espèce avec doute à l’ovala de Baster; mais comme eile forme non-seulement une espèce distincte, mais qu’elle appartient à un genre différent, M. Patterson a proposé le nom de cydippe pomiformis.

Lesson, dans son mémoire sur les béroïdes ‘, pense que le béroé de Fleming &oit appartenir aux cydippes. Voici son opinion textuellement citée : « Peut-être est-ce au cydippe globuleux qu'appartient l'espèce « trouvée par le docteur Fieming dans le détroit de Tay, et qui n’avait « point de prolongements. »

Ayant reconnu l'identité du béroé irlandais avec celui de Fleming, le but de M. Patterson a été d’avoir de bonnes figures et une description complète, afin que l’on pût la distinguer de l'espèce qu’il ayait anciennement décrite, et qui en dimension ct en apparence externe lui ressemble parfaitement. Pour cela, il conserva à Belfast, dans de l’eau de mer, trois individus de chaque espèce qu’ii fit peindre. Mais, dans un laps de temps très-court, les vaisseaux rayonnants blancs du cydippe pomiforme, très-apparents d’abord sur l’animal fraîchement capturé, étaient à peine visibles queiques heures après sa sortie de l'eau. Ces vaisseaux, quoiqu’ayant perdu leur blancheur, possédaient une circulation de fluide comme à l'ordinaire. Il a pris ensuite onze béroés dans lesquels aucun appareil de la sorte n’était apparent, et les soumettant à un même examen, il eut la satisfaction de découyrir que la même structure existait dans toutes les espèces, et que par conséquent le béroé de Fleming , sur lequel on avait des doutes légitimes, ne différait pas de celui appelé pomiforme, si commun à l'entrée du lac de Larne, |

En réunissant en un faisceau les observations faites à des époques variées sur ce béroé, il est nécessaire de se reporter fréquemment à

CP D PP ! Annules des Sciences naturelles, t. V.

110 ACALEÈPTHES.

leurs sources, et M. Patterson donne pour synonymie Îles noms de pleurobrachia pileus, Flem. ; beroe pileus, Lamarck ; cydippe pileus, Eschscholtz ; cydippe globuteux, Blainville et Lesson.

L'intéressant Mémoire du docteur Grant, « sur le système nerveux du beroe pileus, Lam., et sur la structure de ses cils : », a fait connaitre cette espèce avec beaucoup pius d’exactitude.

Sa longueur est de deux à neuf lignes, et-environ un tiers de moins en largeur ?. La forme générale est ovalaire ; mais, dans quelques individus , elle est à peu près globuleuse, et, dans d’autres, aplatie vers les pôles et semblable en figure à une orange. La différence doit être au pouvoir. de contraclilité de Panimal, et non à une diversité permanente dans la forme. Le corps est transparent et sans couleur, sauf les vaisseaux intestinaux qui sont rougeâtres (fait déjà signalé par le docteur Fleming), et qui différent cependant suivant les individus.

Les huit bandes auxquelles les cils sont attachés s'étendent aux trois quarts environ de la distance qui se trouve entre la bouche et l'anus ; mais elles approchent davantage ce dernier, et diminuent en largeur vers l’une et l’autre extrémité. Dans le cydippe pileus , il y en a environ quarante dans chaque bande; dans le cydippe pomiforme, le nombre dans quelques individus monte seulement à quinze, et dans quelques-uns de ceux observés ce nombre n’excédait pas vingt-sept. Une corde ou léger filet s'étend le long de chaque bande, la divisant longitudinalement en deux parties égales. Les filaments sur chaque bande sont composés aussi de deux parties, qui, en général, se meuvent simultanément, quoique chaque portion possède un pouvoir séparé et indépendant de mouvement.

Le docteur Grant remarque que les cils du cydippe pileus sont Îles plus grands qu'il ait encore rencontrés dans aucun animal, et établit que « ce ne sont pas de simples fibres, mais que ce sont des filaments « transparents, droits et courts, piacés parallélement l’un à l’autre sur « un simple rang, et liés ensemble par la peau de l’animal, comme les « rayons Supportent les nageoires d’un poisson. Vues avec l’aide d’une « loupe , les fibres parallèles paraissent comme des tuyaux transparents, « quelquefois un peu détachées l’une de l’autre à leurs extrémités par les « déchirures faites à la membrane qui leur adhère, et les arêtes iso- «lées se manifestent visiblement à l'extérieur. Quand les nageoires «sont tout à fait entières , la membrane qui joint les rayons tubulaires « à leur extrémité, ou la nageoire, présente un contour légèrement « arrondi. »

Dans le cydippe pomiforme , les apparences des cils ne sont point semblables à ceux-ci. Dans beaucoup d'individus, les filaments ne sont réunis par aucune membrane ; mais ils apparaissaient nombreux,

© Trans. Zool. Soc., vol. I, p. 9.

? Mesure anglaise.

BÉROIDES. 41 1

plats, coniques et légèrement recourbés vers l’extrémité. Dans d’autres, ils sont couverts par une membrane transparente, divisée en deux parties égales, et montrant dans chaque moitié seulement une ou deux divisions. Ces cils n’ont pas une surface complète et entière, ni un contour continu et régulier. Il était naturel de supposer qu’un repli membraneux pouvait avoir, dans l’origine, existé sur les cils, mais qu’il avait été usé ou déchiré, et qu’à cela étaient dues les diverses maniéres d’être que montrent les cils dans le nombre de leurs subdivisions ; toutefois cette conjecture a été ébranlée par l’observation que les individus plus petits que ceux de taille moyenne, et que l’on pouvait présumer être jeunes, présentaient le même défaut d’uniformité. Les différences qu’affectent ces béroés sont plus sensibles sur les figures qu’eiles ne peuvent l'être dans une description même détaillée.

Les cils ne restent jamais en repos plus d’un moment, si ce n’est lorsque l'animal est dans un état d’épuisement, et ainsi on doit les supposer être des organes de la respiration aussi bien que des organes de mouvement. Quelquefois cependant ceux d’une ou deux bandes contigués vibreront , tandis que tout le reste sera tranquille, ou bien ces rangées seront en repos, quand toutes les autres seront en mouvement. Parfois une lente vibration commencera à l’extrémité d’une bande et la parcourra comme les vagues feraient sur une longue piéce de toile, ou comme les ondulations d’un fluide. De là il est évident que le cydippe peut diriger les courants aqueux qui passent le long des cils, dans n'importe quelle bande particulière, et peut régler à volonté la rapidité de leurs ondulations. Dans la grande espèce que M. Patterson a nommée Bolina hibernica , ces courants sont très-apparents et peuvent être vus sous chaque bande, l’un montant et l’autre descendant dans le même temps avec une grande régularité. ( Voyez la description de cette bolina, p. 84.)

Le docteur Sharpey remarque, « dans les béroés et autres acaléphes de forme semblable, que les cils‘ sont dirigés vers l'extrémité fermée du corps, de manière à ce que l’opposé ou le bout ouvert se trouve porté en avant?. » Dans les deux espèces observées par M. Patterson, les cils, quand ils sont en repos, ne regardent pas l’extrémité fermée, mais l'extrémité ouverte du corps, et comme ils frappent en bas vers l’extrémité fermée, l’animal est poussé en avant dans une direction contraire.

Les prolongements cirrhigères de ces animaux sont, aprés les cils, les parties les plus caractéristiques de leur organisation. Ces acaièphes les déploient rarement immédiatement après avoir été retirés du filet, ou tandis que ie vase de verre qui les contient est trop rempli par le nombre de ces animaux. Quand cependant on n’en mettait dans le

* Article Cicra dans l'Encyclopédie d'Anatomie et de Physiologie. * Cette opinion du docteur Sharpey est erronée.

112 ACALEPHES.

vase que cinq ou six, Îles tentacules sortaicnt et s’étendaient à leur longueur, et cette longueur dépassait souvent six fois le plus grard diamètre du corps. Dans deux exemples ils excédèrent même ces proportions ; car un béroé de moins de cinq lignes de diamètre les poussa en avant de quatre pouces, et un autre , qui n’excédait pas six lignes en diamètre, les étendit à cinq pouces mesurés par une règle qui s’appliquait au côté du vase de verre du sommet duquel les tentacules s’étendaient jusqu’à son fond. Le docteur Grant remarque, dans le Mémoire déjà cité, « que ces prolongements partent de deux tubes courbes placés près des côtés de l’estomac, qui passent obliquement vers le bas ct débordent pour se terminer entre deux des bandes, à quelque distance de la bouche. Ces tubes, de forme sigmoïde, sont fermés et un peu dilatés à leur extrémité supérieure. » Dans le cydippe irlandais, les tubes ne sont pas courbes dans la forme décrite, et leur orifice externe est à quelque distance non de la bouche, mais de l’anus, étant d’accord, en cette particulaité , avec la description de leur position par M. de Blainville’. « Les tentacules cirrhigères consistent en deux filaments blancs, minces et coniques à l’extrémité. » « Le long de tout leur cours , ils présentent, dit le docteur Grant, des filaments délicats également distants les uns des autres partant de leur bord inférieur, se roulant en une sorte de spirale et adhérant aux prolongements quand ils sont prêts à se retirer dans leurs étuis ou tubes. » Les filaments n'avaient, dans quelques individus, pas moins d’un demi-pouce de long, et étaient d’unc couteur rose tendre : il en à été compté jusqu’à cinquante sur un seul tentacule. Le docteur Grant a remarqué « que les tentacules sont souvent lancés hors de leurs tubes jusqu’à leur entier développement par une seule impulsion, et le lent enroulement des minces et serpentants filaments de leurs bords est alors très-curieux ; quand ils sont roulés jusqu’en haut, ils paraissent comme de très-petits tubercules le long du côté du prolongement cirrhigère. » Ordinairement, sous des points de vue particuliers, ils présentent une apparence moniliforme ; et quelquefois, tandis que les filaments de la moitié supérieure du tentacule sont vus sous cet aspect, ceux de la moitié inférieure sont comme des cheveux ténus ou cils qui ondulent sur le bord. Dans ce cas cependant ils varient sans cesse, et les tentacuies, dans le même temps, changent d'aspect, étant retirés, soit séparément, soit ensemble , et lancés dehors d’une manière très-diversifiée. El est à peine possible de rendre, par aucune description, l’idée de la beauté et de la diversité de leurs formes. Ces organes semblent doués d’une sensibilité exquise, laquelle cependant n’est pas toujours également délicate. Parfois, le simple attouchement d’un tentacule le fait retirer dans son tube d’an seul bond ; d’autres fois , il parait insensible. Les béroés ne semblent ni peser ni être supportés dans l’eau par Icurs tentaculcs. Chez un individu, cependant,

‘ Manuel d’Actinologie, p. 150.

BÉROÏDES. 113 les tentacules étaient étendus jusqu’au fond du vase, où ils semblaient agir à Ja maniêre des sucoirs en formant des points fixes d’où |’ animal s'élevait et s’abaissait à sa volonté ; parfois, il semblait comme amarré par ces câbles nouveaux et délicats, la bouche restant dans sa position yerticaie habilueile.

Quelles sont les fonctions de ces singuliers organes? doit-on naturellement se demander. Robert Ball, de Dublin, dit qu’il les regarde comme les organes de préhension. C’est aussi l’opinion de M. de Blainville quand il parle d’eux ; car il dit : « Es servent à attirer vers la bouche «la proie qui s’y est attachée , problablement par une matière gluti- « neuse ‘. » Quoique incapable d’offrir aucune supposition plus plausible, je ne puis considérer celte opinion comme exacte, appliquée à la présente espèce ; car, pendant toutes mes observations, je n’ai jamais vu ces organes employés ainsi, et de la proximité comparative des orifices, d’où ils sortent à l’extrémité anale, les tentacules flottent derriére l’animal et n’approchent jamais la bouche , excepté quand le béroé se laisse couler graduellement sans changer sa position primitive dans l’eau.

« La bouche et l’œsophage, comme le remarque le docteur Grant, sont vides; et le dernier continue ainsi jusqu’à l’estomac qui occupe le. milieu du corps. Là sont quatre lobes membraneux qui font saillie et qui sont placés autour de la bouche, et que l’animal peut retirer à sa volonté. » Dans l’espèce dont il est ici question, quatre lobes paraissent s'élever de deux membranes plates qui s'unissent de chaque côté et qui sont susceplibies de se développer circulairement, En général, cependant, elles sont si près l’une de l’autre, qu’elles présentent des cloisons très-distinctes en divers endroits. Le bord supérieur de chaque membrane est divisé en deux lobes demi-circulaires, et ceux-ci va-: rient, tant par l'étendue à laquelle ils sont projetés en avant, que par la largeur qu’ils acquiérent. Il est rare que ces membranes soient étendues dans leur entière longueur; mais quand cela a lieu, eiles produisent un si grand changement dans l’ovale que l’animal décrit erdinairement que cela lui donne la forme en petit de ces vieilles boutcilles que l’on voit dans les tableaux de l’école flamande.

La seule nourriture qu’on ait trouvée dans l’estomac a été de petits crustacés de différentes espèces. Le premier de ceux-là élait une espèce non encore décrite et depuis nommée par Robert Templeton anomalocera paltersonti ®. Il était long d’une ligne et d’un vert brillant, couleur qui contrastait avec la transparence du corps du cydippe dans lequel il était enfermé. Une fois on trouva deux de ces crustacés dans l’estomac d’un seul béroé. Le second était une espèce de 7064 que M. Templeton à nommé parmi d’autres z0e& *. M. Patterson a distin-

! Manuel, p. 151.

? Trans. Ent. Society, vol. IT, part. I, p. 34. 3 Vol. IT, part. 2, p. 114.

gué quelques gammaridæ. Un animal de cette famille paraissait avoir la moitié de la longueur du béroé et était couché en travers de l’estomac, légèrement courbé, et comme il était encore vivant, il changeaït de position. Une note des 7rans. ent. S'ociely, vol. IL, p. 40, indique que « M. Risso a découvert la phronima sedentaria dans l’intérieur « d’un béroé. »

Si cependant les béroés se nourrissent de petits crustacés, ils doivent à leur tour servir de nourriture à des animaux plus complexes qu’eux. Deux béroés ont élé avalés par l’actinia gemmacea * dans le cours de vingt minutes. Le lendemain matin, des portions des bandes de cils, et de plus des parties solides des béroés roulées ensemble, adhéraient, avec quelques petites boules noirâtres, aux filaments de l’actinie, d'ou, après quelque temps, ils furent rejetés au dehors.

En une autre occasion , une petite méduse du genre callirhoé (d’une espèce qui n’a point été décrite par Lamarck) a été placée dans un vase de verre avec un béroé qui avait élé pris en même temps. Tandis que ce dernier nageait en suivant les contours du vase avec ce mouvement vif et gracieux qui le rend si remarquable, il arriva à toucher les flaments de la méduse. Les bras se referméèrent à l'instant, et le béroé fut capturé. M. Patterson chercha à les séparer, et dans ce but il agita l’eau à l’entour d’eux, les poussant avec un pinceau de poils de chameau, mais sans pouvoir y réussir. Environ une demi-heure après, quand il les observa de nouveau, ils étaient séparés, et les cils des bandes vibraient aussi vivement que de coutume. Le cydippe ne s'était pas échappé du pouvoir de son ravisseur sans avoir cependant du mal. La callirhoë avait enlevé du corps du béroé une partie qui s'étend transversalement à travers trois des bandes, et longitudinalement environ le tiers de sa longueur totale. L’être qui avait souffert cette mutilation semblait pourtant insouciant de son malheur, se remuait en tous sens comme auparavant, et pendant quatre jours qu’il fut conservé il semblait posséder sa force et son activité primitives.

À cet exemple d’une insensibilité apparente au mal on doit en ajouter un autre qui peut faire voir à quelle étendue le principe de vitalité ou d’irritabilité vitale semble répandu à travers toutes les parties de sa structure. Dans une circonstance, deux béroés furent pris aprés une tempête, ayant quelques-uns de leurs cils usés par le frottement et d’autres parties du corps fracassées et même déchirées. Quelques-uns des cils cependant qui étaient attachés à ces parties mutilées avaient conservé toute leur mobilité première. Les parties les plus endommagées de ces béroés furent alors coupées en plusieurs pièces avec une paire de ciseaux, et chaque partie montra dans ses cils la même rapidité de mouvements, sans perte de force. Une de ces parties fut encore

‘ Johnston’s, Hist, Brit. Zoophytes, p. 214.

BÉROIDES. 1145

subdivisée en parcelles si minces qu’elles ne possédaient chacune qu’un où deux cils, eh bien ! nul changement dans le mouvement continuel de ces organes extraordinaires n’eut lieu. Trente-trois heures après cetie minutieuse subdivision , plusieurs d’eux vibraient ccmme à l’ordinaire; et au bout de quarante-deux heures, les deux cils apparte nant à un fragment montrérent une activité tout aussi vive.

Si une incision est faite dans le corps d’un béroé mort et que l’on laisse les particules aqueuses s’évaporer graduelleraent, les bandes de cils et les prolongements cirrhigéres paraitront comme s'ils étaient peints d’une manière confuse sur la surface sur laquelle le corps a été placé, et quand il sera parfaitement sec, on pourra les changer de place par un simple attouchement , aussi complétement que s'ils n'avaient jamais fait partie d’un être animé.

Bien que par ce fait il soit évident que la quantité de matière solide qui entre dans le corps d’un béroé doit être très-minime, cette même matière possède un degré de fermeté et de consistance plus grand qu’on ne pourrait généralement le supposer. Assez souvent quelques béroés, en tombant du filet dans le bateau de pêche , peuvent être amassés avec les doigts et placés dans l’eau sans qu’ils paraissent en souffrir. En pressant avec les doigts un béroé mort récemment, la pression ne change pas la forme de ce zoophyte : loin de là, par son poli et son élasticité, ii glissera de dessous le doigt. À cet égard, le cydippe diffère singulièrement de la bolina hibernica, que l’on pouvait à peine changer de place sans la blesser, et quand on la mettait dans la main, elle ressemblait à une masse informe de gelée. Quelques-uns des écrivains du continent ne paraissent pas avoir remarqué cette différence dans la consistance des divers béroés, et ils ont appliqué à la famille entière des observations qui ne sont exactes que quand elles s’appliquent à une espèce particulière. Ainsi, M. Lesson les aécrit comme « peu consistants, se brisant à la moindre pression ‘; » et Blainville, dans le genre cydippe, conserve l'observation d’Othon Fabricius : « C’est un des plus jolis animaux qu’il soit possible de voir, mais aussi « l’un des moins consistants, car à peine est-il touché qu’il est brisé et « réduit on morceaux ?. »

De la très-petite quantité de matériaux solides qui entrent dans le corps d’un béroé et de la circulation rapide de l’eau qui est apparente dans toute leur structure, on supposera naturellement que quelque couleur que le corps puisse accidentellement acquérir, elle ne peut être que très-fugace. Leur coloralion a cependant plus de durée que l’on ne devrait s’y attendre. L’attention de M. Patterson fut attirée sur cette singularité par la circonstance que tous ses bocaux étant un soir occupés par des béroës et des crustacés , il se vit obligé de mettre une petite EE LE RU UE QE PR AE LU ep AL he 0 Éd eut LL En.

* Annales des Sciences nat., t. V, p. 236.

* Manuel, p. 151.

116 ACALÈPIHES.

méduse dans un vase de fer-blanc qui était rouillé vers iles soudures. Le lendemain matin, le corps translucide et incolore de l’animal était coloré en un jaune brillant qui paraissait avoir pénétré chaque partie de l'organisme et qui, sans aucun doute, provenait de loxyde de fer étendu dans l’eau de mer. Cette teinte dura pendant tout le jour, quoique l’animal fût mis dans de l’eau de mer pure. Désirant essayer si les vaisseaux de ce béroé deviendraient distincts en les injectant avec quelque fluide coloré dans lequet l’animal pourrait être immergé soudainement, et puis reliré pour être placé dans de l’eau de mer'ordinaire, M. Patterson mit un béroé dans une faible infusion de safran. Au bout de vingt minutes, sa couleur avait subi un changement sensible. Il le laissa baigner pendant six ou sept heures, ct il y prit une brillante couleur jaune. Il le plaça ensuite dans de l’eau de mer pure, et il conserva sa couleur jaune encore vingt-quatre heures, bien que la nuance perdit graduellement de son intensité ; toutefois , elle était encore discernable au bout de quarante-huit heures. Lamarck observe « que les béroés sont trés phosphoriques ; ils brillent « pendant la nuit comme autant de lumiéres suspendues dans les eaux, « et leur ciarté est d’autant plus vive que leurs mouvements sont plus « rapides ‘. » Blainville, dans ses Remarques générales sur la famille des ciliogrades, les décrit comme : « agitant continuellement « les cils dont ieur corps très-contractile est pourvu, organes qui jouissent « de la facuité phosphorescente au plus haut degré *, » ainsi attribuant l'effet à l’action des cils plutôt qu’à un pouvoir particulier possédé par l'animal. Une espèce de béroé d'Angleterre était douée à un haut degré de la propriété phosphorescente. Ce fait à été mis hors de doute par le docteur Macartney dans sa Description du Beroe fulgens , pris par lui dans la baie de Hearne, sur la côte de Kent *. La même espéce fut observée par John Templeton, « flottant dans les vagues sur le rivage « de la baie de Dundrum,, dans le comté de Down ‘. » La faculté de. phosphorescence ne semble pas cependant prévaloir universellement ; au moins M. Patterson n’a jamais pu réussir à découvrir sa présence , quoiqu'il ait pour ce but fréquemment mis un bocal contenant des béroés dans urie chambre obscure. Son espérance de l’observer fut ravivée par le passage suivant d’un Mémoire de M. F.-D. Bennett * : « L’eau fraîche « parait agir comme un stimulant puissant et permanent sur les no0C-

! Animaux sans vertèbres, &. LE, p, 469.

? Manuel, p. 143.

3 Phil. Trans., 1810, p. 264.

* Mag. nat. hist., vol. IX, p. 303. Dans le même article se trouve le suivant: « Le beroe (Mull.) pileus (Gm.) se trouve parfois dans nos baïes profondes. » Nous ne pouvons pas déterminer, d’après cette courte note, si le cydippe pileus ou le pomiforme sont les espèces auxquelles on fait allusion, ( Note de M, Patterson.)

® Proceedings Zool.'soc., juin, p. 13, 1837.

BÉROIDES. 117 « liluques marins. Ceux qui ont des intervalles de repos dans leur « phosphorescence émettent immédiatement leur lumière quand on les « met en contact avec l’eau fraîche , et ce fait a été vu d’une manière « énergique dans le pyrosome. Quand aussi les mêmes mollusques « étaient mutilés, ou si près de mourir qu’ils refusaient d'émettre « leur lumière dans l’eau de mer, alors en les plongeant dans de l’eau « fraîche on leur faisait produire, au moins temporairement, de bril- «lantes lucurs passagères ; et en vérité j'ai toujours entendu assurer «que le contact de l’eau fraîche, dans une chambre obscure, ferait « apparaître le pouvoir phosphorcseent d’un animal marin quand il est « doué de cette propriété spéciale. » Agissant d’après l’idée suggérée ici, M. Patierson prit plusieurs béroés et les transporla dans une jarre, avec de l’eau fraîche, dans une chambre obscure : nulle Jumiére n’en résulta. Et de là, si l’assertion de M. Bennett est applicable au béroé, on peut assurer que le cydippe pomiforme ne posséde aucune propriété Jumineuse.

Mais, quoique l'expérience manqua en tant qu’elle concernait l’objet qu'on avait en vue, elle ne fut pas entiérement inutile, car elle montra l'effet produit sur les béroés par leur immersion dans l’eau fraiche. Au moment de leur contact avec le fluide, l’action des cils cessa , ou fut limitée à deux ou trois secousses irrégulières, et l'animal coula, en apparence sans vie, au fond du vase. Si on le replace brusquement dans de l’eau de mer, les cils reprennent leurs mouvements vibratoires ; mais ils prennent un degré d’opacité qu’ils n'avaient pas auparavant , et le corps entier semble en quelque sorte racorni et est moins transparent qu’il n’était. Si un béroé est plongé dans de l’eau bouillante ou dans de l’alcoo! , il cesse instantanément d’être diaphane.

Les ovaires, dans l’espèce examinée par le docteur Grant, consistent | en deux grappes allongées de petits bourgeons sphériques d’une vive couleur cramoisie, s'étendant le long des côtés de l'intestin et de l’estomac. Dans plus de cinq cents indiviäus de l'espèce dont nous parlons, observés en différentes années , dans les mois de mai et d'octobre, ces bourgeons cramoisis manquaient totalement. On rencontrait parfois une substance glutineuse dans les bocaux où les acaléphes étaient conservés, substance qui était quelquefois en contact avec les prolongements cirrhigères ‘ de l’animal. Dans cette matière glutineuse étaient de nombreux petits bourgeons brillants et transparents que M. Palterson prit pour des œufs. Cette conjecture fut vérifiée en plaçant sous un puissant microscope des parties du corps d’un béroé, desquelles la plupart des particules aqueuses avaient été évaporées. On vit alors dis- OM A EN AN RE ES BIS PRE EN

‘ Lorsque Lesson s’occupait du genre eucharis de Péron , auquel la présente espèce semble appartenir, il remarqua : « De ce rétrécissement sur Îes côies

« partent deux prolongements cirrhigères , portant peut-être les ovaires. » (Annales des Sciences naturelles, t.Y, p. 252.)

tinctement les œufs sans couleur, qui étaient semblables à ceux vus primitivement dans les jarres. Une fois, on trouva dans les bocaux dans lesquels plusieurs espèces de bolina hibernica étaient conservées deux cordons glutineux , ayant en longueur , l’un environ trois pouces, et l'autre environ cinq pouces anglais, et tous les deux contenant des œufs nombreux, rangés à des distances irrégulières et quelquefois disposés en grappes. ss

Le docteur Grant, en parlant du systéme nerveux du cydippe pi-

leus, dit: « qu’il pouvait apercevoir, à une courte distance au-dessus « de la boucre, un filament double mis en travers, d’une couleur d’un « blane de lait, qui formait un cercle continu autour du corps. Dans «le milieu de l’espace, cependant, entre chacune des bandes des cils, « ces cordes présentaient un petit nœud ou ganglion; ainsi, il y avait « huit ganglions dans le tour de cet anneau. » N'ayant jamais pu observer ces cordes et ganglions dans le cydippe pomiforme, M. Patterson prit un certain nombre d'individus, les uns vivants et les autres morts récemment , et les plaça sous le microscope; mais le docteur Drummond, très-exercé aux observations microscopiques, et M. Patterson ne purent découvrir leur présence.

Une membrane transparente s'étend à travers une portion de l’extrémité inférieure du corps. Elle est entiérement superficielle et semble nécessaire pour donner une plus grande force et de la stabilité à cette région du zoophyte. Ceci est toutefois une simple conjecture que, quant à présent , rien ne confirme ; car cette membrane ne parait avoir encore été décrite par aucun observateur.

On admet généralement que le béroë nage avec la bouche en bas, M. Blainville affirme même « qu’il nage un peu obliquement , l’anus « ou l'extrémité arrondie en haut et traînant ses deux longs cirrhes « comme deux queues * » MM. Audouin et Mine Edwards, ont même manière de voir : « El existe dans l’axe des béroés une cavité qui va « d’un pôle à l’autre, et qui communique au dehors à l’aide d’une ou- « verture inférieure qu’on peut considérer comme l’avant-bouche ?. » Les paroles de M. Lesson donnent une idée trés-différente : « Dans « l’eau, leur position est très-oblique ou presque horizontale *. » C’est avec la bouche renversée que le :cydippe pileus est représenté par le docteur Grant, et sa description se rapporte par conséquent à l'animal vu dans celte position. Le cydippe pomiforme nage différemment que le pileus, la position ordinaire de la bouche étant tout à fait en haut, excepté quand l'animal est dans un état d’épuisement, ou quand il repose sur sa bouche , ou quand il est placé languissamment sur le côté au fond du bocal. D’autres fois , lorsqu'il est frais et vigoureux,

! Manuel, p. 150. ‘ ? Cités par M. Lesson , Annales des Sciences nat.,t. V, p.240. + Annales des Sciences nat., t. V, p. 237.

BÉROIDES. 119

se mouvements sont vifs, animés, variés et incessants, Quelquefois il est vu s’élevant à la surface de l’eau avec un mouvement lent et égal comme celui d’un ballon ; ensuite il descend graduellement , la bouche restant en haut constamment. Parfois il monte avec rapidité, et en tournant, la bouche alors renversée, et, pirouettant sur son axe tout en conservant la position verticale du corps, il tournoie autour du bocal.

Les mouvements des béroés sont assez variés pour qu’on puisssé en faire l’objet d’une curieuse étude. Aux rayons du soleil ils étalent une splendide iridescence produite par le mouvement des cils dans l’eau.

Le cydippe pomiforme diffère du pileus par le nombre comme par la structure de ses cils, par la position des prolongements cirrhigères, la forme de leurs étuis, le manque de couleur dans les œufs, la structure du système nerveux qu’on ne peut apercevoir à l’œil, l’existence d’une membrane fermant l’anus, et la position dans laquelle le corps se tient quand il est vigoureux et nullement épuisé. M. Patterson ne comprend pas dans ces caractères distinctifs les vaisseaux intestinaux qui conduisent le fluide aux diverses bandes de cils ‘.

Lorsqu'on se rend compte de la délicatesse de structure déployée par les béroés, on est disposé à s’enquérir des moyens qu’ils emploient pour échapper à !a destruction dans l’élément au milieu duquel ils vivent. À ce sujet, M. Patterson dit : « M. Lesson remarque qu’on « doit supposer qu’ils augmentent leur pesanteur spécifique pour se « précipiter à une certaine profondeur, là où la mer est calme et où « les lames sourdes se font moins sentir ?. » Leur absence de la surface de la mer pendant les temps de tempête peut être considérée comme appuyant cette conjecture; mais cela paraît insuffisant pour les défendre et les empêcher d’être meurtris et détruits quand ils sont prés. de la côte. Sur ce sujet, il renvoie au document qu’il à publié dans le nouveau Journal philosophique d'Édimbourg , pour janvier 1836, ainsi qu’à la première partie de celui de mai 1835, considéré sous le rapport du nombre des béroés pris à des intervalles divers durant la même période.

Ils sont plus nombreux dans certaines saisons que dans d’autres. Cela est positif. Effectivement, dans le commencement de mai 1835, il en prit, en traversant du Corran à l’ile Magée, trente-cinq. Dans la même localité, apparemment dans le temps du frai, dans le mois de juin #838, le plus grand nombre qu’on ait vu était douze, et du » au 30 du même mois de septembre ee nombre fut de sept. Le 10 septembre

* M. Paiterson, en novembre 1833, a eu, pour la première fois, connaissance des recherches de M. Mertens sur les acalèphes ( Mémoires de l’Acad. imp. des

Sciences de Saint-Pétersbonrg, 1. IX, p. 479), et il a été heureux de trouver une identité d'opinion avec cet auteur.

? Annales des Sciences, t. V, p. 243.

de la même année et dans la même place, on en çaptura le nombre considérable de quaärante-un. Ils étaient tous très-pelits, car le plus grand n’excédait pas quatre lignes anglaises en longueur.

À peu près un mois plus tard, M. W. Thompson, allant draguer dans le lac de Belfast, prit près de quatre-vingts cydippes pomiformes , et accompagna cette pêche de la note suivante : « ils furent tous pris « de dix heures du matin à midi et demi, le jour étant calme ct clair « pour la saison , le vent étant de Ja partie de l’est. Le filet de remorque « fut placé d’abord dans l’eau du côté opposé à Holyhood ;'environ trois « quarts d'heure après, non loin de Craig-a-Vade, il fut trouvé con- «tenir vingt individus. En cinq minutes, trente-six autres furent « pris; dans les dix minutes suivantes, huit autres le furent également, « et dans un autre quart d'heure, on en prit quinze. »

Le jour suivant, le 6 octobre, M. G.-C. Ilyndman en prit, dans la même localité, près de cent individus, tous de même espéce.

Ce cydippe paraît donc trés-répandu sur toutes les côtes irlandaises. Il a été trouvé par M. Hyndman à la Chaussée-des-Géants; dans les lacs de Larne, de Belfast et de Strangford, par M. Paiterson; dans la baie de Dublin, en dehors du havre de Kingstown :, et à l'ile de Lambay par M. Thompson et M. Ball, et par ce dernier, à Youghal.

8° TRIBU. LES VRAIS BÉROËS, BEROÆ.

LES vrais béroés affectent constamment la forme cylindrique ou ovée ; ils ont deux pôles d’où partent des rangées verticales de cils irisés allant de l’un à l’autre, ou bien les rangées de cils sont interrompues au milieu du corps. Le canal est central, d’apparence simple ou assez compliqué par ses ramifications , s’ouvrant aux deux extrémités. Jamais de tentecules ou de cirrhes, jamais d’appendices ou d’ailes membraneuses; parfois le pôle inférieur est largement ouvert et semble coupé brusquement.

Les béroés sont pour la plupart très-phosphorescents. M. Jones, qui à eu occasion d'en étudier quelques-uns, dit qu’il a bien cru reconnaître des vaisseaux très-délicats chez les béroës, mais qu’il lui a été impossible de découvrir un système nerveux semblable à celui que M. Grant a indiqué chez ces animaux.

! Les individus capturés là furent montrés à la section d'histoire naturelle de l'Association Britannique de Dublin. ( Voyez le IV°® vol. des Rapports, p.72.) MM. Ball et Bergin de Dublin ont conservé quelques-uns de ces acaléphes dans une dissolution d’acétate d’alumine pendant quinze mois. Dans l’alcool ils sont généralement tombés en morceaux au bout de peu de semaines , ou ils devenaient si ratatinés, qu'ils n'avaient plus aucune physionomie reconnaissable.

BÉROIDES. 121 Mais nous pensons que ce doute ne peut infirmer les observations de MM. Grant, Milne Edwards, Quoy et autres z0olopistes éminents.

99e GENRE. BÉROË, 8ERoE, Brown, Muller, Lamarck.

Zoophyte régulier, pair, libre, ovale ou allongé , à rangées régulières de cils vibratiles, allant d’un pôle à l’autre, à ouvertures , soit buccale, soit anale, très-petites; pas de prolongements cirrhigères.

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