PREMIERE PARTIE
H istoire naturelle .
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JNous diviserons les différentes espèces d’ipécacuanha du commerce en deux sections. La première comprendra les ipécacuanha bruns } la seconde les ipécacuanha blancs.
Que l’on ne croie pas que nous attachions ici à cette dénomination tirée de la couleur seule , l’idée et surtout l’importance qu’on lui a attribuée jusqu’en ces derniers temps. En effet, parmi les ipécacuanha bruns nous rangerons non-seulement ceux qui offrent cette teinte spéciale bien prononcée , mais aussi toutes les variétés désignées jusqu’ici sous les noms d’ ipécacuanha gris ; fauve, cendré } et même l’ipécacuanha noir , qui n’offre jamais cette couleur pure , mais seulement une teinte brune très-foncée ; en un mot, cette section renfermera toutes les espèces qui ne présententpas la coloration blanche, caractère distinctif de celles de la seconde section.
Chacune de ces sections serà ensuite divisée en espèces , et les espèces elles-mêmes en variétés.
C’est spécialement pour la distinction des espèces qui appartiennent à ces deux sections, que nous avons cherché d découvrir dans la structure même de ces racines, des caractères fixes et à l’abri de toute espèce de variations. Or, nous avons remarqué dans les ipécacuanha tirés de la famille des Rubiacées , par exemple, qui forment notre première section , que les racines produites par le callicocca et celles du psjcliotria présentent dans leur structure des moyens de distinction propres d les caractériser invariablement , et d faire cesser les
ci reurs que la considération seule de la couleur avait introduites dans leur distinction. C’est ainsi que i ipécacuanha du Brésil ou racines de callicocca sont contournées , rugueuses et formées de petits anneaux saillans , très - rapprochés les uns des autres; tandis que 1 ipécacuanha du Pérou (racines du psychotria ) offre simplement des étranglemens de distance en distance , sans anneaux, mais seulement des stries longitudinales.
Ces caractères distinctifs sont extrêmement faciles à saisir; ils offrent de plus le grand avantage d’être invariables. Nous ferons voir bientôt , en traitant de chacune des espèces en particulier , qu’ils sont constamment accompagnés de certains autres , tels que la saveur , l’odeur, la cassure, la composition chimique, etc., lesquelles ne présentent pas des caractères moins tranchés, que la structure exrieure, dans ces deux espèces.
Quanta la couleur, elle ne nous a plus servi que de caractère pour les variétés, et non pour les espèces, comme les différens auteurs l’avaient fait jusqu’à ce jour. En effet, elle offre trop de variation le plus souvent dans les mêmes espèces , pour pouvoir servir à les caractériser spécialement. Ainsi on désignait en général , sous les noms d "ipécacuanha brun et à' ipécacuanha gris , les racines du psychotria, et celles du callicocca. Or , quelques auteurs rapportent au psychotria l’ipécacuanha brun , tandis que d’autres désignent sous ce nom les racines du calliccoca . M. Brotero , par exemple, qui le premier a fait connaître le collicocca ou cephaelis y appelle ses racines ipe cacuanha fnsea , c’est-à-dire ipécacuanha brun, tandis que M. Pelletier, dans l’analyse qu’il a donnée récemment de cette racine, l’appelle ipécacuanha gris.
Cette variation , cette incertitude dans la dénomination rigoureuse de ces deux espèces , proviennent évidemment du peu de valeur et de l’inexactitude des caractères sur lesquels on a fondé cette distinction ; la couleur étant un des moins fixes, puisqu’elle paraît dépendre dans ce cas de circonstances accessoires , telles que la nature
du sol^, l’époque de l’année, où les racines onl été recueillies , etc. Si l’on examine sur de grandes quantités l’ipécacuanha du Brésil, qui est entièrement et exclusivement fourni par le cephaelis , on en trouvera des échantillons d’une teinte brune bien manifeste ; d’autres, au contraire, parfaitement gris. Or, dans le premier cas, on les rapporterait au cephaelis j dans le second, au contraire, on dirait qu’ils sont produits parie psychotria , tandis que ces deux variétés ne proviennent évidemment que du premier de ces deux végétaux.
M. Pelletier ^ dans son Analyse chimique des différentes espèces d’ipécacuanha, a été entraîné dans cette erreur, d’autant plus facile à commettre alors , que personne n’avait encore proposé de moyen
fixe de distinction entre ces deux espèces. Il a analysé sous deux
noms différons et comme deux espèces distinctes , provenant du ce phaelis et du psychotria , les racines du premier de ces deux végétaux , formant seulement deux variétés relatives à leur couleur.
On voit, d’après ce qui précède, qu’en s’en rapportant seulement à la couleur extérieure, comme on l’a fait jusqu’à présent, il est impossible de caractériser d’une manière vraiment certaine les deux espèces d’ipécacuanha fournies parla famille des Rubiacées.
Ce sont ces considérations qui nous ont engagé à chercher ailleurs que dans la couleur les moyens de distinguer invariablement l’une de l’autre ces deux espèces ; et c’est dans leur forme, leur structure, l’arrangement et la disposition naturelle de leurs parties, que nous les avons trouvés. Nous avons dû changer en conséquence les noms de brun , gris , etc. , sous lesquels on les dénommait jusqu a ce jour , en quelque sorte au hasard. Nous leur en avons substitué d’autres , qui indiquent la structure particulière à chacune d’elles , structure toujours invariable dans la même espèce , et plus convenable , par conséquent , pour fournir ses véritables caractères distinctifs.
Ainsi les racines du cephaelis ou ipéca, du Brésil, irrégulièrement contournées, offrant de petits anneaux saillans , très- rapprochés et rugueux ,, porteront le nom d ' ipécacuanha annelé ( ipec . annulata) ^
tandis que je désignerai sous le nom d’ ipécacuanha simple , strié ou
sans anneaux , les racines du psychotria ou ipéca, du Pérou.
Chacune de ces deux espèces sera ensuite subdivisée en variétés relatives à la teinte particulière de leur couleur extérieure.
Nous adopterons à peu près les mêmes moyens de distinction pour les espèces de la seconde section , c’est-à-dire les ipécacuanha blancs , en tirant cependant nos caractères distinctifs , des différentes espèces végétales qui les produisent.