‹ Histoire naturelle et médicale des différentes espèces dĩpécacuanha du commerceChapitre 7 sur 9 · Partie chimique et pharmaceutique · texte numérisé non relu

Partie chimique et pharmaceutique

§• !.•' Analyses chimiques,

L'akaitse chimique d'un médicament prpcure toujours des résultats avantageux^ lorsqu'on la fait suivre de l'essai physiologique des différens matériaux que Ton est parvenu à obtenir, afin de s'assurer si son efficacité réside dans un seul ou plusieurs de ses principes constituans. On parvient alors souvent, en isolant la partie vraiment active d'un médicament , i augmenter , et surtout à rendre son action plus certaine. La strychnine ^ la morphine^ sont sans contredit les principes immédiats dans lesquels résident les propriétés de la noix vomique et de l'opium. Or ces principes, ainsi débarrassés des autres substances avec lesquelles ils sont mélangés ou combinés dans ces deux médicamens , ont une vertu beaucoup plus grande et un mode d'action moins sujet à varier.

Une substance aussi efficace, et surtout aussi généralement usitée que Tipécacuanha , a dû attirer de bonne heure l'attention des chimistes , qui ont cherché à découvrir sa composition. Les premiers qui s'en sont occupés , tels que Boulduc ^ La^sone fils

. d Corrteltey n'oot obtenu que des résakats trop peu certaias pour lei rapporter ici.

M. Henry , professeur à Técole de pharmacie de Paris, a trouvé dans Tipécacuanha une -matière résineuse et une matière extractive , toutes deux vomitives , surtout la première.

M. Irvine, en Angleterre, a également donné une analyse qui s'éloigne peu de celle de M. Henry.

Dans le premier volume du Bulletin de pharmacie , M. Massons- Four a publié une analyse plus soignée et plus exacte que les pré^ oédentes. Ses résultats sont, i."" une substance résineuse, 2* de Textractif, ^.^ du mucilage , 4-'' une très-petite quantité d*acide gallique.

Enfin , dans ces derniers tejnps, en 1817 , M. Pelletier ^ professeur à Técole de pharmacie de Paris, a publié sur Tipécacuanha le travail chimique le plus complet que nous possédions encore sur cet important sujet. Nous ne donnerons pas ici un extrait étendu de son travail, parce que» nous étant livré aux mêmes recherches , nous n'eMrerons dans ces détails], que quand nous parlerons des procédés i^ nous avons suivis dans notre analyse. Nous avons répété ks expériences de M. Pelletier , et scupames presque tou*jours arrivés aux mêmes résultats que lui; ce qui confirme Texactitude et la précision de ses premiers essais. Voici le résultat de« analyses de M* Pelletier. Il a trouvé dans Fipécacuanha annelé du oommerce, i."" une matière grasse, huikuse, très-odorante, d une couleur brune^ qui parait, selon lui, communiquer à cette racine •on odear et sa saveur nauséabondes; a."" une substance particulière, simi^e de sa nature , dans laqudle réside la propriété vomitive de la racitie du Brésil, et i laquelle on a donné le nom ^émétinej 3.^ de la cire végétale; 4** de la gomme en assex grande quantité; 5.* presque la moitié du poids total d'anûdon; ô."" du ligneux; 7.* enfin quelques tt^aces d'acide gaUjique.

Quoique las quantités respectives de ces diverses substances aient souvent varié , cependant les dittérenlei variétés les lui ont oâbries

dans des proportions assez coostantes pour pouvoir établir la moyettne suiTante :

Matière grasse , huileuse 2 part.

Émétine i6

Cire végétale ^. .' 6

Gomtne 10

Amidon 4^

Ligneux • 20

Acide galUque , des traces »

Perle. • , 4

' 100 part.

Nous allons exposer avec quelques détails les opérations aux-* quelles nous avons soumis les racines d'ipécacuanha , afin d en isoler les différons principes constituans.

Analjfse chimicfue (1) de VIpécacuanha anneléj variété grise» (Gephaelis ipecacuanha.)

Nous avons analysé séparément la partie corticale et l'axe ligneux, qui, à juste raison, est regardé comme renfermant bien moins de principes actifs , ainsi que le démontrent évidemment les résultats de son analyse.

1.* On a pris cent parties de poudre de couche corticale, ou les a mises dans un matras, et traitées par Téther sulfurlque à froid. L'éther s*est coloré en jaune doré. Nous avons épuisé Taction de 1 ether,

(]) Noas avons fait ces diffîr«iile$ ta«Ijses arec notre ami M. Barruel^ ebef dea travaux chimiques de la facuk^ de i^édeeioe ^ qui a bien roula noas diriger et nous aider lui-même dans ces recherches. Nous nous plaisons i rendre ici publiquement témoignage k ses lumières, à son habileté dans Tart diCQcilç de l'analyse chimique, et & Textr^me complaisimce arec laquelle il a exécuté lui* même la plftpart de nos opérations.

(36) Quand il ne s'est plus coloré, nous avons réuni ces teintures dans une cornue , et les avons distillées au bain de sable. Nous avons ainsi obtenu, d'une part^ un éther parfaitement limpide , d'abord sans odeur étrangère , ayant contracté sur la fin de l'opération une légère odeur d'ipécacuanha. Il est resté dans la cornue une matière grasse, huileuse, d'une couleur brune foncée, sur la nature de laquelle nous reviendrons plus tard.

â.* L'éther n ayant plus d'action sur la poudre d'ipécacuanha, nous l'avons traitée par l'alcohol , d'abord à froid , pui^ au moyen d'une douce chaleur. Les teintures alcoholiques étaient d'un brun foncé. Il a fallu une grande quantité d'alcohol pour s'emparer de toutes les parties solubles dans ce men^tirue. Ces teintures alcoholiques ont été distillées jusquaux deux tiers pour en retirer l'alcohol. On a versé le résidu dans une capsule, on l'a évaporé à une très-douce chaleur» ayant soin d'ajouter de temps â autre une certaine quantité d'eau. Pendant cette évaporation , il s'est attaché aux parois de la capsule des gouttelettes d'une matière grasse. H s'est formé dans la liqueur des flacons d'une substance grise brunâtre^ On a jeté lè tout sur un filtre : la liqueur a filtré transparente , les flocons étant restés sur le filtre.

La matière grasse attachée aux parois de la capsule , et qu^on avait recueillie avec soin » avait une couleur brune très-foncée , une consistance comme poisseuse , une odeur fratche , une saveur presque nulle; elle pesait cinq décigrammes. Elle est insoluble dans l'eau froide et dans l'eau chaude , également insoluble dans l'alcohol froid ; soluble dans l'alcohol chaud , très-soluble dans la dissolution de potasse; répandant des vapeurs blanches quand on la met sur des charbons ardens.

L'autre matière grasse restée sur le filtre est sous forme de petites paillettes irrégulières, solide, infusible à la température de l'eau bouillante, se réduisant facilement en poudre quand on la presse entre les doigts, même lorsqu'elle a été échauffée. Sa couleur est d un gris brunâtre , sa saveur légèrement amère. Elle est très-soluble

(57) dans ralcohol à froid , qu elle colore en brun ; extrêmement soluble dans la dissolution de potasse. Mise sur un fer chaud , elle s'y fond, répand des fumées blanches » et une odeur de matière grasse brûlée. Ces deux matières grasses ainsi retii^es de la solution alcoholique ^.celle-ci a été évaporée jusqua siccité. Le résidu a été repris par Teau dans laquelle il s*est dissous ; on y a projeté du sous-carbonate de magnésie, afin.de saturer lacide gallique, et à- Tinstant même il s en est séparé une matière d'apparence grasse , qui s'est attachée aux parois de la capsule. On a évaporé de nouveau jusqu'à siccité ; on a traité le résidu par l'alcohol, qui n'a point dissous le précipité formé par le gallate de magnésie. La liqueur alcoholique a été mélangée avec un tiers de son volume d'eau, et distillée de nouveau avec soin. Les parois de la cornue se sont couvertes de gouttelettes d'une matière brune solide; la liqueur qui les recouvrait était très-colorée, mais transparente. On l'a décantée , mise dans une capsule , et évaporée à siccité : le résidu était Yémétine pure. Les gouttelettes ont été recueillies avec soin : l'eau n'a eu aucune action sur elles. Cette matière s'est, au contraire, dissoute avec facilité dans l'alcohol, auquel elle a donné une couleur, brune rougeâtre très-foncée. Cette dissolution alcoholique a été évaporée jusqu'à siccité» et a laissé pour résidu une matière d'un brun-rouge, pesant i»a. Elle est solide» très-fragile, se réduisant en poudre avec la plus grande facilité» a* une odeur désagréable, assez semblable à celle de l'ipécaçuanha. Mise sur un charbon rouge , elle se fond facilement , se boursouffle , puis se décompose en répandant une fumée blanchâtre > d'une odeur légèrement piquante » n'ayant rien de désagréable , analogue à celle des résines» sans pouvoir être assimilée à aucune d'elles; sa. saveur est extrêmement amère. Jetée sur un brasier, elle s'enflamme rapidement en donnant, naissance à une longue flamme blanche et à beaucoup de noir de fumée. Elle est soluble dans la poCasse caustique» dans les acides, acétique et gallique » d'où l'on peut facilement la précipiter en saturant ces. acides au moyen d'une base quelconque. Cette matière est donc. réellem^t une résine particulière» qui» dans l'ipè-

(38) cacuanha , ert rendue sotabîe datas l'eau par sa eombmaiiOD a¥C€ un acide végétal.

5.^ La poadre d'Ipécacuanha a ensuite été traitée par Teaa froide, dans laquelle nous lavons laissé macérer pendant Iong-4emps, ayant soin de tenouveler cette eau. Nous avons filtré le produit de la macc^ ration , et lavons évaporé îusqu'à siccîlé : le résidu a été une matière grisâtre, d apparence gommeuse; eUe pesait deux granunes. Cette ma^ lière a «ne saveur légèrement acide; die rougit la papier bleu de tournesol. Dissoute dans Teav» elle est précipitée en flocons glaireux par Talcohol : le protQ<*sulfàte et le per- sulfate de fer n y produisent aucun phénomène remarquable. L'acide oxalique y dénaontre la présence de la chaux ; l'acétate do plomb y forme un précipité abondanti L'iode communique à la liqueur une couleur rouge vineuse trèsintense.

La plus grande partie de celle matière a été calcinée dai|s un creu^ set de ptatine ; elle s'est boursoufflée , en répandant Fodeur de la gomme ou de l'amidon que l'on brûle; eUe a laissé une cendre blan« châtre. Cette cendre traitée par l'eau, la lessive a ramené au bleu un papier rougi par un acide; die verdissait le sirop de violetta Sa^ turée par l'acide hydrochlorique > elle n a donné aucun précipité par l'eau de chaux , preuve qu'elle ne contenait pas de phosphate de portasse. Traitée par le nitrate d'argent, elle a donné un précipité inso^ lubie dans l'acide nitrique; elle a précipité abondamment par le nitrate de baryte.

La portion de cendre que l'eau n'a pas dissoute a été traitée par Tacidehydrochlorique, et s'y est dissoute avec effervescence. La liqueur fihrée a été traitée par Tammouiaque en léger excès; il s'y est produit un précipité floconneux de frfiosphate de chaux : on a ensuite filtré là iHfueur, qui a précipité par l'acide oxalique , preuve de la présence de la chaux

Il résulte des difl%rentes expériences auxquelles nous avons sou^ mis cette sub^irtance , regardée comme de la gomme pure par M. Pelktier, qu'elle se compose d'un peu de gomme, de sulfiite,

( 39 ) d*hydrochlordte et de malate de po&aBse, d*ini peu de phosphate de chaux , tenu pr^rfiablemeot en dissoUition daos du malate acide de chaux.

4«^ Après avDÎv aiosi soumis là poudre d'ipécacuanha âlaclionde l'éther suirurique, de lalcohol et de leau froide, nous laitons (ait bouillir dans leau acidulée de deuK oentièmes d'acide sulfurique. Deux traitemeus consécutif ont suffi peur séparer tout Taœidoa qu'il oontenait en très^-grande quantité^:!^ r^idu de fébuUilioa était du ligneux à l'état de pureté.

Telle est la auite des opératkons indiquées par M. Pelletier ^ et t{Me nous avons mises en usage ppur obtenir isolément les diffënns naaté* raini qui entueol dans la cooiposittoiu de l'ipécaeuBnba amieié*

» En companaQt les résultats d# do9 aiïalyses avee ceux obtenus par M. Pelletier^ on trouve eiHt» e«» beaucoup jd'anajogie i iDaîs aussi des différences dignes d'être notées.

Â4nsi pous avdns trouvé la cire en bteii v^owt grande quanlhé, fion dans la teintDk^ aleoholique » mais dans la teintiire étbérée< Nous avofii obtenu plusieurs subslences grasses de oabiro diffièreote^* uae très-petUe quantité de gpimiie, au liw de huit centiâBDes^ pluijeurf tels végétaux, et une matière animale aqalqgue à ralbumine» dont M» PeUeiier n'a rien dit. U «st vrai que celte demîére matière ne peut s'obtenir qu'en commençant k trailçr l'ipécMuanha |iar Teau froide qui la dissout, et en la coagulant ensuite par la chalemr.

Entrons dans quelques détails sur celles de ces substances qui mé* ritent quelque examton.

De h matière grasse huileuse retirée au mqjren de Céthen

Sa ceoleur est d'un brun îaunâtte ; elle est d'une consistance molle et comme pultacée ; sa saveur n'a rien de semblable à celle de l'ipé* caeuanba; elle ressemble entièrement à celle de l'huile d'oUv^ de mauvaise qualité, ou d'un cérat rance \ elle est un peu acre et amèrc : son odeur est celle de l'huile d'olive. Mise sur un fer trèsHïhaud, ella

f4o) répand uu6 odeur de cire fondue, qui n'a rien d*anal<^ue à l'huile essentielle de raifort, comme le dit M« Pelletier. Elle est un peu plus légère gue Teau, qu elle surnage.

Cette substance nest point simple de sa nature; elle est, au contraire, composée de quatre autres substances, savoir: i."" d'une petite quantité d'acide gallique , lequel fait rougir le papier de tournesol , et bleuit une lame de couteau que l'on y plonge; a. ^ d'une quantité de cire assez considérable ; 3.^ d'une huile soluble dans l'alcohol ; 4*'' d'une quantité d'une autre huile non soluble dans l'alcohol.

La présence de la cire dans la teinture éthérée est très^vidente', quoique M. Pelletier n'en ait rien dit. Il n'en a fait mention que dans la solution alcohoiique, où nous ne l'avons pas trouvée. On sait que la cire est encore plus soluble dans l'éther que dans l'alcohol ; il était donc impossible que nous n'en trouvassions pas une certaine quantité dans la teinture éthérée.

Lorsque l'on dissout dans lalcohdi, au moyen d'une douce chaleur, la matière grasse en masse, une partie de Thuile reste tout-à-fait insoluble au fond du vase; la cire et une autre partie de l'huile se dissolvent; mais, par le refroidissement, onvoitla cire se séparer sous forme de petits nuages floconneux , qui se réunissent et constituent de'petites paillettes blanchâtres. La matière huileuse, soluble à chaud et à froid daiis l'alcohol, évaporée ,Vépand une odeur manifeste d'ipée cacuanha ; sa saveur est chaude et acre. La portion non soluble dans ce menstrué est brune, d'une consistance molle, et comme butireuse; sa saveur est douce, à peu près semblable à celle du beurre; son ôdelir est très-faible. Il nous a été impossible d'isoler assez bien ces substances pour en connaître rigoureusement les 'proportions. La matière grasse insoluble forme à peu près le tiers de la masse totale : L'huile soluble , la cire , l'acide gallique réprésentent les deux autres tiers.

L'odeur nauséabonde et désagréable de l'ipécacuanha parait dépendre uniquement de l'huile grasse soluble dans l'alcohol.

De Vémétint.

Cette substance simple a été découverte par M. Pelletier eu 1817' Il la d abord trouvée dans Tipécacuauba annelé , puis dans l'ipécacuauha strié et Tipécacuauba blanc; nous lavons également retirée de ces différentes substances. Voici quels sont ses caractères : elle a lâpparenoe d'un eitraif ; desséchée, elle est sous forme de petites écailles â demi transparentes, d'une couleur brune rougeâtre; son- )^deur est assez agréable, et ressemble à celle du caramel; sa saveuf est trèi*amèrc, légèrélnent acre, nullement nauséabonde. Elfe est très-soluble dans l'eau froide et chaude, ainsi que dans Talcohol; elle attire £EK;ilement l'hamldité de l'air et tombe en déliquescence. Mise sur un fer rouge, elle se boursouffle, noircit, se décompose en don^ oant de l'acide acétique, de l'acide carbonique , de Feau, mais aucune trace dTammoniaque. On n'a pu la faire cristalliser par aucun procédé.

L'acide sulfurique concentré la détruit et la charbonne ; les acides pfaosphorique , hydrocbloriquc , acétique, la dissolvant sanslaltérer; la teinture de noix de galle et l'acide gallique la précipitent de ses dissolutions aquouse et alcohelique. Il est donc hnportant de ne la jamais mélanger avec d'autres médicamens qui renferment cet acide. Le tartre stibié n'a aucune action sur elle.

Modes de préparation. On p«ut retirer l'émétine de Vipécacuanka par deux procédés différeus.

i.^Par l'eau froide. Ce procédé est le plus simple, le plus prompt et le moins dispendieux : il consiste à épuiser l'ipécacuanha en poudre par l'eau froide. L'eau froide dissout, i.^ l'émétine; 1.^ la gomme; S.M'acide gallique; 4-'' l'albumine; S."" la matière résineuse; 6.^ les différens sels végétaux indiqués ci*-dessus. Par ce moyen, on n'attaque ni l'auiidon, ni la cire, ni les huiles, ni le ligneux.

On fait évaporer la liqueur au bain de sable. On projelte dedans? .

•ur la fin de l'opéralioD , une certaine quantité de lous-» carbonate 4e magnésie ayec excès, pour neutraliser les acides : on évapore josqu'à siccité. On traite le résidu par l'alcohol à chaud , lequel ne dissout plus que Témétine et la résine. On filtre ; on évapore la solution alcoholique jusqu'à siccité. On traite le résidu par l'eau , qui ne dissout plus que l'émétine ; Ton évapore pour obtenir l'émétine a l'état de pureté.

tàJ^ Le second procédé est celui que nous avons niis en usage pour l'analyse de Tipécacuauba. On traite successivement la poudre de cette racine par l'éther sulfurique^ qui dissout l'buile grasse, *une partie de la cire» et l'acide^allique ; par l'alcohol, qui dissout l'émétine , et une partie de la cire et de l'acide gallique.On décante et filtre la liqueur alcohoUque , dans laquelle on met Une quantité suffisante de sous-carbonate de magnésie pour neutraliser l'acide gallique ^ lequel forme, un gallate de magnésie insoluble. Ou évapore jusqu'à siccité; l'on reprend le résidu de la distillation par l'ieau froide, qui nedksout plus que l'émétine; on décante et filtre de nouveau la solution aqueuse, que Ton évapore jusqu'à siccité, et l'on obtient l'émétine parfaitement pure. .

On voit combien le premier procédé est préférable à celui-ci , tant par le jpeu de temps qu'il exige, que parce qu'il est infiniment plus économique; c'est donc en traitant l'ipécacuanha par l'eau froide que l'on doit se procurer l'émétine , dans tous le^ cas où l'on veut obtenir cette substance à peu de frais et en peu de temps.

En résumant tout ce qui précède sur l'analyse de l'ipécacuanha annelé, on voit qu'il est composé, i." d'une substance particulière simple et indécomposable, que l'on a nommée émétine, et à laquelle il doit ses propriétés médicales, 2.^ d'une très-petite quantité de matière analogue à la cire; 3.^ de trois ma lières grasses, l'une solubk, l'autre insoluble dans-l'alcohol à chaud et à froid « la troisième infusible à la chaleur de Teau bouillante, également insoluble dans l'alcohol; 4-* dégomme; 5.* de matière résineuse; 6.* d'une grande

(43) quantité d'amidon ;7.^deligneux; 8/ d'acide gallique, de plusieurs sels yégétaux; 9.^ d une matière animale analogue à lalbumine.

Cette dernière matière ne peut s obtenir qu*en traitant ripécacuanha par Teau froide, dans laquelle elle se dissout; on l'en sépare ensuite par rébullltion* qui la coagule. En traitant d'abord par l'éther et par l'alcohol, la matière animale se trouve coagulée, et il devient impossible delà séparer du ligneux; c'est pour cette raison que M. Pelletier ne la pas mentionnée dans l'analyse de l'espèce qui nous occupe.

Voici les proportions moyennes des différens matériaux que nous avons trouvés dans l'ipécacuanha annelé:

Émétine i6,»

Cire

Matières grasses de différente nature.

Matière résineuse i,t

Gomme et différentes substances salines a4

Amidon \ 55, »

Matière animale albumineuse d^

Ligneux i^fi

Acide gallique des traces. • »

Analyse de Taxe ligneux. (PxLUnu.)

Matière vomitive i^iS

Matière extractive non vomitive ^45

Gomme • • • • • • 5^

Amidon 20,

Ligneux 66,

Acide gallique , matières grasses^ des traces. ..,••* » »

Perte 4t8o

Jnaljrs^s des Ipécacuunha blancs.

Celfe analyse n'avait point encore été faite- M. Pelletier a analysé/ sous le nom de viola emetica^ lès racines du cynanchum vomitorkimj f.itf.

Matières grasses analogues à celles de l'ipécacuanba

annelé. , » •

Émétine contenant un peu de matière sucrée 3,5

Amiidon S4>»

Matière extractive solubie dans l'eau , contenant un

principe immédiat nouveau (i). 23,»

Ligneux 19,»

Acide gaHique , des traces . . '. » »

2^ Analyse du cynanchum vomitoriuni. (Pjoletixiu.)

^■létine r •••....«. .r .... < 5

G^mme- •.•••»••••,#.«•#..••«#• » 55

Matière végéto-animalc 1

Ligneux «... « 67

Perte 5

— ■ ••mt

(i) Le temps ne nous t pas permis de soumettre cette matière à M4ficâ grand nombre . d'et^is. Cependant nous pourrons assurer quMle renfernue un peu de gomme, quelques sels T^g^taux et un principe particulier , «ristallisable 9 qui nous parait nOureau. Comme Vcmétine n'est qu'en (rès-peli(e quantité daos cette espèce, qui cepenthnt eft-aBsei'attive^ sa propriété émétique ne dépendrait*elle pas en partie de ce principe nouveau crisUllisable ? C'est ce que nous nous pro^ posons d^exan^iner plus tard.

§. II. Des préparations et du mode d* administration de Vlpécur

cuanha.

Poudre. Une des préparalions les plus usitées de ripécacuanha , est sa poudre. Pour la préparer , il faut d'^abord monder avec soin les racinçs^les dépouiller des petites fibnJIes radicellaire^ qui les terminent eh séparer les portions de tige , que Ton y mélange ou que Ton y laisse assez souvent dans le commerce s on les met ensuite dans un mortier de fer, etlon commence ^ar les concasBCr soigneusement avec le pilon. Par cette première opération on parvient àdétacher et i isoler la coucho corticale, qui est toujours plus friable et plus tendre (dans Tipécacua* nha annelé). On retire alots Taxe ligneux , ainsi dépoulUé de son enve* loppe , et 1 on continue la pulvérisation. On doit avoir soio d'envelop*^ perle mortier d'une peau de chamois, qui empêche }a poudre d^ voltiger dans Fair. En effet» elle est très-irritante , et quand on né* gtigc ce moyen , les pileurs sont exposés à des angines et des oph** thalmies très-violentes : on passe ensuite i travers un tamia de soie très-fin, également recouvert.

Cent parties dlpécacuanha annelé du commerce » bien ti'ié^ d^m nent qiiatre- vingts parties de su'bstance corticale , et vingt de matière ligneuse. Nous avons dit précédemment que cette dernière devait être rejetée de la pulvérisation , parce que^ presque inerte ».«Ue affaiblit considérablement les propriétés médicales de Tipécacuanlm.

La poudré d'ipécacuanha annelé est ordinairement d'une couleui? fauve grisâtre très- claire; son odeur est extrêmement niiAiséabQii4e et désagréable; sa saveur est acre et amèrc; elle s'attache pa#tÂcti)Âè^ rement au gosier.

Sa dose est très-variable. Son mode d'administration dJ0^ Mmî* suivant l'indication particulière que l'on veut cemplir* Si l'oti ^ rin^ tention de provoquer le vomissement chez un adybe » la éf^m Offdi* naire est de vingt à vingt-cinq grains , qiie l'on idélaie dans esiviMa six onces d*eau, à prendre en trois fois, d« dcipiTheum .<u àtmir^ heure , ayant soin d'agiter chaque fois le vase dans Tequel on a fiiit k

(46) mélange. Pour un enfant, on peut mettre depuis un jusqu'à cinq et six grains dans une ou deux cuillerées à bouche d*eau sucrée.

L'odeur désagréable et rebutante de Tipécacuanha rend ce médicament très-pénible à prendre pour certaines personnes. On cherche dans ce cas à masquer cette odeur en le délayant dans trois onces d'eau, deux onces d eau de fleurs d oranger, et une once d'un sirop , tel que celui de guimauve , de capillaire ou de gomme arabique. Ainsi préparé , il est moins désagréable à prendre.

Lorsque Ton veut ' employer l'ipécacuanha à doses brisées , comme, par exemple, dan» le croup , le catarrhe pulmonaire chronique, la diarrhée, la péritonite puerpérale, on peut l'administrer de la manière suivante : i.*pour le croup, on mélange six à dix grains de poudre d'ipécacuanha dans trois onces d'eau sucrée^ que l'on fait prendre par petites cuillerées à café , de quart d'heure en quart d'heure ; a.* on peut employer le même moyen dans les autres ca8quen#us avons cités; mais on peut également donner l'ipécacuanha en poudre dans une potion (aita avec Tinfusion d'hysope, la gomme adn^nt et le sirop de capillaire, etc.

On préparc contre la diarrhée des bols avec 8 à la grains d'ipécacuanha et i gros de diascordium à prendre en deux ou trois fois«

Pastilles. Préparation très-usitée, même dans la médecine domes^ tfque. On prépare les pastilles d'ipécacuanha en mélangeant ensemble du sucré en poudre , de la gomme adragant et de l'ipécacuanha dans des proportions, telles que chaque pastille, qui pèse environ huit à dix grains^ contienne un quart bu au plus un demi-grain de poudre d'ipécacuanha.

C'est plus particulièrement dans les inflammations chroniques des bronches, k coqueluche , etc.^ qu'on les emploie de préférence » afin de favoriser Fexpectoration , en donnant plus d'activité aux membranes* nraqueuses des voies aériennes. Leur dose est de quatre, six â huit dans la jdumée : on doit les prendre au moins a une heure d'iur tenralle l'une de Tautre , et deux heures avant ou après les repas«

U7) Cinq OU six, et quelquefois moins, suffisent pour faire vomir un enfunf,

La poudre d'ipécacuanha entre dans un grand nombre de préparations officinales, que nous ne ferons qu'indiquer ici succinctement.

1.* La poudre de Dover j elle contient une partie d'ipécacuanha, une partie d'opium et quatre parties de nitrate et de sulfate de potasse. Cette poudre est excitante et sudorifique. On l'emploie surtout en Angleterre , contre le rhumatisme et le catarrhe pulmonaire chronique.Sa dose est depuis dix jusqu'à vingt grains, le soir en se couchant. . a.* La poudre vomitive d'Helvétius^ composée d'une partie d'ipécacuanha , deux parties d'émétique et seize de crème de tartre. La dose est de douze â vingt grains, en deux prises ; peu usitée. . S."" On peut faire entrer l'ipécacuanha en pondre dans une potion , à la dose de quatre à huit grains , eu FunÎMant à un sirop et une eau distillée^ telle que celles d'byvope, de bourrache, etc.

Sirop d^ipécacuanlia. Le sirop d'ipécacuanha peut se préparer de deux manières différentes; savoir, au moyen de l'infusion aqueuse ou du macéré alcoholique. Dans le premier de ces procédés on sou* met à l'infusion , dans deux livres d'eau bouillante , une once d'ipécacuanha concassé. Cette infusion doit durer environ six â huit heures. On passe et filtre la liqueur ; on y ajoute deux livres de sucre blanc; l'on fait réduire le tout à consistance sirupeuse au bain-oiarie. Beaucoup de pharmaciens emploient, pour la préparation du sirop d'ipécacuanha , la partie centrale ou ligneuse de cette racime , qu'il» retirent lors de la pulvérisation; ils la soumettent à une ébuUitioa prolongée, et c'est de ce decocium qu'ils se servent pour faire leur sirop. Aussi est*il très-rare que cette préparation de Tipécacuanha jouisse de propriétés bien marquées. On ne l'emploie guère que pour les en-^ fans. Sa dose est de demi-once à une once et demie.

Le sirop d'ipécacuanha préparé au moyen de l'alcohol est plus efficace et d'un effi^t plus certain : on doit donc le prescrire de préférence. On fait macérer une certaine quantité d'ipécacuanha concassé dans de l'alcohol, que Ton renouvelle jusqu'à ce qu'il ne se colore plus; on verse deux onces de cette teinture sur quatre livres de sirop

(48) de sucre , et loa obtient ainsi une préparation dont les effets sont beaucoup plus certains. Sa dose est d une à deux onces pour les adultes.

Disons quelques mois des princioalefi préparations ou formes pharmaceutiques que Ion peut faire également subir à réméline.

§. III. Modes (T administration de Véméiine.

Unt des grands avantages de rémétine sur la poudre d'ipécacu^aba est, sans contredit, d*agir av^c la même énergie à une dose'cinq ou six fois plus faible y et surtout de ne pokit avoir cette odeur nau-» séeuse et repoussante , cette acre^é désagréable de la racine dm Brésil* C*est une attention souvent trop négligée de la j^upart des médecins , que celle de rendre les laédicaitieas. le moins dés<'^réables à prenctr^ qu'il est possible , sans tes pviyer to^foîs de leurs vertus , ou odémo les diminuer. On peut arriver à ce but de trois manières: i.^ en dimi» nnant le volume du médicament « en le privant de toutes les parties étrangèries^, qui par leur nature ne jouissent d*aucune efficacité. Ainsi, par exemple , lorsque I on donne à un malade une once de poudre de quinquina , n est-il pas évident que les trois quarts au moins de ce médicament sont inertes et sans action^ puisqu'ils sont entièrement formés de lîgneuxPSî donc Ton pouvait, sans inconvénient^ retirer toute cette quantité inutile, qui rend le médicainent plus désagréable, plus difficile à prendre, et surtout plus fatigant pour Testoniac, n estil pas évident que non-seulement il produirait les mêmes effets , puisqu'on aurait laissé intacte toute sa partie active , mais surtout qu^il serait infiniment moins rebutant pour le maladePa."" Priver le médicament des parties qui lui donnent un goût ou une odeur désagréable. Ainsi rîpécacuan ha doit sa saveur acre, son odeur nauséabonde à Thuilc soluble dans Talcohol qu'il renferme. Or, en retirant cette huile au moyen de l'éther, ou, encore mieux, en n'administrant que l'éméline , on remplira parfaitement cette seconde indication. 3.^ Enfin il est ordinairement facile de masquer le goût désagréable d'un médicament, soit en le délayant dans un véhicule abondant; soit enfin

(49) en Tincorporant avec d autres snbstamces d'une saveur ou d'une odeur très-prononcée , mais agréable^ ou avec des matières alcoboliques ou sucrées.

L'éraétine étant très-soluble dans i eau , on peut l'administrer directement en solution dans ce liquide. On prend trois à quatre grains d'émétine; on les fait dissoudre dans six ou huit onces d'eau, que Ton édulcore à volonté avec une once d un sirop quelconque. Cette potion vomitive doit être prise en trois ou quatre doses, à une demi -heure d'intervalle entre chacune d'elles* La dose d'émétine doit varier suivant Tâge, le sexe et le tempérament de l'individu.

Nous avons fait préparer des pastilles et un sirop d'émétine , pour remplacer les pastilles et le sirop d'ipécàcuanha (i).

Les pastillés ont'été faites de deux manières, et pour remplir deux indications : ainsi les unes ne contiennent qu'un huitième de grain d'émétine, tandis que les autres en contiennent un demi-grain. Les premières sont administrées comme toniques, soit dans le rhume ou catarrhe pulmonaire chronique , soit dans la coqueluche ou la diarrhée. On donne les autres, au contraire, pour provoquer le vomissement. Ainsi une seule suffit pour un enfant très-jeune; on en donne de deux à cinq et six aux sujets délicats et aux femmes.

Le sirop d'émétine se prépare en mettant dans quatre-vingts onces de sirop simple un gros d'émétine dissoute dans une très-petite quantité d'eau; on fait jeter à ce sirop quelques bouillons, de manière à le réduire à soixante-douze onces , dont chacune contient alors un grain d'émétine. Ce sirop peut servir à la dose de demi-once à une once pour édiilcorer et activer une potion pectorale : on le donne également depuis demi-once jusqu'à deux onces, pour déterminer le vomissement.

, (i) On trouve cc$ difTérenles préparations cbez M. Richard Desruez , pharmacien , au coin de la rue Taranne et de la rue des Saint-Pères 9 à Paris.

TèUe 'Cftt le pelit nombre de ptéparalknis pharmaceutiques auxquelles il noua a paru néeeasaire de soumettre rémétiae^afin deu(a« ciliter Tadminislration.

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