‹ Histoire naturelle illustrée; les animaux, les invertébrésChapitre 1 sur 260 · GRANDE BARRIÈRE D'AUSTRALIE · texte numérisé non relu

GRANDE BARRIÈRE D'AUSTRALIE

ES animaux de toutes sortes qui peuplent les terres et les mers

ne représentent qu'un état passager dans l'immense série de

leurs ancêtres et de leurs successeurs. Ce que nous en connaissons est bien peu de chose par rapport à ce qui nous en échappe et nous sommes sensiblement dans la situation d’un spectateur qui, voyant seulement quelques images d’une longue bande cinématographique sans avoir rien vu du commencement ni de la fin du drame, chercherait à le reconstituer.

Avec ce que nous pouvons constater actuellement de la vie des êtres et de leur développement, en y ajoutant les quelques données éparses que nous fournissent les fragments fossilisés, nous essayons de reconstituer l’évolution du monde animal, son histoire ancienne, la parenté de ces êtres, leurs affinités. Mais combien nous sommes loin même d'’entrevoir leur origine, les formes primitives qui ont fourni les grands rameaux du règne animal, les branches qui ont conduit aux formes actuelles! Nous en sommes réduits à échafauder des théories purement philosophiques, sans preuves matérielles, lorsque nous cherchons à préciser l'époque et le mode d'apparition de la vie sur le globe terrestre.

Ce que nous pouvons présumer sur l'origine des êtres consiste surtout en déductions tirées de la physique et de la chimie; mais si dans l’état actuel de la science nous pouvons considérer certaines hypothèses comme vraisemblables, nous ne pouvons penser qu’elles soient définitives. Peut-être un jour le problème sera-t-il plus près de sa solution lorsque l'on aura trouvé le moyen de fabriquer du protoplasma vivant.

Quoi qu'il en soit, en nous appuyant sur l'hypothèse de Laplace, nous pouvons penser que la terre fut primitivement une masse incandescente à la surface de laquelle il n'existait aucune matière organique. Plus tard, par suite du refroidissement, la croûte terrestre, pareille à une scorie, se forma comme une enveloppe autour de la masse en fusion. L'atmosphère, à haute température, contenait l'oxygène, l'hydrogène, l'azote, le chlore, le carbone. Lorsque la température se fut suffisamment abaissée, il y eut des combinaisons gazeuses dont la principale fut la vapeur d'eau. Plus tard encore, cette vapeur se condensant en eau liquide tomba sur le sol encore chaud ; le chlore, se combinant au sodium de la croûte terrestre, forma de son côté du chlorure de sodium ou sel marin; il fut dissous par la première eau qui se condensa, et c'est ainsi que la nappe aqueuse, répandue sur le globe, fut, dès l'origine, salée. Le sphéroïde terrestre fut donc de suite recouvert d’un océan primitif salé qui, vraisemblablement, le baignait tout entier, sans terres émergées ; on croit aussi que l'océan primitif contenait une masse d’eau trois fois plus grande que celle des océans actuels et trois fois moins salée.

Telle peut être envisagée la nature des océans à l’époque où les eaux, après de nombreux siècles, furent descendues à une température telle que la vie put s'y manifester et s'y perpétuer. Ces hypothèses sont basées sur les données que la géologie, la physique du globe, la chimie nous fournissent ; elles sont encore susceptibles de bien des modifications.

Tout ce que nous savons sur ces phénomènes généraux de la vie nous incite à croire que ses premières manifestations se produisirent

lorsque la température des eaux fut descendue à 40° environ ; les albumines qui constituèrent le premier substratum de la vie ne peuvent en effet exister à une température supérieure. Mais nous ignorons absolument sous quelle forme ces albumines primitives existaient lorsqu’elles reçurent l'impulsion vitale, et si ce premier état de la vie a pu se manifester en un seul point de l’océan ou dans plusieurs simultanément. Nous n'avons aucune idée sur ce que purent être les premiers êtres rudimentaires dérivés de l’albumine originaire; il est vraisemblable qu'il fallut un temps très long pour passer du grumeau gélatineux originel à la première cellule, base de tous les animaux et de toutes les plantes. Peut-être ce premier être cellulaire eut-il la forme de ces algues minuscules, dont nous trouvons des représentants modernes, flottant à la surface des mers.

La géologie nous enseigne que dans cet océan primitif il n y avait pas encore de terres émergées. Ce n'est que plus tard qu'elles apparurent; dès lors les eaux de pluie, au lieu de se perdre comme jusqu'ici dans l'océan, se collectèrent dans des vallées, formèrent des lacs, des fleuves qui eurent leur embouchure dans la mer. Mais il y avait longtemps que la mer était peuplée d'êtres variés, quand apparurent les premiers continents et, avec eux, la possibilité de se former des êtres d'eau douce et terrestres.

Tous les fossiles que l’on recueille dans les terrains anciens sont toujours des restes d'êtres marins, et ce n'est que beaucoup plus tard que parurent les êtres non marins, dont nous trouvons les débris dans les terrains évidemment émergés (fig. 1). La faune marine était depuis longtemps constituée, avec les caractères généraux que nous enseignent ses débris fossiles, avant qu'aucun être terrestre ou d'eau douce ait pu laisser les empreintes de son existence.

Si l'on admet les déductions qui précèdent comme fournissant des indications vraisemblables et suffisantes de ce qui fut l'origine de la vie sur le globe, c’est-à-dire une origine marine, nous pouvons maintenant nous demander comment, à l'époque où apparurent les terres émergées, purent se former les êtres d'eau douce et terrestres. Diverses raisons nous font croire, ce qui facilite l'explication, que les eaux des océans primitifs étaient moins salées qu'actuellement. Il n'y avait donc pas une différence aussi tranchée entre les eaux marines et fluviales, et une foule des êtres qui, actuellement, ne peuvent passer, sans périr, de l’eau de mer à l’eau douce, pouvaient le faire alors impunément. Ils se trouvaient à peu près dans les conditions des êtres qui vivent dans les eaux saumâtres et peuvent passer, sans trop de difficulté, à l'eau de mer ou à l'eau douce. Des êtres marins s’aventurèrent Lee dans les estuaires des fleuves récents, ils les remontèrent ; beaucoup certainement périrent et ne purent Jamais franchir Pébce: c'est ainsi que jamais aucun Echinoderme, Brachiopode, Cholenode, etc., ne put s'acclimater à l'eau douce. Les êtres qui survécurent passèrent des fleuves dans les rivières et de là dans les lacs: ils y firent souche et la faune des eaux douces fut fondée, mais combien diminuée de la faune marine initiale! Si nous admettons maintenant que sur les côtes des continents nouvellement émergés des êtres marins laissés à sec par la marée s’habituèrent à respirer l'air atmosphérique et non plus dissous dans la mer, nous pouvons envisager sans difficulté que ces êtres finirent par rester hors de l'eau. Des crustacés purent ainsi donner naissance à des êtres à respiration aérienne, à des arthropodes terrestres. [y a encore actuellement des crustacés marins, la Lygie par Se qui fuient à terre devant la marée montante (fig. 2). Une origine analogue peut être attribuée aux insectes. aux vers terrestres, etc. Il est vraisemblable qu'une bonne partie de la faune terrestre fut ainsi produite; des transformations successives ont amené des modifcations si profondes entre l'être actuel et son ancêtre marin qu'il faut admettre plusieurs états intermédiaires bien différents pour les expliquer.

Quoi qu'il en soit, les faunes terrestres et fluviatiles ne représentent qu'une faible partie de la faune marine; c'est une minorité qui a pu s ‘adapter à à ce nouveau mode d'existence : la grande majorité est restée marine, comme ses ancêtres.

Nous sommes tentés de croire que les êtres terrestres sont bien plus variés et plus abondants que les êtres marins. Cest une grave erreur, qui tient à plusieurs causes. Nous vivons à terre, nous voyons constamment autour de nous les animaux terrestres, nous les

Fig. 1. — Palæophonus nuncius, plus ancien fossile à respiration aérienne.

Fig. 2. — Lygie.

connaissons mieux, nous en observons beaucoup plus souvent, nous les capturons facilement ; au contraire, dans la mer, nous ne pouvons en saisir, à grand'peine, qu'un petit nombre : nous ne vivons pas parmi eux; cen'est que depuis quelques années que des engins perfectionnés commencent à nous faire entrevoir la richesse de la faune marine profonde. Le peu que nous en savons et les mesures auxquelles on a pu procéder nous conduisent à l'opinion que voici. Les êtres terrestres vivent à la surface du sol et s'élèvent à peine à quelques mètres au-dessus de lui: les êtres marins pullulent dans une épaisseur moyenne de 4000 mètres d’eau, et la surface des océans est beaucoup plus grande que celle des terres; nous devons en conclure que les êtres terrestres sont, pour les êtres marins, dans le rapport de la surface au volume. Il y a donc infiniment plus d'êtres marins que d'êtres continentaux, en quantité absolue et en nombre d'espèces. La mer est le grand réservoir de la vie; c'est de là que la vie est sortie pour s'étendre sur les continents, c'est là qu il faut chercher l’origine de la vie et les ancêtres des êtres vivants actuels, tant marins que terrestres.

Nous n'avons point, dans cet ouvrage, à rechercher les transformations que les faunes ont subies pour en arriver à leur état actuel. On trouvera dans le volume La Terre, de M. Aug. Robin, un aperçu magistral de ces grandes questions de paléontologie. Nous nous contenterons, à l'occasion, de signaler des faits intéressants, qui peuvent élucider des questions faunistiques actuelles ou expliquer des formes aberrantes.

Si l’on admet que le protoplasma originel ne s’est pas modifié depuis son apparition et s'est reproduit d’une manière identique pendant la suite des temps, autrement dit qu'il constitue une espèce fixe et immuable, on est forcément conduit à admettre qu'il en a été de même pour toutes les espèces animales et végétales ; elles sont restées identiques à elles-mêmes depuis leur origine et il a fallu qu’une création spéciale pour chacune d'elles les tire du néant aussi complètes, aussi parfaites que nous les voyons actuellement. Telle fut, pendant bien longtemps, la conception simpliste des philosophes sur l’origine des êtres vivants; elle supprime toute discussion sur l'origine, l'évolution et l'avenir de la vie dont les formes, depuis qu’elles sont sorties des mains du Créateur, ont été, sont et seront ce que nous les voyons.

Mais depuis un siècle les idées ont bien changé. La fixité de l'espèce n'est plus guère admise; tout, au contraire, tend à montrer que la matière vivante évolue depuis son origine sous des influences variées. Le protoplasma initial s'est peu à peu modifié, transformé ; les rameaux sortis de cette souche fondamentale ont acquis des caractères nouveaux, selon les milieux qu'ils rencontraient ; ils les ont transmis à leurs descendants, et, par d'insensibles évolutions, des espèces, dérivées du type initial, se sont constituées. De proche en proche, d'acquisitions en complications, par de minuscules transformations accumulées pendant la suite des siècles, se sont constitués des êtres innombrables et différents, dont nous voyons aujourd'hui la phase éphémère, précédant les faunes des âges futurs.

Si l’on se contente d'examiner un animal vivant et de le comparer à ses parents et à ses descendants, pendant un petit nombre de générations, il est certain qu'il est impossible de constater des différences dans leur organisme en dehors des détails individuels, qui font que jamais une personne n ‘est identique à une autre. Mais quand on peut étudier une série d’animaux ayant laissé leurs traces fossiles, on peut constater des formes de transition qui conduisent d’un type à un autre, par degrés. De même, quand on étudie les diverses phases de l'embryogénie d’un animal, on constate souvent des états correspondant à des formes ancestrales de cet animal. Ces faits ne sont pas encore très nombreux, mais ils nelaissent pas de place au doute.

Voici déjà longtemps que les naturalistes s'efforcent de connaître les lois naturelles qui influent sur l’évolution des êtres vivants et d’élucider la manière dont ces êtres réagissent sous l'impulsion des facteurs divers

- de cette évolution. Ce n’est que peu à peu que les chercheurs sont arrivés à réunir des faits démonstratifs, à les grouper et à en tirer des conclusions générales, quelquefois d’ailleurs prématurées; il leur a fallu élucider l’action distincte de chacun de ces facteurs, mais quelques-uns restent encore fort mystérieux.

Nous n'entreprendrons pas de faire ici l’histoire des théories diverses du transformisme ni d'en exposer les

détails; nous nous contenterons de tracer les grandes lignes de ces idées fondamentales.

Parmi les premiers naturalistes qui ont semé les germes initiaux des idées transformistes, il faut citer, avant tout autre, Buffon; il pensa que les espèces ne sont pas immuables et qu'elles sont soumises à l'action des milieux où elles vivent, ce qui conduit à admettre que des espèces nouvelles peuvent se produire, par le fait de changements dans le climat, par exemple. Buffon avait reconnu les faits fondamen-

G.-L. de Buffon (1707-1788).

taux qui, plus tard, firent la gloire de Darwin, c'est-à-dire l'impor- :

tance capitale de Érlite pour l'existence qui élimine les faibles:

Mais Buffon, comme Lamarck et Geoffroy Saint-Hilaire, venait trop tôt; leurs conceptions tombèrent dans un milieu inapte à leur développement : leurs idées, combattues par Cuvier, restèrent longtemps oubliées, et ce n’est qu'à la suite des mémorables travaux de Darwin que l’on songea à rendre aux grands naturalistes français la justice qui leur était due.

C'est à Lamarck que l'on doit la définition de la loi fondamentale en vertu de laquelle, si le milieu où vit un animal vient à se modifier, cet être subit le contre-coup de cette modification ; il doit s'y adapter en modifiant son organisme, sous peine de disparaître. Si, sous l'influence d’une modification du milieu, qui entraîne celle de son régime, l'animal doit modifier l’un de ses organes, s’il a plus souvent l'occasion de l'utiliser, l'habitude qu'il en prend a une tendance à accroître cet organe. Si, au contraire, il est amené, par une modification de son régime, à moins utiliser cet organe, celui- -ci s'atrophie par défaut d'usage et finit même par disparaître, s’il n’a plus l'occasion d'exercer sa fonction. Ces lentes adaptations, transmises et accumulées héréditairement des parents à leurs descendants, les font d'autant plus différer du type initial qu'ils en sont plus éloignés.

Si l’on examine la région occupée par une espèce animale, on se rend compte qu'elle n'est pas indéfinie et qu “elle ne peut fournir la pâture et la place qu'à un nombre défini d'individus. Tant que ce nombre n'a pas été trop grand, ne se gênant pas mutuellement, ils ont vécu en bonne intelligence; s'ils arrivent, par leur nombre croissant, à dépasser la limite nécessaire au bien-être, ils commencent à entrer en lutte, ils se disputent la place et la nourriture. Or, dans le nombre, il y a des individus plus fibles, moins bien donée sous un rapport quelconque, moins bien armés pour la chasse, la lutte, la conquête de la femelle, moins bien ornés pour la séduire; ils se trouvent, à certains moments, en état d'infériorité, ils sont vaincus dans la lutte pour la vie. Darwin a montré que ces individus déshérités sont une proie facile pour ceux qui sont mieux armés, qui les chassent des endroits riches en nourriture; dédaignés par les femelles, ils ont peu d'occasions de se reproduire, ils finissent par être éliminés

J.-B. de Lamarck (1744-1829).

et disparaître. Il se produit donc dans la foule des individus de l'espèce une élimination, une sélection naturelle, une sélection sexuelle, qui déterminent la survivance du plus apte dans la lutte pour l’existence. Ceux-là seuls, en se reproduisant, transmettent à leurs descendants les meilleures qualités pour assurer leur triomphe; ils accumulent par hérédité les caractères les mieux adaptés à leur prospérité, à la séparation de leur espèce des voisines.

Mais il peut arriver que les espèces ainsi mises en état d'infériorité

Georges Cuvier (1769-1832).

dans une région ne disparaissent pas complètement et émigrent vers des régions plus propices, en s'adaptant, par modification de leur régime, au nouvel état de choses. Dès lors se retrouvent les mêmes lois qui, entrant en jeu, font de ces êtres le point de départ d’une nouvelle espèce destinée à différer beaucoup de celle dont elle est sortie.

Cette conception de l’action lente des milieux, du régime, des sélections, amenant la modification des animaux avec une lenteur correspondante, n'est pas la seule qui explique la formation d'espèces nouvelles. On a en effet remarqué que dans les couches terrestres apparaissent brusquement des êtres nouveaux qu'aucun ancêtre proche ne faisait prévoir. Ce phénomène peut s'expliquer par l'application d'une découverte faite chez les végétaux : c'est la mutation. Si l’on récolte toutes les graines d'une plante et qu'on les sème, on constate quelquefois que certaines d’entre elles donnent des descendants différents de leur plante mère, et cette différence se transmet de génération en génération, créant ainsi un être nouveau; c'est une espèce nouvelle dont la venue a été préparée, peut- être longtemps à l'avance, dans la série de ses ancêtres, mais dont nous n'avons constaté lobe rition que subitement. Cette mutation végétale a vraisemblablement son analogue chez les animaux, mais nous sommes encore peu renseignés à cet égard.

Il nous reste à dire quelques mots de théories célèbres, relatives à l'évolution. Partant de cette idée qu’ un animal quelconque n'est que le résultat actuel des transformations de tous ses ancêtres, on a pensé qu'en l'étudiant, depuis son état d'œuf jusqu'à sa forme adulte, on retrouverait des traces de tous les états par lesquels ont passé ses ancêtres ; il représenterait, en quelque sorte, une table desmalères de toute son histoire ancestrale: pour employer les termes scientihques, on dit que son ontogénie résume sa phylogénie. Si les choses étaient ainsi, on devrait retrouver dans tout être le brotoplasma ancestral représenté par son œuf et successivement toutes les formes d'invertébrés, puis de vertébrés, par lesquelles a passé la série de ses ancêtres. Malheureusement, la réalité est loin de répondre à cette théorie. On trouve, en effet, dans les dernières phases de la vie embryonnaire d'un animal, des formes qui rappellent celles d’autres animaux voisins adultes, mais il ne faut pas demander davantage et jamais un embryon de vertébré n’a fourni

Geoffroy Saint-Hilaire (1772-1844).

la moindre indication sur les états par lesquels ont passé les invertébrés, ses ancêtres.

Hæckel a voulu établir ainsi la descendance de l’homme, et ses rêves ont eu pour résultat de compromettre la juste considération due à la science del’embryologie. Tout ce que l'on peut présumer, c'est que les choses ont pu se passer ainsi pendant la période récente de la vie des ancêtres, mais en somme rien ne le prouve positivement.

La récapitulation des formes ancestrales dans l’évolution de la larve de chaque animal a été raccourcie, sans quoi cette période larvaire

ÊES

Ch.-R. Darwin (1809-1882).

serait interminable: M. Perrier a

nommé fachygénèse ce raccourcissement, dont le résultat est d'effacer entièrement les ressemblances ancestrales les plus anciennes pour laisser persister seulement les traces les plus récentes.

Nous laissons de côté diverses autres questions relatives à l'hérédité, à la reproduction, aux races, aux hybrides, au mimétisme : nous aurons

l'occasion d'y revenir plus loin.

Les conditions générales faunes, leurs caractères et venons de le voir, la vie a pris na la suite des temps les êtres ont formé la faune marine qui, lentement, a évolué vers son état actuel, aboutissement d'innombrables générations d'ancêtres dont la plupart nous sont inconnus. Les faunes fluviatiles et terrestres sont des rameaux adaptés de cette souche marine émigrés hors des eaux salées.

Les faunes sont constituées par desgroupements d'animaux adaptés aux conditions physiques spéciales de la contrée qu'elles habitent.

Dans la mer, où les conditions changent peu sur de très grandes étendues, les animaux sont répartis sur des espaces plus larges que sur la terre, où les climats, la nourriture, le sol sont plus variés. Aussi trouve-t-on sur les continents une multitude de faunes variées, de petite extension, qui contrastent par leurs caractères différents avec les vastes superfcies occupées par les faunes marines.

Puisque nous considérons les êtres marins comme les précurseurs des animaux terrestres, nous allons commencer par eux pour étudier les conditions générales des milieux qui influent sur leur biologie et leur répartition.

On peut distinguer dans la mer une zone superhcielle éclairée par la lumière solaire et une zone profonde dans laquelle ne pénètrent jamais les rayons du soleil. Mais cette définition si simple en théorie l'est beaucoup moins en réalité, et la limite entre les deux zones est difficile à établir. En effet, comme chacun sait, la lumière solaire n'est pas homogène, mais la résultante de plusieurs radiations

de la vie des animaux. Les leurs limites. — Comme nous issance dans l'océan primitif; dans

JR.

HE Rouge Orange Jaune

500 RENE Te 1.300

Edmond Perrier (1844-1921).

colorées superposées, que la décomposition par le prisme met en évidence. [Il est inutile de rappeler longue mentque l'on voit dans le spectre ainsi obtenu les sept unités lumineuses fondamentales :

violet, indigo, bleu, vert, Jaune, orangé, rouge. Or, dans la mer, les rayons rouges s’éteignent à une très faible profondeur, puis successivement disparaissent les autres rayons jusqu'aux violets qui, eux, nes'éteignent quà plusieurs centaines de mètres de profondeur (fig. 3).

Nous savons aussi que le spectre contient des radiations infra-rouges

et ultra-violettes invisibles pour nos yeux imparfaits; les rayons ultraviolets dépassent probablement | 000 mètres. Quoi qu'il en soit, la lumière, à 200 mètres, n’est plus suffisante pour que les végétaux puissent vivre, leur fonction chlorophyllienne ne s’exerçant plus; cette profondeur de 200 mètres est la limite extrême que les algues ne dépassent jamais. Or, s’il n’y a plus de végétaux, il n’y a naturellement plus d'animaux herbivores, et par conséquent, à partir de 200 mètres, tous les êtres marins sont des carnivores. Cela imprime à la faune marine profonde un cachet très caractéristique.

Vert

Bleu

Indigo Violet

Fig. 3. — Pénétration des couleurs du Spectre solaire dans les eaux de la mer.

Ultra - -Violet

La température des eaux est fort importante à considérer; les ani-

maux marins sont très sensibles à ses variations. Beaucoup d’entre eux ne peuvent supporter d'écarts brusques de quelques dixièmes de degrés; un grand nombre vit dans des eaux à une température déterminée, et si des courants viennent à modifer cette température, les animaux se déplacent à la suite de la nappe qui leur convient. Cette particularité est utilisée pour la pêche dans beaucoup de régions où les pêcheurs, avant de placer leurs filets, constatent avec des thermomètres spéciaux si l’eau présente bien les conditions recherchées par les poissons qu'ils poursuivent.

La température décroît de la surface vers le fond pour atteindre les environs de zéro dans les profondeurs voisines de 6 000 mètres, quelle que soit la région. Cependant il faut noter que dansles mers closes, comme la Méditerranée, la température du fond (qui dépasse 4 400 mètres) est uniformément de 139,5, c'est-à-dire à la température que l’eau atteint à la surface pendant le mois le plus froid de l’année. Il est à remarquer que ces mers closes sont pauvres en animaux abyssaux. Notons encore que dans les mers polaires l'eau de la surface non congelée est à une température un peu inférieure à zéro; par conséquent les animaux marins, dans ces régions, trouvent des conditions thermiques analogues à celles des grandes profondeurs, ce qui explique certaines ressemblances des deux faunes.

Sur le littoral, les êtres marins sont soumis à des variations de température très grandes selon les saisons, les heures de la journée, la hauteur de la marée; il s'ensuit que

CI, Peyelit.

Marais salants de La Rochelle.

les êtres qui vivent là sont très différents de ceux dont il vient d’être question. Ces êtres sont dits Eurvthermes, tandis que ceux du large et du fond qui ne supportent pas les différences importantes de température sont les Sténothermes. D'une façon générale, et contrairement à ce que l'on pourrait croire, les mers froides et tempérées sont plus riches en animaux que les mers équatoriales.

Les variations de la salure de l’eau de mer ont une grande influence sur la composition de la faune. Les animaux marins, pour la plupart, vivent dans une eau de salure déterminée; ils meurent si la salure vient à augmenter ou diminuer : on les dit Sténohalins; mais il en est un bon nombre qui, vivant sur le littoral, sont soumis à des

variations dues à la pluie, au voisinage des fleuves; ceux-là, les Eu- .

rvhalins, se sont acclimatés à ces alternatives. Mais dans quelques cas on peut voir que la variation de la salure est une infranchissable barrière que peuvent dépasser seulement quelques privilégiés; c'est ainsi que, dans les marais salants, on voit la faune disparaître à me-

Fig. 4 — Différences de salinité de la mer Baltique. Les lignes courbes chiffrées indiquent le nombre de grammes de sel par litre d’eau.

Un herbier de Laminaires.

sure que la condensation de l’eau augmente la salure: le canal de Suez qui, dans les lacs Amers, renferme un vaste banc de sel, est une barrière infranchissable pour les animaux, qui, sauf quelques très rares exceptions, n ‘ont pu passer de la mer Rousse à la Méditerranée et réciproquement. Dans la mer Baltique (fig. 4), le phénomène inverse se produit; son entrée seule est mu salée; plus on s'éloigne du Danemark, plus elle est dessalée par le grand nombre de fleuves qui s'y déversent:les animaux marins y sont rares et disparaissent complètement dans le milieu de cette mer, la teneur en sel ne leur suffisant plus.

On croyait autrefois que les pressions formidables que bte les grands fonds y rendaient la vie impossible ; les animaux, pensait-on, devaient y être aplatis : : il n’en est rien. LEE liquides internes des animaux se mettent en équilibre de pression avec l’eau comprimée de la mer profonde et ils y circulent dans les mêmes conditions que leurs congénères de la surface.

Les vagues jouent un rôle important sur le littoral en empêchant la fixation sur les rochers des êtres délicats; il n’y reste que les animaux protégés par une forte coquille, ou fixés par de solides crampons : telles sont les moules, les balanes.

Les courants dus à la marée sont souvent très violents, mais ils ne se font sentir que sur le littoral; au large, la marée peut être considérée comme de nul effet sur les êtres marins. Ces courants côtiers brassent les eaux littorales en emportant au large les eaux salies, les

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