‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 2)Chapitre 7 sur 104 · TO.ME IV · texte numérisé non relu

TO.ME IV

députés le précèdent et font connaître sa réponse. Alors les soldats renvoient Dénoue et Malseigne avec une seconde députation. Bouille n'était plus qu'à une demi-lieue de Nancy ; les soumissions de la garnison le trouvent aussi sourd que la première fois. Le roi, leur dit-il de nouveau, ne compose pas avec des sujets rebelles. Son armée est à quarante pas du rempart : arrive une troisième députation de la municipalilé et du régiment du Roi, qui lui annonce qu'on obéit à ses ordres, que le Mestre-de-camp délile pour se rendre à Toul, et que le régiment du Roi sort par une autre porte.

Une seule porte était barricadée et défendue par des soldats de Château-Vieux : Bouille prend une colonne qu'il dirige par une porte ouverte, et fait attaquer l'autre pai' les hussards de Lauzun et les gardes nationaux. Les hussards font feu, on leur répond par un coup de canon à mitraille, et le combat s'engage immédiatement. Le régiment du Roi est retiré dans ses casernes; le Meslre-de-camp, qui partait, rentre au bruit du canon ; on se bat dans les rues depuis quatre heures jusqu'à sept. Le bulletin du général, lu à la séance du 3 septembre, annonçait que, le 31 août au soir, le Mestre-de-camp était en fuite, le régiment du Roi caserne et repentant; que la moitié de Château-Vieux était tuée, le reste fait prisonnier; que lui, avait perdu trois cents hommes, mais que le calme était parfuitement rétabli.

Plus de trois mille citoyens, dont quatre cents femmes ou enfants, furent horriblement massacrés, disent toujours les journalistes patriotes du temps, Loustalot et Camille Desmoulins. Ces récits sont sans doute exagérés; mais comme ils hn-ent exclusivement admis par l'opinion populaire, il est de notre devoir d'en donner la teneur. Pendant quatre jours consécutifs, continuent-ils, on fouilla les maisons soupçonnées d'avoir donné asile aux Suisses, et c'était à chaque instant un meurtre nouveau. Un conseil de guerre en fit rouer un, et pendre vingt-huit. On laissait aux soldats de Bouille le droit de tuer ceux de la garnison partout oîi ils les rencontreraient. Il y a d'épouvantables détails de femmes grosses éventrées , d'hommes qui demandaient grâce à genoux égorgés sans pitié, etc., etc. A la faveur de cette boucherie , la municipalité livra au pillage le club des Amis de la constitution, et elle en incarcéra quarante membres.

Deux faits prouvent aussi qu'il y avait des menées contrerévolutionnaires ou une singulière terreur à l'occasion de ee qui se passait. Il était parti de Nancy, depuis le lo août, près de trois cents familles, dont cinquante allèrent se fixer à Trêves vers le 23. Elles y furent fêtées par le maréchal de Broglie, et y donnèrent pour

motif de leur émijiration une contre-révolulion qui devait (éclater à Nancy le G ^^optembre. Elles aniKjiicèrent Tarrivée proeliaine d'environ deux cents autres familles fuyant pour la même cause. Au moment où Bouille se présenta, trois cents autres familles avaient leurs malles faites et devaient se mettre en route le 1^'' septembre, dans la persuasion que la ville serait livrée au pillage le 6 ou le 7.

Le second fait, alte.>té par tout Nancy et pai' tout Verdun, est que les soldats du régiment du Roi recurent chacun trois louis de la commune. Cette manière d'acheter leur neutiaiilé est conlirmée, au reste, par les dépositions des soldats eux-mêmes.

— Voici maintenant, et par extraits, le récit de M. de Bouille luimême. La garnison de Nancy éîait composée de quatre bataillons du régiment du Roi, un des nieilleurs de France, de deux bataillons s-uisscs formés de Genevois, degensdupaysde Vaud etdeXeufchâtel, et du régiment de Mestre-de-camp (cavalerie). Environ qualre ou cinq mille hommes de la ville et du voisinage s'étaient réunis à eux; ils avaient ouvert les arsenaux, y avaient enlevé cinq mille fusils, et armé dix-huit pièces de canon. Bouille avait avec lui six cents gardes nationaux, six cents grenadiers, quatre bataillons suisses ou allemands, quatorze escadrons et huit pièces de canon. Le 50 au matin, ce général était à Frouard, à une lieue et demie de Nancy avec cette petite armée. Il envoya, de là, une sommation par laquelle il invitait le peuple et les soldats à se soumettre aux décrets de l'assemblée, et à livrer leurs chefs. Il accordait vingts quatre heures pour répondre. Le ôl, à onze heures du matin, il reçut une députation de Nancy. Elle était composée de députés du peuple, ou plutôt de la populace, et de soldats de différents régiments ; elle était accompagnée des principaux membres du département et de la municipalité qu'ils avaient forcés de les suivre, en les menaçant de les massacrer s'ils s'y refusaient. « Je signifiai, dit Bouille, aux soldats, que j'ordonnais que les trois régiments sortissent de la ville. Je signifiai à ceux du peuple que je voulais avant tout qu'on me remit les deux officiers généraux qu'ils tenaient emprisonnés , qu'ils laissassent entrer mes troupes et me remissent leurs canons. » Les officiers municipaux gardaient le silence et paraissaient consternés; mais les députés élevèrent la voix avec beaucoup d'insoleii(;e et projjosèrent des conditions. « Je renvoyai la députation. » L<;s troupes fuient mises en marche peu d'instants après. A deux heures et demie, étant à une demi-lieue de Nancy, on rencontra une nouvelle députation. Celte fois, les soldats avaient forcé des ofliciers à venir avec eux. Bouille répéta les mêmes ordres et

^t<* (ril AOIT 1790) ASSEMBLEE NATIONAl.R.

Unir imposa les inômos conditions. La déoutation lui doiiiaiula r.no lioiiro, qui lui l'ut accordée. A quatre heures, le délai était expiré. Alors Bouille poussa .'oa avant-garde jusqu'auprès de la porte de la ville qui était garnie de troupes et défendue par plusieurs pièces de canon. L'avant-garde s'arrêta à trente pas de la porte. En ce moment, une nouvelle députation sortit de la ville. Elle était composée de membres de la nuancipalit»' et des oflicieis principaux de la garnison. Elle venait annoncer à M. Bouille que tout était arrangé. En eiïet, il vit venir à lui les généraux Dénoue et Malseigue qui étaient enfin libres; et en ce moment la tête du régiment du Roi coanneuçait à sortir de la ville.

« Regardant cette affaire comme terminée, dit M. Bouille, j'étais dans la plus grande sécurité, .le causais à peu de distance de la la porte, auprès de laquelle était la tête de mes colonnes, lorsque le peuple et la [topulace armés, avec lesquels étaient restés un grand nombre de soldats, qui n'avaient pas suivi leurs drapeaux, se prennent de querelle avec mon avant-garde, composée de Suisses. Ils veulent faire feu sur elle de deux pièces de canon qu'ils avaient placées à l'entrée de la porte. Un jeune officier du régiment du Roi, nommé Désilles, les arrête quelque temps. Il se met devant la bouche du canon ; ils l'en arrachent ; il s'assied sur la lumière d'un canon de 24; ils le massacrent; les canons partent et jettent par terre riO à GO hommes de l'avant-garde. Le reste, suivi des grenadiers français, se jette sur les canons, s'en empare, ainsi que de la porte Staiiunlle, que ces canons défendaient. Ils entrent dans la ville j)ar ime grande place où ils furent assaillis d'une grêle de coups de fusil qui partaient des caves, des fenêtres et des toits. — .le vole à la tête de mes troupes, dont une partie était en désordre, culbutée, renversée, prête à fuir. Je lais mes dispositions à la hâte, pour pénétrer par deux colonnes qui ne peuvent avancer qu'avec beaucoup de peine et de lenteur dans les princiiiales rues. Les troupes de la garnison, croyant qu'on avait profité de leur sortie de Nancy pour attaquer le peuple et leurs camarades, y rentrèrent avec précipitation pour les défendre. Heureusement que les officiers du régiment du Roi, forcés par leurs soldats de rester avec eux, parvinrent à leur persuader de se retirer dans la cour de leur caserne, qui était fermée, de s'y mettre en bataille et d'attendre qu'on les y attaquât. Cette mesure très-sage sauva tout : il n'y eut qu'environ six cents hommes de ce régiment, réunis au reste de la garnison el au peuple, qui condjaltirent contre nos troupes. — Je fus jusqu'à sept heures et demie pour parvenir aux principales places où aboutissaient les casernes du régiment du Roi (>l celle des Suisses, situées aux deux

AFFAIIIF DE NANCV. 41

pxtri'iiiiles de. la villo. J'avnis (U'jà i>eidii quarante nfiieiers et près de quatre cents soldats. — Il est vrai que nous avions pris douze canons, tué beaucoup de monde, l'ait plus de cinq cents prisonniers; ([ue les régiments révoltés étuicnt retirés dans leurs casernes, et que le peuple était rentré dans les maisons ou sorti de la ville. — La nuit approchait; j'étais tiès-embarrassé, quand M. de Radis, un de mes aides de camp, vint me rendre compte quil était parvenu aux casernes, où il avait parlé aux soldats ; qu'il les avait trouvés très -alarmés et disposés à se soumettre, et que si je paraissais, il ne doutait pas de leur soumission. J'y courus à l'instant, seul. Ils parurent consternés eu me voyant, et voulurent mettre bas les armes. Je les en empècbai ; mais je leur signiliai de sortir de la ville dans un quart d'Iieure, et ils y cousenlireut. » En effet, une demi-heure après, le réuiment du Roi était en marche. Les deux autres régiments, insliuits de cette soumission, obéirent également. A neuf heures et demie toute raucienne garnison était en route et la ville dans le plus grand calme. »

Il n'y eut, dit Bouille, aucune maison ni pillée, ni brûlée; il n'y eut d'habitants tués ou blessés que parmi ceux qui avaient pris les armes. Ce général reconnaît, il est vrai, que le nombre des tués et des blessés dut être considérable, mais il ajoute qu'il n'a jamais pu le connaitie.

Le conseil de guerre des régiments suisses, qui, d'après leurs capitulations, conservaient leur justice particulière et indépendante, .s'enqiara des soldats prisonniers qui tombaient sous sa juridiction. Vingt-deux soldats lurent condamnés à mort, et cinquante et quel- (pies aux galères. Les uns et les autres subirent leur peine. Quant aux Français |)risonuiers, peuple et soldats, au noaibre de quatre ceul quatre-vingts, ils furent tous remis en liberté. {Mémoires de BuiiiÛé, p, lis, iriO.) Ils furi'iitanmistiés par un décret de l'assemblée nationaledu 8 décembre ITltOet toutes poursuites su[iprimées.

L'assemblée fut instruite des événements de Nancy dans les séances du !2 et du 5 septembre. Le l*"-, elle avait entendu le rapport de M. Pecheloche, otiicierde la garde nationale parisienne, qui revenait de Nancy. Nous tirons de sa narration le passage suivant : « Je dois dire que M. Dénoue avait reçu l'ordre de faire partir le régiment de Chàteau-Vieux. Je lui représentai que M. Malseigue devant examiner et régler les comptes, il n'était peut-être pas convenable d'éloigner ce régiment dans le moment où on allait s'occuper de celle ojiéralion; ainsi c'est sur mon conseil (pieM. Dénoue a différé de doimer l'ordre du départ... » Dans la séance du ;2, le

42 (septembre 1790) assemblée nationale.

ministre La Tour-dii-Pin communiqua un extrait de la proclamation de Bouille, datée de Toul, le 30 août. Voici cet extrait: « — La nation, la loi et le roi. Nous, François -Charles-Amour Bouille, la garnison de Nancy ayant désobéi au décret de l'assemblée nationale, du 6 août; ayant usé de violence contre leurs officiers et contre l'officier général cbargé des ordres du roi ; le régiment de Château-Vieux ayant surtout rompu tous les liens de la discipline et de l'obéissance ; des cavaliers de Mestre-de-camp ayant poursuivi M. Malseigne le sabre à la main, etc.; étant nécessaire de réprimer de pareils excès ; en vertu d'un décret de l'assemblée nationale, du 16 août, qui ordonne d'employer tous les moyens de la force armée, ordonnons aux troupes de marcher, à l'heure qui sera indiquée, pour contraindre par la force les soldats rebelles aux lois ; invitons les gardes nationales de Nancy, les bons citoyens et les soldais fidèles, à se réunir à nous. »

Dans la séance du 2, on lut l'analyse suivante de la lettre écrite par M. LaTour-du-Pin-Gouvernet, à son père le ministre . « M. de Bouille est accablé de fatigues, et n'a ni la force ni le temps de vous écrire. Il vous avait mandé que son intention était de réunir toutes les troupes, tant nationales que de ligne, à Fronard, pour leur lire le décret de l'assemblée nationale, sanctionné par le roi. Elles ont témoigné une ardeur qui donnait la plus grande confiance dans leurs dispositions. 11 est arrivé une députalion des corps de Nancy. Le général a répondu qu'il ne pouvait capituler avec des rebelles aux décrets de l'assemblée et aux ordres du roi; que si dans deux heures M. Malseigne et M. Dénoue n'étaient rendus, et si les régiments n'étaient tous les trois en bataille, posés sous les armes hors de la ville, il se disposerait à faire exécuter le décret. Après quelques pourparlers, on a ramené M. Malseigne et M. Dénoue, et on a dil que les régiments sortaient dans la prairie ; mais en même temps on a remarqué une porte gardée parle régiment suisse. Alors l'ardeur des troupes a été grande; elles se sont approchées. On leur a tiré des coups de fusil ; et sur-le-champ l'altaii'e s'est engagée avec les volontaires qui composaient notre avant-gaide. Elle a été même fort vive.

« Le général est accouru pour arrêter le premier feu : cela était devenu impossible. Il n'est plus resté d'autre ressource que la rigueur; elle a été employée. La fusillade dans les rues et des fenêtres a été très-torte. On ne peut savoir encore le nombre des tués ou blessés. » \

Séance vv 5 septembre. — Un de MM. les secrétaires fait lec-

liiio d'une \e\\ve de M. La Tuur-du-Pin à M. le président. — « J'ai l'honneur de vous adresser une lettre de M. Bouille et du directoire du département de la Meurtiie. Je ne crois pas devoir perdre un moment pour vous communiquer les originaux. Je n'ai pu encore faire connaître ces nouvelles au roi; mais je suis sûr que je préviens ses intentions. »

Extrait de la lettre de M. Bouille.

Nancy, le 1er septembre.

— « J'ai été trop occupé de toutes les manières, depuis mon entrée dans cette ville, pour vous faire le rapport de ce qui s'est passé; je vous envoie aujourd'hui le récit. J'ai réuni, le 51, dans la matinée, à Frouard et à Cliampigneul, sur la route de Pont-à-Mousson à Nancy, les troupes destinées à l'exécution du décret de l'assemblée nationale. Je leur ai lu ce décret, ainsi que la proclamation que j'avais faite, et j'ai vu, à la disposition des gardes nationales et des troupes de ligne, que je pouvais tout entreprendre. Je reçus à onze heures et demie, une députation de la municipalité et de la garnison de Nancy. Je lui donnai audience au milieu des soldats, dont j'eus peine à retenir l'ardeur. Je dis que je voulais que la garnison sortît de la ville, et que MM. Dénoue etMalseigne fussent mis en liberté. A midi et demi je continuai ma marche; à deux heures j'arrivai à une lieue et demie de la ville. Je trouvai encore des députés, à qui je répétai les mêmes ordres ; j'ajoutai de plus, que je voulais qu'on me livrât quatre des coupables par régiment, pour les envoyer à l'asseiidjlée nationale, qui disposerait de leur sort.

«Un délai d'une heure l'ut demandé; je l'accordai. A quatre heures, il était expiré. J'approchai de la ville ; je lis arrêter mes troupes à trente pas des murs. Une députation de la municipalité et du régiment du Roi m'apprit que, pour obéir à mes ordres, les soldats partaient. Je courus à mon avant-garde composée des gardes nationales, pour emiiêcher toute action. Pendant que les soldats sortaient par les autres portes, une seule était gardée par des soldats des trois corps. J'y marche avec l'avant-garde; je fais sommer de rendre la porte. On répond par un coup de canon à mitraille, et par une décharge de mousqueterie. Les volontaires ripostent par un feu très-vif. Ils enfoncent la porte ; il n'est plus possible de les arrêter ; ils tuent tout ce qu'ils rencontrent. Arrivés sur la place, je les forme en bataille. On tire sur nous des fenêtres: je fais avancer mes troupes par différentes rues, pour gagner l'Arsenal et les quartiers des régiments. Il s'engage un combat hirieux

qui dure pendant tidis heures. Je n'avais alors que 2,-4< 0 hommes, et 6 ou 7()0 gardes nationales, et 10,000 hommes nous attaquaient depuis les maisons et dans les rues. Eidin à sept heures, les soldats du régiment de Chàtoau-Vieux: étant en partie tués ou blessés, en partie faits prisoituieis, Mestre-de-camp s'étant sauvé, le régiment du Roi me fait dire qu'il veut se rendre. .le vais seul à son quartier. Les soldats étaient»sous les armes; ils paraissent très-repentants. Je leur ordonne de sortir de la ville, et de se rendre à la destination que j'avais indiquée. Je fais passer les mêmes ordres aux débris de Chfiieau-Vieux, et je vais à la municipalité.

« Aujourd'hui l'ordre est entièrement rétabli, les citoyens sont satisfaits. J'ai trois régiments suisses qui restent ici avec moi. Quelques-uns des prisonniers ont été remis au ministère public. J'attends vos ordres sur les soldats de Château-Vieux. Demain il y aura un conseil de guerre ; beaucoup seront peut-être condamnés à être pendus. Si le roi no licencie pas son régiment, il sera peutêtre convenal)le de le réduire à deux bataillons, et de le mettre à la queue de l'armée. Nous avons perdu beaucoup de monde; je ne puis encore indiquer le nombre des moils, mais je crois qu'il s'élève à trois cents hommes. Les gardes nationales ont montré le plus grand zèle et le plus courageux dévouement. Trente honunes de celle de Melz ont été tués. Aucun citoyen paisiijle n'a été molesté. Les troupes méritent le plus grand éloge pour leur courage et pour leur zèle patriotique.

« P. S. M. Malseigne est allé rejoindre les carabinieis qui sont rentrés dans leur devoir et ont livré vingt de leurs camarades, principaux auteurs de l'insurrection. »

On fuit lecture ensuite de l'état des troupes qui foiniaient l'armée de ;\I. Bouille. Cette armée était composée de "2,200 hommes d'inianleiie, I,iiO de cavalerie, et trois pièces de canon.

On lit ensuite une lettre adressée à l'assemblée nationale par le directoire du département de la Meurthe. En voici les passages les plus importants ;

« La numicipalité et le directoire furent forcés de requérir les carabiniers île venir au secours des rebelles. Le directoire et la municipalité lirent plusieurs députations aux troupes de la garnison, pour les engager à rentrer dans Tordre et à prévenir les malheurs qui allaient fondre sur la ville. Les soldats .annoncèrent qu'ils étaient disposés à faire une vigoureuse résistance. Les propositions de M. Bouille ne furent pas adttptées en entier : on consentit seulement à mettre en liberté MM. Dénoue et Malseigne. Les officiers, obligés de marcher à la tête des soldats de la «arnison. ont fait tous

AFKAIHK DE NANCY. 4ii

loiirs oIToils i>our iclenirccs Uoupos. I);iiis le moment où M. Bouille lit sdumiation de rendre la porte, M. Siliy{l), ol'licier des chasseurs du réyinienL du Roi, s'altaclia à la bouelie d'un canon pour empêcher le signal du carnage. Les soldats furieux le menacèrent : il ne voulut pas quitter ce poste d'honneur et d'héroïsme, et il ne cessa d'embrasser l'embouchure du canon qu'après avoir reçu quatre coups de fusil (le silence de rassem])lée est troublé par un murmure d'horreur), qui heureusement ne sont pas mortels. (L'assemblée applaudit.) Le combat s'engagea... Les vainqueurs allaient devant les maisons où l'on avait connnis le plus d'horreurs, d'où l'on avait,avec le plus d'acbarnemeut, tiré sur les soldats fidèles. « Citoyens, disaient-ils, ouvrez vos fenêtres, ce sont vos amis, ce sont vos frè res; ils sont venus punir une garnison rebelle; ils ont combattu pour vous comme pour la loi : le succès a couronné leurs efforts ; paraissez, citoyens, rendez-vous à la voix de vos frères et de vos amis... » La garde nation.de de ^letz a fait des prodiges de valeur : plusieurs pères de famille sont morts sur la place. M. Bouille a fait sortir Tancienne garnison ; les blessés seuls sont restés. »

L'assemblée demeure pendant quelque temps plongée dans un profond silence.

.lA Pruijnim. .le demande l'impression de la lettre du directoire, pour deux raisons : 1° Les gardes nationales ont montré la plus grande valeur ; il est bien important d'apprendre aux nations étrangères que nous avons un million d'honmaes de cette trempe; 2° il est nécessaire d'instruire le peuple que l'armée est la première vengeresse de la conslitution, et que 150 mille hommes sont prêts à marcher contre les ennemis des lois. Je demande qu'il soitvotédes rcmercîments à la garde nationale; accordé des tiibuts de regrets aux citoyens qui ont péri, et assuré que l'assemblée nationale veillera au sort de leuis veuves et de leurs enfards. J'en dirais peut-être davantage, mais les grandes douleurs sont muettes... Je demande également que rassend)Iée applaudisse au zèle et au courage du directoire, de la municipalité et de M. Bouille. (L'assenddée applaudit.)

M. Beauharnais. L'assemblée nationale, dans la circonstance affligeante où l'ont i)lac('e les événemeids malheureux arrivés à Nancy, n'a pu prendi'e des mesures que de deux espèces dilTérentes. L(s unes sont la sévérité, et telles que léclamait la ni'cessité de main-

(1) Lo vôrit.:ible nom est Deaillcs. Cet olîicier niouiut des suites de ses blessures. On proposa plus tard de porter ses cendres au Panthéon; mais ce projet ne lut pas exécuté.

tenir la subordination militaire. C'est dans ces vues que vous avez rendu le décret du 10 août, qui a autorisé le pouvoir exécutif ;'i nommer un général, qui, quoique indignement calomnié, est aussi recommandabie par ses vertus que par ses talents militaires. (On applaudit.) L'autre espèce de mesure était celle qui tendait à mettre en usage des moyens de conciliation et de pacification que des Français doivent toujours se plaire à enqi'.oyer, surtout avec leurs concitoyens. C'est à ces mesures que vous vous êtes arrêtés, il y a trois jours, sur la sage opinion de M. Barnave. L'intervalle du iO au 3J a rendu trop tardives les dispositions du second décret. Le premier était exécuté ; après les événements, les mesures de pacification auraient été infructueuses. Celles de rigueur ont rétabli le calme. Je n'en regrette pas moins que le général n'ait pas eu à obéir au décret du 51, 11 a fait exécuter celui du IG à la lettre, comme tout bon militaire le devait : une obéissance passive à la loi était son devoir. On lui reprochera peut-être de n'avoir pas parlementé ; mais à quel titre un régiment suisse aurait-il empêché des gardes nationales, des citoyens français d'entrer dans la ville de Nancy? à quel titre un régiment infidèle à sa patrie, qui le repousse à présent de son sein, aurait-il acquis le droit de faire la loi dans nos murs, de faire feu sur des gardes nationales qui se présentent en vertu de la loi, pour entrer dans une ville française?... Les chefs, les soldats, les citoyens ont dû obéir; si le mouvement de la nature était contraire à la rigueur, l'obéissance n'a été que plus difficile. Ils n'en ont pas moins mérité des éloges. Je propose le projet de décret suivant :

« L'assemblée nationale décrète que les mesures indiquées par le décret du 51 août auront leur plein et entier effet : et néanmoins l'assemblée nationale, instruite des événements arrivés successivement h Nancy, et des mesures prises en vertu du décret du 16 août dernier, pour le rétablissement de l'ordre, déclare qu'elle approuve la conduite des gardes nationales et des troupes, qui, par leur courage et leur obéissance, ont concouru à la tranquillité publique; déclare qu'elle approuve la conduite de M. Bouille, et que la liste des gardes nationaux morts dans cette affligeante circonstance sera envoyée au comité des pensions. » (L'assemblée applaudit.)

M. Alexandre de Lameth. Sans m'étendre sur les douloureux événements (jui viennent d'avoir lieu <"i Nancy, je me borne à examiner ce que nous devons faire dans cette circonstance. L'ordre vient d'être rétabli dans cette ville par la voie des armes, il faut au moins qu'il y soit maintenu par la justice la plus impartiale. Tels sont les principes, tels sont les moyens (pie l'assemblée natiduale avait con-

sacrés dans sa proclamation ; elle y disait que des commissaires seraient envoyés, pour faire panenir jusqu'à elle la vérité, pour connaître les causes des désordres, pour en découvrir les véritables auteurs, et pour les faire punir sans distinction de grades et de dignités. Eh bien! ces commissaires ne sont point partis, et leur présence me parait aussi instante en ce moment ({u'avant les événements qui se sont passés à Nancy; car ce n'est pas seulement Tinsubordination, mais les causes; ce n'est pas seulement les soldats, mais les officiers, mais les chefs, mais les coupables, sans aucune acception de personnes, que l'assemblée nationale veut punir; je propose donc la motion suivante :

« L'assemblée nationale décrète que M. le président se retirera [)ar-devers le roi, pour le prier d'ordonner que les commissaires que l'assemblée a décrété devoir être envoyés à Nancy, se rendront immédiatement dans cette ville , pour y prendre les mesures nécessaires à la conservation de la tranquillité et à la connaissance des faits qui doit amener la punition des coupables, de quelque rang et grade qu'ils puissent être (on applaudit) ; décrète que le conseil de guerre ordonné à Nancy, ne sera mis en activité que sur la réquisition de ces commissaires. »

MM. La Rochefoucauld-Liancourt, Menou, Rœderer, Riquetti l'aîné, présentent divers projets de déciet conformes, sauf la rédaction, au projet de M. de Beauharnais. MM. Rœderer et Riquetti proposent en outre de distinguer spécialement les gardes nationales.

On demande à aller aux voix.

M. Robespierre monte à la tribune.

On demande de nouveau à aller aux voix, sauf rédaction.

M. Robespierre reste h la tribune.

M. Riquetti l'aîné (ci-devant ^lirabeau) rédige un projet de décret dont il fait lecture, et qui est conçu en ces termes :

« L'assemblée nationale décrète que le directoire du département de la Meurthe et les municipalités de Nancy et de Lunéville seront remerciés de leur zèle ;

« Que les gardes nationales qui ont marché sous les ordres de M. Bduillé seront remerciées du patriotisme et de la bravoure civique qu'elle sont montrés pour le rétablissement de l'ordre à Nancy ;

« Que M. Silly [Désilles] sera remercié pour son dévouement héroïque ;

« Que la nation se charge de pourvoir au sort des femmes et des enfants des gardes nationales qui ont péri;

« Que le général et les troupes de ligne seront approuvés pour dvoii' glorieusement rempli leur devoir ;

48 (7 SEPTEMBllE IT'JO) ASSEMBLÉE NATIONALE.

« Que les coniinissaires dont renvoi a élé déci'été se rentiront à Nancy pour prendre les mesures nécessaires à la conservation de la tranquillité et pour rinstruction exacte des laits qui doivent amener la punitiiju des coupables, de ipicique yrade (ju'ils puissent être. »

M. Robespierre demande la parole.

Le projet de décret de M. Riquetti Tainé est unanimement adojité.

Chap. III. — Situation de Paris. — Kmeutes à Toccasion des affaires de Nancj% — Motion de Dupont à ce sujet. — Brochure du m.'me sur les assignats. — Adresse des jacobins. — Fête funéraire. — Mort de Loustalot.

Les événements de Nancy produisirent une profonde inq)ressioii à Paris. Les bruits de fj;uerre qui agitaient le public, le mouvenieut des troupes antricbieiuies sur les frontières françaises, la collision inuninente entre TEspaiine et TAngleterre, les congés nombreux délivrés aux soldats patriotes, tout contribuait à faire croire à un complot ministéiiel ayant pour but de désorgani.ser Tarmée et de livrer la France aux étrangers. Le jeiuli i2 septembre, à la première rumeur des malbeurs (jui venaient d'avoir lieu, la foule se porta aux Tuileries et lit retentir sous les fenêtres de rassemblée ce cri : le renvoi des miniUrcs. Les membres du côté droit s'empressèrent de quitter la salle ou de se réfugier parmi les patiiotes du côté gauclie. Une masse iriionnues con.-idérable alla à l'iiùtel de la guerre [jour s'emparer de La Tour du Pin, mais Tbotel était défendu par une garde nombreuse et douze pièces de canon, et le miuislre était à Saint-Cloud. Il n'y eut d'ailleurs aucun désordre, et celle démonstration n'eut d'autre résultat que d'amener, au moins connue cause occasionnelle, la démission et le départ furtif de Necker. L'assemblée cependant avait été émue: la séance du 7 eu dduue la preuve.

Séance du 7 septe-MIsue. — .]f. Diqtont de Snuoiirs. .l'ai à vous exposer des faits auxcpiels votre amour jjour la constituiion vous oblige de donner nue attention sérieuse. Je les aurais déférés à votre justice dès l'instant même où quelques-mis d'entre eux vous ontbapi)és, si je n'avais regardé connue un ilevoir d'examiuei' leurs ra|ip(irts et de pouvoir vous parler avec p.lus de cerlilude des manœuvics qui les oui accompagnés.

L'orateur rappelle les menées des ennemis de la conslitulion, soit de ceux qui regrelteul l'ancien ordre des clioses, soit de ceux à qui ranarcliie procure une autorité coupable. Dans le déses[iuii qui les

MOTION DE DLI'ONl. 49

a saisis, lorscpuls unt vu la valeur iMMoiquc des gardes nationales re^tablir Tordie à Nancy, garantir à jamais la discipline et assurer la gloire et la liberté de la nation, ils n'ont plus envisagé qu'un moyen pour enipècliei' la paix de renaître généralement; et ce moyen a été de fomenter des séditions dans Paris même. Il leur en fallait pour soutenir le cimrage abattu de leurs émissaires, pour montrer qu'ils ne sont pas atterrés avec leurs alliés de Lorraine, pour prolonger leur désastreux empire sur les brigands (ju'ils savent faire courir d'un bout du royaume à l'autre, dont ils avaient un détachement à Nancy, dont ils en ont un autre dans la capitale, et qu'ils ont l'audace de présenter connue le peuple français, tandis qu'il n'y a parmi eux que très-peu de Français, et que ce n'est qu'mi ramas d'Iionnnes sans patrie, la plujtart repris de justice. C'est avec eux, messieurs, (ju'en {irésence du véritalile peuple IVançais justement indigné, ils n'ont pas craint de troubler vos délibérations, jeudi dcinier, pai' de nouvelles motions d'assassinats, proférées à grands cris, à i)ri\ d'argent, sous vos fenêtres, et avec menaces de la <juerre contre vousmêmes.

On avait choisi le moment où le'transpoit d'un modèle dtî la Bastille depuis? la porte Saint-Bernard jusqu'ici, amenant un très-grand concours de penple aux Tuileries, ferait confondie les bons citoyens, qu'un tel spectacle intéresse justement, et qui sont en très-grand nondjre, avec la poignée d'incendiaires qu'on avait à répandre dans cette nudtitude, et que Ton espérait qui [lourraient, à force de harangues et avec le secours des libelles, séduire le zèle de quehjues bonnnes estimables. On a en elTet dispersé dans les grou]»es environ quarante fanatiques, réels ou volontaires, à puissants pounums, et quatre ou cin([ cents bonnnes payés. On leur a donné ce mot du guet : Êtes- vous sûr? et la réponse : Un homme sûr . On a doublé la dépense alin d'entraîner, jiar l'attrait d(î l'argent, quelques-uns de ceux qu'on n'aurait pas i)U déterminer par le magnétisme des motions et <les cris. Plusieurs (lé[iosilious faites entre les mains des ofliciers de la garde nalionale, el à la mairie, alleslentque d'honnêtes gens mêlés parmi la foule ont reçu la proposition de douze francs \m\\T joindre leurs cris à ceux que vous entendiez retentii', et qu'il en est à (pii on a laissé les douze francs dans la main. On a publiquement annoncé que cela devait durer encore, (pi il y aurait \\n mouvement clnuiue jour : et chaque jour en elfet de nouvelles motions d'assassinats ont été faites. On a pul)li((uement aimoncé que jusqu'au 10 cela ne serait pas sérieux; mais (jue la glande exjilosion était lixée au 10 de ce mois, jour que vous avez indiqué jiour uno délibération d'ime haute importance.

Page 1