JACOBINS
facilité du vice, tandis que nous, qui avons uno existence si fragile, dont la somme des maux est énorme, vous nous avez donné toute la difficulté de la vertu en partage; et cette formation délicate de la nature a gravé plus profondément votre injustice, puisqu'au lieu d'y suppléer par l'éducation et par des lois en notre faveur, il semble que l'on nous forme uniquement pour vos plaisirs, tandis qu'il serait si doux, si facile, de nous associera votie gloire! Les jiréjugés dont on a environné notre sexe, appuyés sur des lois injustes, qui ne nous accordent qu'une existence secondaire dans la société, et nous forcent souvent à l'humiliante nécessité de vaincre l'acariâtre ou féroce caractère d'un liomme, (jui, par la cupidité de nos proches, étant devenu notre maître, a fait changer pour nous le plus doux, le plus saint des devoirs, celui d'épouse et de mère, dans un pénible esclavage. Oui, messieurs, rien de plus humiliant que d'exiger comme un droit ce qu'il serait glorieux d'obtenir par son choix; de sur[)rendre par adresse ce qu'il est si doux de ne devoir qu'au sentiment; d'acquéri) votre cœur, votre main, l'association d'un compagnon de la vie, d'un autre nous-mème, par ce qui n'est pas nous, par une soumission aveugle aux volontés de nos parents, et de faire une étude particulière de la coquetterie, pour adoucir notre captivité; car, il faut le dire, messieurs, ce sont le plus souvent des minauderies, des petits riens, l'attirail de la toilette, j'ai presque dit des vices même, qui nous obtiennent vos suffrages et la préférence sur une âme élevée, un vaste génie, un cœur vraiment sensible, mais délicat et vertueux.
« Eh! quoi de plus injuste! notre vie, notre liberté, notre fortune n'est point à nous. Sortant de l'enfance, livrées à un despote que souvent le cœur repousse, les plus beaux jours de notre vie s'écoulent dans les gémissements et dans les larmes, tandis que notii' fortune devient la proie de la fraude et de la débauche. Eh ! ne voit-on pas journellement des citoyens honnêtes, des pères de fannlle, enirainés dans les cloa(|nes infects dont la capitale abonde, ivres de vices et de débauche, oublier qu'ils sont époux et pères, et sacrifier en holocauste, sur l'autel de l'infamie, les larmes d'une épouse vertueuse, la fortune et l'existence d(! ceux qui leur doivent
jour
«Ah! messieurs, si vous voulez (pie nous soyons zéh'cs pour l'heureuse institution qui rend aux honuues leurs droits, commencez donc par être justes envers nous; que, dorénavant, nous soyons vos conqiagnes volontaires et non vos esclaves; qu'il nous soit possible de mérit'r votre attachement! Croyez-vfius que le désir des succès nous est moins propre, (pie la reudoniii'e non-; est moins
o84 JANVIER 179J) ASS1Î31BI.ÉE NAIIONALE.
clière qu'à vous? Et si le dévouement à l'étude, si le zèle du pa- Iriotisme, si la vertu même, qui s'appuie si souvent sur l'amour de la gloire, nous sont naturels comme à vous, pourquoi ne nous donnerait-on pas la même éducation et les mêmes moyens pour les acquérir? »
Elle finit en disant : « Que notre sainte révolution , qu'on doit aux progrès de la philosophie, opère une seconde révolution dans nos mœurs ; que l'appareil de la sévérité, si déplacée envers nous, et que la vraie philosopiiie condamne, fasse place à la loi douce, juste et naturelle ; que votre amour, votre amitié, vos suffrages soient, dorénavant, la récompense des citoyennes vertueuses ; que des couronnes civiques remplacent sur ces têtes intéressantes des misérables pompons, symboles de la frivolité, et les signes honteux de notre servitude. »
La question de la position morale des femmes, du divorce, etc., était une de celles qui, à cette époque, étaient discutées dans la presse. Déjà, en 1790, Condorcet avait fait insérer, dans le Journal (le la Société de 1789, un article qui concluait à l'admission des femmes au droit de cité. Nous trouvons, dans les Révolutions de Paris du mois de février, deux articles sur le même sujet. Dans l'un, l'auteur, examinant la question du droit, établit comme doctrine que l'homme a le droit de cité, et la femme le droit de famille; qu'il y a là diversité plutôt qu'inégalité de droits. Ces fonctions différentes, dont l'une consiste à conserver, par la participation à l'exercice de la souveraineté nationale, les droits de propriété, de sûreté, d'égalité; dont l'autre administre Tintérieur domestique pour y faire régner Tordre, la propreté, l'aisance et lu paix ; ces deux fonctions sont respectives et incommunicables.
L'auteur ne voit qu'un seul genre d'influence vraiment sociale qu'il faille exciter et encourager de la part des femmes. Il serait dans les principes nouveaux de les établir censeurs de la morale publique ; de les enseigner à donner leur suffrage et leur main aux citoyens les plus vertueux, à ceux qui auraient bien mérité de la patrie. Au reste, ajoute-t-il, l'exemple leur est donné par les femmes du peuple : celles de la Société fraternelle, piésidée par M. Dansard, viennent de jurer qu'elles ne prendraimit jamais un aristocrate pour mari.
D'ailleurs la division qui avait éclaté, dès l'origine, entre les jacobins et le Cercle social, s'était aigrie pres(jue aussitôt. Laclos, dans son journal, ne parle dos Amis de la vérité qu'à la troisième personne ; et lorsqu'il lui arrive de le faire, ce qui est fort rare, il Ihs achèvi' en deux phiascs, avec une nuticcuiilaiirc di' uriuid sci-
CEUCLt SOCIAL. Ô85
giuHir sèche, brève el iasoleule. Voici quelques cxlrails de l;i Buuchf de fer sur ce sujet :
« Les ennemis du bien public ont répandu de toutes parts, même chez nos voisins, que la société dite des Jacobins faisait seule les décrets, gouvernait seule la cité, composait le corps électoral de 1790, disposait de toutes les récompenses, et que rassemblée nalionale n'avait qu à prononce!' les décrets (jue celte société avait arrêtés la veille. Quelques-uns de ses membres ont donné lieu, par des imprudences, à ces propos alarmants, faits pour soulever contre eux tout Fempire qu'ils prétendent gouverner. Coalition aristocratique i
« Qu'auraienl-ils à répondre au citoyen courageux qui se présenterait à la tribune, ayant à la main une lettre qui nous est adressée lie Lille, lettre inconcevable, où des hommes, reconnaissant fous les avantages que leur société pouvait retirer des lumières et des vues profondes du Cercle social, nous avouent qu'elle s'est imposé la loi de n'entretenir de correspondance qu'avec les sociétés affiliées à celle des Amis de la constitution, séante aux Jacobins, à Paris. ■ — Ce sont là des traits de servitude dans les disciples, et de tyrannique empire dans les meneurs de la société, où Ton fait rendre un culte profane à un enfant (le duc de Chartres), d {Bouche Je fer^ no XIL — 1791.)
Le numéro XIV est plus emporté et plus direct : « Les meneurs de la société dite des Amis de la constitution, qui s'assendjlent aux Jacobins, sont encore plus alarmants [»our tous les sincères amis de la liberté. Les clermontistes ou monnrchiens ont tellement annoncé leur but, qu'ils ne sont plus à craindre : ils sont connus.
«Mais il est aiïreux, exécrable, infernal et Jésuitique d'oser dire, comme les meneurs jacobins : « Hors de notre église point de salut! » Vous qui êtes pati'iotes et qui vous réunissez sous leurs enseignes, ne voyez-vous pas l'intolérance de vos maîtres et l'espèce d'adoration qu'ils exigent de leurs esclaves ! Quelle indigne lâcheté dans les folliculaires méprisables et méprisés, qui se courbent devant une poignée d'intrigants, agents du despotisme, déjà coalisés pour \me prochaine législature ! «
L'auteur de cet article répond ensuite à des attaques portées contre le Cercle social par Laclos, au sujet des vues éconoiuiqui s que ce cercle avait émises (propriété pour tous) et des récriminations qu'il avait élevées contre h; marc d'argent. Ces alta(pies laconi(|ues étaii'ut : « Il faut obéir aux lois, a — « Où en seiions-nous, s'écrie la lloutlie de fer., ^\ nous étions assez cruels jutur adopter, >ans espérance d'iui |H(»nipt clianL'ciiiçnl, le (Ii'tivI du marc d'ai- TOMF IV. ~"
586 (Il FÉVRIKR 1791) ASSEMBLÉE NATIONALE.
gent. Nous l'avons dit : il est nul, puisqu'il viole les droits iniprcscriptibles de riiomme.
« Des liaisons exclusives au sein d'un peuple libre ! Et Ton usurpe encore le titre d'amis des bonnes lois! 0 vous, amis de la liberté, rejetez iivec indignation ce nom de jacobin , ce vilain masque de la plus noiie coalition, ou bientôt toutes vos lois ne serviront plus qu'à maintenir le riche dans ses usurpations et le pauvre dans sa misère. »
Le numéro XXI accuse les meneurs jacobins d'avoir fondé leur société sur un plan qui leur avait été fourni par le Cercle social luimême ; il prétend qu'incapables de rien créer par eux-mêmes, ils se sont empressés de réaliser une idée donnée à demi et volée à demi, et dont les véritables auteurs sont restés nuls et obscurs avec leurs ^ inventions; que le plan de fédération nationale écrit par les Amis de la vérité, avant (pie les jacobins songeassent à des affiliations, leur avait été livré par l'imprimeur de l'assemblée nationale chargé de le publier, et qu'ils s'étaient bâtés de le copier et de le gâter; qu'on avait bien voulu alors ne fias réclamer et changer un vol en aumône; mais (|u'il était par trop violent de se voir à la fois dé-' pouillé de ses idées et d'une existence constatée par l'assiduité d'un auditoire composé de douze mille citoyens.
Chap. III. — Troubk's dans les départements à l'occasion du serment ecclésiastique. — Affaires du Haut et du Bas-Rhin ; — du Morbihan; — d'Uzès. — Elections d'évèques constitutionnels. — Affaires diverses.
Les troubles des provinces dans celte période se ra Hachent [iresqiK^ tous à la question du serment du clergé. Outre les faits dont nous avons parlé déjà, ceux qui se passèrent dans les départements du Rhin, ceux du Morbihan qui préparèrent l'insurrection de la Bretagne, enfin ceux de Niines méiitent attention.
Haut et Bas-Rhin. A dilTéientes reprises et en divers lieux, les départements du Rhin avaient été agités par des menées contrerévolutionnaires. Nous avons parlé, dans le livre précédent, des troubles de lUiguenau. Au moment où nous sommes arrivés, pendait encore le procès de la municipalité contre-révolutionnaire de Sélestadt, accusée, ainsi que le maire Herrenberger, d'avoir exercé une influence illégale sur les élections et d'avoir yirovoqué (en juillet 1790) une émeute contre les commissaires de l'assemblée. Des troubles éclatèrent à Strasbourg et à Colmar, à la suite du décret sur le serment. Voici à ce sujet le rapport que fit Muguet, dans la séance du 1 1 février.
Dl'PAKTEMENTS. HST
M. Muguet. Vous avez cliargé hier vos comités de constitution, fies rapports, militaire, flipioniatique et des recherches, de vous l)résenter des mesures relatives aux événements qui se sont nouvellement passés dans les départements du Haut et Bas-Rhin. Ils viennent d'arrêter le projet de décret que je suis chargé de vous soumettre. L'urgence des circonstances ne leur permet pas de diflerer à vous entretenir de cette atîaire, et ne m'a laissé que ie temps de lire avec attention les pièces qui m'ont été remises. Je sollicite votre indulgence.
Vous avez envoyé des commissaires dans les départements du Haut et Bas-Rliin au sujet des troubles occasionnés par quinze cents particuliers qui s'étaient décorés du nom de citoyens catholiques, apostoliquts et romain!', ou Société d'union, pour s'opposer, même par la violence, à l'exécution de vos décrets relatifs au clergé. Les commissaires avaient été précédés à Strasbourg par d'odieuses calonmies, inventées pour les rendre suspects aux deux partis. Ils ont exprimé leur sentiment dans une proclamation qui a produit l'effet qu'ils en attendaient, et tous les corps, excepté le dé[)aitement, dont quelques membres seulement se sont séparés à cet. égard, leur ont donné des témoignages de bienveillance. Les commissaires ont été étonnés de voir, à la fin de leur première séance au département, les administrateurs leur [irésenttn' les pétitionnaires de la société des citoyens catholiques. Cette société, suspendue et dénoncée par l'accusateur public, demandait à être rétablie dans tous ses droits. Cette démarche a éveillé la surveillance des commissaires sur l'administration du département, à laquelle ils ont écrit pour l'inviter à faire exécuter exactement les décrets, et h désavouer les libelles qu'on avait publiés, et notamment un faux bref du pape, et pour l'avertir qu'ils allaient établir une correspondance avec tous les districts et toutes les municipalités. Le département a alors manifesté ses véritables intentions. Il a dénoncé formellement au ministre les commissaires du roi, en disant qu'ils devaient se concerter avec lui, et ne pas détruire ainsi la hiérarchie des autorités; qu'ils ne pouvaient avoir aucune correspondance avec les municipalités elles districts ; que le département ne croyait pas devoir leur obéir, ni souffrir qu'on déshonuràt l'autorité constitutionnelle déposée dans ses mains, et que les administrateurs n'avaient pas besoin des invitations des conuuissaires [lour se livrer à tout leur zèle et à louf lempatriotisme.
Sur ce mol de patriotisme, je dois vous dire que depuis cinq mois il est impossible au comité de liquidation d'obtenir du département l'exécution de vos décrets. La dénonciation au ministre
avait aussi pour objet des dispositions relatives à rassemblée des Catholiques ou de V Union. Les commissaires du roi avaient dirigé leur route vers Colmar. La municipalité, prévenue de leur arrivée, avait invité la garde nationale à leur rendre les lionneurs dus à leur caractère ; mais le comité militaire de la garde nationale, présidé, malgré les défenses qui avaient été faites par le ministre, comme officier de ligne, par M. Dubois, commandant, délibéra de n'accorder aucun lionneur aux commissaires, et motiva sa délibération sur une ordonnance du feu roi. Des citoyens de bonne volonté s'offrirent pour former une garde aux commissaires, et se présentèrent à la numicipalité, qui resta assemblée jusqu'à luiit beures du soir. Le maire et le jjrocureur-syndic continuèrent à tenir séance. Les commissaires entrent dans la ville à dix beures ; ils sont environnés d'un peuple immense; ils entendent crier: Vive le comte d'Artois! les commissaires à la lanterne. Arrivés à leur bôtel, sans avoir éprouvé de violences personnelles, ils demandent au maire et au procureursyndic la cause de ces troubles. Ils se présentent à la fenêtre, eî déclarent n'avoir pas besoin de garde au milieu des bons citoyens, de leurs amis, de leurs frères. La municipalité, connaissant le danger que couraient les commissaires du roi, insistait, tandis que le commandant de la garde nationale cbercliait, inutilement à la vérité, à faire retirer les citoyens soldats, qui s'étaient établis dans leur bôtel, et que le peuple rassemblé faisait entendre de nouveau les cris de : Vive le comte d'Artois! les commissaires à la lanterne.
Alors M. Stokmeyer arrive à la tête des habitants du faubourg, armés de bâtons, et dissipe l'attroupement où se trouvaient entre autres personnes de marque, M. (^beimevot, frère du procureur général syndic de l'administration du département à Strasbourg, M. Malezi, un cbevalier de Saint-Louis et un oflicier de milice, qui se letirent fort maltraités. M. Stokmeyer rétablit l'ordre, et le commandant de la garde nationale, l'equis par la municipalité, ne peut se refuser de se rendre à la réquisition, qu'en disant qu'il a donné sa démission. Cependant il commande de se retirer aux j)Ostes établis pour assurer la tranquillité publique, que les bons citoyens maintiennent. Le lendemain, les commissaires du roi se rendent au département, pour exhiber leurs pouvoirs, et tout se passe paisiblement. Le soir, les écoliers, sur l'instigation de leurs professeurs, se ré|)andent dans la ville, et jettent les cris que les attroupés avaient fait entendre la veille. Les commissaires apprennent au même moment qu'une discussion théologique est ouverte au collège , sur le serment civique exigé des fonctionnaires ecclésiastiques. Ils se rendent à cette assend)léc; et armés de rantmifè
HAtT KT BAS-KII1>. 389
(le l;i loi et de la raison, ils entrent dans la discussion : huit professeurs sont convertis. (Une grande partie de l'assemblée applaudit.) Ils ont prêté le serment, les jeunes écoliers reconnaissent leur faute, el comblent de bénédictions ceux qu ils ont outragés.
Après avoir rendu au département du Haut-Rhin Tattivité qui semblait lui man(juer, les commissaires sont partis de Colmar avec i\o^ espérances consolantes, et au milieu des acclamations d'un j)euple qui les bénissait du calme qu'ils avaient rétabli dans cette ville. A leur arrivée à Strasbourg, ils ont appris la dénonciation dont je vous ai rendu compte, et qui avait produit de vives inquiétudes. Un district même a écrit qu'il craignait de se compromettre s'il suivait la correspondance exigée de lui. Les connuissaires ont cru ne pas devoir perdre de temps pour s'adresser à vous. Il faut faire cesser cette incertitude ; il faut que les citoyens sachent à qui obéir. Vous sentirez combien il est instant de fournir aux commissaires les moyens d'achever une mission commencée sous de si lieureux auspices, si vous vous rappelez quels pouvoirs vous avez voulu leur confier, si vous vous rappelez qu'ils exercent une espèce de dictature, sous leur responsabilité; ils n'ont vu dans toutes les démarclies du département que des prétextes d'opposition à l'exécution de la loi. Vos comités vous proposent de suspendre le directoire et le procureur général syndic, afin de ne pas laisser plus longtemps à ces administrateurs une autorité qui devient une arme dangereuse dans leurs mains. Les commissaires choisiront un nombre suffisant de personnes pour veiller à l'administiation. En les [iienant parmi les administrateurs des districts du dépaitement, on a[)pellera des citoyens revêtus de la confiance publique à remplacer des hoimnes qui en avaient été honorés. C'est la première disposition du projet de décret que je suis chargé de vous présenter.
Les événements arrivés à Colmar ont fixé l'attention des commissaires; ils ont ordonné une information : ainsi vous n'avez lien à statuer à cet égard ; mais vous devez des témoignages de satisfaction à M. Stokmeyer et aux bons citoyens qui, avec lui, ont si bien servi la chose publique. Cependant une compagnie de gardes nationales, nonuTiée la c'ompagnie des chasseurs, a manifesté des sentiments coupables : elle portait l'unifoiine d'Artois et la cocarde bl.mclie; une partie de ses membres, qui avait passé le Rhin pour aller, disait-elle, servir dans l'armée de M. Condé, était de retour. Vous ne pouvez vous dispenser de dissoudre cette com| agnie, et d'ordonner aux citoyens qui la composent de suivre les dispositions des décrets pour l'exercice des fondions des gardes nationales. 11 sacissait de nommer un évèquc dans le département du Bas-Rliia
390 (Il FÉVRIER 1791) ASSEMBLÉE NATIONALE.
Le directoire du département a contrarié le vœu de la loi sur cet objet comme sur tous les autres, parce que M. Févêque de Strasbourg habite une partie de son diocèse située hors du royaume. Cette administration prétend qu'il doit être traité comme les évoques absents. Les commissaires croient qu'une nouvelle élection à ce siège peut contribuer efficacement à la cessation des troubles. L'évêque de Strasbourg, résidant de l'autre côté du Hliin, est dans son diocèse. Je vais lire sa propre lettre, et j'espère que son aveu ne laissera prise à aucune contradiction dans cette assemblée. M. le maire de Sirasbourg lui avait écrit le 28 janvier, conlbrmémenl à l'article I" de la loi du 26 décembre, qui exige que les ecclésiastiques fonctionnaires publics prêtent, dans le délai de quinzaine, le serment exigé par le décret de l'assemblée nationale. « J'ai riionncur de vous prévenir que le tern)e expire dimanche prochain, et que si vous ne vous soumettez pas à la loi, je serai obligé de dénoncer lundi votre défaut de prestation de serment. » Voici la réponse de M. l'évêque de Strasbourg, en date du samedi 29.
« Monsieur le maire, je répojids à votre lettre du 28, que je reçois le 29. J'aurais cru que l'instruction pastorale et la déclaration que j'ai publiées auraient sufli pour faire connaître ma façon de penser au sujet du nouveau serment. Cette façon de penser est invariable, puisqu'elle est fondée sur des principes invariables eu.xmêmes pour tous ceux qui professent la religion catholique, apostolique et romaine; et je jouis de la douce satisfaction de voir que tout mon clergé, aussi dévoué que moi aux vrais principes, a refusé et refusera de prêter un tel sermejif, et qu'enfin nous resterons attaciiés à notie devoir, au risque de notre fortune et même de la vie. Je continue d'ailleurs à rendre l'administration responsable des suites funestes que pouri'ont faire naître dans cette province des innovations aussi conti aires h la religion.
« Signé, le cardinal prince de Rouan. »
Cette lettre est datée de Itheneim, à six lieues de Strasbourg.
M. l'évêque iiarcourt indistinctement son diocèse sur les deux rives du Rhin. Ne pouvant contester sa présence, qu'il avoue, il est dans le cas des évêques non absents qui n'ont pas prêté le serment dans le temps prescrit. 11 faut également ordonner la nomination de l'évêque du Haut-Rhin, où il n'y avait pas de siège épiscopal. Vos comités ont aussi pensé (jn'il était à propos de stimuler l'activité des tribunaux par une disposition qui aurait pour objet d'ordonner au ministre de la justice de vous rendre compte, jour par jour, des progrès des procédures ordonnées par les commissaires du roi. Ces