IV AVANT-PROPOS
parues, la réimpression et la publication de cette histoire de la Législative. M. Alcan accepta tout de suite cette proposition, avec une obligeance dont je lui suis très reconnaissant, mais en y mettant une condition à laquelle je devais tout naturellement accéder : c'est que j'écrirais, pour le volume à publier, une histoire de la Constituante, de manière à former ce tout complet, que j'avais été chargé dès l'abord de présenter aux lecteurs de V Encyclopédie générale.
De mes études de 1869, il m'était resté beaucoup de notes, que je n'ai eu qu'à reprendre, pour me retrouver pour ainsi dire dans le courant d'idées où j'étais alors. J'ai à peine besoin d'ajouter que ces notes, je les ai augmentées et complétées par des études nouvelles, et en tenant compte des documents qui ont paru depuis vingt ans sur l'histoire de la seconde République. De plus, comme j'avais maintenant à raconter l'histoire des deux Assemblées, j'ai pensé qu'il convenait de retracer en môme temps l'histoire de l'établissement du suffrage universel, d'où ces deux Assemblées sont sorties. Et c'est ainsi que je puis présenter aujourd'hui au public un livre intitulé Histoire parlementaire de la seconde République, et qui touche aux points principaux de la politique intérieure de la France, du 24 février 1848 au 2 décembre 1851 .
Ce livre se compose donc de trois parties :
1^ L'histoire de l'établissement du suffrage universel, c'est-à-dire l'histoire de l'acte le plus important de la dictature temporaire du gouvernement provisoire de Février 1848, en prenant cet acte dans ses origines, dans ses premières manifestations et ses conséquences immédiates, enfin, dans sa portée lointaine, qui aboutit à consommer en France la plus profonde et la plus radicale des révolutions ;
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2** L'histoire de TAssemblée nationale constituante de 1848-49.
Ces deux premières parties de mon livre sont entièrement inédites. Je viens de les terminer. On y trouvera l'expression précise et sincère de mes pensées d'aujourd'hui. Je me plais à croire cependant que Ton ne remarquera pas, entre ces pensées d'aujourd'hui et les opinions que j'exprimais il y a plus de vingt ans, de trop grandes différences ; j'espère même que l'on reconnaîtra sans trop de difficultés que c'est bien le même homme qui écrit, à un si long intervalle d'années, avec la même conscience, le même désir de respecter la justice et la vérité, tout en servant sa cause, tout en visant à éclairer son- parti des leçons de l'expérience ;
3° Enfin, l'histoire de l'Assemblée nationale législative de 1848-1851.
Cette troisième partie a déjà paru, mais à l'état de fragments, dans le troisième volume de VEncyclopédie générale, v^ Assemblée législative, pages 133 à 187. Je reprends ces fragments, et je les restitue dans le texte complet de l'article, tel que je l'avais préparé à cette époque. Je me suis même fait scrupule de rien changer au texte de cet article, rédigé à un moment où presque tous les hommes politiques dont je retrace les actes et rapporte les discours vivaient encore, et où j'étais tenu, par les circonstances comme par la législation d'alors, à une plus grande réserve dans mes jugements et mes opinions.
Ici encore, je me flatte qu'il ne sera ni difficile ni déplaisant à ceux qui voudront bien lire avec attention ce travail qui date de plus de vingt ans, de retrouver sous ma plume les mêmes idées générales, les mêmes principes de conduite qui m'ont dirigé dans toute ma carrière publique. Il n'y a là rien
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d'étonnant. Certes, je ne voudrais pas dire queTexpérience de ces vingt dernières années ne m'a point instruit. Mais; enfin, quand j'écrivais, à la fin de TEmpire, riiistoire de la réaction à jamais déplorable des années 1849 à 1851, mes opinions étaient déjà faites et arrêtées, sans quoi, j'ose l'assurer, je ne me serais pas permis de porter un jugement sur les hommes .et les .choses de cette triste époque. C'est môme, est-il besoin: de l'ajouter? pour biep faire voir que, dès ce temps-là, m^ manière de voir et de comprendre les intéirêts politiques du parti républicain était fixée dans mon esprit, que l'idée m'est venae de publier denouveaq, aprèsptasdeTÎngt ans, un travail entrepris dans des temps de lutte, et mis au jour à cette époque, à la satisfaction de nies amis.
. On verra donc ici que ce n'est pas seulenaent depuis la fatale guerre de 1870, mais bien ayant la chute de l'Empire que, d'accord avec mon cher et glorieux Gambetta, dont les conseils m'ont si souvent éclairé, nous avons considéré la politique d'action par le suffrage universel comme la politique nécessaire du parti républicain ; que iious avons commencé à parler et à écrire sur l'union indispensable de tous les républicains pour tenir tête à nos adversaires et faire triompher notre cause; enfin, que nous avons adopté pour méthode, dans ce domaine essentiel du relatif qui s'appelle la politique, l'expérience et le bon sens : l'expérience qui tient compte des faits du passé, des circonstances du présent, des passions des hommes et même de leurs préjugés; le bon sens qui se refuse à poursuivre l'éternelle chimère des conceptions à priori, des utopies, même généreuses, et surtout de cette fameuse logique à outrance, qui étouffe la raison sous les artifices captieux du raisonnement, et qui trop souvent. mène ceux qui s'en laissent enivrer à
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se casser la tête contre le mur des obstacles qu'il s'agit de renverser.
Au reste, ce n'est pas là le seul ni même le principal objet que je me suis proposé en écrivant ce petit livre.
Mieux que personne je sais que lé titre qu'il porte est trop ambitieux. Ce n'est pas une histoire parlementaire vraiment complète des deux Assemblées de la République de 1848, qui peut tenir en trois cents pages : il y faudrait des volumes, que je n'ai ni le temps ni les moyens d'écrire. Que Ton veuille bien remarquer d'ailleurs que, si je donne à ce trop court abrégé le nom d'Histoire parlementaire y c'est pour indiquer, dès le premier regard, que, dans ce livre, on ne trouvera rien ou presque rien qui se Jrapporte aux événements si graves dont cette période de Thistoire de notre siècle est remplie, tant en France qu'au dehors. Il n'y a ici queî de la politique intérieure, et de la politique faite dans l'enceinte ou autour des assemblées républicaines : c'est en ce sens que ce résumé d'histoire est appelé parlementaire, et véritablement il n'y avait pas d'autre nom à lui donner.
Mais ce petit ouvrage est comme tous ceux que j'ai publiés; avant d'être un livre d'histoire, c'est un livre d'enseignement. Il a été composé et rédigé en vue, sinon d'apprendre quelque chose à ceux qui le liront, au moins de remettre devant leur esprit des événements, des questions et des idées sur lesquelles on ne saurait trop revenir et réfléchir, quand on appartient à la démocratie républicaine. Ce n'est pas pour faire œuvre de littérature historique, mais pour contribuer à l'éducation de mon parti que ce livre a été écrit. On n'y trouvera pas la plus légère trace de ce que l'on appelle la vanité littéraire ou l'amour-