‹ Histoire parlementaire de la seconde république suivie d'une petite histoireChapitre 4 sur 15 · AVANT-PROPOS XI · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XI

vernement. C'est là ce qui a manqué à la République de 1848, et c'est par où elle a péri.

Qu'est-ce donc que l'esprit politique?

C'est cet esprit de lumière, qui nous porte à voiries choses non pas comme nous les désirons, mais comme elles sont; c'est en outre cet esprit de forte et prudente conduite, qui nous porte à prendre dans le gouvernement de la société la part d'action qui nous nous revient à nous et aux nôtres, sans jamais nous emporter, sans jamais nous décourager, sous prétexte que les affaires ne vont pas au gré de nos passions ou de notre volonté, mais en travaillant toujours au succès de notre cause par la discussion publique, par l'instruction générale et en dehors de tout recours à la violence.

Ainsi, avec l'esprit politique, un homme public, un grand parti voient ce qui est, et ne voient que ce qui est : c'est le premier pas, et non pas le moins difficile pour n'entreprendre que ce qui est possible. L'esprit politique, c'est le contraire de l'esprit de chimère. Avec l'esprit de chimère, on se trompe soi-même avant de tromper les autres ; on commeûce par se forger un idéal, et plus cet idéal est inaccessible, incompréhensible, plus on le juge digne d'être proposé à l'admiration des simples, à qui tout semble facile; L'esprit politique, au contraire, enseigne que tout est difficile, dans une société aussi compliquée que la nôtre ; que la moindre mesure, pour ne pas dire la plus petite réforme, impose de grands ménagements, comporte de longs retards; qu'il convient d'y apporter beaucoup de circonspection et de patience, et que le temps est, en politique, un facteur d'une importance au moins égale à la bonne volonté des hommes. L'esprit politique est sobre de promesses. Il ne renonce pas à se donner un haut et

Page 1