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I. Théodore DE BÈzE, II, p

1. Ce négociateur de la trahison fut, dans la suite, fait prisonnier en guerroyant sur mer contre la flotte royale. Il fut mis au fond delà cale d'une galère et y mourut enchaîijé à la soute (i586).

coLir.xY *25

alliance. « Tl leur fut prescrit de ne reculer aucun sacr i lice pour assurer au parti l'appui actif de l'Angleterre '. » Ou le vit bien au projet du traité qui fut présente, des le mois d'août, à Elisabeth par le prince de Condé et Coligny, et dont voici le texte :

« Il plaira à S. M. la reine accorder à Mgr le Prince (Condé) premièrement une déclaration en bonne et due forme que, pour la préservation des villes de Normandie, S M. mettra six mille hommes en terre ;

« Que Sa Majesté prendra les villes du Havre et de Dieppe en sa protection et garde ;

„ Que, s'il est possible, Sadite Majesté mettra des hommes en la ville de Rouen, en remettant cela au jugement de son Ueutenant, et au cas qu'elle n'y puisse mettre des hommes, fournira vingt mUle écus, outre les cent quarante mille (déjà promis) ; , t^- ^

» Qu'elle recevra, aux villes du Havre et de Dieppe et aux environs, en sa protection les gentilshommes et autres fii"ilifs des églises réformées ;

,, Qu'elle tiendra les sujets du roi tant des dites villes que des environs en leurs biens et libertés ;

„ Qu'il plaise à Sa Majesté pourvoir d'entreUen convenable les gentilshommes qui sont dedans le Havre selon leurs qualités ; ..,,•„ j

,, S. M. promet de ne se désemparer pomtde la ville du Havre sans le consentement exprès de Mgr. le Prince et sins que les gentilshommes soient remis en leurs biens ; ., On supplie très humblementS.M. qu'entre les sûretés, soit exprimé le cas que mondit seigneur le Prince ou monsieur l'Amiral (Coligny) vinssent entre les mains de leurs ennemis ;

). Que Sa dite Majesté ne fera accord sans le consentement de Mgr le Prince et. sans lui, ne prendra Calais de la main de ses ennemis ;

i. uAluai.e. I. p, «î.

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» Qu'il sera loisible de tirer les marchandises qui sont au Havre et de les vendre. »

Un autre projet de convention présenté, le même mois, à la reine d'Angleterre par le vidame de Chartres, mandataire de Condé et de Coligny, stipulait comment le port et la ville du Havre seraient livrés aux Anglais par celui qui les gouvernait au nom du roi de France, l'amiral de Coligny.

« Premièrement, ledit sieur vidame donnera ordre que sitôt que le dit sieur Adrien Poinings ' arrivera devant ladite ville du Havre, que la principale tour qui est sise devant ladite ville, à l'entrée du Havre, avec toute l'artillerie et munitions à elle appartenant, sera livrée entre les mains et possession de tels capitaines et soldats que ledit sieur Adrien Poinings assignera, ([ui se fera en telle sorte que lesdits capitaines et soldats en auront paisible possession et en seront maîtres.

Item que le jour que ledit sieur Adrien et les soldats anglais seront descendus en terre, ils auront mis entre leurs mains autant de boulevards et forts de ladite ville que le temps le permettra;

» Item que le jour suivant que les gens de sa Majesté (anglais) seront entrés en ladite ville, les soldats français ne se mêleront aucunement de la garde d'aucun boulevard, muraille, plate-forme, forteresse, artillerie ou d'aucune autre chose appartenant à la défense de ladite ville, mais permettront aux Anglais d'en avoir entièrement la possession et en user à leur volonté.

» Item que toute l'artillerie et munition appartenant au roi (de France) sera livrée par inventaire audit sieur Adrien ou à celui qu'il assignera et ce sera fait dans les vingt-quatre heures après l'arrivée dudit sieur Adrien ;

» Item que tous les soldats français qui sont devant

I . Capitaine du port de l'orstmoulh et délégué par la reine Elisabeth pour aller prendre possession du Havre.

COUGNT *2'

ladite ville partiront dans le délai de deux jours après l'entrée des soldats anglais, (si elle n'est pas ass.egee) pour aller secourir Rouen ^ ou faire quelque autre enti-eprise. ou en cas qu'ils ne pourraient partir à cause de tel siè-'e! de le faire aussitôt qu'ils le pourront ;

."s'en ira aussi avec eux un certain nombre d'Anglais, si ainsi sera jugé nécessaire du lieutenant de S. M. ou dudit sieur Adrien Poinings. à la volonté duquel le tout sera rerais. M quant aux habitants de ladite ville S. M. permettra de leur faire le même bon traitement qu'elle tait ordinairement à ses propre sujets et eux, si elle le veut lui feront serment de lui rester fidèles^. »

Elisabeth ratifia ces proposiUons ; elle les compléta par un article par lequel elle promettait de rendre Le Havre au roi de France le jour où elle aurait obtenu de lui Calais et la resUtution des sommes qu'elle fournissait, en vertu de cet accord, aux protestants. Raliliés ainsi, ces articles apportés par levidame de Chartres, devmrcnt le traité d'Hamptoncourt du :20 septembre 1562'. Ces articles débarrassés de leurs formules protocolaires, peuvent se résumer ainsi • la Reine promettait aux protestants 3.000 hommes de garnison pour le Havre, et •i 000 autre soldats pour défendre contre l'armée du roi ,1e France Rouen et Dieppe ; elle s'engageait à leur payer 140.000 écus d'or. Moyennant cette somme, les protes

,. C'esl-i-diro aller combattre les troupes françaises qui assié ceaient Houen.

., Ces deux pièces sont conservées à Londres au àtate papet (Iffice (Papiers de Francc)ct ont été publiées par le duc d'Almale, il,.loire des princes de la maison de Candi; 1, pp. 38o-38.'!.

S Le teste de ce traité est publié dans IJu Mo^t, Corps diphmoiique du droit des gens (Amslerdam. .7^8) lo.ue V. p. 94. Ls minute en an-lais, corrigée de la main duininislro anglais Ceci, Pst conservée à Londres au SlaU paper Office et l'expédition, signée par le vidan.o de Cl.artres, est au BrilisU Museun,, (Lotion, Calig,>la, E. V.).

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tants qui détenaient le Havre, livraient cette place en toute propriété à la Reine, pour qu'elle pût l'échanger contre Calais qu'elle convoitait par-dessus tout.

Malgré sa sympathie pour son ancêtre le prince de Tonde, le duc d'Aumale laisse éclater son indignation contre cette trahison, c Ouvrir les portes de la France aux Anglais ! abandonner à ces vieux ennemis un coin de ce sol de la patrie qu'ils avaient dévasté pendant cent ans! leur livrer l'embouchure de la Seine quand ils venaient à peine de sortir de Calais ! c'était remonter aux plus mauvais souvenirs des guerres de Bourgogne et d'Armagnac. Condé et Coligny essayèrent plus tard d'efr.icer la tache que ce traité inilige à leur mémoire.... Mais au moment même où le traité se signait, ils avaient la conscience de leur mauvaise action et ils voulaient en atténuer les conséquences . « Ils m'ont expressément prié de dire à Votre Majesté, écrivait l'envoyé anglais Throckmorton à sa souveraine, que cela leur serait une grande note d infamie et qu'ils seraient bien mal vus d;ms ce royaume, si Votre Majesté était, par leur moyen, introduite dans le Havre, Dieppe et Rouen avec six mille hommes, uniquement pour garder ces places et chasser ainsi le roi, leur souverain, de la fleur du duché de Normandie. »

Et ils avaient raison de redouter la réprobation universelle; car le duc d'Aumale constate «qu'en France l'indignation fut générale ; parmi les protestants eux-mêmes, les ministres seuls qui se piquaient d'une sorte de cosmopolitisme chrétien avaient approuve et e.xigé la ratification du traité; mais chez les laïques, la douleur et l'humiliation étaient prof mdes».

On pourrait peut-être alléguer à la décharge de Condé et de Coligny que le traité de Haraptoncourt ne porte que la signature d'Elisabeth et non la leur, qu'il a été négocié par le vidaïuede Chartres et non par eux; et ajouter peut-être, comme ils l'ont dit eux-mêmes plus tard, que

le vidame avait outrepassé leurs instructions. Mais un document accablant, signé par eux-mêmes, leur enlève cette excuse et prouve qu'en 1562, le vidame de Cliartres a été leur mandataire Hdèle lorsqu'en leur nom, il livrait aux Anglais les portes de la France. Le 21 novembre 15G8, six ans par conséquent après le traité d'Hamptoncourt, alors que la rénexion et le remords auraient dû les éclairer, « Louis de Bourbon, prince de Condé ; Gaspard comte de Coligny, amiral de France ; François de Coliguy sieur d'Andelol; le comte de Montfort, colonel de l'infanterie française: François, comte de La Rochefoucauld et deRoussy, prince de Marsillac » reconnaissaient solennellement, dans un acte signé de leurs noms et qualités, que « leur très cher et très aimé cousin le vidame de Chartres et maître Robert de la Haye, maître des requêtes de l'hôtel du Roi. avaient été commis et députés par eux, du conseil etconsentement des leurs, étant près d'eux à Orléans, pour aller traiter avec ladite Reine (d'Angleterre) • et ils ajoutaient : « iVoM« avouons et ralifious lesdits traités et capitulations faites par ledit cousin avec la Reine d'Angleterre, ensemble pour ce qtii a été fait par les sieurs de Beauvoir gouverneur du Havre-dc-Grûce et de Faur, gouverneur de Dieppe, sous notre aulorilé, reconnaissant le tout avoir été fait par ledit vidame et ledit de la Haye de notre mandement.... et pour approbation de tout ce que dessus, nous avom signé la présente de nos mainsK »

Comme le fait remarquer la fin de cette déclaration, le traité de Hauiptoncourt ne resta pas lettre morte. Dès que les réformés se furent emparés du Havre et de Dieppe,

I Celle dôcl.^^alion solennelle a été pubUée par M. l'abbé Mk- TAIS dans le Bullelin historique et philologique du ComUé des travaux historiques et scientifiques (année 1903, n»' 3-4, p. 44o) ainsi que dans le livre, cf pendant favorable à Coligny, du protestant anglais Whitehekd. Gaspard de Coligny, admirai 0/ France (Londres Mcthuea in-S»). p- 365.

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ils les livrèrent aux Anglais. Au Havre, de Beauvoir, lieutenant de Coligny, livra à Elisabeth les forts, l'artillerie, étranglais Warwick, devenu gouverneur de la ville, s'y établit avec une garnison anglaise de 7.000 hommes. «Il expulsa les papistes et même les huguenots réfugiés' dans la ville, à mesure que s'accentuaient les progrès des troupes royales, et fit saisir sur la côte de Normandie, pour éviter une attaque par mer, tous les vaisseaux qu'il put trouver. Ses troupes étaient l'écume des garnisons d'Outre-Manche et traitaient la ville en pays conquis, forçant les magasins, saccageant les maisons^. »

Ainsi, la trahison des chefs huguenots et de Coliguy était complète. C'est en pleine connaissance de cause qu'ils avaient signé le traité de Hamptoncourt et c'est jusqu'au bout qu'ils en exécutaient les clauses.

Pour essayer d'excuser cette trahison qui les gène, les ennemis du catholicisme, admirateurs à ce titre de Coligny, ont rappelé que dans les troupes de Charles IX, figuraient aussi des étrangers suisses et allemands, et que plus tard la Ligue fit appel à l'Espagne. Renvoyant dos à dos catholiques et protestants, on conclut, avec H. Martin =, « que chaque parti jetait tour à tour à l'étranger les lambeaux de la France. • On essaie ainsi d'expliquer la trahison de Coligny par des trahisons du même genre que l'on prête à ses adversaires, et on attribue l'ensemble aux passions d'une époque qui Ut passer son fanatisme religieux avant le patriotisme.

Ceux qui parlent ainsi ignorent ou ne veulent pas voir qu'il n'y a aucune analogie à établir entre les divers cas qu'ils confondent. « Les Suisses et les Allemands qui servaient dans l'armée royale, fait remarquer avec raison le ducd'Aumale, étaient de ces soldats capitules que l'on trouvait dans toutes les armées françaises depuis cinquanlo

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