PA£FAC£. TU
L'histoire des Colonies m'înlroduisit dans un
juonde nouveau. L'Amérique comprend la liberté toni autrement qde ne fait 1» France : au fond c'est la liberté auglairie ; luais coiiiîue aux États- Unis il n'y a ni ari&tooratie ni formes (lothiquee pour l'envelopper^ on en Toit miens toute la sim'« plicité et toute la grandeur.
En Franee on n'a mis la liberté que dans la charte, et il a toujours semblé qu'avec deux ChambreS) une loi éleetorale et TaboUtion de la eabsurOf TœuTre était acboTée. Une eentralisation énorme, une administration tout impériale, une religion d'Étati l'éducation dans la main du gouverlielnent n^ont jamais clTrayé les puliiiques du centre gauche (quand la Franee était centre gauehe)i et ils II s ont rien tu d'inconciliable avec la liberté;
Aux États-Unis, au contraire^ on n'a pas fait de la liberté politique le simple couronnement de rédifice; on sait là-bas que la liberté est chose si lourde qu'elle écraserait tout de son poids, et que rien ne peut la supporter qu'elle-même*. Aussi c'est dans les fondements même de la société qu'on Ta placée. On tient là-bas qu'nne charte n'est qu'un morceau de papier, et que si la liberté n'est pas d'abord en cbaque citoyen, une habitude de sa vie et un besoin de sou cœur, la eonstitutiou la plus parfaite et la plus libre* n'est qu'une dangereuse diimère; l'exemple de l'Amérique espagnole suffit
Tui PBÉFACE.
à le prouver. C'est à laide de la religion, de rédu<uition» de Torganisation communale» de la milice nationale, qu'on enracine la liberté dani râme du citoyen; ce sont les quatre piliers qui soutiennent la constitution. L'Église séparée de l'État, et par conséquent ni querelles intestines , ni alliance simoniaque; l'éducation hors de la main de TÉlat, mais imposée a la commune et considérée comme une question de vie ou de mort pour la république; une milice nationale qui remet entre les mains des citoyens la police et la défense de TËtat, et exclut toute poli>
tique d'iunbitiuu el de conquêtes; la commune, seule maîtresse de ses intérêts i responsable de ses fautes et de ses erreurs : voilà quelles sont aux États-Unis les quatre conditions essentielles de la liberté» conditions qui nous ont toujours manqué. Là-bas la vie politique ne vient point par accès et comme une maladie, c'est une part de la vie journalière. On est citoyen en même temps qu'où est avocat, industriel ou laboureur. Chacun de près ou de loin s'y occupe des affaires de son église» de son école, de sa commune» en même temps que de ses propres affaires. Elles ne le touchent guère moins, car c'est lui qui lève, qui emploie ou surveille les fonds qu'il a votés, et qui souÛ're ou profite des fautes ou de la sagesse de ses concitoyens. Ainsi se retrouve aux États-Unis cette vie
PR£FÂG£. IX
publique, doDt Rome nous a laicisé de si bea«x
exemples; la commuDe y est 1 école mutuelle de la liberté; dès le premier jour le citoyen s'babitue à aimer l'Etat comme ea propre chose, et contracta ainsi ce légitime orgueil qui fait la force et la vertu des républiques.
Qu'on ne croie pas que cet amour éclairé de la liberté soit nne idée moderne aux États-^Unis; la philosophie du xviii* siècle n'a rien à réclamer dans cette ttuvre si belle ; l'honneur en reviendrait plutôt à la religion. Voltaire, Rousseau, Mably peuvent revendiquer leur part dans la révolu* tien française^ mais ils n'ont rien à prétendre dans la constitutiou américaine, et quand on aura lu l'histoire des colonies on comprendra toute la vérité de ces paroles qu'écrivait, en 1782, John Adamsy l'ami et le successeur de Washington : «En général, la théorie du gouvernement n*est pas moins bien entendue en Amérique qu'en Europe, et il y a là-bas un grand nombre de personnes qui comprennent lout te (pii touche une libre constitution, beaucoup mieux que ne le font Fabbé de Mably ou M. Turgot, tout aimables, instruits et ingénieux que soient ces deux messieurs ^ » Adams avait raison, la liberté aux États- . Unis n est pas une étrangère pour laquelle ou se
J. Voy. VÀyptfÊdicê i, p. 523.