CHAPITRE II
tes, faux frères ou mauvais citoyens dont ia viiie fourmillait. » Les ciubistes avaient excité environ septmille ouvriers lyonnais, exemptés de la capitation depuis deux ans, à réclamer les droits électoraux. Dans les séances des 11, 12 et 13 janvier, les Jacobins de Lyon, au nombre de trois à quatre mille, s'occupèrent d'obtenir qu'on nommât préalablement les officiers de la garde nationale. La municipalité dut céder. Le 18 janvier, jour où les compagnies de volontaires prêtèrent enfin serments une ordonnance convoqua pour le lendemain les citoyens des vingt-huit quartiers, à Teffet de procéder à la nomination de nouveaux officiers par la voie du scrutin. Soit négligence, soit mauvais vouloir, la municipalité n'indiquait point la manière dont se tiendraient les assemblées , et il pouvait résulter de cet oubli une confusion dangereuse. Les Jacobins y parèrent en arrêtant sur-lechamp un projet de règlement provisoire qui fut imprimé pendant la nuit, distribué le 19, et adopté immédiatement dans vingt-un quartiers.
Néanmoins le corps de volontaires demeurait constitué , et l'on songeait à lui confier la garde de l'arsenal et du magasin à poudre, accaparée par la milice depuis 1789. Le quartier du Port-du-Temple envoya une députation au premier échevin, en le priant de maintenir les bourgeois en possession de ce poste. En même temps, il dépêchait des émissaires à la milice du quartier de Bellecour, placée à l'Hôtel de-Ville et au Change^ mais celle-ci déclara qu'elle se laisserait relever par les volontaires. Le 5 février, à minuit, M. Imbert, visitant la porte de l'arsenal, fut assaiUi de réclamations, de plaintes, de reproches même. Le dimanche 7, le bruit se répand que les volontaires vont occuper l'arsenal, la foule se rassemble dans les quartiers du Port-du-Temple et du Port Saint-Paul ; quatre capitaines de la milice se rendent chez le premier échevin, et protestent contre la décision qui livre le plus important des postes à un corps dont l'existence est illégale ; mais déjà l'ordre est donné, et trois cent cinquante volontaires sont en marche pour relever les vingt- quatre hommes qui gardent l'arsenal. L'attroupement grossit autour d'eux ; les sarcasmes et les menaces les harcèlent; effrayés de l'attitude du peuple et jugeant prudent de se mettre sur la défensive, ils s'arrêtent à l'entrée de la rue de l'Arsenal, et chargent leurs armes. Les vociférations redoublent; en quelques minutes les portes de l'arsenal sont forcées et douze à quinze mille fusils enlevés. Les volontaires s'ébranlent, mar-
cbent en désordre du côté de Bellecoar, et font feu par deux fois pour assurer leur retraite. On les poursuit à coups de pierres et àe fusils; d'eux d'entr*eux sont jetés dans le Rhône, quinze ou vingt autres sont tués et blessés. En vain les grenadiers suisses de Sonnenberg s'efforcent de protéger les fuyards, une multitude compacte empêche la troupe d'approcher. Le régiment entier sort de ses casernes, et va se ranger en bataille sur la place des Terreaux. M. Imbert monte à THÔtel-de- Ville pour faire arborer le drapeau rouge et proclamer la loi Martiale ; mais il entend crier : A la lanterne/ à la lanterne! II voit des forcenés en armes prêts à envahir l'Hôtel; saisi de terreur, il traverse l'appartement du lieutenant de police et s'échappe par les derrières. A la chute du jour, de nouveaux cris de mort retentissent devant l'Hôtel du premier échevin, qui, pour sauver sa vie, est obligé de monter sur le toit, d'où il descend dans la maison voisine.
Pendant la nuit, on illumina pour faciliter la marche des patrouilles. Les Suisses s'étaient retirés, mais leur lieutenant-colonel, M. de Gugy, fut attaqué lâchement et blessé d'un coup de sabre. Délivré par d'honorables citoyens des mains de ses bourreaux , il eut la générosité de les engager à cacher cet incident à ses troupes, afin d'éviter de sanglantes représailles.
Le lendemain , M. Imbert fit afficher sa démission , et se retira à Bourg-en-Bresse ; il y fut reçu avec des égards qui valurent à la municipalité de la ville les félicitations du ministre Necker. « M. Im- » bert-Colomès, écrivit-il le 18 février 1790, est venu avec sa famille » vous demander un asile que vous lui avez accordé ; il lui eût suflt « d'être homme pour l'obtenir , et son malheur lui avait acquis » un droit de plus à votre sensibilité et à la protection fraternelle de » tous les bons citoyens ; mais il a des titres à leur reconnaissance » même. Son administration a maintenu dans la seconde cité du i> royaume les approvisionnements de grains et la sûreté publique, » malgré des circonstances très-difficiles. Je lui rends avec plaisir » ce témoignage auprès de vous, messieurs, qu'il vous soit une assu- » rance de plus que vos cœurs n'ont pu vous tromper en vous pres- » sant de lui faire accueil. Les Français, leur bon roi, les ministres , » témoins de ses services et de ses peines , approuveront toujours » de pareilles délibérations, autant qu'ils blâmeront, en les déplo- » rant, les erreurs qu'une violence inconsidérée fait commettre. »