CHAPITRE II
Aidez-nous à vaincre tous les orages qui fatiguent le vaisseau de la patrie , et à le ramener au port. Aidez-nous à maintenir la paix, si désirable pour cette cité, et si nécessaire au bonheur du plus auguste
monarque Rendons à ce bon roi amour pour amour, immolons-lui
tout ce qui pourrait s'opposer au rétablissement de cette heureuse réunion des esprits et des coeurs, Tunique, objet de ses peines et de ses vœux. Immolons-lui surtout les murmures de cet égoîsme impie, qui, dans les malheurs communs de la patrie, voudrait toujours conserver le privilège barbare de goûter seul le bonheur, lorsque le monarque est le premier à nous donner le généreux exemple de toutes les privations.
» Nation généreuse! lois sacrées! monarque vertueux! le même serment nous associe; la même fidélité va vous être jurée »
Les assistants, électrisés par ce discours, renouvelèrent en même temps que l'orateur le seraient constitutionnel ; puis, M. de Savy, suivi du corps municipal , se rendit à la cathédrale. Le chapitre tout entier l'attendait à la porte ; honneur qui n'avait jamais été décerné à un homme; car les princes, les souverains eux-mêmes n'étaient reçus que par une simple députation des comtes de Lyon. Soixante prêtres, revêtus des plus somptueux ornements, célébrèrent le service divin ; l'autel étincelait de bougies et de cierges; et mille voix se mêlèrent au chant du Te Deum, pour appeler la bénédiction divine sur la France régénérée.
Outre le corps municipal, il y avait à Lyon, en vertu des lois nouvelles, une administration pour toute l'étendue du département de Rhône-et-Loîre , et une seconde administration de district pour la ville et la banlieue , et qui servait d'intermédiaire entre la commune et le directoire central. Les élections des membres de ces deux corps furent défavorables au parti révolutionnaire. Madame Roland écrivait, le 22 juin, à Bancal des Essarts : « La cabale a presque tout fait pour » le département de Lyon, dans lequel il n'y a pas ce qu'on appelle vn ^ homme dans un pays libre ; je veux dire un être qui, à îa connaissance •> des droits de l'homme et des devoirs d'administrateur, joigne le ca- » ractère et les talents nécessaires pour défendre les uns et sufQre aux » autres. On travaille à la formation du district ; il est douteux qu'il ^ s'organise plus heureusement. 11 règne dans ce pays la quadruple » aristocratie des prêtres et des petits nobles, des gros marchands et V des robins. Ce qu'on appelait les honnêtes gens, dans Tinsolcnce du
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» vieux régime, présente à peine quelques patriotes; il n'y a que le » peuple qui chérisse la révolution, parce que son intérêt tenant immé- » diatement à l'intérêt général, il est juste par sa situation comme par » sa nature; mais ce peuple pea instruit est en proie aux perGdes in- » sinuations. »
En effet, l'esprit des masses inspirait aux nouveaux municipaux non moins d'alarmes qu'à leurs prédécesseurs, et, dans leur juste inquiétude, ils appréhendaient toutes les circonstances propres à déranger l'ordre accoutumé. Ainsi, ils s'opposèrent au remplacement du Royal- Guienne, en garnison à Lyon, par le régiment Penthiëvre-dragons, qui devait arriver de Vienne. Pour établir entre les citoyens armés une communauté de sentiments indispensable à l'énergie de Faction, ils eurent recours à une fédération générale, dont l'époque fut lixée au 30 mai. Les 28 et 29, des officiers , remplissant les fonctions de commissaires, se placèrent aux portes de la ville, pour recevoir les nombreux corps de troupes envoyés des départements voisins, et qui défilèrent, en lignes déployées, tambours en tête , au son d'une musique militaire, au bruit retentissant de l'artillerie. Le lendemain, à quatre heures du matin , le canon gronda ; la générale se fit entendre dans tous les quartiers , et l'armée fédérative se rendit aux lieux indiqués pour se ranger en bataille. Deux heures après, cinquante mille hommes bien armés et parfaitement organisés, s'ébranlèrent dans la direction de la plaine des Brotleaux, depuis longtemps réservée, sous le nom de Grand-Camp, aux évolutions militaires ; les vingt-huit bataillons lyonnais s'avançaient dans l'ordre que le sort leur avait assigné , sous des drapeaux ornés d'emblèmes et de légendes patriotiques (1). Dix pièces de canon et un corps de cavalerie suivaient la marche. Une musique nombreuse précédait l'état-major et les députés des villes voisines , escortés par un second corps de cavalerie. L'arrivée des troupes au Grand-Camp fut annoncée par une nouvelle salve d'artillerie. Alors s'offrit aux yeux un magnifique spec^ tacle: cent soixante-dix mille hommes, retenus non par une haie de baïonnettes, mais par un simple ruban tricolore, s'échelonnaient en silence autour de l'immense plaine , au milieu de laquelle s'élevait un monticule en forme de rocher , sur une base de vingt-sept mètres, et sur une hauteur de vingt-six. Le sommet de ce rocher, construit par
Cl) Voir à la lin du volume les documcûls hisloriques.