‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 14 sur 217 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

son chef, Dervioux de Villars, joyeusement attablé avec des amis, s'écria à la première nouvelle de ce qui se passait à Perrache : « C'est un Suisse qu'on tue; les afTaires de la Suisse ne nous regardent pas; buvons à celles de la France ! « Selon d'autres, il dormait, et ne se réveilla que pour faire transporter à l'hôpital un cadavre ensanglanté. Les Suisses, instruits dans leur caserne de la mort de leur camarade, voulaient sortir en armes pour le venger; les chefs du corps parvinrent à le retenir, en lui promettant de réclamer le châtiment des coupables. Bientôt apirès, Darlos et Saulnier expièrent leur forfait sur la roue.

Ce crime isolé était le prélude d'une insurrection générale. Des émissaires royalistes, des étrangers, des Nlmois, des Piémontais, se mêlent aux ouvriers, et appellent à l'insurrection. Le 26 juillet, à quatre heures après midi, environ deux mille hommes, réunis sur la place de la Fédération, ci- devant Bellecour, se rendent devant THôtel-de-Ville pour demander la destruction des barrières. D'autres groupes marchent sur le magasin à poudre et l'arsenal; le commandant de ce dernier poste charge deux canons, les place aux portes , et cette démonstration suffit pour disperser les assaillants. Le soir, le régiment suisse de Sonnenberg se met en mouvement pour aller occuper le magasin à poudre. En passant devant le Bourg- Neuf, où les rebelles étaient retranchés, il est accueilli par une grêle de balles, dont la plupart heureusement ne frappent que les baïonnettes. La garde nationale, la compagnie du guet, les Suisses, les arquebusiers, divisés en imposantes patrouilles, maintiennent l'ordre pendant la nuit. Le lendemain, des renforts arrivent de toutes parts. Soixante gardes nationaux d'Ecquevilly se présentent aux portes, et , avant d'entrer, envoient deux des leurs pour offrir leur secours à la municipalité; elle les remercie comme inutiles, ainsi que d'autres détachements accourus de Neuville, de Trévoux et de plusieurs communes voisines. EnGn des gardes nationales de Vienne paraissent, avec un escadron des dragons-Penthièvre , entrent en ville tambour battant, et campent sans demander de logements. Aussitôt la loi Martiale est proclamée; deux obusiers sont placés devant THôtel-de-Ville ; on pointe deux canons sur le quai , vis-à-vis du Bourg-Neuf; et la force armée s'avance pour en faire le siège. Les insurgés avaient arboré sur une hauteur un drapeau noir avec cette devise- : Vaincre ou mourir; mais la vue du canon les rappela à l'ordre, et ils se laissèrent désarmer sans difficulté.

L'Assemblée nationale, instruite de ces faits par le député Milanès, vota des témoignages de satisfaction à la municipalité, à la garde nationale^ au régiment suisse de Sonnenberg, à la compagnie du guet et aux arquebusiers; le drapeau rouge resta arboré jusqu'au 18 août, mais la commune n'osa faire exécuter le décret du 17 juillet. Le jour où le drapeau blanc annonça la fm du règne de la loi Martiale , le régiment allemand-suisse de La Mark et le régiment suisse Steiner entrèrent dans la ville; au même moment, l'on pendait deux insurgés pris un mois auparavant les armes à la main. L'un d'eux, avant de marcher au gibet, manda le juge pour lui faire des révélations ; mais il s'arrêta tout court, et s'écria avec l'accent de la douleur 1 « On renversera le trône, après avoir renversé l'autel. »

Ces paroles , rapportées par l'abbé Guillon qui assure les avoir entendues, nous conflrment que le parti royaliste fut loin de rester étranger à l'insurrection. La Société des Amis de la Constitution, dont la majorité se composait alors de marchands, de notaires, de procureurs, loin de fomenter les troubles, chercha ' à les apaiser en publiant deux brochures. Avis aux citoyens sur les octrois et JËeoutez-nous. Un seul de ses membres, Roland de la Platière, fut soupçonné de connivence avec les rebelles ; il prêchait en effet depuis longtemps contre l'abus des octrois. On lit dans une lettre de sa femme, du S2i juillet 1790 : « Il est évident que les droits d'entrée à Lyon, sont tels >* par leurs excès , que la fabrique , qui en fait la splendeur et même » l'existence, ne saurait s'y soutenir s'ils subsistent. Voilà ce qu'a » prouvé notre ami (elle désignait ainsi son mari) dans un mémoire » de son œuvre encyclopédique^ publié avant la révolution française; » voilà pourquoi dans la municipalité il propose une diminution de » ces droits. »

Les opinions connues de Roland en matière d'impôts le Grent regarder comme auteur de l'insurrection. Dans les sections de la rue Buisson, du Plâtre et du Griffon, où, suivant madame Roland, « dominait l'aristocratie mercantile, » on débita qu'il était complice de Trouard de RioUes, arrêté à Bourgoing comme coupable de haute trahison, et enfermé à Pierre-Scize. Madame Roland « pensa que c'était le cas d'une lettre explicative, dont son mari ne pouvait se persuader la nécessité. » Roland en fut l'éditeur responsable; il se justifia dans le Courrier de Lyon du 26 juillet, prouva qu'il était absent depuis le 7, et qu'il ne connaissait aucunement Trouard de Riolles. Député à Paris pour les intérêts de la ville, il employa les derniers instants de son

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