CHAPITRE XXV
SOMMAIRE : Lettre des représentants Dubois-Crancé et Nioche. — Séances de la Convention relatives aux affaires de Lyon. — Proposition de Baudet, ayant pour but de déclarer émigrés tous ceux qui, se trouvant dans les villes rebelles, n'en sortiront pas trois jours après la promulgation du décret. — Lettre d'Albirie. — Adresse des patriotes lyonnais. — Liste des Jacobins accusés. *-« Dubois-Crancé apprend la mort de Chai lier. — Adresse de la municipalité à Gauthier. — Acquittement de Joseph Juillard. •— Mise en liberté des anciens municipaux. — Condamnation et sii|)plice
. de Riard-Beauvernois. — Le général Précy arrive à Lyon. — Proclamation nouvelle de la commission populaire.
En livrant Challier au bourreau , le peuple de Lyon avait brûlé ses vaisseaux : il ne lui restait plus d'alternative entre le succès et la défaite; il devait s'attendre aux vengeances de la Convention nationale, car ce qu'il regardait comme un acte de justice était un crime selon le gouvernement central. De toutes parts Lyon était dénoncé comme fédéraliste et contre-révolutionnaire. Dubois-Crancé et Nîoche avaient écrit, le 16 juillet: « Nous avons rompu plusieurs
• anneaux de la chaîne du fédéralisme, qui s'étend du Jura, en » passant par Lyon et Marseille , jusqu'à Bordeaux, Depuis long- » temps ou nous parlait d'une armée de Marseillais, Nîmois, en >' marche pour opérer une jonction avec les Lyonnais. Nous avons » formé une armée de quatre mille hommes, sous le commandement » du général Carteaux. Albitte est parti avec eux , et nous sommes » restés à Grenoble pour tenir Lyon en échec... Sa situation est » toujours la même. Roland et Biroteau y forment l'esprit public.
• Biroteau, surtout, est le roi puissant des sections. Nous deman-
• dons contre ces scélérats le décret d'arrestation. Chassey y est
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» ftusâi , et n'est pas le moins dangereux des fédéralistes. Nous es- » pérons ramener le bon esprit dans la ville de Lyon; mais comme » on y assassine tous les jours, d*uiie manière prétendue juridique ,
• beaucoup A^ patriotes incarcérés, nous avons arrêté de retenir en » otage tous les Lyonnais qui descendraient le Rhône jusqu'à Beau- » caire. Notre tôte est à prix à Lyon, mais comptez sur notre zèle; - nous ne souffrirons pas qu'une autre Vendée menace la Répu- » blique. »
Dans la séance du mardi 23 juillet 1793, la Tonvention reçut d'autres nouvelles de Lyon. « Le comité de salut public, dit Thuriot, k a reçu plusieurs lettres de vos commissaires Réverchon et Sébas- » tien Delaporte, dans le département de Saône-et-Loire. Ils ont » écrit qu'instruits que deux mille Lyonnais devaient marcher sur » Màcon, ils avaient requis les gardes nationales des environs; mais
• les Lyonnais n*ont point paru. Les habitants des campagnes de » Rhône -et -Loire s'indignent du joug tyrannique que leur impose » la commission dictatoriale de Lyon. Plusieurs communes veulent » se séparer, et Villefranche vient d'accepter la Constitution. Les » sections mêmes de Lyon l'ont demandée : «Nous vous transmettons, » disent ces commissaires en finissant, des lettres de Brunet et de » Roulhier, détenus à Lyon. Sans doute que des députés assez là- » ches pour paraître à la barre de la commission dictatoriale, ne » vous font que des propositions d'accommodement. C'est à la C^n-
• vention à prononcer; nous attendons vos instructions. La munici- » palité de Lyon vient de nous envoyer deux commissaires pour » nous inviter à nous rendre dans cette ville : ils nous assurent que » les citoyens ne cherchent que la vérité, et que loin de vouloir le » royalisme, ils se disposent à accepter la constitution. Tracez- nous » la conduite que nous devons tenir. »
Le conventionnel Letourneur fit observer que les commissaires inculpés, Roulhier et Brunet, avaient une mission spéciale du comité de salut public, qui désirait s'éclairer sur la véritable position de la ville; mais Jean-Bon-Saint- André, fidèle écho de la logique révolutionnaire, s'écria : « Que nous importent les individus! nous ne devons voir que les principes, que les actions ; c'est l'état de la ville de Lyon qui doit vous occuper. Quand vous aurez délivré les patriotes de l'oppression dans laquelle les tiennent les contre-révolutionnaires y
quand vous aurez rendu le jour à la liberté, alors votre comité vous fera un rapport sur la conduite de vos commissaires. « Prenez bien garde, ajoute Baudet, d'entrer en accommodement avec les conspirateurs. Ils commencent à fléchir ; achevons de dissoudre leur coalition, ils périront : de la fermeté, et vous triompherez. Décrétons que tous les citoyens qui sont dans les villes rebelles, à Lyon, à Bordeaux , à Caen , à Marseille , et qui n'en sortiront pas sous trois jours, seront réputés émigrés , et que leurs biens seront conGsqués. -
Cette motion fut couverte d'applaudissements, et Bréard demanda par amendement qu'elle fût étendue aux citoyens qui auraient quitté leur domicile pour se rendre dans les villes rebelles, et n'en seraient pas sortis vingt-quatre heures après la notification du décret. Le même jour, la Convention reçut une lettre d'Albitte, en date du 17 juillet, écrite de Pont-Saint-Esprit, et dont certaines parties seulement étaient relatives à la ville de Lyon. « On dit, mandait le fougueux monta- » gnard , que les soldats nouveaux du traître Wimpfen , et des am- » phy trions Buzot, Guadet , etc., marchent sur votre ville; les » Lyonnais nourrissent complaisamment le même projet. Il ne leur » manque que la cocarde blanche et du courage... Mes collègues et » moi , calculant tous les maux qui menaçaient la patrie, et les dan- » gers de laisser s'opérer la jonction des Marseillais et des Nlmois » avec les révoltés de Lyon , nous avons pris sur-le-champ une réso- » lution dont les suites ne devront jamais nous être désagréables, » quand même elles ne seraient pas aussi heureuses que nous devons « l'espérer.
» Plusieurs bataillons de l'armée ont été envoyés pour exécuter » notre dessein , sous les ordres du patriote , chef de brigade, Gar- » teaux. Le point de réunion est à Valence; j'ai laissé à Grenoble mes » collègues Dubois-Crancé et Gauthier pour contenir les Lyonnais... » Notre course sera dirigée de manière à faire rentrer Marseille dans » le devoir, à nous réunir, après les avoir mis à la raison, aux » forces que Dubois-Crancé prépare pour délivrer les patriotes lyon- » nais du joug affreux qui les opprime, et à soumettre la ville »> contre-révolutionnaire par excellence.
» On dit que les rebelles de Lyon se préparent à faire juger les » p triotes prisonniers qu'ils ont proscrits, et que les Marseillais » emploient toujours la guillotine. Je fais arrêter tous Lyonnais ou « Marseillais qui peuvent se présenter, et j'espère qu'ils me serviront