WILLIAM LLAKE. — LE VIEILLARD A LA PORTE UE LA MORT
dévolue cette belle fortune de relever et de transformer l'école anglaise languissante.
r:COLE ANGLMSi;.
Leur vie esl trop mêlée intimement à celle des peintres qui vivent encore et à riiisloire conIfMnporainc pour pouvoir être résumée ici ; leur œuvre est admirable parce qu'elle l'ut faite en deliors de leur temps, (le lils de poète italien réfugié en Angleterre, venait au monde à Londres en 1828, au moment où Blake venait de mourir ; il faisait son éducation à la King's Collège school. Après des éludes de dessin, le jeune homme à radmii'aMe lalent naissant île poète, allait trouver Madox Bro\\n, ([ui venait de prendre part sans succès au concours de 18i.'] pour la décoration de Westminster, avec cinq compositions, dont Le corps W Httrokl (tppnrlé à Guilldiune le Conqitéraitt^ai il devenait son élève, élève capricieux et passionné. En même temps, d'une conversation entre quelques amis artistes, surgissait le groupe « préraphaélite » dont Uossctli était le
THOMAS STOTHAR».
PELERINAGE A CA.MEllBURY.
plus ardent promoteur, et que le critique John Ruskin devait puissamment défendre.
D'une façon très générale, le nom arboré par les sept jeunes révolutionnaires (et encore ce mot de révolutionnaires est-il inexact, quoiqu'ils fussent tout d'abord considérés ainsi par leurs compatriotes) était le retour aux traditions antérieures à celles de la corruptrice Renaissance.
On a cherché maintes fois à définir très précisément l'apport des préraphaélites, leurs traits distinctifs dans l'école. M. André Michel a vu dans leurs œuvres la double tendance : 1° à peindre en enluminure, par la juxtaposition de tons vifs et heurtés; 2° à concevoir des idées de moraliste ou de poète plutôt que des idées de peintre. D'autre part M. Robert de la Sizeranne, après une délicate analyse, arrive à dégager en derniers éléments, ces caractéristiques : la substitulion du « geste curieux, inédit, individuel, au geste banal etgénéralisateur, et de la couleur franche, à sec, sans dessous, brillante par ses juxtapositions, à la couleur fondue, renforcée par des superpositions, en un mol la ligue expressive au lieu de la ligne décorative, et le ton vif au lieu du ton chaud ». 11 faut
ajouter à ces traits l'extrême souci du détail allégorique et la précision, minutieuse jusqu'à la fatigue, de l'exécution. Mais encore n'a-t-onpas tout dit, et d'ailleurs ne pourrait-on tout dire qu'en étudiant à fond l'œuvre de ces peintres, à tempéraments si divers, qui sentirent qu'il fallait << se refaire une âme vierge et un œil pur », et l'on comprendrait alors pourquoi ce mouvement préoccupa vivement la pensée de notre temps, et se fit sentir dans notre art lui-même.
Ford Madox Brown, qui ne fit point partie du groupe préraphaélite, mais qui agit si puissamment sur la jeunesse de Rossetli, a laissé entre autres œuvres remarquables : Quittant T h.ngle terre [The last of England), Cordelia et le roi Lem\ Les Danois c/tassés de 31anc/iester [décoraVwn de l'iiôtel de ville de Manchester), Roméo et Jaiietle, Le roi Lear partageant son royaume, le Christ lavant les pieds de saiîit Pierre (à la National Gallery), Elle ressuscitant le fils de la Veuve, etc. Dans toutes ces œuvres régnent la grandeur et la dignité de conception, la profonde originalité de l'arrangement général et du détail.
Quant à Dante Gabriel Rossetti, mort en 1882, parmi les plus admirables de ses œuvres, qui sont soit d'une finesse exquise, soit d'une redoutable puissance de dessin, et d'une intensité extrême de couleur, on peut citer le Songe de Dante, la Postérité de David, la Salutation de Béatrice, Francesca da Rimïni, Beata Beatrix, \ An7ionciation (ces deux dernières œuvres à la National Gallery ainsi que le merveilleux dessin Rosa trijilex), La donna délia Finestra, Proserpina, La Demoiselle bénie, Fiametta, le PhiUrc ctamour [The loring cap), Astarte Syriaca, etc. Enfin il faut du moins faire une allusion à ses poèmes, publiés longtemps après la mortde sa femme : ils avaient été ensevelis dans sa tombe, avec elle, et le poète, après des luttes les exhuma; situation dramatique, cruelle même, qui devient un symbole des impassibles conquêtes de l'art sur la mort.
Le mouvement préraphaélite fut impitoyablement attaqué et bafoué à ses débuts, l'Angleterre défendit Raphaël comme elle aurait défendu le principe de la propriété ou de la colonisation. Mieux informée, elle fit depuis la fortune de ces peintres. Il n'y a que dans ce pays de discussion et de pensée que les tories puissent succéder naturellement aux whigs ou vice versa sans autre secousse que celle de fougueuses discussions, apaisées devant les résultats.
Quoi qu'il en soit, l'originalité de l'école anglaise a été profonde dans le troisième quart de ce siècle, cl à supposer même que les puissantes qualités qu'elle manifesta commencent ou à s'affaiblir, ou bien à évoluer, il y aura plus tard presque autant d'intérêt de métier, et peut-être plus d'intérêt de pensée à étudier cette époque que celle même des grands peintres qui furent Hogarth, Reynolds, Gainsborough, Constable et Turncr.