OISEAUX DE BASSE-COUR ET UN OISEAU DE PROIE
musée de la Haye Que lui demanderait-on de plus? 11 y a pour les petits peintres hollandais trois manières de sortir de la moyenne et de se ranger parmi les plus grands: procurer des sensations exquises par la beauté de la matière, et parla perfection du dessin ; être un historien saisissant : être un philosophe pénétrant et profond. Lorsqu'on pousse la première de ces qualités au degré extraordinaire de Pieter de Hooch et de Vermeer, vraiment le reste, si important qu'il paraisse, peut ne venir que par surcroît, et même ne pas venir Ai\ tout. Lorsqu'on réunit les trois qualités en même temps, comme Jan Steen, c'est-à-dire en possédant de quoi enrichir parfois sa philosophie et son histoire d'une forme lrè> relevée, on est encore un forl grand homme. Lorsque, connue Adriaan Van Ostade, on possède surtout la première de ces trois vertus hollandaises et que Ton rencontre
Ecoles flamande et hollandaise.
ne fût-ce qu'une fois, la seconde comme illil lorsqu'il raconta aus-i sa propre histoire, on est un excellent artiste et un homme heureux.
Nous devons, pour compléter celle esquisse par des indications de faits,
rappeler qu'Àdriaan naquit à Haarlem, en 1610, qu'il \ étudia avec Hais qui le prit en amitié, el qu'il mourul en 1685 après avoir parcouru une carrière heureuse. Le considérer comme un philosophe, ou même comme un véritable historien nous esl difficile quand nous sommes près de parler de Steen. Se- paysans
i04 HISTOIRE POPULAIRE DE LA PEINTURE.
sont bâtis sur une formule un peu factice et telle qu'il le fallait pour plaire aux acheteurs qui avaient besoin d'être doucement égayés ; aussi sont-ils un peu monotones et leur grimace n'est pas absolument humaine. C'est un beau petit bibeloi qu'une bonne paysannerie de Van Ostade, mais c'esl un chapitre d'histoire hollandaise aussi insuffisant, presque, qu'une paysannerie courante de Téiiiers l'est au poinl de vue de l'histoire flamande. .Mais encore une fois, il y a le tableau de famille du Louvre, avec le père et lamèresibien d'accord ensemble dans leur confortable intérieur, avec leurs grands enfants presque adultes, leurs fillettes ni trop laides ni jolies qui jouent encore à la marchande de cerises et à la marchande de fleurs, et celles qui se croient déjà trop sérieuses pour jouer, el toute celle quiétude qui rend si désirée de lanl d'hommes la vie de famille, cet égoïsme à plusieurs. En racontant tout cela ; Ostade a laissé un des plus éloquents documents de tout l'art hollandais, car il a raconte du coup, l'histoire de mille et mille familles heureuses.
Au genre d'Adriaan van Ostade plus d'un peintre a contribué, avant lui ou en même temps (pie lui. Les plus notables sont les suivants. Cornélis Pietersz Bega (1620-1664), u\\ peintre de paysanneries sérieuses, de Menés intimes assez lourdement vues et assez finement exécutées dans une harmonie généralement noirâtre. Brakenburgh (1650-1702), un autre élève de Van Ostade dont il ny a pas grand chose à dire. Cornélis Dusart (1660-1704), le plus fidèle des élèves et des imitateurs d'Adriaan, est loin de manquer de talent ; il y a plus d'un Cornélis Dusart qui est devenu un Ostade en vieillissant; ce sont les mêmes sujets, la même harmonie, el presque la même création. L'on ne peut pas dire la même invention puisque c'est Ostade quia inventé ou plutôt interprétée sa façon personnelle les vieux thèmes de kermesses, et que Dusart n'a l'ait que reprendre cette interprétation el l'adapter sans y rien changer.
Il \ eut encore toute une série de peintres encore un peu moins connus ou complètement oubliés, et qui, dans des centres et avec des maîtres divers, se livrèrent à cegenre, en somme factice, des paysanneries pour gens riches, (l'était devenu un commerce plus ou moins lucratif, mais abondant, à en juger par la terrible quantité qui en demeure. Quand on aura nommé, outre les précédents, Egberl van der Poel, Cornélis Saftleven, Egbertvan Heemskercke etc., on aura dit plus que le principal, car il peut être avoué, maintenant que la Hollande esl découverte depuis longtemps, que toute celle moyenne, malgré l'habileté matérielle qui règne chez tous ces peintres, est quelque chose de bien terre à terre, el de bien ennuyeux à la longue. Un art propre et banal, comme celui des sociétés bourgeoises bien prospères, qui laissent mourir de faim les chercheurs d'idéal comme Ruysdael et Hobbema, méconnaissent les grandes gloires connue Rembrandt, et préfèrent cc\\\ qui flattent ses goûts de joli, de niais et de médiocre, à ceux qui connue Van der Meer ou Pieter de Hoch recherchent
ISACK VAN OSTADE. - DE VA M L El
l'exquis et y rencontrent la perfection. C'estcequi fait que les musées de Hollande vous hissent au bout de peu de temps lorsqu'on 1rs étudie pièce à pièce. Ou bien est-ce aussi en grande partie, comme l'a dit M. Jan Veth dans une série d'articles sur les musées de son pays, parce que, connue chez nous, parmi tant de choses courantes, — le passé a son courant comme le présent. — on n'y met pas assez en valeur les choses exceptionnelles. La Ronde de jour, au musée d'Amsterdam, est exposée théâtralement et de façon fantasmagorique, avec son estrade, son vélum el son cadre peu réussi; en revanche certaines œuvres de grande signification connaissent comme en notre Louvre, de déconcertants voisinages. Mais pour nous en tenir à la seule appréciation d'une école, il importait de l'aire la