‹ Histoire populaire du CanadaChapitre 10 sur 10 · L’EXPANSION CANADIENNE-FRANÇAISE EN AMɬ RIQUE · texte numérisé non relu

L’EXPANSION CANADIENNE-FRANÇAISE EN AMɬ RIQUE

'expansion française en Amérique est un des faits principaux de l’histoire primitive du Nouveau-Monde. Elle forme la page la plus vivante de cette épopée coloniale qui s’étend des voyages mémorables de Cartier à la dernière bataille des Plaines d’Abraham qui fut encore une victoire française.

En effet, nos ancêtres furent de grands coureurs d’aventures. L’Amérique du Nord était à peine assez vaste pour leurs expéditions vagabondes. Avant que les Anglais eussent franchi les Alléghanys, les Français toujours en quête d’émotions, avaient remonté le Saint-Laurent, exploré les Grands-Lacs, découvert la vallée du Mississipi, pénétré dans l’extrême-ouest et salué les sommets neigeux des montagnes Rocheuses. Leur esprit mobile les avait vite conduits de la baie d’Hudson au golfe du Mexique.

Amis naturels des aborigènes dont ils se rapprochaient tant par leur joyeuse insouciance, leur franche gaieté et leurs courses infatigables, ils promenèrent le génie audacieux de la race sur tout un continent, et par un savant système d’alliances et de traités, presque sans verser une goutte de sang, ils donnèrent à la France du XVIIe siècle, étonnée et ravie, le plus bel empire qu’elle ait jamais eu. L’humble missionnaire, sans autre arme que la croix, le trappeur-interprète ou coureur de bois avec sa balle sur le dos, le brave et avisé commandant de poste, le colon-soldat aussi intrépide que secourable aux faibles,

tels sont les principaux artisans de cette conquête pacifique de tout le Nord-Amérique.

Certes, les batailles d’autrefois, livrées pour la liberté et la civilisation, sont l’un des éléments héroïques de notre histoire. Tous les entretiens précédents en sont la preuve éloquente. Les deux ennemis que nos ancêtres eurent à combattre, les sanguinaires Indiens et les Anglais envahisseurs, éprouvèrent plus d’une fois que la valeur d’un peuple peut suppléer au petit nombre de ses soldats.

Toute la jeunesse canadienne connait et admire les émouvantes batailles de la lutte suprême autour de l’historique Québec où nos ancêtres, écrasés sous le nombre, sauvèrent au moins de la défaite, l’honneur de la nation naissante.

Ils firent mieux encore. Ils restèrent fidèles à la foi jurée au vainqueur jadis si ardemment combattu. Deux fois, en 1775 et en 1812, une guerre fratricide s’alluma en Amérique entre des nations de même origine. Deux fois, nos pères furent sollicités de prendre leur revanche, mais ils refusèrent toujours, et, n’écoutant que la voix de leur conscience et de leur sang chevaleresque, ils déposèrent aux pieds du représentant de l’Angleterre, l’hommage de leur loyauté inaltérable.

Et quand ils prirent les armes pour repousser l’invasion étrangère, une victoire française, la plus éclatante de toute la guerre de Trois-Ans (1812-1815) fut inscrite par Salaberry dans les fastes guerriers de notre pays. Sainte-Foye (1760) et Châteauguay (1813) se succèdent à un demi-siècle d’intervalle, mais ce sont deux victoires sœurs, procédant de la même ardeur gauloise et écrites sur les deux côtés du même feuillet héroïque. Lévis et Salaberry ont tous deux le grand geste et la figure calme des vrais soldats de France. L’un a vengé l’honneur national, l’autre a conquis la reconnaissance britannique.

Au temps des luttes politiques où se jouait le sort de notre nationalité, il s’est rencontré un homme, Allan Mac Nab, qui, en plein parlement, osa lancer contre nous l’épithète d’étrangers. C’était en 1849.

Lafontaine, alors premier ministre, bondit sous l’outrage, et s’écria : « Quoi ! les Canadiens français étrangers sur leur terre natale ? Ce serait une insulte, si ce mot malheureux avait été prononcé avec préméditation. L’honorable député qui se fait gloire d’être un canadien d’o-

rigine, le serait-il si les Canadiens français lors de la guerre de l’indépendance américaine, n’avaient pas, par leur valeur et leur dévouement, conservé le Canada à l’Angleterre ? Si ce n’eut été du courage des Canadiens français en 1775 et en 1812, les Canadas feraient aujourd’hui partie de la confédération américaine, et l’honorable député ne serait pas ici pour jouer le rôle qu’il y joue ».

Bien que le domaine de la Nouvelle-France se fût restreint en 1760 à la province du Saint-Laurent, il y avait lieu cependant d’espérer que notre nationalité verrait encore de beaux jours. Dans le calme de la vie paisible des champs lentement conquis sur les forêts séculaires, le long des rivières tributaires du Saint-Laurent, ouvrier de l’unité nationale, s’élevaient les clochers d’églises comme autant de points de ralliement pour notre jeune nation croyante et forte. Là, pendant quatre-vingts ans, nous fûmes oubliés par nos maîtres. C’était plus que suffisant pour naître à la vie civile et à la liberté politique.

Quand, en 1840, nos ennemis, conscients de notre force, voulurent restreindre notre action, il n’était plus temps. Guidés par des chefs aussi éclairés que généreux nous étions sortis plus sains et plus vigoureux du danger auquel on nous avait exposé au lendemain de la Cession. Les luttes politiques que nos pères soutinrent pour conquérir leur indépendance, ou plutôt le droit de vivre selon leur mentalité, ne furent pas moins glorieuses que les batailles des temps héroïques de la Nouvelle-France. La liste est longue des hommes d’État éminents que notre nationalité a produits depuis un siècle et demi. Ils peuvent soutenir la comparaison avec les hommes politiques anglais de notre pays.

Comment nommer, sans émotion et sans fierté patriotique, les Papineau, les LaFontaine, les Morin, les Cartier, les Mercier ? C’est à eux que nous devons l’éducation politique et le raffermissement de notre nationalité, la conquête et l’application du gouvernement responsable, l’établissement de la confédération canadienne et le triomphe de l’opinion publique. Les libertés religieuse, civile, municipale et scolaire, acquises souvent après des années de luttes patientes et habiles, ne sont-elles pas autant de preuves que notre jeune nation est encore bien vivante. Elle a même agrandi le patrimoine de 1760.

La marche en avant vers l’intérieur du continent, qui s’était considérablement ralentie pendant plus d’un siècle, a été reprise de nos jours. Du Saint-Laurent — la vieille colonie de Champlain, — la vie canadienne-française s’est répandue sur un immense territoire où son action se fortifie et s’étend.

Un coup d’œil sur les divers groupements français, nés de la colonie primitive et dispersés dans les provinces canadiennes et aux États-Unis, suffira à nous en faire connaître l’importance numérique et l’influence morale et religieuse : ce sera une revue réconfortante de nos forces nationales, et la meilleure réponse à faire à ceux qui craignent pour les destinées de la race et de la langue française en Amérique.

La vieille province de Québec, découverte par Cartier, colonisée par Champlain, Maisonneuve et les nobles officiers et soldats du beau régiment de Carignan, garde les bouches du Saint-Laurent dont elle a conquis et francisé les deux rives. A son centre s’élèvent les deux grandes cités canadiennes-françaises, Québec et Montréal, les châteaux-forts de la race. Québec c’est la ville guerrière et historique, si française par l’esprit et les mœurs, les traditions, la langue et la culture littéraire. Quand le sort de la nationalité était compromis, c’est là que l’espoir suprême se réfugiait. Montréal, c’est l’opulente ville du commerce et de l’industrie, le grand port maritime et fluvial qu’alimente une immense région : autrefois, bas tion le plus extrême de la Nouvelle-France vers le paysindien, aujourd’hui, la cinquième des villes françaises du monde.

Plus d’un million et demi de Canadiens français vivent sur les deux rives du Saint-Laurent, des Laurentides à la frontière du sud, de la péninsule de Gaspé aux rives de l’Ottawa.

Dans la famille française d’Amérique, l’antique province de Québec forme le noyau central, le groupe d’élite, auquel est spécialement confié la garde du patrimoine national et religieux. Du Saint-Laurent sont partis tous les voyageurs de l’Extrême-Ouest canadien, les Pays-d’en-Haut. Là, s’est constamment alimentée la vie de tous les groupes franco-américains. C’est encore le centre de la diffusion française au nouveau-monde, le foyer de la résis-

tance à l’assimilation, le pays de la paix religieuse et sociale.

Tous les groupes francophones excentriques se réclament du Québec qui, par ses hommes d’État, son clergé patriote et zélé, son parlement français, ses collèges classiques nombreux et bien peuplés, sa littérature abondante et variée, par sa forte sève française et catholique en un mot, nourrit les branches qui se sont détachées à des époques diverses du vieil arbre national. Menacer l’une ou l’autre de ces belles efflorescences extérieures, c’est s’attaquer à la colonie laurentienne, qui continue d’identifier sa vie et ses aspirations avec celles des groupements franco-canadiens les plus éloignés. Pour la défense de leurs droits, ceux-ci tournent instinctivement les yeux et le cœur vers le vieux Québec, dont la vitalité est si remarquable et qui peuple peu à peu de ses enfants, les vastes régions de colonisation que recèle encore son immense territoire.

L’avenir n’est pas moins brillant pour le groupe acadien qui progresse rapidement dans les provinces de l’Atlantique : Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick, île du Prince-Édouard. C’est le seul qui ne soit pas né de la Nouvelle-France. Il a eu sa formation et sa vie propres, son histoire à part, ses traditions nationales particulières. La Nouvelle-France fut la fille de la Normandie, l’Acadie fut celle de la Bretagne.

Pendant longtemps, avant-poste de la Nouvelle-France, elle a essuyé, plus d’une fois, le choc des armées anglaises. L’histoire de ses malheurs et de sa fidélité à sa langue, à sa religion, à son sol, est célèbre à jamais. Qui ne connaît la pure et douce figure d’Évangéline, cette sublime incarnation du peuple martyr ?

Après le grand dérangement de 1755, le silence se fait sur ce petit groupe français que l’on croyait avoir anéanti. On se trompait. Comme les poissons migrateurs de ces côtes sauvages, les Acadiens sont revenus à la terre natale. Lentement ils ont reconstitué leur nationalité, ils ont repeuplé les anses, les criques et les golfes ; ils se sont enfoncés dans les vallées, ils ont occupé les landes d’autrefois. En 1860, ils étaient déjà des milliers. Ils ont élévé des églises, construit des écoles, fondé des collèges. Depuis un demi-siècle, les progrès industriels et commer-

ciaux s’accentuent, l’agriculture conquiert de nouveaux territoires, l’industrie de la pêche est mieux organisée et plus lucrative.

Les 150,000 Acadiens répartis sur une immense étendue doivent à leur esprit tenace et hardi, de perpétuer les coutumes françaises et catholiques, et de résister victorieusement à l’assimilation. Comme tous les Français du nouveau-monde, ils sont traditionalistes, perpétuant les vertus familiales de leurs ancêtres, pratiquant l’hospitalité, respectant le droit et la justice. Pourquoi craindraient-ils les destinées que l’avenir leur réserve, surtout depuis qu’ils voient grandir, à côté d’eux et en parfaite harmonie avec leurs propres aspirations, des groupes de même sang et de même foi ?

Ce mouvement de concentration nationale est plus profond peut-être pour le groupe francophone d’Ontario, qui compte déjà plus de 225,000 âmes et qui, ici encore, vit sur une terre découverte par les enfants de France et sanctifiée par le sang des martyrs chrétiens : Brebeuf, Lalemant, Garnier etc. Sur la route fluviale de l’Ottawa si souvent parcourue par nos missionnaires, nos explorateurs, nos traitants et nos soldats, une population s’est fixée qui garde, malgré la dispersion et l’éloignement, fidélité au passé et confiance dans l’avenir.

Elle forme l’armée d’invasion qui, par les colonies du Nipissing et du comté d’Essex, s’avance au cœur même de cette province anglaise dont ce fut un jour le rêve de nous absorber et d’effacer de la terre d’Amérique toute trace du génie français. Aujourd’hui les rôles sont renversés. L’augmentation lente de la population ontarienne vient surtout de ce groupe français, qui prolonge la province de Québec vers l’ouest, et qui pénètre hardiment en plein pays anglais. Il maintient, malgré tout, les droits du français dans l’instruction publique, autant pour sauvegarder sa foi religieuse que par attachement à ses traditions séculaires. Les dangers mêmes qu’il court sur cette terre anglaise serviront, il faut l’espérer, à aiguillonner son courage et à lui faire préparer plus activement la victoire finale.

H Par delà les Grands-Lacs, un quatrième groupe français, aussi nombreux que l’étaient nos ancêtres à la Cession, — 80,000 âmes — étend ses multiples ramifications dans

les trois provinces des prairies : Manitoba, Saskatchewan et Alberta. Cette terre lointaine a été longtemps le pôle d’attraction pour la multitude des voyageurs et des trappeurs du Saint-Laurent.

L’histoire de sa découverte et de son exploration s’ouvre par l’un des épisodes les plus tragiques de l’expansion française en Amérique. La noble famille des La Vérendrye en a de son sang écrit le premier feuillet.

Pendant longtemps, le coureur de bois canadien a parcouru seul avec son frère le Peau-Rouge, ces solitudes sans fin. Là aussi, il a rempli son double rôle qui fut de répandre parmi les Indiens des Pays-d’en-Haut le prestige du nom français et la civilisation chrétienne. Une race nouvelle, les Métis, née de cette mutuelle affection, rendit plus tard d’inestimables services au pays et à la religion. Elle prépara le champ d’apostolat où les fils de l’ancienne et de la Nouvelle-France, les Oblats de Marie, devaient venir, au milieu du siècle dernier, travailler avec un zèle égal à la même œuvre évangélique. C’était, sur cette terre vierge, la reprise des gestes de Dieu par les Francs. Cette œuvre religieuse qui inclut toujours la fidélité au souverain légitime, n’est-elle pas, comme dans le vieux Québec, le plus ferme soutien des institutions du pays ?

« Ces groupes français, dit Mgr Langevin, sont les meilleurs appuis du drapeau britannique qu’ils ont appris à respecter comme le drapeau du pays, comme le drapeau sacré défendu par leurs pères au prix de leur sang ». En entraver l’expansion serait commettre une double faute contre la justice et contre l’histoire. Bien plus, ce serait peut-être détruire l’une des plus vigoureuses énergies qui s’opposent aux tendances séparatistes de la population si mélangée des provinces de l’Ouest canadien.

L’esprit d’aventure, l’attrait des vastes espaces et le besoin d’action, avaient entraîné les Français jusqu’aux extrémités de l’Amérique, presque au lendemain de leur débarquement. Les motifs mêmes qui favorisaient si puissamment l’expansion de notre race, devaient plus récemment se tourner contre elle, et pousser vers les États-Unis un nombre incalculable de Canadiens d’origine française. Faut-il regretter cet exode, et, s’élevant au-dessus des considérations d’ordre purement national,

ne considérer que l’heureuse influence morale et religieuse que ces groupes de catholiques français exercent sur cette civilisation anglaise ? En tous cas, ils sont là plus de 1,200,000 Canadiens ou descendants de Canadiens, partagés en deux groupes distincts que sépare la Pennsylvanie.

Le premier groupe comprend plus de 200,000 âmes dans les États voisins des Grands-Lacs : Ohio, Michigan, Illinois, Wisconsin, Minnesota, etc. Le souvenir des héroïques découvreurs français du XVIIe siècle, y est encore bien vivace. Les glorieux noms de La Salle, Jolliet, Tonty, Perrot, Duluth, brillent aux premières pages de l’histoire du Mississipi. On a élevé des statues au Père Marquette, des villes portent le nom des découvreurs et des fondateurs de ce temps. Sur le parcours du Mississipi on trouve partout des marques indélébiles du génie français, car l’immense vallée qui s’est appelée la Louisiane et qui embrassait la moitié des États-Unis, a longtemps appartenu à la France. Elle a reçu d’elle ses premiers explorateurs et ses premiers missionnaires.

Aujourd’hui encore, bien qu’isolés au milieu d’une immense population de langue et d’aspirations différentes, les Canadiens des États des Grands-Lacs n’ont pas oublié leur patrie d’origine. Des groupes puissants et nombreux ont conservé au foyer familial, tout comme dans le vieux Québec, la langue des ancêtres. L’exemple de leur attachement inviolable à la doctrine de l’Église n’a pas été perdu pour les catholiques des autres nationalités. Il a été en même temps une leçon et un appui.

Un évêque de Chicago, Mgr Quigley, le reconnaissait publiquement un jour qu’il leur adressait ces belles paroles : « Avant tout, Canadiens français, conservez vos traditions, vos institutions, propagez votre langue et vos traditions ; c’est par elles que vous êtes restés, en Amérique, un peuple distinct et que vous avez conquis l’admiration de tous. Et c’est en conservant votre langue et vos traditions que vous pourrez remplir votre mission, qui est celle de donner à l’Amérique tout ce que la vieille France avait d’admirable et que vous avez si bien conservé ».

La formation du groupe français de la Nouvelle-Angleterre remonte à la fin du XVIIIe siècle. A trois épo-

ques diverses, en 1775, 1837 et 1865, le courant de l’émigration a entraîné vers les États forestiers ou manufacturieurs de l’Est américain, de forts contingents de nos nationaux qui allaient demander à la terre étrangère, la subsistance et la liberté qu’on leur marchandait dans leur propre patrie.

De tous les groupements excentriques, c’est le plus compact, le plus vivace aussi, le mieux organisé, le plus autonome. Disséminé dans les États voisins de la frontière de Québec, Maine, New-Hampshire, Vermont et New-York, et dans les États manufacturiers du Massachusetts, du Connecticut et du Rhode-Island, il atteint environ un million de Canadiens catholiques.

Partout ils ont des paroisses à eux, des députés au Sénat et aux législatures d’État, des magistrats, des journaux français, des congrès régionaux, des sociétés et des conventions nationales. En présence de cette organisation parfaite et de cette étonnante vitalité de l’âme française sur la terre étrangère, les plus optimistes ont prédit pour eux la conquête pacifique mais inévitable de plusieurs des États voisins du Canada, rêvant ainsi une extension considérable du pays français en pleine terre anglaise. Nos ambitions ne vont pas si loin ; mais il ne fait pas de doute que s’ils ont conservé, là mieux qu 'ailleurs et presque sans alliage, la mentalité canadienne française, ils le doivent à leurs relations continuelles avec le berceau de la race, à l’usage jamais abandonné de la langue française et au respect des traditions fortifiantes et saines qui les rattachent au passé et aux aspirations de la France du Saint-Laurent. Il n’y a là rien qui puisse inquiéter le patriotisme ou menacer l’unité de la république voisine.

Oui, la race française d’Amérique, avec les cinq groupes distincts qui font couronne autour du vieux Québec, la forteresse imprenable, plus consciente que jamais de sa puissance et de ses destinées, s’achemine avec sérénité vers l’idéal que lui assigne tout un passé glorieux. Elle résiste vaillamment aux coups de ses ennemis. Seuls quelques éclaireurs de son armée d’invasion sont tombés sur la route hérissée d’obstacles. Elle puise dans son histoire, comme dans une source intarissable, la fierté, l’énergie, a patience et la force d’expansion qui élargissent graduellement sa place au soleil d’Amérique. Ses réserves de vie

et d’action toujours renouvelées, résident dans l’unité de sa langue, de ses traditions et de sa foi religieuse, les trois éléments constitutifs d’une nation.

Un organisme parfait, d’une souplesse et d’une fermeté incomparables, la paroisse, a raffermi le Canada français contre toutes les défaillances. Elle en a été, a-t-on dit, « le foyer de la vie sociale, le berceau des libertés politiques, l’école d’apprentissage du gouvernement représentatif et populaire. Elle servit à organiser la défense des colons français contre l’Iroquois ; elle préserva les expatriés de la nostalgie et du désespoir ; elle conserva les traditions de la race. A la conquête, tout s’écroula : gouvernement civil et militaire, organisation scolaire, tribunaux, administration, voierie — tout excepté la paroisse. La paroisse canadienne resta catholique et française, et s’attacha de plus en plus à la couronne britannique . Elle devint «loyale» parce qu’elle resta catholique; elle resta catholique parce que française ».

Aussi longtemps que nous garderons intact cet organisme sauveur, que nous le défendrons contre les éléments de dissolution, notre confiance en l’avenir de la race française en Amérique restera inébranlable. Nous croyons fermement que la Providence a ses vues sur notre nationalité. Aux timides, aux pusillanimes et aux prophètes de malheur, nous dirons avec la vénérable Marie de l’Incarnation : « C’est une chose admirable de voir les providences et les conduites de Dieu sur ce pays, qui sont tout à fait au-dessus des conceptions humaines... il détourne les orages lorsqu’ils sont prêts à fondre sur nos têtes... Dieu par sa sagesse infinie, rétablit les affaires lorsqu’on les croyait entièrement désespérées. C’est sa conduite ordinaire sur ce pays... Nous sommes accoutumés à cette Providence ».

Date Due

F 5054 .L37 1913 LaRue, Hubert, 1833-1881.

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